Après un échec sur le salaire minimum... La fiscalité, pour rebondir ? (mardi, 29 novembre 2011)

S'il ne devait y avoir qu'un seul enseignement à tirer de notre échec de ce week-end, sur le salaire minimum et le revenu minimum d'aide sociale, ce serait celui-ci : ceux qui ont intérêt à ce que nos propositions échouent savent se mobiliser, pas celles et ceux dont les droits et la situation matérielle seraient améliorés par ces propositions. Et on ne peut pas toujours compter sur la Ville de Genève pour renverser les majorités périurbaines et rurbaines de droite. Bref, pour faire passer nos initiatives fiscales, il va falloir non seulement les faire aboutir*, mais surtout les faire voter par ces « milieux populaires » qui, massivement, se sont abstenus dimanche... Parce qu'en face, on s'est déjà mobilisé. On trouvera des feuilles de signatures pour les deux initiatives socialistes sur www.ps-ge.ch/Canton/GE/Canton//Nos-projets/IN-fiscales/

La fiscalité : un instrument du développement ou du maldéveloppement régional.

Comme on le sait, ou comme on devrait le savoir, et en tout cas comme on en constate quotidiennement les effets, que l'on en admette ou non les causes, le développement de Genève est un maldéveloppement. Un maldéveloppement paradoxal, puisqu'il est celui d'un espace riche, mais un maldéveloppement tout de même, dont les signes sont la crise du logement, la crise de l'emploi, le « mitage » du territoire (c'est-à-dire le gaspillage de l'espace) hors de la commune-centre -toutes crises dont les traductions concrètes n'ont certes rien à voir avec celles, meurtrières, du maldéveloppement dans les pays de la périphérie, mais qui sont d'autant moins pardonnables que Genève (la «grande Genève», pour parler comme il convient désormais de le faire) a tous les moyens d'y remédier. Et qu'elle s'y refuse, délibérément. Or d'entre ces moyens, à Genève sans doute plus encore qu'ailleurs, il y a la fiscalité, et en particulier celle qui s'applique aux entreprises attirées par une politique de dumping fiscal. La part de l'économie genevoise que développe une telle politique est celle qui apporte le moins de valeur sociale ajoutée à Genève : plus le secteur qu'elle chouchoute se développe, plus le pouvoir d'achat réel des Genevois se dégrade :  le revenu disponible par habitant du canton est le plus faible de Suisse Romande, alors que le revenu théorique par habitant est le plus élevé. Explication : le coût de la vie à Genève est littéralement démentiel, même en comparaison suisse. Et d'entre les causes de cette démence, il y a l'explosion du coût du logement, attisée précisément par le choix, politique, d'un développement fondé sur le secteur multinational et le secteur financier. Un choix qui se traduit par les cadeaux fiscaux faits aux multinationales. Les impôts payés par les entreprises attirées par ces cadeaux sont supposés les justifier -mais ils ne couvrent pas même les charges publiques, directes ou indirectes, induites par cette politique de séduction des multinationales, et notamment par la nécessité de rattraper le déficit, creusé depuis les années cinquante, en moyens de transports publics, et par celle d'assurer le développement des infrastructures nécessitées par le développement démographique et économique. Quant aux « forfaits fiscaux », objets de l'une des deux initiatives populaires socialistes actuellement en cours de signatures, leur caractère foncièrement injuste (puisqu'ils sont en totale contradiction avec le principe de l'égalité de l'impôt) suffit à justifier leur abolition. Leur « rentabilité fiscale » pour le moins douteuse complète l'argumentation : Les forfaits fiscaux, Zurich les a abolis. Et n'y a rien perdu fiscalement : des bénéficiaires de forfaits fiscaux ont certes quitté le canton, mais ceux qui sont restés, parce qu'ils ne s'y étaient pas installés pour de seules raisons fiscales, paient désormais des impôts normaux, ce qui a plus que compensé le départ des premiers, et à Genève, la fiscalité n'est donnée par les étrangers aisés qu'en cinquième position des arguments de leur installation, loin derrière le premier argument : la qualité de vie. Deux initiatives populaires à signer, donc: l'une abolissant les cadeaux fiscaux aux multinationales, l'autre abolissant les forfaits fiscaux accordés aux riches étrangers. deux éléments d'une fiscalité juste, instrument d'une autre politique de développement que celle dont souffre Genève -et dont Genève fait souffrir son voisinage.

15:26 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fiscalité, inititives, développement | |  Facebook | | | |