Eloge du tyrannicide ou retour de mémoire ? (mardi, 11 novembre 2008)

Réhabilitation de Maurice Bavaud
Eloge du tyrannicide ou retour de mémoire ?


Septante ans après son geste, Maurice Bavaud vient d'être politiquement, sinon encore juridiquement, réhabilité par le président de la Confédération, Pascal Couchepin. Maurice Bavaud est ce jeune Neuchâtelois, qui se vouait à la prêtrise plutôt qu'au tyrannicide, et qui tenta, en novembre 1938, d'assassiner Hitler, en qui il percevait un danger pour l'humanité, pour l'indépendance de la Suisse et pour les églises chreétiennes allemandes. Maurice Bavaud a, hélas, échoué dans sa tentative. Et le 14 mai 1941, un mois avant le déclenchement de l'invasion allemande de l'Union Soviétique il était guillotiné dans sa prison berlinoise, sans que la Suisse officielle ait tenté quoi que ce soit pour le sauver.


" Meurtriers délicats "

En réhabilitant Maurice Bavaud, répondant par cette réhabilitation à une motion du Conseiller national (PS) Peul Rechsteiner, Pascal Couchepin n'a certes pas fait l'éloge du tyrannicide -d'autant que Bavaud avait échoué dans sa tentative de débarrasser le monde d'Hitler. Il serait d'ailleurs assez paradoxal qu'un chef d'Etat, même le chef aussi démocrate que Couchepin, d'un Etat aussi démocratique que le nôtre, fasse l'éloge d'un acte politique consistant à mettre à mort un autre chef d'Etat -même s'il s'agit un tyran, les Etats tenant aux formes, et ne tenant même parfois qu'à cela. Il n'empêche : en rappelant que Bavaud avait joué sa propre vie, en toute connaissance de cause, en rappelant aussi qu'après son arrestation, la Suisse l'avait piteusement laissé tomber, ne lui accordant aucune assistance et même s'aplaventrissant en excuses devant le régime nazi, Couchepin a fait oeuvre utile. " On ne règne pas innocemment ", disait Saint-Just (qui finira lui aussi sous la lame de la guillotine). De Bavaud ou de sa cible, le criminel n'était pas le tyrannicide malheureux. Ce n'est pas de l'éloge du tyrannicide dont il s'agit, mais de celui de la résistance. Celle qu'en leur temps Charlotte Corday, Sofia Perovskaïa, Véra Zassoulitch, Brutus ou les etarras qui abattirent l'amiral Carrero Blanco incarnèrent. Et qu'après tout, le mythe de Guilleume Tell signifie. Opposés à la peine de mort, ces " meurtriers délicats " s'arrogèrent le droit, que nul n'a, de la prononcer et de l'exécuter. La fin ne justifie pas les moyens -mais elle les explique. Et il reste à la Suisse quelques réhabilitations à prononcer : celle, par exemple, de David Frankfurter, ce jeune juif yougoslave qui abattit à Davos le chef des nazis allemands en Suisse, Wilhelm Gustloff.

02:37 | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : suisse, hitler, antifascisme, attentat | |  Facebook | | | |