Ville de Genève contre canton de Genève : dernières nouvelles du front (jeudi, 19 mai 2011)

A Piogre, rien de nouveau ?

Voilà, c'est fait : la Ville de Genève, privée de budget parce que le Conseil d'Etat a interprété comme il l'entendait une décision de justice qui ne l'obligeait nullement à cela, est entrée dans le système des « douzièmes provisionnels ». Et puis, voilà, ce n'est pas fait : le Conseil administratif de la Ville n'a pas obtempéré à la demande, faite par la droite municipale augmentée des Verts (sur injonction de leurs magistrats cantonaux ?), de retirer le recours qu'il avait déposé contre la décision du Conseil d'Etat d'exclure tout nouveau bénéficiaire du champ des prestations complémentaires municipales. Mais comme on a déjà évoqué cette querelle genevoise en long, en large et en travers, et qu'on sort de quelques heures de jactance gratuite (quoique indemnisée) au Conseil municipal, on va ici vous la faire courte.


Vous prendrez bien un peu de cohérence politique ?


Que la Municipalité genevoise prétende se tenir sur la ligne qu'elle défend depuis des années, qui se matérialise par l'octroi à plusieurs milliers de personnes d'une allocation complémentaire à celles qu'elles reçoivent déjà mais qui ne leur permettent pas de vivre décemment, la droite municipale le considèrait comme de l' « arrogance» et de l' « obstination ». quand cela ne manifestait que de la cohérence, dans la volonté de la Ville de continuer à faire son travail (tant qu'une majorité politique existe encore pour qu'elle le fasse), même si (ou parce que) le canton et la plupart des autres communes ne font pas le leur. Et s'il y a bien de l'obstination dans le conflit qui s'était ouvert à ce propos entre la Ville de Genève et le canton de Genève, ce n'est pas la Ville qui s'en rend coupable, à moins de prendre de la cohérence pour de l'obstination, mais le canton Et pour s'être obstiné, le bailli s'est obstiné : Il a d'abord fait invalider, pour des raisons formelles, une initiative populaire de l'AVIVO donnant à la municipalité le droit d'aider ses habitantes et habitants les plus nécessiteux; il a ensuite, à moult reprises, menacé de prendre les bénéficiaires des aides municipales en otage, et de leur déduire ces aides des aides cantonales; il a continué, en décembre dernier, avant le vote du budget municipal, en menaçant d'invalider celui-ci si les aides municipales étaient maintenues; après le vote du budget contenant les aides municipales, il a à la fois validé le budget, dénié à la Ville le droit de verser ses allocations complémentaires, mais accepté qu'elle continue à les verser à leurs anciens bénéficiaires, tout en lui interdisant de les verser à de nouveaux bénéficiaires étant pourtant dans la même situation que les anciens, et en la menaçant d'invalider le réglement relatif aux aides municipales; il a enfin pris la totalité du budget en otage en interprétant à sa façon une décision de justice... Nous parlons d'obstination pour résumer l'attitude du Conseil d'Etat ? C'est par euphémisme. En fait, cette attitude a tous les symptômes d'un trouble obsessionnel compulsif. Vous avez des gens qui passent leur temps à se laver les mains, nous avons un Conseil d'Etat qui passe son temps à se demander ce qu'il va bien pouvoir trouver pour emmerder la Ville. On s'amuse comme on peut, certes, mais on se permettra tout de même de prier nos Magnifiques Seigneurs de faire leur boulot plutôt qu'empêcher la Ville de faire le sien. Et on poussera même l'outrecuidance jusqu'à suggérer au canton de mener une politique sociale qui permette aux communes de faire autre chose qu'en boucher les trous. Quant à la décision de la majorité du Conseil administratif de ne pas retirer  le recours qu'il avait déposé contre la décision du Conseil d'Etat, on n'en dira que ceci : l'Alternative (les Verts, les socialistes, la gauche de la gauche) avait invité il y a un mois les citoyennes et les citoyens de cette Ville à réélire un Conseil administratif de gauche, pour qu'il mène une politique de gauche. Les citoyennes et les citoyens de cette Ville ont répondu à cette invite en réélisant un Conseil administratif de gauche pour qu'il mène une politique de gauche -pas pour qu'il fasse ce qu'un Conseil d'Etat de droite voudrait qu'il fasse, ou qu'il s'interdise de faire ce que ce Conseil d'Etat de droite prétend lui interdire de faire. Il peut certes arriver que l'on se retrouve, tout éberlués, avec d'autres majorités que celles qu'on a cru élire -et nous avons en effet craint un moment qu'une majorité du Conseil administratif accepte de se plier aux ukazes du bailli cantonal, et qu'ayant élu il y a quatre ans une majorité de gauche au Conseil administratif, nous nous retrouvions à deux semaines de la fin de son mandat avec une majorité du Conseil administratif couchée devant le Conseil d'Etat. Les socialistes se seraient certes consolés en se contemplant restés debout, eux, et eux seuls, mais préfèrent encore se retrouver avec un Conseil administratif resté tel que les électrices et les électeurs de la Ville l'ontt voulu : à gauche. Pas ensemble, peut-être, mais à gauche tout de même.

14:45 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, budget | |  Facebook | | | |