Qui, des légumes ou des humains, logera-t-on dans la plaine de l'Aire ? (vendredi, 13 mai 2011)


Kolkhoze toujours...


Quel qu'en soit le résultat (et si on devait se risquer à un pari, tout en espérant vivement le perdre, ce serait plutôt celui d'un refus du déclassement des 58 hectares de Cherpines-Charrottons) le vote de dimanche ne réglera rien par lui-même.. Certes, en cas d'acceptation du déclassement, on pourra s'atteler à la négociation d'un projet sérieux permettant de réduire l'écrasante pression à la concentration de l'habitat sur un territoire dont une part excessive est affectée à autre chose qu'au logement des humains. Ce sera affaire de rapports de force politique, comme dans le cas du projet Praille-Acacias-Vernets. Mais que tombe sur la plaine de l'Aire, au début de l'après-midi dominicale un  « oui » ou un  « non »  à la proposition d'y loger autre chose que des légumes, la ville continuera d'avancer, la zone agricole d'être grignotée et englobée. Il en subsistera toujours bien assez pour qu'elle joue son rôle -mais si le « oui » l'emporte, on aura simplement cessé de la sanctuariser.  Pour le reste : Kolkhoze toujours...


VignetteCardons6.jpgAllons danser sous les ormeaux...


Deux logiques s'affrontent, qui conduisent chacune à l'un des deux résultats possibles du vote de dimanche sur le déclassement des terrains agricoles de la plaine de l'Aire. : une logique électorale, et une logique sociale. Quand la logique électorale plaide en faveur d'une victoire des référendaires et donc du refus du déclassement des terrains agricoles. la logique sociale, celle de la nécessité de loger, et de loger correctement, les bientôt 500'000 habitants du canton, plus les 30'000 qui l'ont quitté faute d'y pouvoir s'y loger correctement, plus les 100'000 qui nous viendront en une génération, devrait conduire à l'acceptation de ce déclassement. Mais la logique électorale a des raisons que la logique sociale ignore : la majorité de celles et ceux qui ont un intérêt, individuel et collectif, à ce que l'on construise des logements dans la plaine de l'Aire n'auront pas voté  -soit parce qu'ils et elles n'en ont pas le droit, soit par abstention d'en user. Cette majorité, ce sont les  «  classes populaires », celles qui, de tout en bas de l'échelle sociale à la  « classe moyenne inférieure », sont les premières et les plus nombreuses victimes de la crise du logement. De ce  « non vote » des victimes de la crise du logement, comparé à la forte mobilisation des opposants au déclassement (dans tout vote référendaire, les opposants se mobilisent en effet plus que les acceptants, puisque ce sont eux, les opposants, qui ont provoqué le vote), découle logiquement une plus grande solidité de la base électorale des référendaires, et une assez forte probabilité de les retrouver majoritaires dimanche. Au fond, arithmétiquement, les choses sont simples : Si les demandeurs de logements s'abstiennent à 80 % pendant que les amis des légumes se mobilisent à 80%, les premiers perdent, et le seconds gagnent, même s'ils sont minoritaires au sein de la population Si le taux de participation était égal dans les deux groupes (mais il ne le sera pas), le déclassement passerait à plus de deux contre un, or l'hypothèse est assez peu vraisemblable...  Les Cherpines et les Charottons seront-ils déclassés ? P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non. Mais déclassés ou non, ils seront urbanisés, d'une manière ou d'une autre (le projet de plan directeur cantonal actuellement à l'enquête publique prévoit de déclasser en gros 8 % de la zone villas -une zone dont par ailleurs la densification serait facilitée, et entre 2,5 % et 4 % de la zone agricole. ). La ville avance, partout, depuis qu'elle existe. Elle avance dès qu'elle ne peut plus se concentrer -et Genève ne le peut plus guère. Elle avance sur sa périphérie : sur la campagne, sur la banlieue (cette invention du XVIIIe siècle), sur la zone (cette invention du XIXe siècle), par la conurbation (cette invention du XXe siècle). Elle avance sur le territoire, et elle avance dans les populations : il n'y a plus à Genève que moins d'un pour cent de la population que l'on puisse encore considérer comme  « campagnarde ». Les 99 % restant vivent en ville, ou de la ville, ou y travaillent, ou sont déterminés par elle. Dans les faits, tout Genève est une ville. Sauf dans les têtes des Genevois. Résultat :  la République a sanctuarisé ses zones villas et ses zones agricoles. Une sorte de retour au XVIIIe siècle, en somme, au temps d'avant les révolutions bourgeoises... Marx estimait qu'en soumettant la campagne à la ville et en augmentant la population des villes aux dépens de celle des campagnes, la bourgeoisie faisait œuvre révolutionnaire ? Marx n'était pas genevois : ici, on préfère le Jeu du Feuillu et le Rousseau du « Devin du Village ».  « Allons danser sous les ormeaux » de nos campagnes, avant de regagner nos logements. En France.

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