mercredi, 29 août 2018

D'un sionisme l'autre

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Israël : du nationalisme au tribalisme

Tel-Aviv, 4 août : A l'appel des Druzes, des dizaines de milliers de personnes manifestent contre un texte adopté par le parlement israélien, et qui, pour le résumer, proclame que désormais Israël sera un Etat démocratique pour les juifs, et un Etat juif pour les autres : la "loi fondamentale" approuvée le 19 juillet par la majorité de droite et d'extrême-droite religieuse du parlement israélien ne dit pas autre chose, en scellant la dérive du sionisme politique (nationaliste, au strict sens du terme : qui constitue une nation, juive, laquelle se dote d'un Etat démocratique, qui, dans sa loi fondamentale, proclame l'égalité fondamentale de ses citoyens quelque soit leur religion) vers un sionisme tribaliste et religieux tenant de l'apartheid, du suprématisme religieux et de l'identarisme ethnique. Le sionisme fondait un Etat juif, mais cet Etat juif n'était pas, formellement, l'Etat des seuls juifs, s'il en était le foyer national : la déclaration d'indépendance d'Israël proclamait "une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe" -quoi qu'il en soit du respect, ensuite et dans les actes de l'Etat de cette proclamation, au moins fut-elle faite. La nouvelle "loi fondamentale", elle, stipule que "le droit d'autodétermination nationale dans l'Etat d'Israël est propre au peuple juif" (qu'est-ce d'ailleurs que ce "peuple" défini par une religion ?) ce qui signifie que les autres, les non-juifs, Palestiniens musulmans ou chrétiens, en sont privés. Ce "peuple juif" n'est pas le peuple israélien, ni même le peuple des juifs d'Israël : puisqu'il est défini par sa religion, tous les juifs de la diaspora en sont aussi (sans qu'on leur ait demandé leur avis) et disposent donc de ce "droit d'autodétermination nationale dans l'Etat d'Israël" nié aux non-juifs dans ce même Etat d'Israël. Ce n'est donc plus le peuple d'Israël qui devient le sujet principal du droit fondamental d'Israël, mais seulement la partie juive de ce peuple -et d'entre cette partie juive, celle qui se définit d'abord comme juive plutôt que comme israélienne : "Israël est désormais l'Etat des Juifs et non de ses citoyens", juifs ou non, résume Michel Warschawski. De fait, non seulement les arabes musulmans et chrétiens (ensemble, 17,5 % de la population) sont exclus du droit à l'autodétermination, mais les juifs qui ne placent pas leur judaïté au-dessus de leur citoyenneté le sont aussi. Or le judaïsme est une religion, pas une nationalité. Et Israël devrait être un Etat, une citoyenneté, pas une religion. En amalgamant l'Etat et l'une des religions qui s'y pratique, fût-elle majoritaire, en passant du sionisme nationaliste au sionisme religieux, en inscrivant une sorte de "dhimmitude" dans un texte de force constitutionnelle, la droite et l'extrême-droite israéliennes font-elles autre chose que ce que nous dénonçons, légitimement, quand les islamistes le prônent et le pratiquent ?

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13:44 Publié dans Israël, Palestine, Monde, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sionisme, druzes | |  Facebook | | | |

mercredi, 04 mars 2015

Netanyahou fait campagne électorale à Washington

Bétonner l'impasse

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, est allé parader à Washington, devant un public (la droite du congrès américain) aussi acquis à sa cause qu'il l'est à la sienne. Pour parler de quoi ? de la paix, du dialogue avec les Palestiniens, de la pauvreté qui touche une partie toujours plus importante de la population israélienne, de l'isolement d'Israël sur la "scène internationale", de l'échec de l'offensive sur Gaza ? Non : de l'Iran et de son programme nucléaire. Parce que Netanyahou n'a rien à dire aux Israéliens, ni à qui que ce soit d'autre, que cela. Pas d'autre programme que celui qui a conduit le pays qu'il gouverne dans une impasse qu'il veut encore bétonner. Pas d'autre ambition qu'en rester le Premier Ministre. Netanyahou fait campagne à Washington devant la droite du Congrès américain, Avraham Burg, ancien président du Parlement israélien, homme de gauche et leader pacifiste, remet les pendules à l'heure à Genève, à la faveur du Festival du film et forum international des droits humains : vous pourrez le rencontrer ce soir, mercredi, à 20 heures à Unimail (salle M130), à l'initiative du Cercle Martin Buber (http://www.cerclemartinbuber.ch/
). Après quoi, si vous le voyez projeté quelque part, ne manquez pas le beau film d'Amos Gitai. Et lisez Mahmoud Darwich. Et écoutez le Diwan de Daniel Barenboim jouer Beethoven.

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17:26 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : israël, palestine, sionisme | |  Facebook | | | |

vendredi, 05 décembre 2014

Reconnaissances européennes de l'Etat palestinien : A quand un geste de la Suisse ?

A une très large majorité (toute la gauche), le Parlement français a adopté mardi une résolution socialiste (certes non contraignante) enjoignant au gouvernement de reconnaître officiellement l'Etat Palestinien. En octobre, le Parlement britannique avait déjà fait de même, et le gouvernement (social-démocrate) suédois avait même procédé à cette reconnaissance officielle, la Suède étant le premier pays d'Europe occidentale (et le 135ème au monde) à le faire. "Les conditions de la reconnaissance d'un Etat palestinien ne sont pas réunies, plaident les adversaires de cette reconnaissance. Ces conditions étaient-elles mieux réunies lors de la reconnaissance de l'Etat d'Israël, en 1948 ? Avait-on attendu "la paix" pour le reconnaître ? Contrôlait-il la totalité de son territoire ? Les Etats qui reconnurent alors Israël étaient alors bien moins sourcilleux sur les conditions de cette reconnaissance (il est vrai que nombreux étaient ceux qui avaient à faire oublier leur indifférence, voire leur complicité, à la Shoah) que certains aujourd'hui à l'égard de celle d'un Etat Palestinien. Cet Etat palestinien que  135 Etats reconnaissent aujourd'hui, comme la plupart d'entre eux reconnaissent aussi l'Etat d'Israël. La Suisse n'est pas de ces 135 Etats. Peut-elle différer encore longtemps de s'y adjoindre ?

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16:18 Publié dans Monde, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : israël, palestine, sionisme | |  Facebook | | | |