jeudi, 22 novembre 2012

Et Jean-Jacques revint...

Elle : Enfin...
Lui : Enfin ?
Elle : Enfin... enfin te revoilà... il y avait si longtemps...
Lui : ... que je n’étais plus revenu à Genève, oui... mais tu sais ce qui m’en avait tenu éloigné : ce qui me requérait ailleurs avait singulièrement plus de force que ce qui m’y aurait retenu. Si on y avait encore voulu de moi...
Elle : Que t'importe, qu'on y veuille ou non de toi ? Cette ville est ta ville, non ?
Lui : Bien sûr, ma ville... mais j’ai toujours la même impression d’étrangeté à m’entendre dire « ma ville ». Genève n’appartient à personne, et surtout pas à qui croit en détenir les clefs et croit pouvoir parler en son nom. Elle appartient à ceux qui l’habitent, d’où qu’ils viennent, à ceux qui la font vivante, quels qu’ils soient. Et à ceux qui la rêvent, où qu’ils soient.
Elle : Et l'as tu reconnue, « ta ville », ou le rêve que tu entretenais d'elle, en revenant sur tes pas ?
Lui : Je l'ai trouvée changée, comme agrandie. Mais c’est peut-être d'avoir été fidèle à elle-même, à ce qui l’avait constituée, à ce qu’elle continuait d’être, même sans le savoir ou sans qu’elle s’en souvienne. Je l'ai reconnue non pas telle qu'elle était. je l'ai reconnue un peu telle que je la voyais, ou voulais la voir...

Elle : Nous n'aurions changé la ville que pour lui permettre de se ressembler à nouveau ou te permettre à toi de la retrouver telle que tu la rêvais ?
Lui : J’avais quitté une ville engoncée, ne sachant plus très bien ce qu’elle voulait faire d’elle-même, se remettant encore lentement d’avoir abandonné à d’autres le soin de lui assigner un destin -et quel destin ! celui d’un centre commercial, d’un parking, d’un échangeur d’autoroutes… Genève s’est réveillée, et se réveillant s’est ébrouée, et s’ébrouant s’est émancipée.
Elle : Ne crois pas que ce fut simple... Il a fallu que nous échappions à nos propres frontières... ton mot, « s'ébrouer », c'est le mot juste. Nous nous sommes ébroués, comme quand on s'éveille. Et en nous ébrouant, nous avons reconnu notre ville : vieille de 2000 ans, Commune depuis 1000 ans, République depuis 500 ans, et canton pour l’accessoire depuis que, revenus dans les fourgons d’une armée étrangère en chassant une autre, quelques notables avaient encore si grande peur des révolutions de France qu’ils virent en la Suisse une assurance tous risques politiques...
Lui : N'étiez-vous pas las de contempler à vos portes l’Europe en train de se faire, si difficilement que cela soit, n'étiez-vous pas fatigués d’attendre que se déchirent les mythes et que se dissipent les peurs pour sauter à communes jointes par dessus cette frontière qui traversait la ville réelle ?
Elle : Oui, et pourtant, tout cela n'était qu'évidence...
Lui : Une évidence ?  mais pourquoi mit-elle si longtemps à s’imposer, qu’on avait fini par la prendre pour un projet révolutionnaire. Eppur si muove… Il en fut d’autres évidences comme de celle-ci, et je mesure bien, pour les avoir rencontrés, les obstacles qu’il faut surmonter pour que des mots comme « égalité », «démocratie», « contrat social », sortent des discours pour prendre leur vrai sens, lourd, vérifiable…
Elle : Eh oui, citoyen de Genève... On a toujours beaucoup parlé ici, et beaucoup écrit, et toi le premier. Enfin, non, pas le premier, mais pas des moindres...  Genève est une ville de mots. Il en aura fallu dire et écrire beaucoup, longtemps, pour que les actes suivent. Mais ils suivent. Ils finissent toujours par suivre... et ces promeneurs là ne sont pas solitaires...

Lui :  Il fut un temps, le mien, où l’on était tenu de croire que la « démocratie » ne pouvait se concevoir que si les citoyens ne s’en servaient pas. L'exclusion des droits politiques n’était pas une faiblesse du système, mais le système même. Ainsi la décision politique restait-elle en mains d’un petit nombre de gens (surtout des hommes, surtout des universitaires, surtout des membres actifs d’organisations politiques, sociales ou économiques puissantes, surtout des gens aisés…) décidant pour le grand nombre. Fermée aux étrangers, étrangère aux pauvres, méfiante à l’égard des femmes, ignorante des jeunes, cette vieille démocratie était un jeu d’initiés, cette vieille République un club privé, d'autres que moi disaient que la ville de Rousseau était politiquement celle de Voltaire.
Elle : Tu le vois : il s’est bien passé quelque chose ici. Genève n’a peut-être pas été révolutionnée mais réformée (pardonne-moi ce jeu de mot que l’Histoire me souffle), et c’est un peu la même chose, dans cette ville un peu arrogante, en tous cas orgueilleuse, résistant dans le même mouvement où elle s’ouvre, provinciale et planétaire tout à la fois. Nous avons retrouvé le monde -le vrai, pas celui des chiffres et des quantités, celui des hommes et des femmes, des idées et des peuples. Celles et ceux que l’on pourchasse pour leur parole libre trouvent à nouveau ici un asile ; les villes que l’ordre du monde déchirent trouvent en la nôtre une amie. Genève ne donne plus de leçons sans tendre la main.
Lui : C’est un geste qu’elle sut faire autrefois, et qu’elle oublia. Elle prit pour une raison d’être ce qui n’était qu’un moyen d’exister ; sa richesse l’avait assoupie, elle sommeillait sur son matelas d’or, drapée d’une bannière à croix rouge, bercée par le murmure de ses banquiers, quelques souvenirs héroïques meublant ses rêves.
Elle : Ce n’est pas si facile qu’on le dit de rompre avec des habitudes dont avait fait des lois, et avec des lois que l’on prenait pour une fatalité. Ce fut fait pourtant, et bien fait.

Lui : Merci... J’avais envie de revenir à Genève, j’ai désormais envie d’y rester. Et de t'y attendre. Notre vieil Héraclite ne nous disait-il pas : « Si tu n’espères pas l’inespéré, tu ne le trouveras pas » ? Je t'espère...
Elle : ... espère moi...  et contente-t'en...

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mercredi, 20 juin 2012

Il a 250 ans, Genève brûlait les livres de Rousseau : L'hommage du feu aux flammes

Une petite troupe recueillie a commémoré hier matin dans la cour de l'Hôtel-de-Ville, sur les lieux du crime (contre l'esprit), un événement dont Genève n'a pas lieu d'être fière : la lacération et la destruction par le feu il y a deux siècles et demi, le 19 juin 1762, sur ordre des autorités genevoises et au grand plaisir de Voltaire et du Résident de France, de deux des oeuvres majeures de Jean-Jacques Rousseau, « Le Contrat Social » et « L'Emile ». Trente ans plus tard, la révolution genevoise annulera la fatwa des autorités de l'ancien régime, réhabilitera Jean-Jacques et en refera le Citoyen de Genève. C'était un beau temps, que celui où les livres avaient à Genève suffisamment d'importance pour qu'on les condamne au feu en espérant que ce qu'ils contiennent parte en flammes, en fumées et en cendres... Ainsi, en brûlant le livre, l'honorait-on, et honorait-on son auteur... L'hommage du feu aux flammes de la pensée...

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lundi, 02 avril 2012

Tombée du futur et retrouvée dans les caves du père Glozu, une lettre anonyme et sans date...

Ma très chère,

Je n’étais plus revenu à Genève depuis longtemps ; tu sais ce qui m’en avait tenu éloigné... je ne m’étais pas exilé, mais ce qui me requérait ailleurs avait singulièrement plus de force que ce qui m’y aurait retenu. Genève est ma ville, mais j’ai toujours la même impression d’étrangeté à m’entendre dire « ma ville ». Genève n’appartient à personne, et surtout pas à qui croit en détenir les clefs et croit pouvoir parler en son nom. Elle appartient à ceux qui l’habitent, d’où qu’ils viennent, à ceux qui la font vivante, quels qu’ils soient. Et à ceux qui la rêvent, où qu’ils soient.

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jeudi, 09 février 2012

Mercredi scolaire : Travailler plus pour gagner... euh... savoir plus ?

La campagne pour ou contre le « mercredi scolaire » démarre enfin. Trois jours avant les vacances scolaires, c'est malin. Et en plus, Mark Muller sème la crème en reconnaissant que jusqu'à présent il avait dit n'importe quoi, ce qui ne surprendra personne mais va faire les gros titres des canards jusqu'à dimanche... La campagne démarre donc assez tardivement. C'est explicable du point de vue des partisans du projet, qui peuvent compter sur l'envie des parents de faire assumer par l'école une demie-journée de gardieennage de plus, quoi que l'on fasse de cette demie-journée. De la part des opposants au projet, à commencer par la SPG, c'est un peu plus surprenant, mais bon : mieux vaut tard que jamais. Et donc, on en remet une petite couche de notre côté, histoire d'entretenir la flamme...

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16:11 Publié dans école | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : genève, votation, rousseau, piaget | |  Facebook | | | |

jeudi, 27 octobre 2011

Démocratie, élections : Quoi de neuf ? Rousseau !

Petite pause dans les commentaires d'actualité pour essayer de prendre sur elle (et sur eux) un peu de hauteur -ce qui, si nous y parvenons, ne pourrait, admettons-le, ne nous faire que du bien. Ainsi, nous aurions, dimanche dernier, en désignant nos représentant-e-s au parlement fédéral, participé à déléguer à des représentants la « volonté générale » du peuple souverain sont nous sommes supposés faire partie (quoique la moitié de celles et ceux qui étaient invité-e-s à le faire s'en soient abstenus, ce qui n'est après tout qu'une carte blanche laissée à qui veut la prendre) ? Mais cette « volonté générale » est-elle déléguable ? Et en élisant, n'est-ce pas d'une part de ma propre volonté, et de ma souveraineté, que j'abandonne ? Ouvrons donc un peu de l'année Rousseau, avec un peu d'avance...

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13:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : démocratie, élections, peuple, rousseau | |  Facebook | | | |

jeudi, 22 septembre 2011

Bonne et heureuse nouvelle année !

En ce 1er Vendémiaire...

Ce jour, citoyennes, citoyens, n'est pas un jour comme les autres : c'est le premier jour du mois de Vendémiaire. Et le mois de Vendémiaire est le premier mois de l'année républicaine. Nous sommes donc, en ce 1er Vendémiaire, le jour du Nouvel-An. On s'autorisera donc à quelque discrète libation, et à vous présenter à toutes et tous nos meilleurs voeux pour cette nouvelle année, qui se trouvera aussi être, quelque soit le calendrier que l'on choisira, une « année Rousseau » -celle de la naissance du Citoyen majuscule, d'un Devin de la Ville, d'un Promeneur politiquement moins solitaire qu'il crut l'être.  Une nouvelle année qu'on espère encore, malgré tout, être d'une nouvelle citoyenneté pour 40 % de la population adulte de Genève...

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13:06 Publié dans voeux | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : démocratie, citoyenneté, àtrangers, rousseau | |  Facebook | | | |