religion

  • Un « parlement des musulmans de Suisse » pour « organiser l'islam de Suisse » ? Au nom de Dieu clément et député ?

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    Deux organisations musulmanes veulent donc « organiser l'islam de Suisse » grâce à un « parlement des musulmans », nous apprend la presse... Mais quel « islam de Suisse » ? Ou plutôt, lequel, des islams de Suisse Qu'il y ait des musulmans en Suisse (à peu près 400'000, dont à peu près la moitié sont Albanais d'Albanie, de Kosovë ou de Macédoine), l'UDC les agite assez comme épouvantails pour que nul désormais ne puisse les ignorer. Mais un islam de Suisse ? Les musulmans de Suisse sont sunnites, chiites, alévis, soufis, ismaïliens, distingués en outre par leurs origines nationales  : albanais, maghrébins, turcs, ont des rapports différents à l'islam, et des pratiques différentes de leur foi religieuse (quand encore il s'agit de foi, et non d'héritage culturel « laïcisé » en mode de vie). Bref, on voit mal ce qu'un « parlement des musulmans de Suisse » pourrait organiser d'un « islam de Suisse », sinon la prétention exorbitante de quelques organisations à parler au nom de tous et toutes les musulman-e-s d'Helvétie...

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  • Mort de l'idéologie ?

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    Les révolutions du XIXème siècle (dont celle de février-mars 1917, en Russie, fait encore partie) s'appuyaient sur une idéologie, se nourrissaient de mouvements artistiques et culturels et s'exprimaient par eux. Cet enracinement de la volonté révolutionnaire dans l'invention culturelle et artistique a pris fin à l'automne 1917, lorsque la révolution accoucha d'un putsch et que la volonté révolutionnaire se résorba en une volonté de pouvoir. La mort de l'art, la vacuité de la culture et la fin de l'idéologie ayant été successivement (quoique abusivement) proclamées, sur quoi appuyer aujourd'hui notre volonté de changement ? Sur cette mort, cette vacuité et cette fin, qui pourraient signifier aussi bien la mort du révolutionnarisme lénino-blanquiste, la vacuité de l'ouvriérisme et la fin de l'idéologie étatiste ?

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  • Buzz autour d'une candidate voilée : Le voile, la confusion, l'amnésie

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    Une candidate verte au Conseil Municipal de Vernier porte le voile  « islamique » ... Joli coup de pub, mais avec quoi, derrière? de la confusion et de l'amnésie. De la confusion, d'abord, entre une liberté individuelle et une proclamation religieuse transformée en proclamation politique. Ou bien le choix de porter le voile est un choix purement vestimentaire, esthétique, le choix d'un look, d'une apparence, et on n'a rien de plus à en dire que sur le choix de porter des pantalons dont la taille se situe quelque part entre le genou et l'astragale, ou bien c'est un choix religieux qui n'a pas à encombrer l'espace politique, parce que l'encombrant, il le parasite et ajoute de la confusion à une confusion déjà générale entre le politique et le religieux. Il est vrai qu'en un temps où l'extrême-droite se revêt des oripeaux de la laïcité, l'aliénation religieuse aurait tort de ne pas se farder de couleurs de gauche. Et puis, il y a de l'amnésie, dans ce coup de pub. Parce qu'il conviendrait tout de même de se souvenir que ce sont aux femmes, et seulement aux femmes, à qui s'adresse l'ordre de se voiler, de se couvrir, de s'empaqueter...

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  • Vivement l'après-Avent...

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    Plus que deux semaines et on en aura fini avec les " fêtes "...

    Il faut rendre au capitalisme et aux marchands l'hommage qu'ils méritent : en dépouillant les ancienne fêtes religieuses de tout contenu religieux, en les réduisant à un grand rite consumériste, laissant certes quelque place, congrue, à la remémoration des traditions anciennes, mais écrasant sur son passage toute autre signification que celles qui peuvent se réduire à un échange marchand, ces endémies éclaircissent le paysage. On sait depuis Marx que le capitalisme est, fondamentalement, révolutionnaire -en ce sens qu'il bouleverse, et écrase quand il ne peut bouleverser, tout sur son passage. Les fêtes de Noël le confirment : La nativité réduite à la marchandise annonce la mort de Dieu, en le mettant en vente.

    Et Dieu dans tout ça ?

    Le moment s'y prête : il doit bien rester, sous le fatras consumériste et l'orgasme mercantile des " fêtes de fin d'année ", quelque trace de religiosité -pas de celle, fétichiste, de la marchandise, mais de celle au nom de laquelle nous sommes supposés fêter noël, en pays anciennement chrétiens et désormais aussi païens qu'on peut l'être dans un supermarché. Profitons donc de l'occurrence pour dire, au passage, un mot de ce vieux cerbère de tous les ordres imposés : la religion. Apparemment, à défaut d'être déjà mort, Dieu serait subclaquant. Mais ce vieux cancer a ses métastases, ce cadavre ses parasites : les églises traditionnelles s'endorment doucement, d'autres, pires, naissent de leur soue. Et à contempler ce qui menace de lui succéder, on finirait même par regretter Dieu... Et puis, la religion ne s'éteint pas comme un incendie : elle s'embourbe comme une inondation. Et cela prend du temps : au début du XXIème siècle de l'ère chrétienne, 70 % des Français se font encore enterrer religieusement (du moins leur famille l'a-t-elle décidé pour eux). Que la mort soit toujours révoltante est d'autant plus évident qu'elle est devenue invisible, sauf comme spectacle. Le passage vers le néant doit être marqué, les religions sont là pour cela, et à cela au moins -mais à cela seul-peuvent-elles encore servir. Et puisque nul ne vit autrement qu'entre une naissance qu'il n'a pas choisie et une mort qu'il ne peut éviter, autant ajouter à l'absurdité de ce passage l'absurdité du signe qui le clôt. Ce signe est un signe de mort, et un signe mort : que les cadavres des hommes soient accompagnés de celui de leurs dieux rend au moins les hommes égaux des dieux.
    Amen.

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  • Cité de Calvin et bûcher de Servet

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    Commémorations : choisis ton camp, camarade…
    Cité de Calvin et bûcher de Servet


    Lundi 27 octobre, cela fera 455 ans que Michel Servet, médecin, philosophe, théologien et géographe aura été brûlé vif pour hérésie à Champel. L'année prochaine, on célébrera le 500ème anniversaire de la naissance de son accusateur : Jean Calvin. Calvin n'a pas allumé lui-même le bûcher de Champel. Il a seulement produit le réquisitoire théologique qui a mené Servet au bûcher. On commémorera abondamment la naissance de Calvin, et la fondation du Collège, dans les mois à venir. On parlera peut-être un peu de Servet, pendant quelques jours. Le premier a sa statue, imposante, sur le mur, imposant, des Réformateurs. Le second, une petite stèle expiatoire érigé par quelques " disciples fidèles " (et contrits) du " grand Calvin ", plaidant pour qu'on lui pardonne une " erreur qui fut celle de son siècle ". Qu'on la pardonne, ou qu'on l'oublie ?

    Calvin vous gonfle ? Gonflez Calvin !

    Le Grand Conseil a décidé de contribuer pour un demi-million au financement des manifestations de la commémoration calvinienne : congrès scientifique, spectacles et animations au centre-ville, concerts, " village huguenot " dans le parc des Bastions (avec participations de hooligans le jour de la Saint-Barthélémy ?) expositions au Musée de la Réforme et à la Bibliothèque de Genève, conférence à Saint-Pierre, publications diverses, timbre-poste spécial, calendrier illustré par des bédéistes, édition d'un " Calvin pour les nuls ", culte en Eurovision et gadgets divers (swatch, stylo, pilulier...), les édits somptuaires étant passés de mode (quoiqu'une bonne récession pourrait les y ramener). Mais il manque quelque chose à ce programme. Quelque chose sans quoi aucune manifestation d'envergure ne saurait plus se tenir à Genève : une baudruche au-dessus du jet d'eau. Nous lançons donc ici une souscription pour le financement de ladite baudruche, à l'effigie de Jean Calvin. Baudruche qui devra, elle, résister au vent, à la bise, aux encycliques papales, à Tariq Ramadan, aux vengeurs de Michel Servet et aux partisans de Sebastien Castellion. Envoyez vos chèques à Jean-Pierre Jobin : s'il n'y a pas assez pour se payer une baudruche, on se payera un banquet.

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  • Retour politique du religieux : Gott mit euch

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    Dans un discours prononcé devant quelques centaines de " personnalités du monde de la culture " française, Benoît Seize, ci-devant pape, a proclamé (une fois de plus, mais on ne s'en lasse pas) que " ce qui a fondé la culture de l'Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L'écouter, demeure aujourd'hui encore le fondement de toute culture véritable ". En suggérant (modestement, puisque athées et donc hors de " toute culture véritable ") à Papy de lire l'Enyclopédie (après 250 ans, il serait temps), on lui rappellera que le " fondement " réel de la culture européenne est gréco-latin, et donc païen (sans oublier d'ailleurs que ce fondement repose lui-même sur des héritages non moins païens), que l'apport de l'athéisme et de l'agnosticisme à la culture européenne est incontestable, et qu'à vouloir exclure de la " culture véritable " les Lumières et l'affirmation d'une Raison autonome de la foi, on s'interdit de comprendre même ce qu'est la culture européenne. Il est vrai cependant que le Pape n'est pas le seul à s'arrimer comme un champignon aux " racines chrétiennes " de " notre civilisation " : dans notre petit coin de terre, la liste " évangélique " pour la Constituante genevoise fait de même, et les partisans de l'interdiction des minarets en Suisse itou.

    Racines

    La floraison de discours sur les " racines " religieuse de " notre civilisation ", cette obstination suspecte à vouloir réduire ces " racines " à la chrétienté (ou à la judéo-chrétienté, ou, dans le meilleur des cas, au Livre) et donc " nôtre civilisation "à la religion, commencent sérieusement à nous courir sur le haricot. Et tous ces bons apôtres truffiers à nous bassiner, qui nous somment de graver dans les textes (les constitutions, par exemple) ce qui leur paraît être une évidence, mais qui ne l'est qu'en raison de leur myopie historique : que les " racines " de notre " civilisation européenne " seraient chrétiennes, que les " racines " de toute civilisation seraient religieuses. Il se trouve que les seules religions historiquement supportables sont celles qui ont secrété les acides qui les ont détruites comme institutions incontestables : c'est le grand mérite du christianisme que cette sécularisation, et c'est la grande faiblesse de l'islam, que de n'y être encore parvenu qu'à la marge, faute peut-être d'institutions centrales à combattre frontalement. Mais en chrétienté aussi, la nostalgie du règne religieux se cultive, de Sarah Palin à Benoît XVI. Or le christianisme s'est diffusé comme culture dans le temps même où il se dissolvait comme puissance politique, et à la condition de cette dissolution. Pourquoi dès lors vouloir à toute force remettre un dieu là d'où on a eu tellement de peine à l'extirper : au cœur de la politique ? Sans Calvin, il n'y aurait certes pas de République de Genève… mais si les arbres tiennent par leurs racines, nous ne sommes pas des arbres et nous tenons par nos têtes. A vouloir s'enraciner, on n'arrive qu'à s'immobiliser.

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