jeudi, 01 décembre 2011

« Culture et politique à Genève » : après le forum du RAAC

Beaux discours et lourdes menaces

« Paradoxalement, les inquiétudes se manifestent de plus en plus vivement (au sein des milieux culturels) alors que les progrès accomplis sont indéniables » a regretté Charles Beer, lors du dernier Forum du RAAC (Rassemblement des artistes et acteurs culturels genevois). Quelles inquiétudes ? Quels progrès? Le projet de loi sur les arts et la culture témoigne certes d'une belle intention de faire travailler le canton, la Ville, les autres communes et les milieux culturels ensemble, mais cette belle intention pourrait se traduire concrètement par un appauvrissement considérable du soutien public à la culture, faute d'une majorité politique cantonale acquise à un engagement matériel plus fort de la République sur ce terrain, alors que les ressources financière de la Ville risquent de se trouver lourdement amputées par les diverses contre-réformes fiscales concoctées par la droite cantonale, sans que ces ressources perdues soient récupérées par le canton.. Dans ces conditions, on comprend mieux les « inquiétudes » des milieux culturels :
les menaces sont directes, et elles pèsent sur tous les acteurs culturels genevois, institutionnels ou non.

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mardi, 19 mai 2009

Pentecôte culturelle

La Grand'messe du RAAC, samedi, a annoncé la Bonne Nouvelle : il s'est produit à Genève un miracle, une pentecôte, une parousie : le champ politique s'est illuminé de conversions extraordinaires et de révélations bouleversifiantes frappant le petit monde des élues et des élus, des candidates et des candidats, des porte-paroles et des porte-plumes, prônant désormais dans une unanimité qu'on n'entendait plus guère chantée qu'à Solesme, le partage des tâches et des charges de la politique culturelle. Toutes et tous, y communiant, même avec la fraîcheur des nouveaux convertis, ceux qui depuis des lustres ont tout fait et tout défait, tout dit et de tout médit, pour que ne soit pas même envisagé ce dont il clament aujourd'hui l'urgence : une redéfinition complète des responsabilités publiques dans le champ culturel, en même temps qu'un renforcement des moyens à disposition pour que ces responsabilités soient assumées -il ne saurait en effet être question d'accepter que l'accroissement des ressources financières à disposition du canton pour sa politique culturelle se paie d'une réduction des ressources financières accordées par la Ville à la sienne. Ce n'est pas pour que la Ville puisse réduire son budget culturel qu'il faut le canton augmente le sien : c'est pour que, déchargée d'une part de son apport aux grandes institutions, la Ville puisse affecter les ressources ainsi libérées à d'autres champs culturels.

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mercredi, 13 mai 2009

Politique culturelle : Genevois, encore un effort pour être républicains !

Samedi prochain, au théâtre Am Stram Gram, se tiendra la troisième et dernière session du Forum " Art, culture et création " organisé depuis 2008 par le (Rassemblement des artistes et acteurs culturels). Le RAAC va présenter urbi et orbi (" aux autorités, au monde politique, aux milieux culturels et au public ") ses huit propositions, et " poser quelques hypothèses de travail pour la Genève culturelle de demain " : que la création devienne la priorité des politiques culturelles, qu'elle soit inscrite dans la constitution et la loi, qu'elle dispose de nouvelles ressources, qu'on dispose d'un outil d'analyse du financement culturel, que la culture et la création soient intégrées dans les projets urbains, que les artistes et acteurs culturels aient un statut professionnel, que la République assume son rôle dans la politique culturelle et que les collectivités publiques de toute la région mènent ensemble une politique culturelle cohérente. Rien de révolutionnaire, mais rien que de nécessaire...

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dimanche, 05 octobre 2008

Les réponses du Parti socialiste aux questions du RAAC

Les réponses du Parti socialiste aux questions du RAAC

Quels sont pour votre parti les enjeux centraux en matière culturelle à Genève et les changements que vous souhaiteriez mettre en œuvre ou voir appliquer ces dix prochaines années ?

Il y a d'abord un enjeu global, que nous aurons à affronter bien au-delà  du terme des dix prochaines années : défendre l'espace de la création culturelle contre l'emprise du marché. Il y a ensuite quatre enjeux concrets, à relever à Genève -et que Genève a les moyens, politiques et financiers, de relever :

1.    Une nouvelle répartition des compétences et des charges financières en matière de politique culturelle, entre le canton, la Ville et les 44 autres communes. Nous souhaitons affirmer et ancrer dans la Constitution (et dans les lois qui en découlent) le rôle central de coordination et d'incitation du canton en matière culturelle, et imposer au canton  d'avoir une politique culturelle et les moyens financiers, institutionnels, administratifs et humains de cette politique et de la responsabilité qu'il a à y prendre. Nous persistons à trouver invraisemblable que la République de Rousseau n'ait ni politique culturelle, ni les moyens d'en avoir une. Nous souhaitons et proposons en outre la création de deux instances permanentes réunissant l'ensemble des collectivités publiques du canton, et financées par elles toutes :
- un fonds de financement des grandes institutions culturelles existantes et à créer, afin de permettre à la Ville et aux quelques communes qui assurent actuellement le financement de ces institutions d'affecter les ressources qu'elles y consacrent à d'autres champs culturels ayant besoin de ressources supplémentaires ;
- une Commission culturelle permanente réunissant des représentants de toutes les collectivités publiques de la région (Vaud et France compris), des institutions culturelles, des artistes, créateurs et acteurs culturels non institutionnels, et des sources privées de financement culturel régulier.

2.    La régionalisation de la politique culturelle, c'est-à-dire la concertation permanente entre collectivités publiques genevoises, vaudoises et françaises. Nous souhaitons ouvrir les lieux, existants et à créer, de concertation et de décision en matière culturelle aux représentants des collectivités publiques vaudoises et françaises de la région. Nous souhaitons également affirmer la nécessaire dimension romande de toute politique culturelle " genevoise ".

3.    Une nouvelle répartition des ressources allouées à la culture, entre celles qui vont assurer le fonctionnement des institutions et la pérennité des lieux, d'une part, et celles qui vont permettre de les utiliser pour la création et sa représentation, d'autre part.

4.    Une nouvelle répartition des ressources allouées à la culture entre celles qui le sont aux institutions pérennes et celles qui le sont à la création indépendante.
Ces deux derniers points doivent accompagner un accroissement global des ressources allouées par les collectivités publiques genevoise (toutes les collectivités publiques genevoises) à la culture. Par ressources, il ne faut pas seulement entendre des ressources financières, directes (subventions) ou indirectes (prises en charges de dépenses), mais également des ressources en espaces et en lieux.

Nous tenons également à réaffirmer le lien entre la culture et l'école, et la nécessité de concevoir la culture comme l'un des piliers de l'instruction publique.

Il y a enfin quatre principes qui doivent structurer la politique culturelle :
- pas de hiérarchie des formes d'expression et des domaines culturels ;
- pas d'exclusivité ni de dispense accordées à certaines communes (ou au canton) pour le subventionnement de la culture : toutes doivent y contribuer, aucune ne doit y contribuer de manière disproportionnée ;
- pas de politique culturelle sans les créateurs et les acteurs culturels ;
- pas de ségrégation sociale (par les ressources financières ou le bagage culturel) pour l'accès à la création et à la représentation culturelles : il est totalement illusoire de croire que tout habitant de Genève dispose actuellement des moyens financiers nécessaires pour accéder à l'offre  culturelle genevoise.

Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin d'améliorer la coordination et la complémentarité entre les entités Ville-Etat-communes ?

-    Le renforcement, constitutionnel, législatif et matériel, du rôle du canton comme instance de coordination de la politique culturelle ;
-    L'implication du canton et de toutes les communes dans la politique culturelle ;
-    La création d'une commission culturelle régionale (transfrontalière) permanente, rassemblant tous les acteurs publics et privés pérennes de la culture, et disposant de sous-commissions thématiques, par champ culturel. Cette commission et ces sous-commissions effectueraient un travail de réflexion, de prospective, de propositions ; elles donneraient des préavis sur les actes publics dans le domaine de la culture, seraient consultées par les collectivités publiques, et pourraient s'autosaisir de projets.
-    La création d'un fonds de financement des grandes institutions culturelles, existantes ou à créer, fonds alimenté par des contributions du canton et de toutes les communes, en fonction  de leur capacité financière ;
-    La cantonalisation des grandes institutions culturelles régionales publiques et la prise en charge par le canton de leurs subventions d'exploitation (…)de telle manière que des ressources municipales soient libérées pour d'autres interventions dans le champ culturel.


Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de mettre en place une politique de financement par les pouvoirs publics en phase avec les développements actuels du secteur culturel ?


Il s'agit ici d'abord de dégager des ressources municipales (en particulier en Ville) en transférant au canton une grande partie de la charge financière des grandes institutions culturelles, de telle manière que les ressources que la Ville et quelques grandes communes affectent à ces institutions puissent être affectées aux formes, aux contenus et aux lieux culturels émergents. (…)

Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de développer le soutien à la création, à la recherche artistique novatrice ?

Il s'agit d'abord de laisser à libre disposition des créateurs et acteurs culturels émergents des lieux et des espaces. (…)

Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de défendre la diversité de l'offre culturelle et l'accès pour tous à la culture ?

On ne peut défendre que ce qui existe, et existe suffisamment. La diversité de l'offre culturelle genevoise est réelle (…) mais l'accès de tous à la culture reste problématique, matériellement pour une bonne part de la population. (…).

Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de soutenir le développement des liens entre école et culture ?

Evoquer des " liens entre école et culture " tient de l'évidence puisque l'école est une institution culturelle (…) Il convient donc de développer le plus possible les collaborations entre l'école (…) et les autres acteurs culturels (…).

Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de favoriser la mise à disposition de lieux de travail et de production pour les artistes ?

(…) Dans tout projet d'aménagement important, une partie minimale du volume soit obligatoirement affectée à des espaces culturels (…). Tout plan d'utilisation des sols devrait également comprendre un pourcentage minimal d'affectation à de tels espaces (…).

Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de permettre la réalisation de grandes infrastructures culturelles ?

L'affirmation du rôle central du canton dans la politique culturelle genevoise doit permettre de dépasser les oppositions locales (municipales, de quartier…) à l'implantation de grandes infrastructures culturelles. De même, l'existence d'un fonds de financement des institutions culturelles, impliquant l'ensemble des communes (en sus du canton) devrait assurer le financement de telles infrastructures, au lieu que d'en laisser supporter la charge par une seule commune, parfois deux, et parfois le canton. (…)

Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin de garantir aux artistes et acteurs culturels une protection sociale minimum ?

Il ne devrait pas être question de garantir aux artistes et acteurs culturels une protection sociale  " minimum " : il ne peut être question, pour nous,  que de leur garantir ni plus ni moins que les droits sociaux qui sont ceux de toutes les personnes actives. Nous continuerons donc de nous battre pour que la loi sur le chômage intègre les artistes et créateurs indépendants dans le champ de la protection sociale " normale ", en tenant compte des spécificités du secteur culturel. Au niveau cantonal, les collectivités publiques accordant des subventions à des institutions et des lieux culturels doivent veiller à ce que les bénéficiaires de ces subventions assument leurs obligations d'employeurs et que les subventions assurent les moyens nécessaires à la couverture de ces obligations. Le canton devra enfin étudier la possibilité de compenser l'absence de deuxième pilier pour un grand nombre d'artistes et d'intermittents du secteur culturel.

Quelles solutions concrètes préconisez-vous afin  de donner une place aux artistes et acteurs culturels dans les réflexions qui précèdent les prises de décision ?

La représentation des artistes et acteurs culturels dans les instances de décision des grandes institutions culturelles, ainsi que du fonds de financement et de la commission culturelle permanente que nous proposons. Il convient cependant d'ajouter qu'une telle représentation suppose l'existence de mouvements, d'associations, d'organisations représentant artistes et acteurs culturels dans la durée.

Dans quelle mesure votre parti serait-il prêt à travailler en concertation avec le RAAC sur les problématiques culturelles ?

Aucune politique culturelle n'est concevable sans les acteurs culturels. Nous sommes donc évidemment prêts à continuer de travailler en concertation avec le RAAC (et tout autre mouvement rassemblant les, ou des, acteurs culturels de la région) sur des problématiques qui nous mobilisent déjà, et pour lesquelles nous ne concevons pas de travailler seuls, en vase clos et sans les mouvements sociaux actifs dans les champs sociaux et politiques concernés.

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samedi, 04 octobre 2008

Que les acteurs (s')activent !

Une condition de tout changement de politique culturelle :
Que les acteurs (s')activent !


Lorsqu'il y a deux ans une majorité gouvernementale cantonale tenta de transférer aux communes, c'est-à-dire, très concrètement, à la Ville,  le peu de charges et compétences culturelles assumées par le canton, ce funeste projet fut victorieusement combattu par une alliance nécessaire : celle de forces politiques (notamment le PS et SolidaritéS), et celle des " acteurs culturels ". Sans cette  conjonction, sans la résistance de la gauche et la mobilisation du RAAC, le " transfert de charges " devenait réalité. Et la politique culturelle du canton une politique de l'inculture, revendiquée, sinon assumée, comme telle.  

" Que cent fleurs s'épanouissent "

Aucune politique culturelle n'est concevable sans les acteurs culturels, aucun changement de politique culturelle sans leur volonté de changement -et sans qu'ils se soient dotés des instruments (de mouvements, d'associations, d'organisations) d'expression collective d'une telle volonté. L'alliance des " politiques " et des " cultureux " reste indispensable -et indispensable aussi la mobilisation des uns et des autres, non seulement pour défendre ce qui mérite de l'être, mais aussi pour opérer les changements nécessaires, pour accroître les ressources allouées par les collectivités publiques à la culture, y faire contribuer toutes les collectivités publiques, et modifier les répartitions de ressources (entre les institutions et les autres champs culturels, entre la représentation patrimoniale et la création, entre le fonctionnement et la programmation…). Tout cela, finalement, devrait relever de l'évidence : un changement décrété " d'en haut " a toute les chances de n'être qu'un simulacre, ou une manœuvre. On n'ordonne pas que " cent fleurs s'épanouissent " sans avoir quelque intention de les couper dès leur floraison. Les " cent fleurs " maoïstes furent un gigantesque piège : celles et ceux qui, sans s'arrêter au paradoxe d'une injonction autoritaire à la liberté, prirent au pied de l'idéogramme l'ordre " donné d'en haut " de s'exprimer et de créer librement, le payèrent très cher une fois l'exercice terminé, aussi autoritairement qu'il avait commencé. On passe très vite des " Cent Fleurs " à un Grand bond en arrière.

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mercredi, 01 octobre 2008

La culture coûte cher ? Essayez l'inculture !

Quand la République de Rousseau n'a pas de politique culturelle…
La culture coûte cher ? Essayez l'inculture !


Vendredi et samedi prochain, le deuxième forum du RAAC aura forcément à aborder, entre autres questions qui fâchent, celle du financement de la politique culturelle genevoise -et on voudra bien ici, quand nous parlons de Genève, entendre non la Genève institutionnelle (la Ville, les communes, la République), mais la Genève physique, celle qui se voit lorsqu'on monte au sommet de la montagnette franco-genevoise : une Genève de plus de 600'000 habitants, dont la commune de Genève n'est que le centre, et dont la République n'occupe que le tiers de l'espace. C'est du financement d'une politique culturelle ignorant autant que faire se peut la frontière dont il devrait être question. Et au-delà même de son financement, de l'existence même d'une telle politique culturelle, et de la volonté de la construire et de la mener. Tant que la République (accessoirement canton) n'aura pas les compétences, la volonté et les moyens de mener une politique culturelle, tant qu'elle se reposera sur " les communes " en général, c'est-à-dire la Ville en particulier, pour la mener à sa place, il n'y aura à Genève, qu'une culture politique du chacun pour soi -autrement dit : une inculture politique, ou une politique de l'inculture.

Un pour mille

Genève est une place financière, une ville de congrès, de conférences, d'organisations internationales ; mais Genève est aussi, et devrait être surtout, une ville de culture. Parce qu'elle l'est historiquement, qu'elle s'est constituée comme une cité plus grande qu'elle même non par ses foires, ses banques et ses ateliers, mais par les idées qui y ont été apportées, qui y ont germé, et qui d'elle ont essaimé. Or la République de Rousseau n'a pas de politique culturelle, et le budget culturel du canton n'atteint que le tiers de celui de la seule commune de Genève. Une nouvelle répartition des compétences et des charges financières dans le champ de la culture, entre le canton, la Ville et les quarante-quatre autres communes, s'impose donc. Affirmer et ancrer dans la Constitution le rôle de coordination et d'incitation de la République & canton en matière culturelle, imposer au parlement de donner au canton les moyens d'une politique culturelle, créer un fonds de financement des grandes institutions culturelles existantes ou projetées, auquel toutes les communes seraient tenues de contribuer, créer une commission culturelle permanente, réunissant des représentants de toutes les collectivités publiques et de tous les acteurs culturels de la région (Vaud et France compris) sont autant de moyens de répondre à cette exigence. Il en sera certes débattu au sein de la Constituante, mais en attendant, méditons cet exemple : dans le financement public de la principale institution culturelle du canton (hors l'école), et donc de la région, le Grand Théâtre, la part du canton se situe glorieusement à un pour mille de celle de la Ville. Le cas est particulier ? Sans doute. Mais il reste exemplaire.

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jeudi, 25 septembre 2008

La culture contre la marchandise

L'enjeu central de toute politique culturelle...

Les 3 et 4 octobre prochain se tiendra à Genève la deuxième session du forum " art, culture et création " organisé par le RAAC (Rassemblement des artistes et acteurs culturels). Les ateliers thématiques du RAAC ont travaillé pendant des mois, sur cinq champs : le financement de la culture, le statut social des artistes et créateurs, " culture et société ", la gouvernance culturelle, " culture et urbanisme ". Les résultats de ces travaux, les propositions sur quoi ils débouchent, les positions des partis politiques seront présentés au forum. Mais en arrière-fond de toutes ces thématiques, en contre-champ de tous ces champs, une urgence devrait être évidente : résister à la mercantilisation de la culture.

La culture, part maudite

" Quels sont pour votre parti les enjeux centraux en matière culturelle à Genève " ? demande le RAAC aux partis politiques du lieu. Le pluriel est étrange (définir plusieurs " enjeux centraux " est un peu comme fixer plusieurs " priorités " : c'est n'en retenir aucun-e). Retenons donc un seul enjeu " central " ; il ne sera pas genevois, parce qu'il est le même partout où l'on tente de définir une politique culturelle, et de la réaliser. Cet enjeu, c'est de défendre l'espace de la création et de la représentation  culturelle contre l'emprise du marché et la prééminence de critères comptables et financiers dans la définition de la politique culturelle, les choix de répartition des ressources, et même les contenus culturels. Renversant les hypothèse de l'économie politique, George Bataille, dans La Part maudite, affirmait que toute économie réelle tient par ce qui ne respecte aucun calcul économique rationnel, et que nos mornes " gestionnaires " politiques considéreront comme du gaspillage et de la consumation somptuaire de ressources. Sous l'empire de la marchandise, tel est le sort de la création et de l'expérimentation culturelles, de la culture émergente, des cultures du pauvre et de l'immigrant -de tout ce qui, dans le champ culturel, n'est pas (ou pas encore) fauteur de profit marchand ou de prestige social. Or c'est précisément cette part maudite qui nécessite le soutien que seule une République (ou une commune, ou, mieux encore, les deux ensemble) peut apporter. Et c'est précisément pour cela que le renforcement des moyens de cette politique s'impose, comme la mobilisation des acteurs culturels, pour l'imposer. 

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