lundi, 28 janvier 2013

Vivent les révolutionnaires (morts) !

Rallumez les feus !

Samedi, on était à une soirée en l'honneur de Rosa Luxembourg. Dimanche, à une matinée de la pièce de Dominique Ziegler sur Jean Jaurès*. S'apprêterait-on à entamer un marathon d'hommages aux révolutionnaires assassinés ? leur liste est longue, et à ne consacrer un jour qu'à chacun des plus connus d'entre eux (sans parler des millions d'anonymes tombés au champ d'honneur politique), on se retrouverait à l'orée des élections de cet automne, plus émus que ragaillardis par cette nostalgie. Emus, et inquiets : si ces morts nous paraissent si grands, ne serait-ce pas que les vivants, à commencer par nous mêmes, nous semblent trop petits ?

* elle se joue jusqu'au 3 février au Poche.  On réserve au N° +22 310 37 59

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vendredi, 04 janvier 2013

Egalité Liberté Indépendance : Rapport du second Tribunal Révolutionnaire. Fait le 6 septembre 1794, l'an 3ème de l'Egalité Genevoise

1794.JPGPetite remémoration pour la rentrée, d'un temps où à Genève on prenait d'autres risque à "faire de la politique" que celui de perdre son temps... On a retrouvé ça dans les occases d'une librairie du coin. Il manque des pages, les caractères sont parfois effacés, on a parfois de la peine à distinguer les "f" des "s" (le caractère à l'époque est presque le même), et on a gardé les orthographes, les conjugaisons (le "oit" de l'imparfait, pour le "ait" d'aujourd'hui, par exemple) et les noms de lieux d'origine.
On notera au passage le nombre impressionnant de condamnés (tous des hommes) de cette liste, toutes peines confondues. A quelques exceptions près (les dernières listes, qui comprennent les "contre-révolutionnaires" partisans de l'ancien régime genevois, il s'agit de l'extrême-gauche de l'époque (le "Club des Montagnards, Sentinelles de la Liberté"), ainsi purgée par le groupe arrivé au pouvoir en 1792, comme les babouvistes le furent par les jacobins en France. Toutes les professions sont représentées, avec une très forte représentation des professions de l'horlogerie.
Voilà. Bonne lecture. Si vous y trouvez de vos ancêtres (de nombreux noms de rues de Genève se retrouvent dans cette liste), ayez une petiote pensée pour eux...

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lundi, 13 août 2012

La Pierre et le Vent, 14 août

14 août, de lui

La horde primitive ? Après tout, pourquoi pas ? Elle a bien fait tomber Rome...

 

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Le Pierre et le Vent, 12 août

12 août, d’elle

Les « hommes bons » dont tu parles ne sont pas au faîte du pouvoir, s'ils en hantent les antichambres. Ce n'est pas à eux que nous en voulons, c'est à ceux qui sont au-dessus d'eux. Et cela ne vaut pas seulement pour eux, cela vaut pour tous les servants de l'ordre. Les « hommes bons », et les « hommes mauvais », sans qui cet ordre ne tiendrait pas un jour.

 

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lundi, 23 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 23 juillet

23 juillet, de lui

Les autres, tous les autres, me sont-ils de trop ? Il me semble, parfois, en effet... Mais je ne suis plus si sûr que vous soyez, vous, de ces « autres », de ce « trop », de cette partie de moi dont je ne veux pas parce qu'elle est faite de ces mêmes sentiments qui font de vous des meurtriers trop délicats pour être des terroristes...

 

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samedi, 21 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 21 juillet

21 juillet, d’elle

Te souviens-tu (tu étais, je crois, déjà en prison) de ce ministre que nous avions tenté d’assassiner, que nous avions manqué, et qui pourtant put dire de nous, ensuite, que nous étions le meilleur de ce peuple ? Si même nos ennemis nous louent, et même après nous avoir échappé, ne serait-ce pas que nous valons quelque chose ? A moins que les louanges de nos ennemis ne soient, pour toi, que les pires des insultes… Mais si nous valons quelque chose, sans prétendre tout valoir et en déduire que les autres ne valent rien, c’est bien que tu t’es trompé, et lourdement, avec ton « tout ou rien »…

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mercredi, 18 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 18 juillet

18 juillet, de lui


Nous avons tous les droits, puisque nous en acceptons le prix. Un vieux Romain déjà le disait, avant de se suicider sur ordre de son tyran à lui : celui qui méprise sa vie est maître de la vie des autres. Mais l’inverse serait une ignominie. Il faut mépriser sa propre vie pour avoir le droit d' attenter à celle de l’autre, même si l’autre est le tyran et que nous pourrions nous dire qu’après tout, tuer un tyran ce n’est pas tuer un homme, c’est tuer la tyrannie, et que nous n’avons rien à payer pour cela, qui devrait au contraire nous être récompensé. Non : c’est parce que nous sommes prêts à mourir que nous nous donnons le droit de tuer. Vous êtes prêts à mourir, je le sais. Vous pouvez donc sans déchoir à vos propres yeux vous accorder le droit de tuer le Maître. Quant à moi, puisqu’ici je meurs, même à plus petit feu que vos camarades, j’ai ce même droit. Je me l’accorde. Et vous m’accordez même au surplus celui de choisir entre ma libération et votre tyrannicide. Grand merci de cet honneur…


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mardi, 17 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 17 juillet

17 juillet, d’elle


Nous veillons, oui, mais pas ensemble : notre veille à nous est faite d’actions, présentes ou à venir. La tienne est-elle autre qu’une longue insomnie ?



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samedi, 14 juillet 2012

Ah ça ira, ça ira, ça ira...

C'est dit, on prend la Bastille... mais laquelle ?

On est le 14 juillet. Alors, c'est dit, on prend la Bastille... mais laquelle ? La Bastille, le 14 juillet 1789, fut prise alors qu'elle était vide de tout prisonnier politique -mais elle symbolisait l'absolutisme (que finançaient des banquiers genevois), elle fut pour cela défendue (par des Suisses) jusqu'au bout, et fut pour cela prise (par des lecteurs de Rousseau)... Que nous faudrait-il prendre, en ce 14 juillet 2012, pour que cette prise fasse le même bruit, après plus de deux siècles, que celle de la forteresse parisienne ? Dans cette société marchande, prendra-t-on un centre commercial ? Dans cette société du spectacle, prendra-t-on une télévision ?

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vendredi, 13 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 13 juillet

13 juillet, d'elle


On les examinera, les « comment ». Nous te soumettrons nos plans lorsque nous les aurons parfaits. Nous savons comment faire, si nous ne savons pas encore, de deux choses que nous pouvons faire, laquelle nous choisirons. Ou plutôt : laquelle TU choisiras. C'est là que le « pourquoi » nous importe. Parce que c'est cela qui te fera choisir.

 


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jeudi, 12 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 12 juillet

Netchaev.jpg12 juillet, de lui

Le Vieux, oui... au début, il me soutenait... je crois même qu'il m'admirait... et puis, je lui ai fait peur... Parce que moi, je voulais aller jusqu'au bout... lui, il était comme toi, il se laissait guider par son cœur, il n'avait pas assez de haine... peut-être en ai-je de trop, mais c'est elle qui me tient debout... Qu'est-il, aujourd'hui, le Vieux ? Une vieille ruine... Moi, je lui étais apparu comme une force pure, nette. Lui, il avait son âge, il était malade, et il était amoureux... l'imbécile...

Je ne m'en dédis pas : notre mission -ou si ce mot tout fardé de religion te déplaît, disons : notre tâche- est de détruire, non de construire. Et il faut tuer et mourir pour être ce que nous voulons être, puisque l'histoire que nous voulons faire, à notre tour, naît du meurtre et du sacrifice. La révolution, c'est vie contre vie. Tu as raison, je suis hégélien...

Et si nous laissions les « pourquoi » de côté pour examiner les « comment » ? Le tuer, oui, mais comment ? Me libérer, oui, mais comment ?


S.

00:22 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution | |  Facebook

mercredi, 11 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 11 juillet

11 juillet, d'elle


Nous ne renonçons à aucun de nos projets : ni de le tuer, ni de te libérer. Mais c'est toujours à toi de choisir l'un ou l'autre. Et puisqu'à ta manière, tu es hégélien, dis-toi que c'est le vainqueur qui a raison. Moi, je préfère les vaincus, puisque c'est pour eux que je me bat, mais en cela aussi nous différons... Et si tu te dis que c'est le vainqueur qui a raison, dis-toi aussi que tu a été vaincu. Et souviens-toi que nous ne te proposons que d'avoir enfin raison. Sans avoir besoin de devenir cette machine à détruire que tu voulais être, et qui n'a finalement détruit que l'un de ses camarades, s'est détruite elle-même, et a failli détruire tout le mouvement qui naissait.

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samedi, 07 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 7 juillet

7 juillet, de lui

A mon tour de te répondre « peu importe » ! Peu importe ce que je pense de moi. Nous ne sommes pas dans un dialogue de roman. Nous ne sommes pas des personnages de Tchekhov. De Dostoïevski, peut-être : celui des Démons.

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vendredi, 06 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 6 juillet

6 juillet, d'elle


Zassoulitch.jpgIl est vrai, nous fûmes soulagés d'apprendre ta fuite, après le meurtre du frère. Ton acte était odieux, et il nous était pesant. Mais le temps a passé : le temps de ton exil, de ton arrestation, de ta livraison fers aux pieds à nos maîtres, le temps de ton enterrement vivant... Si nous étions encore chrétiens, puisque nous le fûmes dans une autre vie, un autre monde, un autre temps, nous dirions que tu a expié.
Peu importe aujourd'hui ce que tu as fait : c'est ce que tu peux encore faire qui importe.
Peu importe ce que tu étais, c'est ce que tu peux être demain qui importe. Et ce que nous pouvons t'aider à être.
Te satisfais-tu donc de ce que tu as fait de toi, et de ce que nos ennemis en ont parfait ? D'être une ombre dans un trou ?
Choisis...
V.

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jeudi, 05 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 5 juillet

5 juillet, de lui

Me civiliser ? Vous aider ? Avez-vous oublié mes hauts faits, que vous semblez tant attendre de moi ? Je vous les rappelle.

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00:57 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution | |  Facebook

mercredi, 04 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 4 juillet

4 juillet, d'elle
Passons-nous désormais du rituel « camarade » d'introduction, et du nostalgique « Salut et fraternité » de conclusion : nous avons sacrifié à nos tics de langage, nous pouvons désormais nous en passer. Nous savons l'un et l'autre à qui nous écrivons, et pourquoi...

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mardi, 03 juillet 2012

La pierre et le vent, 3 juillet

Camarade (puisque c'est ainsi que tu d'adresses à moi (http://causetoujours.blog.tdg.ch/archive/2012/07/01/la-pi...), en me vouvoyant -permets moi de te tutoyer : là où je suis, je n'ai plus grand souci des convenances),


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dimanche, 01 juillet 2012

La pierre et le vent

 

Il faut aussi se souvenir de celui qui oublie où conduit la route (Héraclite, LXXI)

Après la chute du Régime, les insurgés, ayant pris d'assaut le siège de la Grande Police Politique, y ont découvert, parmi des milliers de dossiers, de classeurs, de documents, une liasse de lettres que s'échangeaient, croyant le faire à l'insu des lecteurs attentifs de la GPP, un homme et une femme. C'est cette correspondance que nous vous donnerons à lire cet été, lettre après lettre, jour après jour.

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mercredi, 20 juin 2012

Il a 250 ans, Genève brûlait les livres de Rousseau : L'hommage du feu aux flammes

Une petite troupe recueillie a commémoré hier matin dans la cour de l'Hôtel-de-Ville, sur les lieux du crime (contre l'esprit), un événement dont Genève n'a pas lieu d'être fière : la lacération et la destruction par le feu il y a deux siècles et demi, le 19 juin 1762, sur ordre des autorités genevoises et au grand plaisir de Voltaire et du Résident de France, de deux des oeuvres majeures de Jean-Jacques Rousseau, « Le Contrat Social » et « L'Emile ». Trente ans plus tard, la révolution genevoise annulera la fatwa des autorités de l'ancien régime, réhabilitera Jean-Jacques et en refera le Citoyen de Genève. C'était un beau temps, que celui où les livres avaient à Genève suffisamment d'importance pour qu'on les condamne au feu en espérant que ce qu'ils contiennent parte en flammes, en fumées et en cendres... Ainsi, en brûlant le livre, l'honorait-on, et honorait-on son auteur... L'hommage du feu aux flammes de la pensée...

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mercredi, 10 août 2011

QUELS INSTRUMENTS DU CHANGEMENT ?

De l'histoire des révoltes, nous ne pouvons que retirer la conviction que tout mouvement d'opposition radicale à  l'ordre des choses est condamné, s'il est victorieux, à  devenir lui-même le garant d'un ordre qu'il défendra contre une nouvelle opposition, par les mêmes moyens (ou des moyens pires encore) dont il fut fait usage contre lui ; s'il n'est que partiellement victorieux, à  se réduire progressivement en une opposition réformiste, intégrée à  ce qu'elle projette de réformer ; s'il échoue, à  se muer en un corporatisme défensif, ou en un désespoir suicidaire. Ainsi, toute opposition radicale victorieuse devient le pouvoir auquel les forces révolutionnaires auront à  s'affronter ; toute opposition partiellement victorieuse, une part de ce pouvoir, et donc de l'objet de la révolution ; toute opposition radicale défaite, une scorie pesant sur le mouvement révolutionnaire. Nous avons donc à  être bien plus qu'une opposition à  l'ordre des choses : sa négation même.

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