lundi, 14 janvier 2019

"Gilets jaunes", série 1, 9ème épisode : Le dur désir de durer

Cause toujours.jpgSamedi, c'était le 9ème épisode de la mobilisation des "gilets jaunes", cette étrange mutinerie à temps partiel, le week-end, d'une classe ("moyenne") qui n'en est pas une. 80'000 policiers avaient été mobilisés dans toute la France pour contenir à peine plus de manifestants. Ce n'est donc pas tant l'ampleur du mouvement qui fait son succès, indéniable, que son obstination, sa pérennité : il tient des rond-points, des rues, des places, des péages, depuis déjà plus de deux mois, sans relais politiques ni syndicaux. En juin, mai'68 était dépassé... en janvier 2019, novembre 2018 dure... La philosophe Catherine Malabou, admettant qu'"il serait certes abusif de qualifier les "gilets jaunes" d'anarchistes", observe que "le retour de la lutte des classes, la visibilité des anonymes, le refus, dont on espère qu'il durera, de l'obédience à un chef ou un parti, préfigurent sans nul doute l'écriture d'un nouveau chapitre de l'actualité libertaire, susceptible de conférer à l'aujourd'hui sa ressource d'avenir". La philosophe est optimiste, en appelant, après Gramsci, à la fois au pessimisme de la raison et à l'optimisme de la volonté... et donc à ne pas se faire d'illusion sur le mouvement des "gilets jaunes", mais à ne pas non plus à désespérer de ses effets.

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15:01 Publié dans France, Politique | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : populisme, gilets jaunes | |  Facebook | | | |

lundi, 10 décembre 2018

Et ce soir, Macron parle... Mais à qui ?

les-gilets-jaunes-jm.jpgJupiter et les Jaunes

Le président et le gouvernement français ont donc "cédé à la rue" (elle est en France le seul lieu de la démocratie directe) en renonçant notamment à augmenter les taxes sur le carburant, et ont ouvert une "consultation" des "corps intermédiaires" (dont les syndicats) qu'ils donnaient plutôt l'impression de solidement mépriser jusqu'alors. Mais ce recul, inévitable, sur une intention justifiée (dissuader de l'automobile traditionnelle), mais fort mal traduite en actes, et encore plus mal accompagnée pour toutes celles et tous eux qui ne peuvent aller travailler, consommer, se délasser autrement qu'en automobile faute de transports publics, ne répond en fait à aucune des causes profondes qui ont fait descendre sur les rond-point, les péages d'autoroutes et dans les rues des villes des dizaines de milliers de personnes qui n'avaient jamais manifesté de leur vie, ni jamais soutenu aucun mouvement populaire, pas plus les syndicats que d'autres organisations sociales. D'ailleurs, les "jaunes", dans l'histoire des luttes ouvrières, n'ont jamais été autre chose que des adversaires (et puis, choisi parce que c'est voyant, c'est quand même très moche, un gilet jaune...). Il n'est pas sans signification que le mouvement présent se fasse sans grèves, que les "gilets jaunes" ne s'adressent qu'au gouvernement et au président, pas au patronat, et qu'ils n'exigent pas l'abrogation des "lois Macron" sur le travail... Sauf que si le mouvement, ou plutôt la révolte des "gilets jaunes" n'a rien de "progressiste", et qu'elle semble (mais seulement "semble") refluer, elle a tout d'un révélateur, et a au moins fait descendre Jupiter de son Olympe. En dévaluant au passage la quasi totalité du personnel et des partis politiques français, pathétiques dans leurs efforts de récupération ou de désarmement d'un mouvement qui les ignore superbement. Mais tout va se dénouer : ce soir, Jupiter va parler. Mais à qui ?

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15:14 Publié dans France, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : gilets jaunes, populisme, macron | |  Facebook | | | |

vendredi, 02 novembre 2018

Poutine, Erdogan, Salvini, Bolsonaro, Trump, Orban...

populisme.jpg"National populisme" ? Y'a pas à dire, Macron est à l'extrême-gauche...

Poutine, Erdogan, Salvini, Bolsonaro, Trump, Orban : cette énumération n'est pas une identification, elle renvoie à une addition de personnages, de forces et de discours politiques "nationaux", agissant et tenus dans des situations et à partir de traditions différentes. Il n'y a pas d'"Internationale nationale-populiste" (il serait d'ailleurs contradictoire qu'il y en eût, du fait même du nationalisme commun aux uns et aux autres), mais tout de même : le nationalisme, l'homophobie, la xénophobie, le machisme, la "militarophilie", l'usage de la violence et le culte du chef (de l'homme fort...) leur sont communs... la référence religieuse n'est jamais très loin, et tous ont été portés au pouvoir démocratiquement, par des élections qu'ils ont gagnées. Le populisme n'est pas étranger à la démocratie, il y est inhérent. Mais l'onction démocratique n'est pas un certificat de respect des droits démocratiques, de la séparation des pouvoirs, des libertés individuelles, du pluralisme politique, social et médiatique : pour les "nationaux-populistes", l'opposition est par définition illégitime, et les minorités nuisibles. Et si en démocratie, un vote doit pouvoir se corriger par un autre (sans quoi la Suisse ne connaîtrait ni l'AVS ni le suffrage féminin), le "national populisme" (dont il convient, au passage, de rappeler qu'il ne s'installe que dans l'espace politique que la gauche lui abandonne) fera tout pour réduire au maximum le risque d'une alternance.

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13:59 Publié dans Monde, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : populisme, national-populisme | |  Facebook | | | |

mardi, 20 octobre 2015

Populisme, extrême-droite, fascisme... De quoi l'UDC est-elle le nom ?

Bon, alors, l'UDC et ses satellites (et un peu concurrents, quand même) locaux, genre MCG à Genève ou Lega au Tessin, c'est quoi ? Un parti populiste de droite (comme il y a un populisme de gauche) ? de droite conservatrice (comme il y a un conservatisme de gauche) ? de droite nationaliste (comme il y a un nationalisme de gauche) ? de droite de la droite (comme il y a une gauche de la gauche) ? d'extrême-droite (comme il y a une... pardon : comme il y avait une extrême-gauche visible ) ? Le président du PSS, Christian Levrat, a qualifié l'UDC de parti "fascistoïde" attaquant les "valeurs fondamentales de la Suisse", et le président du PBD, Martin Landolt, l'a rangée "toujours plus à l'extrême-droite". Alors, comment qualifier l'UDC, le MCG, la Lega ? D'un parti fasciste on est loin. D'un parti dangereux, en revanche...

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16:02 Publié dans Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : fascisme, populisme, extrême-droite, udc | |  Facebook | | | |

jeudi, 11 avril 2013

De la « purification » et du « coup de balai » : 6 ou 12 février 1934 ?

Trois jours après les « aveux » de l'illustre Cahuzac, le leader du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, a appelé à une « marche pour la VIe République », le 5 mai, pour «  purifier l'atmosphère politique » et donner un «  grand coup de balai ». Il y a des mots dont on ne devrait faire usage qu'avec une extrême prudence, surtout quand, comme Mélenchon, on connaît son histoire politique française sur le bout du poing. On comprend bien qu'il ne faut pas laisser le terrain à la famille Le Pen (quitte, au passage, à bouffer un bout de celui de Hollande), et que c'est là bonne action et oeuvre salutaire, mais faudrait quand même faire gaffe à la rhétorique dont on use : celle du « coup de balai » et de la « purification », en France,  fait plutôt 6 que 12 février 1934, plutôt ligues que Front Populaire...

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15:14 Publié dans France, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mélenchon, populisme, corruption | |  Facebook | | | |

vendredi, 20 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 20 juillet

20 juillet, de lui

Le peuple, quel peuple ? Je le connais, le peuple. J’en suis, du peuple. Et de tout en bas, du peuple, du tout bas-peuple… Mais toi, qu’en connais-tu ?

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00:16 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : populisme | |  Facebook | | | |

vendredi, 18 mars 2011

Autour de quelques petites angoisses post-électorales : Le MCG, qu'en faire ? ben... rien...

A un débat organisé hier par la  « Tribune de Genève » (des extraits devraient être disponibles sur www.tdg.ch), la question fut posée : le MCG est-il parti pour durer ? Et nous y avons répondu ainsi : Que le MCG en tant que tel, en tant que formation politique, soit ou non parti pour durer n'a pas grande importance. Toutes les formations politiques existantes sont la manifestation contingente, vouée tôt ou tard à disparaître (le Parti du Travail a été pendant dix ans le premier parti de la République...), de courants politiques qui, eux, sont durables, sur le long terme, et de cultures politiques qui, elles, sont séculaires. Le MCG est la manifestation, aujourd'hui, d'un courant politique qui, à Genève, a presque un siècle d'existence presque permanente : c'est l'Union de Défense Economique des années vingt, l'Union Nationale des années trente, Vigilance dès les années soixante, deuxième parti de la République dans les années quatre-vingt. Ce courant n'a eu qu'une éclipse d'une vingtaine d'année, après la deuxième guerre mondiale, parce que ses accointances avec les vaincus de la guerre -le fascisme, le nazisme- l'avaient délégitimé.

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14:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : politique, mcg, populisme | |  Facebook | | | |