lundi, 11 juin 2018

Et PAV (dans la gueule) !

doigt pointillé.jpg

"62 % de logements sociaux, c'est trop", qu'ils disaient, les arracheurs de dents. Et 62 % de "oui" au PAV, alors, vous les avez aimés ?
A force de prétendre que le projet d'aménagement du PAV comportait "62 % de logements sociaux", les milieux immobiliers et les partis de droite ont réussi à mobiliser presque 62 % de votants en désir ou en besoin (insatisfait), et en tout cas en (longue) attente, de logements sociaux. Sauf que ces fameux "62 % de logements sociaux" brandis comme un épouvantail par la droite, c'était du flan, de l'enfumage. En revanche, les 61,4 % de votes en faveur du projet que la droite combattait sont bien réels, eux... Et ils n'aurait sans doute pas été atteints si la droite la plus bête de Suisse (pas du monde, quand même...) n'avait pas agité comme une menace ("trop de logements sociaux") ce qui est une revendication de la majorité de la population ("plus de logements sociaux". Amusant, non ? Réjouissant, même.

Quelque chose comme la sanction morale d'un mensonge

Il y aura donc, si tout va bien, Les 62 % de logements d'utilité publique sur les terrains du PAV en mains de l'Etat. 62 % de logements d'utilité publique, pas 62 % de logements sociaux. Les LUP, ce sont soit des HBM (habitations bon marché), c'est-à-dire de vrais logements sociaux, soit des HM (habitations mixtes), c'est-à-dire des logements destinés à la classe moyenne. Le projet soumis au vote permet 24 % de ces logements sociaux. C'est presque trois fois moins que ce que la droite proclamait sur ses affiches, dans ses tracts et ses annonces publicitaires. Et la limite supérieure pour pouvoir obtenir un HBM, c'est 102'500 francs par an pour une famille de quatre personnes, dans un cinq pièces (la règle, c'est une pièce de plus que le nombre de personnes), qu'elle devra quitter si son revenu dépasse ensuite 174'000 francs par an. Autrement dit, si elle rentre dans la classe moyenne, à qui les HBM ne sont en effet pas destinés, mais à qui sont destinés les HM, soit 38 % des logements prévus, avec une limite de revenu de 248'000 francs pour une famille de quatre personnes dans un cinq pièces. Qui pourra rester dans son logement (avec une augmentation de loyer) si son revenu dépasse cette limite. Et la classe moyenne aura en outre accès à deux autres types de logements prévus au PAV : ceux en loyer libre (26 % de tous les logements prévus sur les terrains en mains de l'Etat, plus ceux prévus sur les terrain s en mains privées) et les logements en propriété par étage en droit de superficie (12 % du total sur le périmètre public, plus ceux sur le périmètre privé). Ces chiffres, ces proportions, étaient évidemment connues des milieux immobiliers. En faisant campagne contre "trop de logements sociaux", ils ne se sont donc pas trompés, ils ont trompé. En clair, ils ont menti. Sciemment, forcément, puisqu'on ment toujours sciemment. De ce point de vue, et quelque critique qu'on puisse faire au projet soumis au vote par Antonio Hodgers (qui n'y était pas obligé), à la réduction de la proportion de logements d'utilité publique dans le total des logements réalisables, à l'intégration de la propriété par étage (fût-elle en droit de superficie) dans le périmètre en mains publiques, son approbation à presque deux contre un par le corps électoral a quelque chose d'une sanction morale d'un mensonge.

Et maintenant, ce projet, adopté après que la droite immobilière ait réussi à faire croire qu'il comportait 62 % de ces logements sociaux dont les Genevois ont besoin, il va bien falloir avancer dans sa réalisation, sans cultiver l'illusion qu'à lui seul, il pourra résoudre la crise du logement à Genève.  Le président du Conseil d'Etat sortant, François Longchamp, était d'ailleurs inquiet : les Genevois qui se sont installés côté français de la frontière faute de pouvoir se loger correctement côté genevois, pourraient revenir, chassés de Gaule par divers changements légaux (assurance-maladie, droits de succession, imposition des plus-value). Et ils sont 20'000, ces exilés. Ce qui correspond grosso-modo à 10'000 logements. Un peu moins que le nombre de logements prévus au PAV -qui pourraient, si l'hypothèse se confirmait du retour massif des Genevois exilés côté français de la Grande Genève, n'être qu'un rattrapage de tout le retard accumulé dans la construction de logements accessibles à la majorité de la population. Il va donc y avoir d'autres projets d'aménagement à défendre parce qu'ils créent de tels logements, et qu'ils les créent en zone urbaine ou péri-urbaine, sans attenter ni aux espaces naturels, ni aux espaces agricoles.
Mais là encore, il va falloir les imposer à la droite immobilière (et aux propriétaires de villas...), ces projets. Et nul doute qu'elle nous le resservira, le mythe de "trop de logements sociaux", et qu'elle nous en regratifiera, de l'invocation à la "classe moyenne".
Parce qu'on ne change pas un discours qui perd.

 

16:40 Publié dans Genève, Logement, urbanisme, votations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pav | |  Facebook | | | |

jeudi, 07 juin 2018

Votation cantonale genevoise du 10 juin : Relancer le PAV, ou l'ensabler ?

ville-fantome.jpgOn saura dimanche à midi et des poussières ce que les Genevois et voises auront décidé quant au destin du projet d'aménagement du périmètre Praille-Acacias-Vernets (le PAV) : le statu quo, c'est-à-dire la loi issue en 2010 d'un accord entre tous les partis, les milieux immobiliers et ceux de défense des locataires, ou le projet de la modifier, en augmentant la proportion de logements, en diminuant celle de logements subventionnés (dits d'"utilité publique", dont un petite part de logements sociaux, et en introduisant la propriété par étage sur des terrains en mains de l'Etat. Si on reste au statu quo, tous les risques sont réunis d'un ensablement du projet. Si on accepte la proposition soumise au peuple, on pourra le relancer. Avec 2000 logements de plus que les milliers déjà prévus. Ce projet, le plus important projet d'aménagement urbain et de création de logements à Genève depuis cinquante ans, est stratégique, essentiel quantitativement et qualitativement. Quantitativement, par le nombre de logements nouveaux qu'il propose, qualitativement, parce qu'il construit réellement la ville en ville, dans un périmètre déjà urbain.

Lire la suite

19:27 Publié dans Genève, Logement, urbanisme, votations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pav | |  Facebook | | | |

jeudi, 31 mai 2018

Sous le PAV, la rage ?

pavL'étrange campagne de la droite

La droite genevoise appelle à voter NON à la modification de la loi sur le périmètres Praille-Acacias-Vernets (PAV), avec d'étranges arguments. Elle refuse la loi au prétexte qu'elle prévoit 62 % de "logements sociaux" et que "c'est trop". Sauf que si la modification est refusée, c'est la loi actuelle qui restera s'imposer. Et qu'elle prévoit 65 % de ce que la droite appelle des "logements sociaux". Le comité de droite reproche aussi à la modification de la loi de ne prévoir de propriété par étages qu'en droit de superficie. Sauf que si la modification de la loi est refusée, de la propriété par étage, il n'y en aura plus du tout. Donc le comité qui trouve que 62 % de "logements sociaux", c'est trop et que la propriété par étage telle que proposée est "restrictive", se bat en fait contre ses propres critères, pour plus de "logements sociaux" et pas de propriété par étage du tout. Et une densité de logements moindre, puisque le projet soumis au vote double la proportion de logements nouveaux par rapport à celle d'emplois nouveaux ou importés. En fait, il n'est pas un argument des opposants de droite au nouveau projet PAV qui ne se puisse être retourné contre ses auteurs. Et pas un, non plus, qui ne puisse s'expliquer par la rage des milieux immobiliers de ne pas maîtriser le plus ambitieux projet urbanistique de ce début de siècle.

Lire la suite

17:06 Publié dans Genève, Logement, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pav | |  Facebook | | | |

mardi, 22 mai 2018

Le PAV en votation populaire le 10 juin : Un bon gros "oui" s'impose

PAV.jpgLe 10 juin, à Genève, en votation cantonale, on se prononcera sur une loi modifiant les limites de zone du quartier "Praille-Acacias-Vernets" (le fameux PAV), 130 hectares à cheval sur trois communes (Genève, Carouge, Lancy). Plus fondamentalement, il s'agit, en modifiant une loi de 2011, de savoir si on accepte ou non de doubler la part de nouveaux logements par rapport à celle de nouveaux emplois (1900 logements supplémentaires sont prévus, pour arriver à un total de 12'400 logements) et si on ouvre ou non la possibilité de réaliser des logements en propriété par étages, tout en maintenant la part de logements d'utilité publique et en augmentant le nombre de HBM (les logements sociaux aux loyers les plus bas). Toute la gauche (PS, Verts, Ensemble à Gauche, Egalité & Equité, PC, PRG, syndicats), plus le MCG, accepte le projet, toute la droite (PLR, PDC, UDC, Chambre de commerce, Syndicats patronaux, PBD, Verts libéraux -et même "AgriGenève, dont on se demande ce qu'elle vient foutre là-dedans) le refuse (quoique des personnalités de droite le soutiennent, comme Mark Muller, Claude Haegi, Pierre-François Unger, Michel Balestra), en proclamant que "62 % de logements sociaux, c'est trop" (alors que c'est 5 % de moins que dans la loi actuelle), qu'il n'y a "pas assez de PPE" et que celles qui sont possibles ne sont pas de "vraies PPE" (alors qu'il n'y en a pas du tout dans la loi actuelle)...

Lire la suite

16:26 Publié dans Genève, Logement, urbanisme, votations | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pav | |  Facebook | | | |

vendredi, 05 février 2010

Praille-Acacias-Vernets La crainte du référendum, le commencement de la sagesse



Les belles promesses rendant les référendaires joyeux, les zautorités cantonales et municipales de Carouge, Genève et Lancy ont négocié avec les partis de gauche, les syndicats et l'ASLOCA, qui avaient lancé un référendum contre le préavis favorable de la Ville au déclassement du périmètre PrailleAcacias-Vernets (PAV pour les intimes), un projet d'accord en échange du retrait du référendum (la votation populaire a d'ailleurs été reportée dans l'attente de la réponse des référendaires à ce projet). L'accord est, pour la gauche, tout juste acceptable et ne contient en réalité aucune garantie quant à son respect par les autorités cantonales, alors qu'il implique le retrait du référendum puisqu'il annule (pour la remplacer par une autre) la loi contre laquelle le référendum a été lancé. Il est vrai qu'à tous les stades de l'évolution de la réalisation du projet, d'autres référendums, cantonaux ou municipaux, sont possibles, et que puisqu'il s'est avéré que seule la menace du vote populaire a fait revenir en arrière les partisans du bétonnage intensif du PAV, cette menace, voire le lancement effectif de référendums pour l'appuyer, doit continuer à planer : elle seule peut les dissuader de s'asseoir sur l'accord qu'ils ont dû se résoudre à négocier.

Lire la suite

20:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pav, urbanisme, référendum | |  Facebook | | | |

mardi, 12 janvier 2010

Un spectre plane toujours sur le PAV...

On devait voter le 7 mars prochain sur le préavis municipal de la Ville, favorable au projet PAV (Praille-Acacias-Vernets), contre lequel un référendum a été lancé par la gauche, l'ASLOCA et les syndicats. On « devait », mais on ne doit plus, puisque le projet de loi de déclassement de terrains qui faisait l'objet du préavis municipal, et donc du référendum, a finalement été retiré, pour que des négociations entre le Conseil d'Etat, la Ville et les référendaires naisse quelque chose qui convienne à tout le monde. Ce qui tient probablement de l'illusion, mais a au moins l'avantage du moindre mal, tant le projet initial était critiquable. Au point d'être inacceptable. Mais au fond, pourquoi « sortir de l'enlisement » un projet (le PAV) qu'il vaudrait peut-être mieux l'y laisser s'engloutir ? La crainte du référendum reste le commencement de  la sagesse : « la guerre de la Praille n'aura pas lieu », titre « La Tribune » (de Troie). Ah bon ? Un cessez-le-feu, c'est la paix ?

Lire la suite

03:02 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : urbanisme, pav, référendum | |  Facebook | | | |

mercredi, 17 juin 2009

Praille-Acacias-Vernets : Bourrage de crânes et bourrage d'espace



Un comité bidon, dit " Urgence logement " créé et financé par les milieux immobiliers, et peuplé (à deux alibis près) de leurs créatures, lance à grand fracas et à grands frais une pétition pour contrer le référendum que les syndicats, la gauche et l'ASLOCA opposent au préavis municipal sur le déclassement de la zone du " PAV " (Praille-Acacias-Vernets). Une pétition pour contrer un référendum ? c'est idiot, mais peu importe : l'important est de faire du bruit à l'approche des élections cantonales, en se revendiquant d'une " majorité silencieuse fatiguée des blocages ". Mais pas fatiguée des promesses, comme celle du Comité, " 14'000 logements maintenant ! " à la Praille. Pas moins, pas plus tard, pas ailleurs. Une bouffonerie : non seulement il n'y aura pas 14'000 logements à la Praille, ni maintenant, ni jamais, puisqu'il n'y a pas la place, mais le comité bidon ne précise évidemment pas de quels logements il se serait agi : des duplex en PPE à deux millions dans des tours plantées sur un terrain mouvant ?

Lire la suite

02:27 Publié dans urbanisme | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : genève, praille, pav, référendum | |  Facebook | | | |

mercredi, 27 mai 2009

Sous le PAV, le référendum

Praille-Acacias-Vernets : un projet à géométrie très variable

L'ASLOCA et les syndicats ont lancé un référendum (soutenu par le PS de la Ville) contre le préavis positif donné par une majorité (la droite plus les Verts) du Conseil municipal de la Ville au déclassement des terrains essentiellement en mains publiques sur lesquels devrait se réaliser le mirifique projet cantonal " Praille-Acacias-Vernets " (PAV). Un projet à géométrie très variable : Il ne se passe plus de semaine sans que le gouvernement annonce sa révision et promette l'augmentations du nombre de logements prévus et de la proportion de logements sociaux. Mais les promesses du Conseil d'Etat n'engagent que lui (et seulement le temps qu'il en change), et ne valent que ce que valent les chances de les faire ratifier par la majorité parlementaire la plus à droite dont Genève ait été affublée depuis la fin de la Guerre Mondiale.

Lire la suite

00:05 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pav, urbanisme, praille | |  Facebook | | | |

mardi, 07 octobre 2008

Projet Praille-Acacias-Vernets : L'assourdissant silence de la gauche

C'est, nous assure-t-on, le " projet du siècle " à Genève. Mais de quel siècle ? A en juger par son contenu, le projet Praille-Acacias-Vernets est bien un projet du XXe siècle grégorien. C'est-à-dire du siècle passé : des tours, des centres commerciaux, des parking, et entre eux, des logements et quelques équipements publics. Volume de l'opération : cinq milliards (en gros et en francs). Depuis des mois, les milieux immobiliers s'agitent autour du pactole, et assurent que le financement privé du projet ne posera pas de problème, et que d'énormes fonds d'investissements américains sont sur les startings blocks (en anglais dans le texte, forcément). Quoiqu'on puisse nourrir quelques doutes depuis quelques semaines sur la santé financière de ces mammouths (Carlyle, Blackstone, Apax, Apollo)... De toutes façons, la question n'est pas celle du financement, mais celle du contenu du projet. Et sur cette question, dans le tintamarre promotionnel, on a quelque peine à distinguer les positions de la gauche. Et même à savoir si elle en a une, de position, la gauche, sur le PAV.

Sous le PAV, la plage

Le projet "Praille-Acacias-Vernets" (PAV pour les intimes) est bien plus daté qu'il semble : il ressemble comme deux crachées de bétonnière à ce qui se commit dans les grandes capitales européennes il y a vingt ou trente ans. Pour l'inventivité, faudra aller chercher ailleurs. Peu importe d'ailleurs aux promoteurs du machin : ce dont il s'agit est de parfaire la spécialisation de l'espace central genevois (dont le PAV fait partie intégrante) dans ce que le projet d'agglomération, avec la poésie qui caractérise les technocrates, définit comme " les activités à haute ou très haute valeur ajoutée ". On y ajoutera certes quelques bibelots sociaux et culturels -mais comme on place un tableau au mur de la salle d'un Conseil d'administration : parce que ça se fait. Quant aux activités économiques " courante ", au véritable logement social, à la culture alternative (s'il en reste) ou émergente (si on l'autorise à émerger), la périphérie y pourvoira. En attendant quoi, le gouvernement pond des instances comme une poule en batterie des oeufs (un comité de pilotage, une direction du projet, une délégation du Conseil d'Etat, un groupe d'experts) et embarque avec lui les trois communes concernées, sans qu'aucune opposition s'exprime, sinon à la marge (au sein, par exemple, de " l'Assemblée des Mal-LogéEs "). Une marge qu'il nous revient d'élargir. Pour que, le jour où il faudra voter sur les projets de loi autorisant le déclassement de la zone du PAV, des voix critiques se assent mieux entendre qu'actuellement. En édito, la " Tribune de Genève " du 10 septembre reprochait au Conseil d'Etat d'avoir " perdu du temps " et " laissé le doute s'instiller sur sa capacité à conduire l'opération"" Laissons donc du temps au temps. Pour que le doute (et plus) s'instille sur l'opération elle-même, son contenu, ses critères et ses effets…

02:02 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : pav, urbanisme, praille | |  Facebook | | | |