jeudi, 11 janvier 2018

"Charlie" et le Djihad, trois ans après

Je suis et je vous emmerde.jpgRésilience ou résignation ?

Il y a trois ans, le 7 janvier 2015, la rédaction de "Charlie Hendo" était massacrée par un commando de djihadistes. Des millions de personnes, dans le monde entier, avaient proclamé alors "Je suis Charlie". Qu'en reste-t-il ? On aura l'occasion de revenir sur la question de la liberté d'expression, et sur celle du droit au "blasphème", liberté et droit que, comme Charlie", nous posons comme sans limite ni exception. Reste la question du terrorisme djihadiste, qui n'a pas cessé, et de ses effets : "Les djihadistes ont clairement échoué dans leur projet de mobiliser les musulmans derrière eux", constatait, optimiste, en novembre 2016 l'islamologue Gilles Kepel, après de nouveaux attentats commis en France, "réussis du point de vue de Daech" (un couple de policiers poignardés en juin, 86 personnes écrasées par un camion à Nice et juillet, et le même mois un prêtre catholique égorgé) : économie de moyens, énorme effet médiatique. Malgré tout, poursuivait Kepel, "la société française s'est montrée extraordinairement résiliente", malgré les efforts de l'extrême-droite islamophobe et identitaire, façon "Riposte Laïque". Résiliente, ou résignée ? L'antisémitisme reprend du poil de la bête en même temps que l'avers de la même fausse monnaie, l'islamophobie, le complotisme fleurit et le directeur de "Charlie", Riss, demande s'il est "normal pour un journal d'un pays démocratique que plus d'un exemplaire sur deux vendus en kiosque finance la sécurité des locaux et des journalistes qui y travaillent"...

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18:58 Publié dans terrorisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : charlie hebdo, djihadisme | |  Facebook | | | |

mercredi, 06 janvier 2016

Il y a un an, le carnage de "Charlie Hebdo" : qu'en avons-nous appris ?

liberté d'expression, Charlie Hebdo Le ventre est encore fécond...

"Charlie Hebdo" sort aujourd'hui un numéro rendant hommage, et mémoire, à ceux qui sont tombés il y a un an sous les balles pour avoir pris, en pleine connaissance du risque qu'ils prenaient, la liberté de dire, d'écrire, de dessiner ce qu'ils avaient envie ou besoin de dire, d'écrire et de dessiner, sans autre autorisation à demander que celle qu'ils pouvaient s'accorder à eux-mêmes. On redira donc, avec les mêmes mots ou d'autres mots, ce qu'on disait déjà il y a un an, puisque le ventre est encore fécond d'où ont surgi les Kouachi et Koulibaly : J'ai, comme toutes et tous l'ont, partout, le droit de tout dire, de tout écrire, j'aurais celui de tout dessiner si je savais dessiner.  Vous me niez ces droits ? Je vous emmerde !

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mercredi, 08 avril 2015

"Charlie Hebdo" et la liberté d'expression, trois mois après : Changement de débat ?

Trois mois après le massacre de "Charlie Hebdo" et la mobilisation, massive, en faveur de la liberté d'expression, sous sa forme la plus absolue -le droit de tout dire, de tout écrire, de tout dessiner, la prudence a pris le pas sur la virulence libertaire -à vrai dire, sitôt l'émotion retombée et les grandes manifestations dispersées, le temps de l'incertitude était venu : le Mémorial de Caen a reporté de six mois ses Rencontres sur le dessin de presse, le temps, dit-il, de les "repenser sur le fond comme sur la forme", une exposition consacrée à "Charlie Hebdo" au Musée Hervé de Louvain, en Belgique, a été annulée. Ce repli n'est cependant pas général : à l'automne, le village de Saint-Juste-le-Martel redeviendra comme chaque année la capitale du dessin de presse, car y renoncer "serait donner raison aux terroristes". La dessinatrice tunisienne Nadia Khiari résume : "si on arrête (...), c'est fini, les terroristes ont gagné". Et puis, après le massacre et le formidable mouvement de soutien dont les survivants du journal, et le journal lui-même, ont bénéficié, "Charlie" est l'enjeu d'un autre débat, sur sa gestion, celle de son capital et celle de sa "gouvernance", pour causer novlangue...

"Le blasphème fait partie des droits de l'homme, l'humour fait partie des vertus"

Des membres de l'équipe de "Charlie Hebdo" ont créé une association réclamant un fonctionnement plus collectif et plus transparent du journal, au fonctionnement très "familial", avec trois directeurs-actionnaires concentrant les pouvoirs, et sans sociétés des rédacteurs. Détenu à 20 % par son directeur financier, Eric Portheault, à 40 % par son directeur de publication, Riss, et 40 % par les parents de Charb, son directeur assassiné le 7 janvier, "Charlie" a reçu, depuis l'attentat dont il a été victime, plus de quinze millions d'euros et de produit de ses ventes (plusieurs millions d'exemplaires pour le numéro suivant l'attentat, plusieurs centaines de milliers ensuite). Le collectif qui s'est créé, pour d'une certaine manière mettre le fonctionnement du journal en accord avec ses idées libertaires, voudrait ouvrir le capital à un actionnariat des salariés, et assurer la transparence de projets qui font consensus entre le collectif et les propriétaires-dirigeants de "Charlie" : répartir les dons reçus après l'attentat, entre les blessés et les familles des victimes, et créer une fondation destinée à soutenir le dessin de presse en France et dans le monde. Car un tel soutien est, aujourd'hui plus que jamais, nécessaire : l'autocensure sous la menace se répand un peu partout, avec son corollaire : les menaces légales contre la liberté d'expression...

Ainsi, le gouvernement français veut-il "sortir" le délit (et sa répression) de parole raciste (y compris antisémite) du droit de la presse pour l'intégrer au Code pénal, conformément au principe que "le racisme n'est pas une opinion mais un délit". Une "stupidité juridique" selon le président d'honneur de la Ligue des Droits de l'Homme, Henri Leclerc. Une stupidité et un danger : entre les mains d'un pouvoir politique peu soucieux de l'indépendance des juges et du pluralisme des convictions, le racisme serait bientôt rejoint dans la liste des "opinions" devenant des "délits" par toutes les opinions jugées dangereuses, par le pouvoir lui-même. Les "lois scélérates" frappant les anarchistes au début du siècle procédaient déjà de ce type de dérive. La loi française sur la presse fixe pourtant déjà des limites à la liberté d'expression en précisant que tout citoyen devra répondre de "l'abus de cette liberté" dans les cas déterminés par la loi. Or le racisme est précisément l'un de ces cas (il est sanctionné par le code pénal comme un délit), et ceux qui ont provoqué à la haine raciale peuvent même, si cette provocation a eu pour effet la commission d'un crime, être condamnés à perpétuité... Cela devrait suffire... d'autant que la répression  de l'expression du racisme ne fait pas disparaître le racisme.

Le droit suisse pose à la liberté d'expression les mêmes limites que le droit français : la discrimination raciale, la liberté religieuse (encore qu'on voit mal comment une expression puisse entraver la liberté religieuse, si on voit fort bien en quoi elle peut indigner ceux contre la foi de qui elle est exercée), la provocation publique au crime ou à la violence. Et c'est à chaque fois au juge de dire si ces limites ont ou non été franchies, comme il vient de le dire en France à Dieudonné, déjà condamné par le passé pour injures (comme d'ailleurs "Charlie Hebdo" l'a été), provocation à la haine ou à la discrimination raciale (ce pourquoi Charlie n'a en revanche jamais été condamné, ne pratiquant pas ce genre de discours). Il n'y a donc pas "deux poids, deux mesures" entre la mobilisation autour de "Charlie Hebdo", pour la liberté d'expression, et les poursuites contre Dieudonné, d'abord parce qu'il y a quelque différence entre se faire assassiner à la kalachnikov et se retrouver, défendu par des avocats, dans un tribunal d'un Etat de droit, entre une exécution sans jugement et un jugement sujet à appel et recours.  Le droit français, comme le droit suisse et celui de la plupart des Etats démocratiques, protège les individus, pas leurs croyances. Il protège les sujets de droit, et les religions n'en sont pas. Il protège une liberté d'expression inaliénable et illimitée dans sa substance mais pas dans son exercice : ma liberté d'expression n'est pas plus absolue que celle de mon adversaire ou de mon ennemi.

"La liberté de tout dire n'a d'ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire" disait Jean-Paul Marat, qui ne se privait pas de "tout dire"... plus posée, la Cour européenne de droits de l'homme précise que la liberté d'expression implique celle d'exprimer des idées choquantes et inacceptables pour l'Etat ou une partie de l'opinion publique, mais l'ancienne conseillère nationale libérale Suzette Sandoz ne croit pas que l'on puisse "prétendre imposer au monde entier, d'un coup de baguette magique, le respect d'une liberté que nous avons mis beaucoup de temps à comprendre et à accepter". Or, s'agissant de la liberté d'expression, il ne s'agit nullement d'imposer une liberté aux autres -une liberté ne peut d'ailleurs être imposée, elle ne peut que se prendre- il s'agit d'abord de la défendre pour nous, ce qui, pour peut que l'on admet le principe selon lequel "les autres ont toutes les libertés que l'on se reconnaît à soi-même". Cette liberté que l'on revendique pour nous (et donc pour les autres), on ne la défendra pas si on renonce à l'exercer pour ne pas froisser ceux qui n'en veulent pas... Et quand le directeur du Mémorial de Caen, qui a reporté de six mois ses Rencontres sur le dessin de presse, le temps, dit-il, de les "repenser sur le fond comme sur la forme, observe que "nous avons une manière d'appréhender le dessin de presse qui n'est pas partagée dans le monde entier", il ne fait que poser un constat d'évidence, duquel ne saurait découler une autocensure quelconque, sauf à admettre que la "manière d'appréhender le dessin de presse" ailleurs doit s'imposer, sans réciprocité aucune, à la manière de l'appréhender ici.

André Comte-Sponville, pour qui "le blasphème fait partie des droits de l'homme, l'humour fait partie des vertus", note, fort justement, que "les fanatiques n'acceptent jamais l'humour", surtout, évidemment, "lorsqu'il porte sur ce qu'eux-mêmes jugent sacré". Et d'en conclure, fort justement, que c'est là une "raison de plus pour rire d'eux, de leur sérieux et de leurs idoles". A la condition, nécessaire à la légitimité de notre rire, que nous soyons aussi capables de rire de nous, de notre sérieux (ou de son absence) et de nos idoles, si nous en avons. Y compris de "Charlie", donc.

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jeudi, 26 février 2015

« Charlie Hebdo » reparaît, et ça fait du bien... mais à quel prix ?


Charlie Hebdo, liberté d'expression, intégrisme L'increvable liberté des mortels libertaires

« C’est reparti ! », proclame la Une, pleine page, de Charlie Hebdo, reparu hier, deux mois après le massacre de sa rédaction. Numéro 1179 : en couverture, un chien qui court, un Charlie Hebdo roulé dans la gueule et aux basques du chien, Sarkozy, Marine Le Pen, un jihadiste, le pape, un patron, tous canifiés -mais en meute -« tous les trucs et tous les gens qui nous emmerdent » résume le nouveau directeur de la publication, Riss. Charlie reparaît, c'est la seule réponse qu'il fallait donner à la connerie armée, et elle fait du bien. Même si on en parle à notre aise : nous n'avons pas été attaqués, ce ne sont pas nos copains qu'on a massacrés. Prêts à nous battre jusqu'au dernier dessinateur de Charlie pour la liberté d'expression, nous n'allions pas jusqu'à proclamer que nous aussi, on veut être menacés, vivre sous protection policière et risquer à chaque pas, chaque mot, chaque dessin, de nous faire buter. « Je suis Charlie », d'accord, mais pas suicidaire. Charlie a 50 fois plus de lecteurs aujourd'hui qu'avant le massacre de ses dessinateurs et rédacteurs ? La liberté est increvable, mais ceux qui la portent sont bien mortels, eux.

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17:33 Publié dans Droits de l'Homme | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : charlie hebdo, liberté d'expression, intégrisme | |  Facebook | | | |

jeudi, 22 janvier 2015

Exercice de conjugaison d'un verbe du premier groupe à l'indicatif présent : « Je blasphème, tu blasphèmes... »

Nous lisions, dans notre quotidien préféré, samedi, que Reporters sans frontières, pour qui « la liberté d'expression n'a pas de religion » (contrairement, souvent, à sa répression) réclame l'instauration d'un « droit au blasphème ». Et nous lisons aussi ce rappel que depuis des plombes, l'Organisation de la coopération islamique tente, dans les instances de l'ONU, d'imposer un «délit de blasphème» pudiquement camouflé en délit de «diffamation des religions»... étrange formulation (mais peut-être tient-elle à une traduction maladroite) : on peut diffamer des personnes, c'est même assez courant, mais comment peut-on diffamer une idée ? et qui serait en droit de s'en estimer propriétaire pour ester en justice en son nom ?

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16:30 Publié dans Droits de l'Homme, Médias, religion | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : religions, blasphème, liberté d'expression, charlie hebdo | |  Facebook | | | |

mercredi, 14 janvier 2015

« Union sacrée » pour les libertés d'expression et de publication ?

50 mouches, un million de citoyens

Collez le qualificatif de « sacrée » au substantif d'« union », vous serez sûr d'attirer les mouches. Elle était pourtant splendide, la gigantesque manif parisienne du 11 janvier dernier, pour «Charlie» et la liberté d'expression, contre le terrorisme et la purification religieuse. Splendide, n'était la présence, au début de la manif (ils se sont éclipsés ensuite) de quelques dirigeants peu suspects de convictions libertaires, et plus prompts à embastiller (pour le moins) les journalistes, les dessinateurs, les écrivains, les opposants de tout poils qu'à défendre la liberté d'expression, le pluralisme et la laïcité. Bref, le genre Bongo, Orban, Netanyahu... Ils n'étaient certes qu'une cinquantaine sur plus d'un million, mais ils faisaient tache. «Le Temps» essayait, lundi de s'en consoler  : « En paradant aux côtés des démocrates, les Orban, Davutoglu ou Bongo se sont liés les poings : au prochain faux pas, il se trouvera toujours quelqu'un pour leur rappeler qu'ils étaient aussi à la marche républicaine de Paris ce 11 janvier 2015 ». Tu parles, Charlie...

Mais peu importe, en ce moment : de la formidable mobilisation de la semaine dernière, on ne retiendra pas les 50 mouches, mais les millions de citoyennes et de citoyens.

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16:11 Publié dans Droits de l'Homme, Résistance | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : charlie, charlie hebdo, liberté d'expression | |  Facebook | | | |

lundi, 12 janvier 2015

Massacre de "Charlie Hebdo" et du supermarché kacher : Les religions au banquet funèbre

Quelque chose nous dit qu'on va encore les voir défiler pendant des jours, les experts de l'islam, les experts de l'islamisme, les experts du terrorisme, les experts du terrorisme islamiste et les experts du contre-terrorisme. Sans compter une escouade de complotistes dénonçant la main du Mossad dans le carnage du magasin kacher et celles de la CIA, de la NSA et de la DGSE dans le massacre de Charlie Hebdo. Ne manquent que des experts des expertises. Mais depuis le temps qu'ils nous les gonflent, tous ces experts, nous qui ne sommes experts que de notre inexpertise, on se demande comment il se peut qu'il y ait encore des islamistes capables de discourir et des djihadistes en état de massacrer... et de nourrir les experts. Mais, tout contrits de briser la belle unanimité post-traumatique, on trouvera pire, et certainement plus pervers, et plus dangereux, que ce parasitisme des "experts" : celui des religions, s'invitant (ou étant invitées, ce qui sans doute plus navrant encore) au banquet funèbre des victimes d'un massacre commis au nom de l'une d'entre elle...

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15:48 Publié dans religion | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : laïcité, citoyenneté, charlie hebdo | |  Facebook | | | |

jeudi, 08 janvier 2015

« On a tué Charlie Hebdo » ? Eh bien non : « Nous sommes Charlie » !

Je suis Charlie.JPGAlbert Camus évoquait « ce droit au déshonneur dont Dostoïevski disait déjà qu'on est toujours sûr, l'offrant aux hommes, de les voir s'y ruer ». Ils furent trois à s'y ruer, hier, dans les locaux de Charlie Hebdo, abattant douze dessinateurs, journalistes, policiers...« On a tué Charlie Hebdo », beuglait après le massacre l'un des massacreurs, tout fier de son acte. Eh bien non : Des dizaines de milliers, peut-être des centaines de milliers de personnes, se sont rassemblées dans toutes les villes de France, et un peu partout en Europe (nous étions entre 500 et 1000, à Genève) pour dire « nous sommes Charlie ». Une journée de deuil national a été proclamée en France aujourd'hui, avec un hommage aux victimes du massacre. A Genève, à midi et demi, place Neuve, un rassemblement est organisé en soutien a Charlie Hebdo. Une grande marche de défense de la République et valeurs aura lieu à Paris, samedi. Et mercredi prochain, Charlie reparaîtra. On n'aura pas tué Charlie.

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02:27 Publié dans France, Médias, Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : terrorisme, liberté de la presse, liberté d'expression, charlie hebdo | |  Facebook | | | |