vendredi, 21 décembre 2012

Alors, cette apocalypse, ça vient ?

« Par suite du mouvement de grève d'une certaine catégorie de personnel, la fin du monde est reportée »

fin du monde.jpgCe premier jour, jour de la tourbe, du mois de nivôse, premier mois de l'hiver, serait donc le dernier jour du monde ? tourbe nous serions, tourbe nous redeviendrions  ? Soit... Nous avons fait nos provisions de breuvages divers, à consommer sans trop de modération, histoire de noyer notre déception que le tintamarre plus ou moins distancé fait autour de la lecture improbable d'un non moins improbable calendrier maya (il fallait évidemment qu'il soit américain : un calendrier kanak, ça aurait fait moins de bruit) ne soit précisément qu'un tintamarre insignifiant. Parce qu'on se retrouvera demain avec le même monde que celui dans lequel nous vagissons aujourd'hui et brâmions hier.  Et parce que ce monde ne vaudrait guère qu'on le regrette s'il devait lui arriver de disparaître. On peut donc toujours se consoler du charabia cureton dont on nous submerge depuis des mois en se disant que l'intérêt porté à une hypothèse foutraque témoigne peut-être d'une envie, sinon de fin du monde, du moins de changement du monde...

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samedi, 20 décembre 2008

Vivement l'après-Avent...

Plus que deux semaines et on en aura fini avec les " fêtes "...

Il faut rendre au capitalisme et aux marchands l'hommage qu'ils méritent : en dépouillant les ancienne fêtes religieuses de tout contenu religieux, en les réduisant à un grand rite consumériste, laissant certes quelque place, congrue, à la remémoration des traditions anciennes, mais écrasant sur son passage toute autre signification que celles qui peuvent se réduire à un échange marchand, ces endémies éclaircissent le paysage. On sait depuis Marx que le capitalisme est, fondamentalement, révolutionnaire -en ce sens qu'il bouleverse, et écrase quand il ne peut bouleverser, tout sur son passage. Les fêtes de Noël le confirment : La nativité réduite à la marchandise annonce la mort de Dieu, en le mettant en vente.

Et Dieu dans tout ça ?

Le moment s'y prête : il doit bien rester, sous le fatras consumériste et l'orgasme mercantile des " fêtes de fin d'année ", quelque trace de religiosité -pas de celle, fétichiste, de la marchandise, mais de celle au nom de laquelle nous sommes supposés fêter noël, en pays anciennement chrétiens et désormais aussi païens qu'on peut l'être dans un supermarché. Profitons donc de l'occurrence pour dire, au passage, un mot de ce vieux cerbère de tous les ordres imposés : la religion. Apparemment, à défaut d'être déjà mort, Dieu serait subclaquant. Mais ce vieux cancer a ses métastases, ce cadavre ses parasites : les églises traditionnelles s'endorment doucement, d'autres, pires, naissent de leur soue. Et à contempler ce qui menace de lui succéder, on finirait même par regretter Dieu... Et puis, la religion ne s'éteint pas comme un incendie : elle s'embourbe comme une inondation. Et cela prend du temps : au début du XXIème siècle de l'ère chrétienne, 70 % des Français se font encore enterrer religieusement (du moins leur famille l'a-t-elle décidé pour eux). Que la mort soit toujours révoltante est d'autant plus évident qu'elle est devenue invisible, sauf comme spectacle. Le passage vers le néant doit être marqué, les religions sont là pour cela, et à cela au moins -mais à cela seul-peuvent-elles encore servir. Et puisque nul ne vit autrement qu'entre une naissance qu'il n'a pas choisie et une mort qu'il ne peut éviter, autant ajouter à l'absurdité de ce passage l'absurdité du signe qui le clôt. Ce signe est un signe de mort, et un signe mort : que les cadavres des hommes soient accompagnés de celui de leurs dieux rend au moins les hommes égaux des dieux.
Amen.

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mardi, 16 septembre 2008

Retour politique du religieux : Gott mit euch

Dans un discours prononcé devant quelques centaines de " personnalités du monde de la culture " française, Benoît Seize, ci-devant pape, a proclamé (une fois de plus, mais on ne s'en lasse pas) que " ce qui a fondé la culture de l'Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L'écouter, demeure aujourd'hui encore le fondement de toute culture véritable ". En suggérant (modestement, puisque athées et donc hors de " toute culture véritable ") à Papy de lire l'Enyclopédie (après 250 ans, il serait temps), on lui rappellera que le " fondement " réel de la culture européenne est gréco-latin, et donc païen (sans oublier d'ailleurs que ce fondement repose lui-même sur des héritages non moins païens), que l'apport de l'athéisme et de l'agnosticisme à la culture européenne est incontestable, et qu'à vouloir exclure de la " culture véritable " les Lumières et l'affirmation d'une Raison autonome de la foi, on s'interdit de comprendre même ce qu'est la culture européenne. Il est vrai cependant que le Pape n'est pas le seul à s'arrimer comme un champignon aux " racines chrétiennes " de " notre civilisation " : dans notre petit coin de terre, la liste " évangélique " pour la Constituante genevoise fait de même, et les partisans de l'interdiction des minarets en Suisse itou.

Racines

La floraison de discours sur les " racines " religieuse de " notre civilisation ", cette obstination suspecte à vouloir réduire ces " racines " à la chrétienté (ou à la judéo-chrétienté, ou, dans le meilleur des cas, au Livre) et donc " nôtre civilisation "à la religion, commencent sérieusement à nous courir sur le haricot. Et tous ces bons apôtres truffiers à nous bassiner, qui nous somment de graver dans les textes (les constitutions, par exemple) ce qui leur paraît être une évidence, mais qui ne l'est qu'en raison de leur myopie historique : que les " racines " de notre " civilisation européenne " seraient chrétiennes, que les " racines " de toute civilisation seraient religieuses. Il se trouve que les seules religions historiquement supportables sont celles qui ont secrété les acides qui les ont détruites comme institutions incontestables : c'est le grand mérite du christianisme que cette sécularisation, et c'est la grande faiblesse de l'islam, que de n'y être encore parvenu qu'à la marge, faute peut-être d'institutions centrales à combattre frontalement. Mais en chrétienté aussi, la nostalgie du règne religieux se cultive, de Sarah Palin à Benoît XVI. Or le christianisme s'est diffusé comme culture dans le temps même où il se dissolvait comme puissance politique, et à la condition de cette dissolution. Pourquoi dès lors vouloir à toute force remettre un dieu là d'où on a eu tellement de peine à l'extirper : au cœur de la politique ? Sans Calvin, il n'y aurait certes pas de République de Genève… mais si les arbres tiennent par leurs racines, nous ne sommes pas des arbres et nous tenons par nos têtes. A vouloir s'enraciner, on n'arrive qu'à s'immobiliser.

02:56 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : religion, pape, politique | |  Facebook | | | |