religion, laïcité, églises

  • S'"immerger au coeur des religions" ou "assécher l'infâme" ?

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    dieu.jpgNon de Dieu de noms de dieux

    On trouvait deux infos intéressantes, dans "Le Matin Dimanche" d'avant-hier : L'annonce d'une "sacrée exposition" à Genève (Palexpo, du 11 octobre au 19 janvier), "Dieu(x) modes d'emploi", présentée comme une "immersion unique au cœur des religions de notre monde", athéisme compris, et la relation des prêches de l'imam intégriste d'une mosquée de Kriens, à Lucerne, rappelant à la fois l'imminence de la fin du monde et le droit des hommes à frapper les femmes, et à les empêcher de quitter leurs maisons sans la permission du mâle dominant. Disons, pour le moins, qu'il y a des conceptions religieuses en lesquelles on n'a pas une furieuse envie de s'"immerger". Et pour lesquelles on a plutôt à chercher le moyen d'un assèchement.

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  • Vote de la loi genevoise sur la laïcité : Un pet dans l'eau

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    pet dans l'eau.jpgLa loi cantonale genevoise sur "la laïcité de l'Etat"a été acceptée hier par 55 % des suffrages, grâce au soutien massif que lui a apporté l'électorat de droite et au différentiel de participation au vote entre les arrondissements de droite et ceux de gauche (la participation s'est établie à 43,8 % au plan cantonal, mais elle s'étage entre e38,5 % à Châtelaine et plus de 49 % à Veyrier). L'effet de ce différentiel saute aux yeux en Ville de Genève : tous les arrondissements de gauche (soit la majorité des arrondissements de la ville) votent contre la loi, malgré quoi elle est acceptée par la majorité des votants de la commune... On notera au passage le nombre important de bulletins blancs (5578 dans le canton). 

    Et maintenant ? Maintenant, rien... Genève n'est ni plus, ni moins laïque depuis hier, et sa "loi sur la laïcité de l'Etat" ne changera finalement rien aux pratiques genevoises : l'Etat va continuer à trier entre les bonnes églises et les autres, les vraies et les fausses religions, à permettre à quelques unes d'utiliser l’administration fiscale pour prélever leur dîme, à faire prêter serment aux conseillers d'Etat et aux députés dans un temple, tout en leur interdisant d'arborer des signes religieux pendant les séances publiques du parlement... cela, d'ailleurs, se règlera devant les tribunaux : l'assimilation stupide des élus dans les parlements municipaux et cantonal à des agents de l'Etat, avec à la clef l'interdiction leur étant faite de porter des signes religieux (ou philosophiques, ou idéologiques) visibles pendant les séances plénières publiques, cette interdiction ne tiendra sans doute pas longtemps face à des recours déposés par des députées ou des députés, des conseillères municipales ou des conseillers municipaux. Au fond, tout au fond même, ce vote sur cette loi n'est guère qu'un pet dans l'eau : ça fait un petit bruit et de grosses bulles, ça fleure un peu, mais ça se dissipe presque aussi vite que cela s'exhale.

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  • Pourquoi diable n’appelle-t-on pas à rejeter la loi sur la laïcité ?

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    Drapeau Dugong.jpgVirginale perversité

    Après tout le mal qu'on a pu écrire de la loi sur la laïcité soumise au vote des Genevois et voises dans une semaine, pourquoi diable n’appelle-t-on pas à la rejeter ? Pour deux raisons inavouables autant que contradictoires : par perversité, d'abord, et pour préserver notre virginité politique, ensuite.
    Par perversité : on salive d'avance, tout en ricanant, à l'idée de voir la présidence du Grand Conseil ou du Conseil Municipal en appeler à la force publique pour expulser de la salle des séance plénières une musulmane trop enfoulardée, un chrétien portant en sautoir une croix trop grande, un juif une kippa trop voyante ou nous-mêmes notre passoire athée.
    Par pudeur de vierge effarouchée, ensuite : on n'a pas franchement envie de passer notre temps à dire que notre "non" n'est pas le même que celui des fondamentalistes religieux... ni notre "oui" le même que celui des Croisés de l'Occident chrétien.

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  • Loi genevoise sur la laïcité : Quand un foulard voile un débat

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    lobotomie.jpgLoi genevoise sur la laïcité : Quand un foulard voile un débat

    Dans deux semaines, les Genevois et voises se seront prononcées sur une loi cantonale qui prétend concrétiser le principe constitutionnel de laïcité de l'Etat. Faible avec les forts, forte avec les faibles, la loi prolonge l'usage de l'administration fiscale pour la collecte des dîmes religieuses, donne à l'Etat la capacité de trier entre les bonnes et mauvaises religions, les bonnes et mauvaises organisations religieuses, mais s'obsède sur les signes religieux portés par des fonctionnaires et des élus (surtout des élues, d'ailleurs, si on en juge par la polémique entretenue dans la campagne de votation sur le voile islamiste). Une conseillère municipale verte de Meyrin siège tête couverte... quel est le problème ? qu'elle porte foulard ou qu'elle ait été élue en le portant pendant sa campagne électorale ? Et si problème il y a, disparaît-il avec le foulard ? une islamiste, l'est-elle moins tête nue qu'enfoulardée ? L'obsession du "signe" religieux finit par voiler totalement le débat de fond sur la laïcité, et sur la loi qui prétend la définir et la préciser. Le vicaire épiscopal (catholique romain, donc) a beau assurer que "le 10 février, la population genevoise ne vote pas sur le port du voile", c'est bien désormais  sur ce signe-là, et grâce à lui, qu'elle votera. Et que la loi sera vraisemblablement acceptée...

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  • Laïcité : une loi qui ne mérite ni d'être soutenue, ni d'être combattue

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    passoire athée.jpgVotez blanc ou nul -mais votez !

    Le 20 février, les Genevois et voises sont appelés aux urnes pour adopter ou refuser une loi sur la laïcité proposée par Pierre Maudet, révisée par la majorité du Grand Conseil après deux ans de travaux et attaquée par quatre comités référendaires. Or cette loi ne mérite ni l'honneur d'un  soutien, ni l'indignité d'un refus : elle ne mérite qu'un haussement d'épaules. Elle sera sans doute acceptée -pas par soutien du principe de laïcité, qu'elle n'exprime que fort imparfaitement et sur certains points très caricaturalement (notamment en transformant les députés et conseillers municipaux en agents de l'Etat), mais par allergie à un fondamentalisme religieux spécifique : l'islamique (ou -"iste"), les autres fondamentalismes religieux ne tétanisant plus grand monde ici et maintenant (ailleurs et en d'autres temps, on en parlerait autrement) : qui a peur, à Genève, en 2019, des Témoins de Jehovah ? Grosso modo, les recommandations de vote des partis politiques se répartissent selon le bon vieux clivage gauche-droite : la gauche et les syndicats appellent à voter "non" à la loi, la droite à voter "oui". Mais des hommes et des femmes de gauche appellent tout de même à voter "oui", des hommes et des femmes de droite (le parti évangélique, l'UDF) à voter "non". Les églises chrétiennes traditionnelles (protestante, catholiques romaine et chrétienne) soutiennent la loi Et on trouve un comité "La laïcité, ma liberté" qui appelle à voter "oui" et un comité "La laïcité, notre liberté" à voter "non". On n'a pas trouvé trace de comité "La laïcité, ta liberté", ou "sa liberté", ou "votre liberté", ou "leur liberté". Alors on les remplace : on créée un comité "la laïcité vaut mieux que cette loi", à laquelle on appelle à voter blanc ou nul, parce que cette ânerie ne vaut pas mieux (ni pire). La constitution de la République pose le principe de laïcité, proclame la neutralité religieuse de l'Etat, lui interdit de subventionner des activités cultuelles, garantit la liberté de croyance et de conscience, cela suffit. "Cette loi ne brime pas la liberté de conscience, elle la cadre", affirme le président du Grand Conseil, Jean Romain, qui soutient ladite loi. Mais depuis quand doit-on, et même peut-on, "cadrer" la liberté de conscience ? S'il est une liberté qui ne peut pas être "cadrée", c'est bien celle-là : on peut cadrer (et on cadre) la liberté d'expression, la liberté de la presse, la liberté d'association, mais la liberté de conscience, elle, est par nature, ontologiquement, absolue.

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  • Loi genevoise sur la laïcité : les socialistes disent "non"

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    passoire-à-thé-ancienne-en-métal-argenté-avec.jpgIte missa non est

    Le PS genevois a décidé d'appeler au refus de la loi sur la laïcité bricolée par le Grand Conseil et soumise au peuple en février prochain, puisqu'un référendum, lancé par une coalition aussi contradictoire que celle qui soutiendra la loi, a abouti. Le PS rejoint ainsi les Verts et Ensemble à Gauche dans l'opposition à la conception qu'une majorité du Grand Conseil se fait de l'application du prédicat constitutionnel : pour la gauche genevoise, mieux vaut en effet le statu quo qu'une loi qui "divise et exclut". Alors, que faire de cette loi (qui sera sans doute acceptée nonobstant l'opposition de la plus grande partie de la gauche : toute la droite est pour) ? Eh bien on hésite. Pas entre voter "oui" ou voter "non", mais entre voter blanc ou voter nul. Parce qu'il nous semble que cette loi ne mérite ni l'honneur d'être soutenue, ni l'indignité d'être combattue. Pas l'honneur d'être soutenue, tant elle ressemble à un collage de dispositions dont les unes relèvent de l'enfonçage de portes ouvertes et les autres de douteuses références -ainsi de celle à des "communautés religieuses" avec quoi l'Etat doit "entretenir des relations" (incestueuses ?), et même d'assez calamiteuses confusions -ainsi de celle entre des parlementaires et des fonctionnaires d'Etat. Et puis, on persiste à se demander pourquoi diable (ou dieu) on tient tant à pondre une loi qui érige les religions au dessus des autres faits et facteurs de culture. Après tout, une religion n'est rien d'autre qu'une philosophie farcie de divinité, et il n'y aucune raison (mais bien des déraisons) à la traiter autrement qu'une philosophie. Et il y a aussi bien des dangers à donner à l'Etat le pouvoir de trier entre les religions, celles qu'il va reconnaître et celles qu'il ignorera. Mieux vaut les ignorer toutes (ce qui évidemment ne signifie pas les combattre), faute de pouvoir les reconnaître toutes, tant il y en a. Pourquoi alors ne pas la combattre ? D'abord, parce qu'elle n'est pas assez cohérente pour être dangereuse et pas assez intelligente pour être perverse. Et puis, parce que quelque effort d'explication que l'on fasse, quelque discours que l'on tienne, quelque recours  que l'on propose à un examen rationnel du texte, appeler à voter contre une loi sur la laïcité sera pris comme un appel à voter contre la laïcité -ce que la présence dans l'opposition à la loi d'opposants religieux au principe même de laïcité semblera confirmer. Il est vrai qu'en face, dans les soutiens à la loi, on trouvera ceux, à l'extrême-droite, pour qui elle n'a de légitimité que dans la mesure où ils peuvent y trouver trace de leurs obsessions islamoxénophobes (oui, c'est un néologisme...). En vérité, en vérité, on vous le dit : il y a assez de confusion comme cela dans le débat autour de la laïcité pour qu'on évite d'en ajouter encore une louche. Ite missa non est, mais allez en paix quand même.

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  • Loi genevoise sur la laïcité : Sacraliser l'Etat ?

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    sacre.jpgLe 10 février prochain, à Genève, on votera sur une loi cantonale sur la laïcité de l'Etat, attaquée par un référendum qui a obtenu 8300 signatures (6500 étaient nécessaires pour qu'il aboutisse). La Constitution cantonale pose (c'est la première à le faire à Genève) la laïcité comme principe fondamental de la République. Le Grand Conseil a jugé que cette proclamation ne suffisait pas, qu'il fallait une loi et en a donc bricolé une, qui enfonce quelques portes ouvertes et profère quelques truismes, exercices absurdes qui ne justifient pas que l'on appelle à refuser la loi. Mais on ne peut non plus l'accepter : elle sombre en effet dans une confusion parfaitement réactionnaire en confondant le rôle, le statut, la légitimité des élus et celle des fonctionnaires, en prétendant neutraliser les lieux politiques au point d'imposer aux parlementaires l'obligation, parfaitement hypocrite, de s'interdire toute exposition visible de leurs convictions religieuses, voire même politiques, et finalement en érigeant religieusement l'Etat en totem tout en plaçant la religion au-dessus des autres faits de culture, comme si le premier devait être sacralisé en même temps que la seconde, et chacun des deux préservé de l'autre. Que faire d'une loi qui ne mérite ni l'honneur d'un soutien ni l'indignité d'un refus ? On n'en fera rien : on votera blanc, ou nul. Parce que cette loi ne mérite rien de plus. Elle sera sans doute acceptée, et nous interdira de porter un "signe religieux ostentatoire" en séance du Conseil Municipal. Peu importe : passoire-à-thé-ancienne-en-métal-argenté-avec.jpgnotre "signe iréligieux ostentatoire", on l'arborera quand même : une passoire athée (à porter en sautoir ou en collier)...

     

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  • La loi genevoise sur la laïcité sera soumise au peuple : Quel débat possible ?

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    signes religieux ostentatoires.jpgLes référendums contre la loi cantonale genevoise sur la laïcité ont abouti, et largement : lancés par quatre comités distincts, soutenus par les syndicats, la Jeunesse socialiste et les Verts (mais pas par le PS, opposé à la loi mais divisé sur l'opportunité des référendums) ils ont recueilli (au total) plus de 8300 signatures alors qu'il leur en fallait 3000 de moins. On votera donc, probablement en 2019, contre une loi si médiocre, bureaucratique et péremptoire qu'on se permettra de douter qu'elle méritait l'honneur d'être soumise au peuple -les recours annoncés par les Verts et les évangéliques suffisaient, mais ils ne seront pas traités avant la votation, qui portera donc sur une loi dont on ne saura même pas au moment de voter si son contenu ne sera pas partiellement invalidé.  Pour le comité référendaire de gauche, qui défend une laïcité démocratique dans laquelle l’État s’interdit d’intervenir dans les affaires religieuses, c’est la liberté la plus étendue d’opinion, d’expression, d’association, de manifestation, soit les libertés publiques et droits « ordinaires » qui sont à appliquer dans ce domaine, comme dans les autres". Certes. Mais que restera-t-il de ces protestations de principe dans le débat d'avant votation ? "un débat est possible autour de la laïcité", assure Pierre Vanek. Sans doute, mais quel genre de débat ? Le genre de débat pourri où la laïcité est transformée en croisade contre l'islam  et les libertés religieuse à de la complaisance envers l'islamisme ?

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  • Une loi idiote mérite-elle un référendum ?

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    signes religieux ostentatoires.jpg

    Petits énervement sur la laïcité

    Les Verts genevois ont annoncé qu'ils allaient faire recours devant la Chambre constitutionnelle de la Cour de Justice contre l'interdiction faite par la nouvelle loi cantonale genevoise sur la laïcité aux membres et élus du Grand Conseil et des Conseils municipaux (les communes n'ayant pas été consultées, rappelle Carole-Anne Kast...) d'arborer des signes religieux "ostentatoires". Ils ont également fait savoir qu'ils étaient "a priori favorables aux objectifs d'un référendum" contre la loi -laquelle n'est d'ailleurs pas encore entrée en vigueur (elle ne le sera qu'au terme du délai référendaire si aucun référendum n'a été lancé ou n'a abouti, ou après un vote populaire qui lui serait favorable si référendum valide il y a eu), et ne peut donc être invoquée contre quelque élu ou quelque élue que ce soit. D'autant qu'elle a été votée par le précédent parlement, à écrasante majorité de droite et d'extrême-droite, et qu'il n'est pas du tout exclu que le nouveau parlement, où l'Alternative forme le "bloc" le plus important, finisse par la réviser, ne serait-ce que pour s'éviter le ridicule d'avoir à sévir contre tel ou telle de ses membres pour un bout de tissu, un crucifix en collier, une kippa ou une passoire athée. En attendant, la seule question qu'on se pose est de savoir si des dispositions aussi idiotes que celles qui ont été votées par le défunt parlement cantonal genevois méritent plutôt l'honneur d'un référendum ou l'indignité de n'en tenir aucun compte.

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  • Les élus du peuple, des "agents de l'Etat" ?

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    avuedenezilestcinqheures.jpgComme une odeur de moisi...

    Du peu que nous ayons eu le courage de le suivre (à la télé, on n'a pas poussé le masochisme jusqu'à l'Hôtel-de-Ville), nous ne pûmes qu'être assez consternés par le débat, au Grand Conseil genevois, sur la loi cantonale sur la laïcité -un débat qui va se poursuivre en avril, puisque le parlement n'a pas réussi à le clore en mars, et qui a atteint une sorte d'apogée pataphysique lorsqu'il a porté sur les apparences vestimentaires et bijoutières des élus et des élues : pour complaire aux obsessions fétichistes d'une majorité, cultiver la laïcité de la peur et imposer aux parlementaires la règle imposée aux magistrats (Conseillers d'Etat, Conseillers administratifs, Maires et adjoints) de s'abstenir d'arborer des "signes religieux ostentatoires", le Grand Conseil a assimilé (en s'y assimilant lui-même) les députés et les conseillers municipaux à des "agents de l'Etat". Même les staliniens, même les théocrates, même les monarchistes de la Restauration (ou leurs compères pseudo-républicains de la Restauration genevoise) n'avaient pas osé pareille confusion... C'est quoi, un député ou un conseiller municipal, dans une démocratie ? c'est le représentant du peuple, de la nation ou de ses électeurs,  mais jamais le représentant de l'Etat ! Alors à Genève, les députés et les conseillers municipaux seraient des "agents de l'Etat"... Une Genferei de plus, mais nettement moins marrante que les autres : si les députés et conseillers municipaux sont des "agents de l'Etat", il n'y a plus d'opposition parlementaire concevable... Il ne resterait plus alors qu'à pousser cette ânerie politique à son terme logique, et à faie nommer directement les députés et les conseillers municipaux par le Conseil d'Etat, comme les fonctionnaires (comme des agents de l'Etat, quoi)... Il était vraiment temps que le Grand Conseil sortant puisse sortir, il commençait sérieusement à sentir le moisi...

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  • Projet de loi sur la "laïcité à la genevoise" : Vivement l'indifférence !

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    LAICITE3.jpgHier soir, le Grand Conseil de la République (et un peu canton) de Genève a accepté, à une large majorité, d'entrer en matière sur un projet de loi sur la laïcité, supposé concrétiser et préciser un principe posé depuis 2012 dans la constitution cantonale (et un peu républicaine) genevoise -le principe de laïcité, précisément. Le débat se poursuit, et devrait se clore aujourd'hui, mais indépendamment du contenu du projet porté par Pierre Maudet, c'est son utilité qui est contestable -et a d'ailleurs été contestée par un petit tiers du parlement (le PS, l'UDC et "Ensemble à Gauche"), se satisfaisant de la norme constitutionnelle et estimant qu'une "loi sur les religions" était en soi contradictoire du principe de laïcité -conviction que nous partageons et qui se résume simplement ainsi : Une république laïque n'a pas plus à s'immiscer dans les pratiques religieuses (et les signes de ces pratiques) que celles-ci (et ceux-ci) n'ont à s'imposer à  celles et ceux qui n'en veulent pas. Aux religions, la République laïque ne devrait avoir à opposer que son absolue indifférence...

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  • Vers une loi genevoise sur la laïcité ni très utile, ni très cohérente

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    laïcité.jpg"La loi sur la laïcité sort de commission très fragilisée", titrait la "Tribune (encore) de Genève du 5 février, à propos de l'examen d'un projet présenté par Pierre Maudet, et de deux autres projets,  tous trois étudiés par la commission des droits de l'homme du Grand Conseil genevois et tous trois portant sur le même enjeu : concrétiser le prédicat constitutionnel de la laïcité de l'Etat (la constitution genevoise actuelle étant d'ailleurs la première de l'histoire de la République à poser explicitement la laïcité comme principe), jusque dans des détails comme la perception par l'Etat d'une dîme religieuse volontaire (l'actuelle "contribution ecclésiastique" dont l'Etat assure la perception pour les trois églises chrétiennes reconnues mais pour aucune autre "communauté religieuse") ou le port de signes religieux par des agents de la fonction publique... La loi sur la laïcité sort donc de commission "très fragilisée" (le projet Maudet, amendé, n'a obtenu que 4 voix sur 9). Mais fragilisée par quoi ? par son contenu, ou par de lourds doutes sur son utilité même, voire sur la cohérence de l'exercice consistant à légiférer sur les "communautés religieuses" au nom de la laïcité de l'Etat ?

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  • Initiative "antiburqa" : vers un contre-projet indirect

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    burqa-fondue.jpgQuand le fétichisme désarme la raison

    Le Conseil fédéral, estimant que l'Etat n'a pas à dire à ses citoyennes et citoyens comment ils doivent s'habiller (ce avec quoi nous sommes parfaitement d'accord, soit écrit en passant), propose un contre-projet indirect (le PS aurait préféré un contre-projet direct) à l'initiative "antiburqa" du  comité crypto-l'UDC qui avait déjà commis l'initiative "anti-minarets". Le gouvernement se dit conscient du malaise suscité par la présence, même rare et fugace, de femmes entièrement voilée ("aucune femme ne devrait porter la burqa" résume Simonetta Sommaruga), mais ne tient ni à ce qu'une prescription vestimentaire soit inscrite dans la constitution fédérale, ni à imposer une prescription légale à tous les cantons, le phénomène mis en exergue par l'initiative étant de réalité fort différente d'un canton à l'autre (jusqu'à l'irréalité totale dans certains cantons -lesquels seront certainement ceux qui donneront la plus forte majorité à l' l'initiative). Certains cantons ont déjà interdit le voilage des visages (St-Gall, le Tessin), d'autres s'y sont explicitement refusés (Zurich, Soleure, Schwytz et Glaris, où ce refus a été prononcé par la Landsgemeinde). Ce que le Conseil fédéral pourrait proposer, c'est une disposition pénale réprimant la contrainte exercée sur une personne pour se dissimuler le visage (la contrainte étant déjà, quelle qu'elle soit, punie par le code pénal sans qu'il y ait besoin d'une plainte) et une obligation d'être à visage découvert dans tout rapport avec les autorités. Deux mesures de bon sens, la première permettant en outre de sanctionner les responsables d'une d'une contrainte imposée aux femmes, sans qu'elles aient besoin de porter plainte (il y a poursuite d'office), plutôt que les victimes de cette contrainte. Sauf que le gouvernement lui-même ne se faire sans doute pas beaucoup d'illusions sur la capacité de sa réponse, purement rationnelle, à l'initiative de dissuader le peuple et les cantons d'"interdire la burqa" comme ils ont interdit les minarets (76 % des personnes interrogées dans un sondage effectué en décembre dernier étaient prêtes à voter l'initiative). Le fétichisme, il est vrai, et cela vaut pour celui qui impose le voile ou la burqa comme pour celui qui veulent les prohiber, est assez imperméable à la raison...

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  • Prémices et prémisses de la laïcité

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    resistance.jpgAutour de la religion...

    "La liberté de conscience est illimitée; la manifestation des opinions religieuses est subordonnée aux sentiments de la concorde et de la paix. Tous les cultes sont permis s'ils ne troublent point l'ordre public et n'affectent aucune domination ou prééminence. La police les surveille et a le droit de s'enquérir des dogmes et des devoirs qu'ile enseignent. Les rapports d'une secte avec une autorité étrangère ne doivent influer ni sur les affaires politiques, ni sur la prospérité et les lumières du peuple" (Art 6 de la Constitution de la République Helvétique). Cette première (1798) constitution suisse est aussi la seule dont se soit dotée l'Etat central qui pose le principe de la laïcité, sans utiliser ce terme (on est en 1798, pas en 1905) mais en donnant de la liberté religieuse une définition qui ne diffère pas fondamentalement de celle qu'on peut donner deux siècles plus tard : une conjugaison de la liberté et de l'égalité, dans la séparation des cultes religieux et de l'Etat...

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  • Ce dont Tariq est le nom...

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    Ramadan.jpgRamadan2.jpgL'"Affaire Tariq Ramadan" occupe depuis maintenant plusieurs semaines les media. Et elle est exemplaire, à la fois par les accusations portées et par la personnalité de l'accusé. Les faits sont triviaux, les actes sont minables, l'accusé est célèbre. S'il n'y avait que les faits et les actes, il n'y aurait pas d'"affaire".  Il y a deux Tariq dans le même Ramadan : il y a le gourou islamiste (serait-il d'une autre obédience religieuse que cela n'importerait guère), et il y a le dragueur pulsionnel. Il y a celui qui dit ce qu'il faut faire et penser, et celui qui pense avec ses génitoires. Ce qui se dévoile là, sous l'apparence de rapports de séduction, c'est un rapport de dépendance à l'égard du prédicateur, de l'enseignant, de la figure autoproclamée de l'"intellectuel musulman". Celui qui se dévoile sous Ramadan, c'est Tartuffe. Que ce Tartuffe là soit musulman quand celui de Molière était chrétien (ou que d'autres du même acabit professent quelque autre religion, ou philosophie, ou idéologie) ne change rien à sa tartufferie, sauf à confirmer qu'il n'est nul besoin d'être chrétien pour être jésuite : c'est d'abus de pouvoir qu'il s'agit. D'abus d'un pouvoir bien spécifique, car il se trouve que le prédicateur, l'intellectuel, le théologien en cause, a prétention à être une référence pour au moins une partie des musulmans -qui en font effectivement une référence- et leur représentant auprès d'instances sociales, culturelles, médiatiques, voire politiques, des sociétés non musulmanes. C'est cette prétention à jouer ce rôle que "l'affaire" devrait réduire à néant. Parce que cette prétention a un pré-requis, une exigence préalable : celle de la cohérence entre le dire et le faire, entre l'image que l'on veut donner et la réalité de ce que l'on est. Et si les actes aujourd'hui reprochés, même tardivement, à Tariq Ramadan se confirment, si les témoignages sur ces actes se vérifient, alors la contradiction entre ce que veut être Tariq Ramadan et ce qu'il est se révélera telle qu'elle tiendra de la forfaiture. Qui veut indiquer le bon chemin ne doit pas patauger dans la gadoue du fossé : cela vaut pour Tariq Ramadan comme cela valait pour Dominique Strauss-Kahn et comme cela vaut pour un Thierry Marchal-Beck, ancien président du mouvement de la Jeunesse Socialiste française.

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  • Reconnaissance de religions par l'Etat : Peser Dieu dans les urnes ?

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    dictionnairephi15voltgoog_0013.jpgIl n'y a que deux cantons suisses, Genève et Neuchâtel, qui se réclament de la laïcité, au sens donné à ce concept dans la tradition française : la séparation des églises et de l'Etat, ou, un peu plus largement dit, des organisations religieuses et des instituions politiques. Reste à savoir ce que ces institutions font, sur le terrain, de cette référence. A Neuchâtel, le Conseil d'Etat a soumis au Grand Conseil un projet qui part certes d'un principe au coeur de la laïcité, l'égalité des religions et de leurs organisations... mais partir d'un principe ne garantit pas qu'on lui reste fidèle ensuite : ainsi le projet neuchâtelois aboutit-il à celui d'une reconnaissance par l'Etat (ce qui en soi est contradictoire de la laïcité) de certaines religions mais pas de toutes : outre celles déjà reconnues (le catholicisme romain, le catholicisme chrétien et le protestantisme traditionnel), quelques autres pourraient l'être : le protestantisme évangélique, l'islam, le judaïsme, le bouddhisme... mais devraient pour cela, répondre à des critères posés par l'Etat, et passer par l'épreuve d'une ratification parlementaire, voire d'une onction populaire, dans les urnes. Or sauf à n'être que funéraires, les urnes sont l'un des pires instruments possibles d'une séparation réelle des religions et des institutions politiques. Ne serait-ce que parce qu'elles sont utilisées pour sélectionner d'entre les premières celles qui seront reconnues par les secondes, alors qu'il ne devrait, en laïcité, n'être nullement question d'une telle reconnaissance étatique... D'ailleurs, comment un croyant pourrait-il accepter que Dieu soit pesé dans les urnes comme un vulgaire projet d'aménagement routier ?

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    Lien permanent Catégories : religion, laïcité, églises 1 commentaire
  • Interdiction du voile "islamique" intégral : On votera. Nul. Forcément.

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    Disparition de la femme.jpg

    Donc, l'initiative crypto-udéciste pour, formellement, l'interdiction de se cacher le visage dans l'espace public, et en motivation réelle pour l'interdiction des diverses formes de "voile islamique intégral" (d'où sa désignation désormais commune d'"initiative anti-burqa"), a abouti (grâce à un nombre exceptionnellement élevé de signatures en provenance de Suisse centrale...), a été déposée à la mi-septembre, et sera soumise au peuple, vraisemblablement en pleine campagne électorale pour les fédérales de 2019. Le Conseil des Etats avait déjà sèchement refusé une initiative parlementaire visant le même objectif, en estimant que ce n'était pas à la Confédération de légiférer sur un problème, relevant soit du symbolique (la burqa considérée comme un symbole, évidemment patent, de l'oppression des femmes ou, plus fantasmatique, de l'"islamisation de la société"), du maintien de l'ordre public, ce qui est de la compétence institutionnelle des cantons, voire des communes.

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  • Tentatives d'émergence d'un "islam libéral" et d'un "islam européen"

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    réfléchir, c'est commen cer à désobéir.jpgAccouchements difficiles

    L'Université de Genève lancera en septembre, avec l'aide du canton, et à l'initiative de musulmans albanais, une formation continue pour les imams : pour l'ancien porte-parole de la Mosquée de Genève, et directeur de la "Fondation de l'entre-connaissance", une telle formation "aidera les imams à mieux appréhender la société laïque au sein de laquelle ils vivent, en respectant la liberté donnée à chacun de croire ou de ne pas croire". L'Université ne formera pas théologiquement les imams, elle les formera sociologiquement. La limite qu'elle se donne ainsi fait l'impasse sur le contenu du message religieux délivré par les imams (comme si un tel message n'avait pas, aussi, un contenu politique et social), souvent formés théologiquement par des écoles coraniques wahabites, profondément réactionnaires et allergiques à tout ce que peut signifier une société à la fois laïque, multiculturelle et se refusant à considérer les convictions religieuses comme plus respectables que les convictions non-religieuses, ou irréligieuses. "Il s'agit d'une formation pour les imams, pas d'une formation des imams", résume le Conseiller d'Etat Pierre Maudet (ministre de tutelle du Bureau de l'Intégration, co-acteur du projet), pour qui il s'agit de leur rappeler "le primat absolu de la loi civile". La Faculté de Théologie de l'Université de Genève (la formation proposée implique plusieurs facultés et chaires) ne suivra donc pas l'exemple de ses consoeurs allemandes qui ont créé un cursus de théologie islamique sur le modèle de leurs cursi de théologie catholique ou protestante -mais il n'y a pas en Allemagne de séparation des églises et de l'Etat, qui finance les églises et les religions, et donc, logiquement, se reconnaît (avec leur accord) le droit d'en former prêtres, prêcheurs et pasteurs. A Genève, il ne s'agira, comme le résume l'éthicien François Dermange "que" de permettre aux imams de "mieux comprendre les institutions politiques, le contexte culturel et les valeurs suisses pour qu'ils puissent ensuite aiguiller leur communauté" -mais le voudront-ils ? Les imams wahabites accepteront-ils de jouer le rôle de "passeurs entre deux mondes différents", alors qu'ils considèrent le nôtre comme "kafr" -impie et blasphématoire ?

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  • Voile "islamique", retour d'une question idiote

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    laïcité,voile islamiqueRaison et mémoire garder...

    La question (à supposer que cela en soit une) du port du voile, ne fût-il qu'un foulard, dit "islamique" refait régulièrement surface. A Genève, elle avait provoqué quelques échauffement dans quelques lieux politiques, et avait divisé à gauche -ce qui en soi ne lui donne guère plus d'importance qu'elle n'en a, la gauche pouvant se diviser sur à peu près tout et n'importe quoi. Là, elle se divise sur l'attitude à adopter à l'égard de la manifestation visible d'une conviction religieuse. On ne résistera pas plus longtemps au plaisir d'y mettre notre grain de seul en posant quelques questions, et en suggérant malignement la réponse qu'il nous semble devoir leur être apportées, du moins si l'on tient à quelque raison et mémoire garder.

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  • Vers un bureau fédéral des affaires religieuses ?

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    islam,laïcité,mosquée de genèveEt la laïcité, alors ?

    Actuellement, en Suisse, les relations entre l'Etat et les "communautés religieuses" sont du ressort des cantons, qui ne sont en réalité tenus que de respecter des prescriptions constitutionnelles de l'ordre du principe : la liberté religieuse, la liberté de conscience, la liberté d'expression, la liberté d'association. Pour le reste, ils se débrouillent, les uns (pas beaucoup) par une laïcité partielle, les autres par un confessionnalisme atténué Un groupe de travail a cependant été mis en place par le Département fédéral de Justice pour étudier la création d'un bureau fédéral des affaires religieuses, qui serait une sorte de "point de contact entre la Confédération, et ses services (la justice, la police, le service de renseignement, l'immigration, la lutte contre le racisme), les cantons et les communautés religieuses". Quelles "communautés religieuses" ? Toutes ? Et sinon, en les distinguant comment les unes des autres, selon quels critères, définis par qui ? Il existe déjà un "Conseil suisse des religions", qui en fait ne réunit que les représentants des trois grandes religions monothéistes (le christianisme, le judaïsme, l'islam), qui estime qu'un bureau fédéral des affaires religieuses lui serait d'une "grande aide" pour préserver la "paix religieuse en Suisse". La "paix religieuse", pas la laïcité. On s'en serait douté, notez bien.

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