mardi, 08 mai 2018

Une loi idiote mérite-elle un référendum ?

signes religieux ostentatoires.jpg

Petits énervement sur la laïcité

Les Verts genevois ont annoncé qu'ils allaient faire recours devant la Chambre constitutionnelle de la Cour de Justice contre l'interdiction faite par la nouvelle loi cantonale genevoise sur la laïcité aux membres et élus du Grand Conseil et des Conseils municipaux (les communes n'ayant pas été consultées, rappelle Carole-Anne Kast...) d'arborer des signes religieux "ostentatoires". Ils ont également fait savoir qu'ils étaient "a priori favorables aux objectifs d'un référendum" contre la loi -laquelle n'est d'ailleurs pas encore entrée en vigueur (elle ne le sera qu'au terme du délai référendaire si aucun référendum n'a été lancé ou n'a abouti, ou après un vote populaire qui lui serait favorable si référendum valide il y a eu), et ne peut donc être invoquée contre quelque élu ou quelque élue que ce soit. D'autant qu'elle a été votée par le précédent parlement, à écrasante majorité de droite et d'extrême-droite, et qu'il n'est pas du tout exclu que le nouveau parlement, où l'Alternative forme le "bloc" le plus important, finisse par la réviser, ne serait-ce que pour s'éviter le ridicule d'avoir à sévir contre tel ou telle de ses membres pour un bout de tissu, un crucifix en collier, une kippa ou une passoire athée. En attendant, la seule question qu'on se pose est de savoir si des dispositions aussi idiotes que celles qui ont été votées par le défunt parlement cantonal genevois méritent plutôt l'honneur d'un référendum ou l'indignité de n'en tenir aucun compte.

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lundi, 26 mars 2018

Les élus du peuple, des "agents de l'Etat" ?

avuedenezilestcinqheures.jpgComme une odeur de moisi...

Du peu que nous ayons eu le courage de le suivre (à la télé, on n'a pas poussé le masochisme jusqu'à l'Hôtel-de-Ville), nous ne pûmes qu'être assez consternés par le débat, au Grand Conseil genevois, sur la loi cantonale sur la laïcité -un débat qui va se poursuivre en avril, puisque le parlement n'a pas réussi à le clore en mars, et qui a atteint une sorte d'apogée pataphysique lorsqu'il a porté sur les apparences vestimentaires et bijoutières des élus et des élues : pour complaire aux obsessions fétichistes d'une majorité, cultiver la laïcité de la peur et imposer aux parlementaires la règle imposée aux magistrats (Conseillers d'Etat, Conseillers administratifs, Maires et adjoints) de s'abstenir d'arborer des "signes religieux ostentatoires", le Grand Conseil a assimilé (en s'y assimilant lui-même) les députés et les conseillers municipaux à des "agents de l'Etat". Même les staliniens, même les théocrates, même les monarchistes de la Restauration (ou leurs compères pseudo-républicains de la Restauration genevoise) n'avaient pas osé pareille confusion... C'est quoi, un député ou un conseiller municipal, dans une démocratie ? c'est le représentant du peuple, de la nation ou de ses électeurs,  mais jamais le représentant de l'Etat ! Alors à Genève, les députés et les conseillers municipaux seraient des "agents de l'Etat"... Une Genferei de plus, mais nettement moins marrante que les autres : si les députés et conseillers municipaux sont des "agents de l'Etat", il n'y a plus d'opposition parlementaire concevable... Il ne resterait plus alors qu'à pousser cette ânerie politique à son terme logique, et à faie nommer directement les députés et les conseillers municipaux par le Conseil d'Etat, comme les fonctionnaires (comme des agents de l'Etat, quoi)... Il était vraiment temps que le Grand Conseil sortant puisse sortir, il commençait sérieusement à sentir le moisi...

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04:40 Publié dans Genève, Politique, religion, laïcité, églises | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : démocratie, parlement | |  Facebook | | | |

vendredi, 23 mars 2018

Projet de loi sur la "laïcité à la genevoise" : Vivement l'indifférence !

LAICITE3.jpgHier soir, le Grand Conseil de la République (et un peu canton) de Genève a accepté, à une large majorité, d'entrer en matière sur un projet de loi sur la laïcité, supposé concrétiser et préciser un principe posé depuis 2012 dans la constitution cantonale (et un peu républicaine) genevoise -le principe de laïcité, précisément. Le débat se poursuit, et devrait se clore aujourd'hui, mais indépendamment du contenu du projet porté par Pierre Maudet, c'est son utilité qui est contestable -et a d'ailleurs été contestée par un petit tiers du parlement (le PS, l'UDC et "Ensemble à Gauche"), se satisfaisant de la norme constitutionnelle et estimant qu'une "loi sur les religions" était en soi contradictoire du principe de laïcité -conviction que nous partageons et qui se résume simplement ainsi : Une république laïque n'a pas plus à s'immiscer dans les pratiques religieuses (et les signes de ces pratiques) que celles-ci (et ceux-ci) n'ont à s'imposer à  celles et ceux qui n'en veulent pas. Aux religions, la République laïque ne devrait avoir à opposer que son absolue indifférence...

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12:09 Publié dans Genève, religion, laïcité, églises | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

lundi, 19 février 2018

Vers une loi genevoise sur la laïcité ni très utile, ni très cohérente

laïcité.jpg"La loi sur la laïcité sort de commission très fragilisée", titrait la "Tribune (encore) de Genève du 5 février, à propos de l'examen d'un projet présenté par Pierre Maudet, et de deux autres projets,  tous trois étudiés par la commission des droits de l'homme du Grand Conseil genevois et tous trois portant sur le même enjeu : concrétiser le prédicat constitutionnel de la laïcité de l'Etat (la constitution genevoise actuelle étant d'ailleurs la première de l'histoire de la République à poser explicitement la laïcité comme principe), jusque dans des détails comme la perception par l'Etat d'une dîme religieuse volontaire (l'actuelle "contribution ecclésiastique" dont l'Etat assure la perception pour les trois églises chrétiennes reconnues mais pour aucune autre "communauté religieuse") ou le port de signes religieux par des agents de la fonction publique... La loi sur la laïcité sort donc de commission "très fragilisée" (le projet Maudet, amendé, n'a obtenu que 4 voix sur 9). Mais fragilisée par quoi ? par son contenu, ou par de lourds doutes sur son utilité même, voire sur la cohérence de l'exercice consistant à légiférer sur les "communautés religieuses" au nom de la laïcité de l'Etat ?

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16:05 Publié dans Genève, Politique, religion, laïcité, églises | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

lundi, 29 janvier 2018

Initiative "antiburqa" : vers un contre-projet indirect

burqa-fondue.jpgQuand le fétichisme désarme la raison

Le Conseil fédéral, estimant que l'Etat n'a pas à dire à ses citoyennes et citoyens comment ils doivent s'habiller (ce avec quoi nous sommes parfaitement d'accord, soit écrit en passant), propose un contre-projet indirect (le PS aurait préféré un contre-projet direct) à l'initiative "antiburqa" du  comité crypto-l'UDC qui avait déjà commis l'initiative "anti-minarets". Le gouvernement se dit conscient du malaise suscité par la présence, même rare et fugace, de femmes entièrement voilée ("aucune femme ne devrait porter la burqa" résume Simonetta Sommaruga), mais ne tient ni à ce qu'une prescription vestimentaire soit inscrite dans la constitution fédérale, ni à imposer une prescription légale à tous les cantons, le phénomène mis en exergue par l'initiative étant de réalité fort différente d'un canton à l'autre (jusqu'à l'irréalité totale dans certains cantons -lesquels seront certainement ceux qui donneront la plus forte majorité à l' l'initiative). Certains cantons ont déjà interdit le voilage des visages (St-Gall, le Tessin), d'autres s'y sont explicitement refusés (Zurich, Soleure, Schwytz et Glaris, où ce refus a été prononcé par la Landsgemeinde). Ce que le Conseil fédéral pourrait proposer, c'est une disposition pénale réprimant la contrainte exercée sur une personne pour se dissimuler le visage (la contrainte étant déjà, quelle qu'elle soit, punie par le code pénal sans qu'il y ait besoin d'une plainte) et une obligation d'être à visage découvert dans tout rapport avec les autorités. Deux mesures de bon sens, la première permettant en outre de sanctionner les responsables d'une d'une contrainte imposée aux femmes, sans qu'elles aient besoin de porter plainte (il y a poursuite d'office), plutôt que les victimes de cette contrainte. Sauf que le gouvernement lui-même ne se faire sans doute pas beaucoup d'illusions sur la capacité de sa réponse, purement rationnelle, à l'initiative de dissuader le peuple et les cantons d'"interdire la burqa" comme ils ont interdit les minarets (76 % des personnes interrogées dans un sondage effectué en décembre dernier étaient prêtes à voter l'initiative). Le fétichisme, il est vrai, et cela vaut pour celui qui impose le voile ou la burqa comme pour celui qui veulent les prohiber, est assez imperméable à la raison...

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15:21 Publié dans Femmes, religion, laïcité, églises, Suisse, votations | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | | |

mercredi, 29 novembre 2017

Prémices et prémisses de la laïcité

resistance.jpgAutour de la religion...

"La liberté de conscience est illimitée; la manifestation des opinions religieuses est subordonnée aux sentiments de la concorde et de la paix. Tous les cultes sont permis s'ils ne troublent point l'ordre public et n'affectent aucune domination ou prééminence. La police les surveille et a le droit de s'enquérir des dogmes et des devoirs qu'ile enseignent. Les rapports d'une secte avec une autorité étrangère ne doivent influer ni sur les affaires politiques, ni sur la prospérité et les lumières du peuple" (Art 6 de la Constitution de la République Helvétique). Cette première (1798) constitution suisse est aussi la seule dont se soit dotée l'Etat central qui pose le principe de la laïcité, sans utiliser ce terme (on est en 1798, pas en 1905) mais en donnant de la liberté religieuse une définition qui ne diffère pas fondamentalement de celle qu'on peut donner deux siècles plus tard : une conjugaison de la liberté et de l'égalité, dans la séparation des cultes religieux et de l'Etat...

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14:53 Publié dans Histoire, religion, laïcité, églises | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : laïcité | |  Facebook | | | |

vendredi, 17 novembre 2017

Ce dont Tariq est le nom...

Ramadan.jpgRamadan2.jpgL'"Affaire Tariq Ramadan" occupe depuis maintenant plusieurs semaines les media. Et elle est exemplaire, à la fois par les accusations portées et par la personnalité de l'accusé. Les faits sont triviaux, les actes sont minables, l'accusé est célèbre. S'il n'y avait que les faits et les actes, il n'y aurait pas d'"affaire".  Il y a deux Tariq dans le même Ramadan : il y a le gourou islamiste (serait-il d'une autre obédience religieuse que cela n'importerait guère), et il y a le dragueur pulsionnel. Il y a celui qui dit ce qu'il faut faire et penser, et celui qui pense avec ses génitoires. Ce qui se dévoile là, sous l'apparence de rapports de séduction, c'est un rapport de dépendance à l'égard du prédicateur, de l'enseignant, de la figure autoproclamée de l'"intellectuel musulman". Celui qui se dévoile sous Ramadan, c'est Tartuffe. Que ce Tartuffe là soit musulman quand celui de Molière était chrétien (ou que d'autres du même acabit professent quelque autre religion, ou philosophie, ou idéologie) ne change rien à sa tartufferie, sauf à confirmer qu'il n'est nul besoin d'être chrétien pour être jésuite : c'est d'abus de pouvoir qu'il s'agit. D'abus d'un pouvoir bien spécifique, car il se trouve que le prédicateur, l'intellectuel, le théologien en cause, a prétention à être une référence pour au moins une partie des musulmans -qui en font effectivement une référence- et leur représentant auprès d'instances sociales, culturelles, médiatiques, voire politiques, des sociétés non musulmanes. C'est cette prétention à jouer ce rôle que "l'affaire" devrait réduire à néant. Parce que cette prétention a un pré-requis, une exigence préalable : celle de la cohérence entre le dire et le faire, entre l'image que l'on veut donner et la réalité de ce que l'on est. Et si les actes aujourd'hui reprochés, même tardivement, à Tariq Ramadan se confirment, si les témoignages sur ces actes se vérifient, alors la contradiction entre ce que veut être Tariq Ramadan et ce qu'il est se révélera telle qu'elle tiendra de la forfaiture. Qui veut indiquer le bon chemin ne doit pas patauger dans la gadoue du fossé : cela vaut pour Tariq Ramadan comme cela valait pour Dominique Strauss-Kahn et comme cela vaut pour un Thierry Marchal-Beck, ancien président du mouvement de la Jeunesse Socialiste française.

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16:45 Publié dans religion, laïcité, églises, Société - People | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : tariq ramadan, harcèlement, féminisme | |  Facebook | | | |

mercredi, 08 novembre 2017

Reconnaissance de religions par l'Etat : Peser Dieu dans les urnes ?

dictionnairephi15voltgoog_0013.jpgIl n'y a que deux cantons suisses, Genève et Neuchâtel, qui se réclament de la laïcité, au sens donné à ce concept dans la tradition française : la séparation des églises et de l'Etat, ou, un peu plus largement dit, des organisations religieuses et des instituions politiques. Reste à savoir ce que ces institutions font, sur le terrain, de cette référence. A Neuchâtel, le Conseil d'Etat a soumis au Grand Conseil un projet qui part certes d'un principe au coeur de la laïcité, l'égalité des religions et de leurs organisations... mais partir d'un principe ne garantit pas qu'on lui reste fidèle ensuite : ainsi le projet neuchâtelois aboutit-il à celui d'une reconnaissance par l'Etat (ce qui en soi est contradictoire de la laïcité) de certaines religions mais pas de toutes : outre celles déjà reconnues (le catholicisme romain, le catholicisme chrétien et le protestantisme traditionnel), quelques autres pourraient l'être : le protestantisme évangélique, l'islam, le judaïsme, le bouddhisme... mais devraient pour cela, répondre à des critères posés par l'Etat, et passer par l'épreuve d'une ratification parlementaire, voire d'une onction populaire, dans les urnes. Or sauf à n'être que funéraires, les urnes sont l'un des pires instruments possibles d'une séparation réelle des religions et des institutions politiques. Ne serait-ce que parce qu'elles sont utilisées pour sélectionner d'entre les premières celles qui seront reconnues par les secondes, alors qu'il ne devrait, en laïcité, n'être nullement question d'une telle reconnaissance étatique... D'ailleurs, comment un croyant pourrait-il accepter que Dieu soit pesé dans les urnes comme un vulgaire projet d'aménagement routier ?

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16:39 Publié dans religion, laïcité, églises | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : laïcité | |  Facebook | | | |

mardi, 17 octobre 2017

Interdiction du voile "islamique" intégral : On votera. Nul. Forcément.

Disparition de la femme.jpg

Donc, l'initiative crypto-udéciste pour, formellement, l'interdiction de se cacher le visage dans l'espace public, et en motivation réelle pour l'interdiction des diverses formes de "voile islamique intégral" (d'où sa désignation désormais commune d'"initiative anti-burqa"), a abouti (grâce à un nombre exceptionnellement élevé de signatures en provenance de Suisse centrale...), a été déposée à la mi-septembre, et sera soumise au peuple, vraisemblablement en pleine campagne électorale pour les fédérales de 2019. Le Conseil des Etats avait déjà sèchement refusé une initiative parlementaire visant le même objectif, en estimant que ce n'était pas à la Confédération de légiférer sur un problème, relevant soit du symbolique (la burqa considérée comme un symbole, évidemment patent, de l'oppression des femmes ou, plus fantasmatique, de l'"islamisation de la société"), du maintien de l'ordre public, ce qui est de la compétence institutionnelle des cantons, voire des communes.

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14:32 Publié dans Femmes, Politique, religion, laïcité, églises, Suisse, votations | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : islam, burqa, voile islamique | |  Facebook | | | |

samedi, 24 juin 2017

Tentatives d'émergence d'un "islam libéral" et d'un "islam européen"

réfléchir, c'est commen cer à désobéir.jpgAccouchements difficiles

L'Université de Genève lancera en septembre, avec l'aide du canton, et à l'initiative de musulmans albanais, une formation continue pour les imams : pour l'ancien porte-parole de la Mosquée de Genève, et directeur de la "Fondation de l'entre-connaissance", une telle formation "aidera les imams à mieux appréhender la société laïque au sein de laquelle ils vivent, en respectant la liberté donnée à chacun de croire ou de ne pas croire". L'Université ne formera pas théologiquement les imams, elle les formera sociologiquement. La limite qu'elle se donne ainsi fait l'impasse sur le contenu du message religieux délivré par les imams (comme si un tel message n'avait pas, aussi, un contenu politique et social), souvent formés théologiquement par des écoles coraniques wahabites, profondément réactionnaires et allergiques à tout ce que peut signifier une société à la fois laïque, multiculturelle et se refusant à considérer les convictions religieuses comme plus respectables que les convictions non-religieuses, ou irréligieuses. "Il s'agit d'une formation pour les imams, pas d'une formation des imams", résume le Conseiller d'Etat Pierre Maudet (ministre de tutelle du Bureau de l'Intégration, co-acteur du projet), pour qui il s'agit de leur rappeler "le primat absolu de la loi civile". La Faculté de Théologie de l'Université de Genève (la formation proposée implique plusieurs facultés et chaires) ne suivra donc pas l'exemple de ses consoeurs allemandes qui ont créé un cursus de théologie islamique sur le modèle de leurs cursi de théologie catholique ou protestante -mais il n'y a pas en Allemagne de séparation des églises et de l'Etat, qui finance les églises et les religions, et donc, logiquement, se reconnaît (avec leur accord) le droit d'en former prêtres, prêcheurs et pasteurs. A Genève, il ne s'agira, comme le résume l'éthicien François Dermange "que" de permettre aux imams de "mieux comprendre les institutions politiques, le contexte culturel et les valeurs suisses pour qu'ils puissent ensuite aiguiller leur communauté" -mais le voudront-ils ? Les imams wahabites accepteront-ils de jouer le rôle de "passeurs entre deux mondes différents", alors qu'ils considèrent le nôtre comme "kafr" -impie et blasphématoire ?

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jeudi, 01 juin 2017

Voile "islamique", retour d'une question idiote


laïcité,voile islamiqueRaison et mémoire garder...

La question (à supposer que cela en soit une) du port du voile, ne fût-il qu'un foulard, dit "islamique" refait régulièrement surface. A Genève, elle avait provoqué quelques échauffement dans quelques lieux politiques, et avait divisé à gauche -ce qui en soi ne lui donne guère plus d'importance qu'elle n'en a, la gauche pouvant se diviser sur à peu près tout et n'importe quoi. Là, elle se divise sur l'attitude à adopter à l'égard de la manifestation visible d'une conviction religieuse. On ne résistera pas plus longtemps au plaisir d'y mettre notre grain de seul en posant quelques questions, et en suggérant malignement la réponse qu'il nous semble devoir leur être apportées, du moins si l'on tient à quelque raison et mémoire garder.

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mardi, 21 mars 2017

Vers un bureau fédéral des affaires religieuses ?

islam,laïcité,mosquée de genèveEt la laïcité, alors ?

Actuellement, en Suisse, les relations entre l'Etat et les "communautés religieuses" sont du ressort des cantons, qui ne sont en réalité tenus que de respecter des prescriptions constitutionnelles de l'ordre du principe : la liberté religieuse, la liberté de conscience, la liberté d'expression, la liberté d'association. Pour le reste, ils se débrouillent, les uns (pas beaucoup) par une laïcité partielle, les autres par un confessionnalisme atténué Un groupe de travail a cependant été mis en place par le Département fédéral de Justice pour étudier la création d'un bureau fédéral des affaires religieuses, qui serait une sorte de "point de contact entre la Confédération, et ses services (la justice, la police, le service de renseignement, l'immigration, la lutte contre le racisme), les cantons et les communautés religieuses". Quelles "communautés religieuses" ? Toutes ? Et sinon, en les distinguant comment les unes des autres, selon quels critères, définis par qui ? Il existe déjà un "Conseil suisse des religions", qui en fait ne réunit que les représentants des trois grandes religions monothéistes (le christianisme, le judaïsme, l'islam), qui estime qu'un bureau fédéral des affaires religieuses lui serait d'une "grande aide" pour préserver la "paix religieuse en Suisse". La "paix religieuse", pas la laïcité. On s'en serait douté, notez bien.

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vendredi, 20 janvier 2017

T'as fait ta prière ? Ben non, j'avais piscine...

piscine.jpg

L'égalité des droits prime la posture religieuse

La Cour Européenne des droits de l'Homme a confirmé au début du mois un jugement suisse qui refusait d'accorder à des élèves (musulmanes en l’occurrence) une dispense de cours de natation, dispense exigée par les parents pour des motifs religieux (ils refusaient que leurs filles prépubères participent aux cours de natation obligatoires, à Bâle, au prétexte que ces cours sont mixtes et que leur croyance religieuse leur imposerait de préparer leurs filles à respecter l'exigence religieuse de couvrir leur corps). Les parents avaient été condamnés à une amende, ils avaient fait recours en clamant que leurs droits parentaux avaient été bafoués, leur recours avait été rejeté, ils ont fait appel à la CEDH, qui a confirmé les décisions qu'ils contestaient : pour la Cour, l'égalité des chances et des sexes prime le respect de prescriptions religieuses particulières. On peut saluer ce jugement. D'abord parce qu'il est logique : soit les cours de natation sont obligatoire, et obligatoirement mixtes, soit ils ne sont pas obligatoires. S'ils sont obligatoires, parce qu'on considère que savoir nager est tout de même utile, pour des filles comme pour des garçons, ils le sont pour toutes et tous. Et s'ils ne sont pas obligatoires, il n'y a pas de raison d'en dispenser qui que ce soit pour raison religieuse, puisque n'importe qui peut s'en dispenser pour n'importe quelle raison. T'as fait ta prière ? Ben non, j'avais piscine...

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mardi, 06 décembre 2016

Du djihadisme comme providence

i-want-you-for-djihad1.jpgLe bel ennemi que voilà...

"Expliquer, c'est déjà vouloir un peu excuser", avait déclaré Manuel Valls, à propos des auteurs des attentats djihadistes de Paris. Sonore ânerie : expliquer, c'est permettre de comprendre -et comprendre, c'est pouvoir combattre. Nous revoilà donc, au détour d'une "guerre contre le terrorisme" dont le concept même tient de l'absurdité (le terrorisme est une méthode, et on ne fait pas une guerre contre une méthode, on la fait contre un adversaire), convoqués à une resucée de "guerre de religion" par ceux qui tiennent à en mener une, ou une "guerre de civilisation" par ceux qui veulent nous faire perdre mémoire du passé (barbare, dans tous les sens du terme) de celle dont ils se réclament. L'ennemi ? L'islam. Ou plutôt que l'islam, les musulmans, parce qu'une idéologie -une religion n'est rien d'autre-, c'est pas commode, comme ennemi : l'ennemi doit avoir un corps, un visage. L'ennemi, ça doit être des gens. On en manquait ? On s'en est trouvés, qu'on pourra proclamer nous être étrangers (forcément, sinon comment pourraient-ils être nos ennemis s'il étaient, même pour une part, des nôtres ?). Un ennemi que ceux-là même qui affirment agir en son nom constituent avec tout ce qu'il faut pour le rendre à la fois haïssable et méprisable. Un bel et providentiel ennemi, pour ceux de nos maîtres qui en manquaient...

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vendredi, 04 novembre 2016

Demi-millénaire des thèses de Luther : Faire la révolution sans le vouloir

Thèses de Luther.jpg

On est entré hier dans une année de commémoration de la Réforme protestante (la Réformation), lancée par l'affichage des Thèses de Luther. Une réforme qui fut une révolution, dont Luther ne voulait pas -ni religieuse, ni, et encore moins, sociale et politique. Mais qu'il a provoquée. Parce que l'Eglise romaine, dont il était, refusa de se réformer -et ne finit par accepter de le faire qu'une fois la Réforme protestante acquise dans la moitié de l'Europe occidentale -la plus grande partie de l'Allemagne, toute la Scandinavie, en Hollande, dans les cantons suisses les plus peuplés, dans une partie importante de la France... et au passage à Genève (parce que ça arrangeait les Genevois en lutte contre la Savoie très catholique). Luther n'était pas révolutionnaire, mais il a fait la révolution. Sans le vouloir, et en couvrant de son autorité morale et religieuse la répression féroce de ceux qui la voulaient, mais c'est bien le début d'une révolution que l'on commémore depuis hiers. La vieille taupe est aveugle. Elle ne voit pas où elle va, mais elle y va.

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jeudi, 13 octobre 2016

Laïcité : ce n'est qu'un débat, continuons le confus ?

Chaire_Saint-Pierre,_Genève.jpgNous voilà donc, à Genève, avec trois projets de loi sur la laïcité (réduite aux rapports entre l'Etat et les religions), histoire (pour leurs auteurs) de préciser le prédicat constitutionnel "L'Etat est laïc" (suivi, sans crainte de la contradiction, par le mandat d'"entretenir des rapports avec les communautés religieuses", érigeant donc celles-ci en détentrices d'un statut particulier, distinct des "communautés" culturelles ou philosophiques non religieuses). Le premier projet, qui se veut consensuel, a été déposé par le Conseil d'Etat, et les deux autres par chacun des segments de la coalition "Ensemble à Gauche" -le premier par le PRG et La Gauche, renvoyant l'expression des convictions religieuses à l'espace privé,  le second par solidaritéS, proposant l'irréligion de l'Etat et le renvoi des églises, organisations et mouvements religieux au droit commun des associations. La création d'un Conseil oécuménique des laïcités s'impose. D'autant que, récupérée par des forces politiques qui sont des plus éloignées de ce que la laïcité signifie (historiquement et présentement), c'est-à-dire l'égalité, le pluralisme, le primat politique de la raison sur l'instinct et de la société sur la tribu, la laïcité est devenue otage d'assez pitoyables exhibitions, et d'assez pitoyables bateleurs. Reprenons donc le débat, à ses prémices, comme une sorte d'alphabétisation...

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jeudi, 26 mai 2016

Un vieux débat continue à gauche : laïc et nunc

laïcité"La gauche genevoise se déchire sur la laïcité", titre carrément en Une la "Tribune de Genève" du 23 mai (jour de l'angélique dans le seul calendrier laïque que nous ayons sous la main, avec le calendrier pataphysique). Et la "Julie" de tartiner ensuite en pleine page Trois sur cette gauche genevoise "empêtrée dans la laïcité". Pas empêtrée dans un voile ou une grillade de porc, non: dans la laïcité... Nous voilà frais, camarades : déchirés, empêtrés... dans un débat dont l'éditorialiste du quotidien nous assure que "la gauche se serait bien passée". Alors qu'elle le mène depuis deux siècles et demi, d'abord face à "l'infâme" du temps où c'était le libéralisme voltairien qui était de gauche.  Ce débat, après tout, c'est celui qui déjà opposait, au sein de ce qui était "la gauche" de l'époque, Voltaire et Rousseau, Guesde et Jaurès, Bakounine et Marx... A Genève, le parlement doit se prononcer sur deux projets de loi contradictoires devant concrétiser le prédicat constitutionnel, contradictoire lui aussi, de la "laïcité de l'Etat", le PS va tenir une assemblée générale sur le thème de la laïcité, les Verts travaillent aussi à préciser leur position, et le DAL, La Gauche (deux composantes d'"Ensemble à Gauche"...) et le Réseau laïque organisent une (demie)- Journée de la Laïcité,  samedi 4 juin de 9 heures à midi à Uni Mail (salle MR070). Le vieux débat ne reprend pas, il se poursuit.

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mercredi, 04 mai 2016

Petits échauffements genevois avant l'Ascension

Neptune.jpgVoile et vapeurs

Il est des polémiques qui découragent l'intelligence. Ce n'est pas que leur objet soit insignifiant, c'est qu'y prennent part des intervenants que rebute l'effort de comprendre (du latin comprehendere, saisir...) ce que dit l'autre -"comprendre" intellectuellement, sans empathie, comme on peut comprendre ce que dit ou écrit quelqu'un avec qui on n'est pas d'accord, voire un adversaire, et même un ennemi : comprendre ce qu'il dit, c'est bien une condition nécessaire pour le contredire, ou le combattre, avec un minimum d'efficacité. Ainsi peut-on être athée  et faire l'effort de comprendre ce que disent Pascal ou Augustin. Ou être anarchiste et faire l'effort de comprendre ce que disent Marx ou Lénine. Mais dans la polémique foireuse qui égaie Genève à propos du port du foulard supposé "islamique" par des employées de l'Etat ou de la Ville, cet effort semble hors de portée neuronale de ceux qui s'acharnent à n'entendre que ce qu'ils ont envie d'entendre, même lorsque l'autre ne l'a pas dit.  Comme si une connexion ne se faisait pas entre l'émettrice qui dit "le voile, je m'en fous" et le récepteur qui comprend (ou fait semblant de comprendre) "le voile, je l'encourage"...

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jeudi, 24 mars 2016

Un foulard, des morts, un fantôme, des zombies... Et Dieu, dans tout ça ?

Joyeuses Pâques !

C'est Pâques, on va donc prêcher : On était paisiblement en train de s'anathémiser entre amis dans notre coin de gauche de notre coin de pays pour une histoire de foulard et de définitions de la laïcité, quand nous ont rattrapés les massacres de Bruxelles.  Eh oui, l'histoire est tragique ! Sinon elle ne serait pas l'histoire. Et ceux qui en nient le tragique ne font que nier l'histoire. Et se nier eux-mêmes en tant qu'ils en sont le produit. Alors voilà, on arrive aux Pâques chrétiennes. Et on y arrive avec nos débats folkloriques locaux, et le tragique de l'histoire qui vient les recouvrir de trente linceuls. Et derrière ces débats et ces linceuls, un fantôme : celui de Dieu. Et des zombies : quelques uns de ses fidèles. Les pires, sans doute. Mais pas si neufs dans leur nuisance qu'on voudrait bien les dépeindre.

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jeudi, 10 mars 2016

La laïcité par et pour les nuls

feminisme.jpgQue voile le voile ?

Surfant sur un épisode parfaitement marginal et insignifiant (une employée de la Ville ayant porté un voile supposé "islamique" pendant son temps de travail), le PLR de la Ville de Genève a déposé au Conseil municipal, en invoquant le principe de laïcité (et sans avoir consulté le moins du monde les représentants de ce personnel, ce qui en dit plus sur la conception radelibe du "dialogue social" que sur sa compréhension du principe de laïcité) une proposition de modification du statut du personnel de la Ville, imposant à ses membres de s'abstenir de "signaler leur appartenance religieuse par des propos ou des signes extérieurs lorsqu'ils sont en contact avec le public". On souhaite bonne chance à celles et ceux qui auraient à faire appliquer cette disposition (qui n'a finalement pas été votée, la proposition ayant été renvoyée en commission après l'un de ces épisode dont nous avons à Genève le secret), voire à sanctionner ceux et celles qui ne l'auraient pas respectées : ce voile est-il un signe religieux ou social ? Porter une croix ou d'une étoile de David autour du cou, est-ce signaler son appartenance religieuse par un signe extérieur ? Et souhaiter Joyeuses Pâques, ou Joyeux Noël, signaler son appartenance religieuse par un propos ? Disons en tout cas que la laïcité, comme principe institutionnel (et désormais constitutionnel) mérite mieux que ce à quoi on est en train de la réduire... et de la voiler...
     

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12:35 Publié dans Femmes, Genève, Politique, religion, laïcité, églises | Lien permanent | Commentaires (54) | Tags : voile, laïcité | |  Facebook | | | |