pauvreté, exclusion

  • A propos d'un vote bernois sur l'aide sociale

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    pauvreté-travail.jpgAidés ou assistés ?

    Episode cantonal dans la guerre de tranchées politiques sur l'aide sociale : dimanche 19 mai, alors que toute la Suisse votait sur la réforme de la fiscalité des entreprise (couplée avec le financement de l'AVS) et la loi sur les armes, le canton de Berne votait sur la révision de l'aide sociale. Et refusait les deux révisions qui étaient soumises au peuple : celle proposée par la droite, le Grand Conseil et le Conseil d'Etat, qui réduisait de 8 %  (voire de 15 % pour les jeunes de 18 à 25 ans, et même de 30 % après six mois) le "forfait d'entretien" (le revenu minimum accordé aux plus pauvres), fixé à 977 francs par personne et par mois par la Conférence suisse des institutions d'aide sociale, et celle proposée par la gauche, qui renforçait le soutien aux chômeurs en fin de droit. Le statu quoi a donc été ratifié, le forfait d'aide sociale ne sera ni abaissé, ni augmenté. Mais ce n'est qu'un épisode cantonal, uune pause, une trêve, entre ceux pour qui l'aide sociale est un droit et ceux pour qui celles et ceux qui la reçoivent ne sont que des assistés, pour ne pas écrire des parasites.

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  • Hébergement des sans-abris à Genève : D'une urgence, l'autre

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    Sans-abri-dans-l-Herault-cri-d-alarme-d-acteurs-de-l-urgence-sociale.jpg

    Hier soir, au Conseil municipal, une majorité écrasante formée du Parti socialiste, du Parti démocrate-chrétien, des Verts, d'Ensemble à Gauche, du Mouvement des citoyens genevois et du PLR a voté en deuxième débat un crédit de 1,8 million pour renforcer les capacités d'hébergement d'urgence des sans-abri de toute la région. L'UDC a tenté vainement d'exclure les sans-papiers des lieux de cet hébergement d'urgence. Exclure les exclus de l'hébergement des exclus : c'est tout l'UDC, ça...
    Le Conseil municipal a également décidé, à la même majorité, de traiter en urgence une motion socialiste demandant la création d'un fonds intercommunal pour inciter à une réelle implication et une meilleure coopération entre les communes genevoises, et avec le canton, les premières et le second ayant pris l'habitude de se reposer lourdement sur la Ville pour assumer cette tâche. Le crédit voté répond à une urgence sociale, et la motion encore à voter à une urgence politique : répartir la tâche et la charge de l'urgence sociale.

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  • Quand la Ville seule assume l'hébergement d'urgence

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    soupirail.jpgOtages sans-abris

    On avait plutôt pris l'habitude, et s'était fait sinon une raison, du moins une résignation, de ce que la droite du Conseil municipal de Genève ferraille contre toute tentative de la Ville de mener une politique sociale, et toute proposition du Conseil administratif de donner des moyens (financiers et humain) à une telle politique. La droite municipale s'était opposée à ce que la Ville accorde des allocations complémentaires aux allocations cantonales versées aux retraités et aux invalides les plus modestes. Elle s'était opposée à ce que la Ville accorde une allocations de rentrée scolaire aux familles les moins argentées -puis avait réussi à transformer cette allocation, versée sur un compte postal ou bancaire comme toute allocation, en octroi d'une carte de débit valable seulement dans certains commerces. On ne boudera donc pas notre soulagement à la voir se préoccuper du sort des sans-abris vivant dans les rues, sur les places, dans les sous-sols de la ville -et ils sont des centaines. Les prochaines élections municipales n'y sont pas pour rien ? Qu'importe : on votera (après l'avoir étudiée en commission) sa proposition d'un crédit de 1,8 million de francs. Reste que cet engagement supplémentaire de la Ville dans l'hébergement des sans-abris pose un problème politique : celui du désengagement des autres communes et du canton de cette responsabilité. Un désengagement qui fait de la Ville et des sans-abris les otages d'une non-répartition de la tâche de répondre à une urgence sociale.

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  • Vous avez plus de 7000 francs disponibles chaque mois, vous ?

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    exclusion.jpgLe voile pudique de la moyenne

    On en a de la chance, quand même, d'être si prospères dans ce pays : selon l'Office fédéral de la statistique, en 2016, les ménages de Suisse pouvaient compter en moyenne sur un revenu disponible (le revenu brut moins les impôts, les assurances sociales et l'assurance-maladie) de 7124 francs par mois et pouvoir dépenser 5310 francs pour la consommation de biens et de services... et épargner 1551 francs  Qui dit mieux ? Beautés de la statistique et de la moyenne  qui voilent pudiquement une réalité moins glorieuse : la majorité des ménages (59 %) avaient un revenu disponible inférieur à cette moyenne tirée vers le haut par une petite minorité de ménages très, très prospères... et les ménages ne disposant que de moins de 5000 francs de revenu brut ne pouvaient rien épargner du tout, et devaient en consacrer la totalité aux dépenses obligatoires. Et 7,5 % de la population suisse vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Et un cinquième des ménages de la Ville de Genève ont besoin d'une prestation sociale pour l'entretien de leur enfant en âge de scolarité.  Vous avez plus de 7000 francs disponibles chaque mois, vous ? vous avez de la chance... Si c'était vrai pour tout le monde...

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  • "Repenser le système d'aide sociale" : pour en faire quoi ?

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    exclusion.jpgLe droit, pas l'aumône

    "Le système d'aide sociale doit être repensé", déclare le Conseiller d'Etat sortant, et candidat à sa réélection, Mauro Poggia. Et il a parfaitement raison Mauro Poggia. Du moins quand il affirme cette nécessité de "repenser" ce système. Et aussi quand il constate que "l'emploi n'est plus un rempart à la précarité" et que "les "working poors" sont de plus en plus nombreux". Il faut donc "repenser le système d'aide sociale". Mais pour en faire quoi ? Et d'abord, comment décrire ce système ? Comme un empilage de prestations toutes conditionnelles et jamais suffisantes, de procédures suspicieuses et incoordonnées entre elles, de bureaucraties et de réglementations tatillonnes... En attendant l'instauration d'un revenu garanti et inconditionnel, couvrant les besoins essentiels, et d'un salaire minimum permettant aux "working poors" d'être "working" sans être "poors", il ne suffira pas de "désenchevêtrer" pour "repenser", et il faudra commencer par le commencement : admettre que l'aide sociale est un droit, pas une aumône, sortir du mépris et du paternalisme, cesser de considérer les ayant-droit à une aide sociale comme des solliciteurs présumés coupables de mensonge à qui il convient d'exiger de prouver, à réitérées reprises par des dizaines de documents (et à qui, quand ils les ont tous fournis, on va en redemander encore d'autres) qu'ils ne sont pas des "abuseurs de l'aide sociale"...

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  • Pétition au Conseil Municipal de la Ville de Genève : Des allocations ne sont pas des aumônes

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    Carte de pauvre.jpgFort mal inspirée par un mélange assez consternant de mépris social et de clientélisme corporatiste, la majorité de droite et d'extrême-droite du Conseil municipal de la Ville de Genève a, l'année dernière, décidé d'imposer le versement de l'allocation de rentrée scolaire accordée aux familles qui y ont droit (parce qu'elles en ont besoin), sous forme de bons valables uniquement dans les commerces de la Ville de Genève acceptant de se prêter à cet exercice. Or cette limitation a été considérée par la Commission fédérale de la concurrence comme contraire aux lois fédérales. Du coup, le règlement municipal relatif aux aides financières se retrouve, s'agissant du versement de l'allocation de rentrée scolaire, invalide, et doit être à nouveau modifié. Ce serait l'occasion pour le Conseil municipal d'en revenir à un système d'allocation simple, efficace et respectueux de ceux à qui il s'applique. Nous lui avons proposé hier soir d'au moins en étudier la possibilité, il l'a refusé, on passe donc à la vitesse supérieure, et on lance une pétition réitérant cette demande.
    La pétition est téléchargeable sur https://www.fichier-pdf.fr/2018/02/06/petition-allocs/ et y attend votre signature, pour rappeler aux élus municipaux qu'une allocation n'est pas une aumône, et que celle-là est, pour autant qu'on en remplisse les conditions, un droit.

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  • 82 % de la richesse à 1 % de la population : Bienvenue dans le meilleur des mondes

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    inegalites.jpg82% de la richesse créée l'an dernier dans le monde a fini dans les mains du 1% le plus riche de la population de la planète, les femmes payant le prix fort de ces inégalités, a dénoncé lundi l'ONG Oxfam, lors de la publication, à la veille de l'ouverture du World Economic Forum (WEF) à Davos, de son rapport intitulé "Récompenser le travail, pas la richesse". Et si 1 % de la population mondiale a accaparé 82 % de la richesse crée, la moitié de la population mondiale, soit 3,7 milliard de personne, n'en a rien touché du tout. Reste 18 % de cette richesse, que se partage (inégalement) 49 % de la population. Dont nous, ici. Bienvenue dans le meilleur des mondes : le nôtre.

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  • Pauvreté : le retour des classes dangereuses ?

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    pauvreté-travail.jpgSalauds de pauvres

    Au XIXe siècle, on prit coutume de désigner les "classes laborieuses" comme des "classes dangereuses". Et de fait, elles l'étaient : quelques révolutions, de plus nombreuses insurrections, d'innombrables émeutes l'attestèrent. Et puis, le qualificatif s'estompa, au fur et à mesure de la construction de ce qui deviendra l'Etat social. Mais aujourd'hui, le fantôme des classes dangereuses revient hanter les nuits des classes prospères : les pauvres sont de retour. Sans doute, ici, aujourd'hui, ne meurent-ils plus de faim. Mais on les revoit dans les rues. D'où l'on s'épuise à les vouloir chasser. Et puis, derrière les pauvres, et bien plus nombreux qu'eux, il y a les modestes, les gens de peu, ceux qu'écouta et transcrivit Pierre Bourdieu dans "La Misère du Monde". Ceux là, on ne les chasse pas. Tout au plus les contient-on dans leur modestie. Désormais, il y a les pauvres qu'on chasse et les pauvres qu'on méprise.

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  • Genève : Pauvreté visible, pauvreté invisible

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    mendiant.jpgLes trous du filet social

    A Genève, il n'y a guère que les mendiants et quelques sdf récalcitrants à être hébergés dans les abris PC ou à l'Armée du Salut, qui témoignent visiblement de la présence d'une population pauvre dans une ville riche. Il y a certes une pauvreté volontaire, assumée, revendiquée, proclamée : c'est celle de l'ascète, celle de Diogène, celle du mendiant. Celle du refus de l'aliénation laborieuse et marchande. Celle du refus de la norme sociale. Celle-là n'est pas méprisée, elle est crainte. Parce qu'elle est subversive. Or la plus grande part de la population genevoise pauvre ne se voit pas comme telle, ne serait-ce que parce qu'elle ne se montre pas comme telle. Ou qu'on la cache, parce qu'elle fait tache, et qu'elle montre à la Cité les trous de son filet social. Cette pauvreté-là est celle de dizaines de milliers de personnes. Ainsi, le canton détient-il le record de la rente AVS moyenne la plus basse, et de la plus haute proportion de retraités ayant besoin de prestations complémentaires à l'AVS pour survivre : ils et elles sont un-e sur trois dans ce cas. Et les dépenses consenties par le canton pour ces prestations ont augmenté de 15 % entre 2010 et 2016, et vont continuer d'augmenter, si suspicieuses et tatillonnes que soient les vérifications du droit à les demander. En Suisse, 14 % des retraités sont en situation de pauvreté. S'y ajoutent, dans la même situation, les centaines de milliers de "travailleurs pauvres" et de familles monoparentales recevant (ou non) une aide sociale. Dans le canton de Vaud, par exemple, une personne sur vingt âgées de 26 à 65 ans est en situation de pauvreté. Une pauvreté invisible, mais, à l'aune de cantons et d'un pays riches, considérable, dans tous les sens du terme, à commencer par le premier : est considérable ce qui doit être considéré.

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  • Précarité, pauvreté : des ayant-droit sans droit ?

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    pauvreté-travail.jpgLe filtre et le barrage

    Plus du quart des Suissesses et des Suisses qui auraient droit à une aide sociale (260'000 personnes, dont plus de 20'000 à Genève, 36'000 dans le canton de Vaud) ne la sollicitent pas, selon une étude bernoise de 2016. Une statistique fédérale de 2009 situe cette proportion de renoncement à 28 % des ayant-droit, et une évaluation de Caritas en 2014 à au moins 30 %, mais jusqu'à 50 %. La raison principale de ce renoncement semble bien être la complexité du système, le caractère suspicieux de la vérification des demandes d'aide, le nombre considérable de documents à fournir pour avoir droit à une aide. Le filtre mis devant l'aide sociale devient un barrage. Pendant quoi, les zautorités, qui ont le sens des urgences et des priorités, et surtout l'obsession des "abuseurs" ont choisi de donner la chasse aux mendiants...

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