mardi, 14 mai 2013
Une prison bourrée de gens qui n'ont rien à y faire : Champ dolent
Fin 2010 déjà, 800 personnes étaient détenues à Genève dans les divers lieux voués à cette haute fonction : Champ-Dollon, la Pâquerette, le quartier cellulaire de Belle-Idée, Favra, le Vallon, Riant-Parc. la Brenaz, Villars, Montfleury, Frambois et les « violons » du Palais de Justice. Deux ans et demi plus tard, ce nombre total de détenus dans toutes les prisons genevoises était dépassé par la seule prison de Champ-Dollon.... et le bâtonnier de l'Ordre des avocats genevois, François Canonica, constate comme nous qu'une partie des personnes qui se trouvent à Champ-Dollon n'ont « rien à y faire ». De l'aveu même du département de la Sécurité, un détenu de Champ-Dollon sur huit (12 % du total des détenus) est entré en prison en avril pour le seul motif de «séjour illégal» en Suisse. Autrement dit, pour punir quelqu'un de séjourner illégalement en Suisse, on l'oblige à séjourner légalement à Genève. L'intelligence de la politique carcérale genevoise saute aux yeux, quand Champ-Dollon devient un champ dolent.
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mardi, 26 mars 2013
On voudrait pas lasser, mais... Encore les prisons ?
Encore les prisons ? Mais c'est une obsession, chez vous... Non, pas une obsession, mais, outre quelques moments de notre modeste vie personnelle, une sorte de devoir : ceux qui veulent couvrir Genève de geôles ne se lassent pas, eux, de faire de leurs pulsions pénitentiaires la colonne vertébrale de la politique pénale de la République. Quitte à tordre les statistiques afin de faire diminuer artificiellement le taux d'occupation de Champ-Dollon pour que l'on cesse de les accuser de « bourrer la tôle » par une politique du « tout sécuritaire » que l'ancien Procureur général Bernard Bertossa dénonce comme un leurre, et une incitation à la désignation de l'étranger comme une menace en soi, alors qu'il y a une criminalité locale qui n'a rien à voir avec l'immigration, et que la désignation de la criminalité « importée » comme la menace principale repose sur une perception bancale de sa réalité : les mendiants rrons menacent moins la sécurité à Genève que les oligarques, mais ce sont le premiers que l'on pourchasse : les seconds, on les cajole...
14:49 Publié dans Genève, Justice, Politique, Sécurité, insécurité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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vendredi, 15 juillet 2011
Se retrouver en prison, ce n’est pas se retrouver hors du monde, mais en son centre...
Je retrouve dans mes archives un texte que j'avais rédigé en octobre et novembre 1999 à Champ-Dollon (Genève). Je n'y apporte que peu de modifications. Je n'en retranche rien. : "Se retrouver en prison, ce n’est pas se retrouver hors du monde, mais en son centre..."
Se retrouver en prison, ce n’est pas se retrouver hors du monde, mais en son centre, avec ce qu’il produit de pire (dealers, pédophiles, violeurs) mais aussi de plus commun, de plus conforme, au fond, à ses vraies règles et ses vraies lois : gardiens, assistants sociaux, infirmiers. aumôniers, flics et bureaucrates, évidemment, mais aussi chauffards, voleurs d’occasion, pratiquants du fétichisme de la propriété privée puisque s’appropriant celle d’autrui, petits ou gros commerçants de marchandises provisoirement interdites de commerce, ou dont l’Etat se réserve le monopole- meurtriers ordinaires (cocus vexés, jaloux frustrés, possessifs éconduits, cambriolés fauteurs de bavures...), immigrés clandestins en instance d’expulsion... le commun des mortels, en somme. Bref, se retrouver en prison, c’est se retrouver dans une Cour des Miracles gérée par l’Etat social, et d’où les miracles, par conséquent, se sont enfuis. Dans ce chaudron, les bruits du monde nous parviennent sans que nous puissions répondre à l’urgence qu’ils requièrent. Du moins avons nous le temps de les entendre, et d’en chercher le sens. Nous entendons, nous lisons, nous voyons -mais ne pouvons guère réagir, et moins encore agir. Au fait, le pouvons-nous réellement, lorsque nous croyons le faire « dehors », et que nous le faisons dans les règles ? Un mois, ou un an de prison, c’est un mois, ou un an, sans manifestations, sans réunions, sans séances de travail ; pour autant, est-ce un mois, ou un an, politiquement vide ? Là où le monde dont nous voulons changer se révèle le plus clairement à nous, c’est là où il croit nous priver le plus sûrement de toute possibilité d’agir sur lui -et à plus forte déraison, contre lui.
14:05 Publié dans Justice | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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jeudi, 26 août 2010
Retrait de l'initiative pour le rétablissement de la peine de mort : Coïtus interuptus
L'initiative pour le rétablissement en Suisse de la peine de mort, abolie en 1942, était en passe d'être lancée, et avait reçu l'imprimatur de la Chancellerie fédérale, avant d'être retirée par ses auteurs. Si la Suisse rétablissait l'homicide légal, elle le ferait en violation de ses engagements internationaux, notamment les protocoles 6 et 13 de la Convention européenne des droits de l'Homme qui proscrit la peine de mort, et pour la troisième fois, le bon peuple aurait approuvé un texte inapplicable: l'initiative contre les minarets et celle pour l'internement à vie des délinquants sexuels contreviennent aussi à des dispositions de droit international. Acceptées, elles font partie du droit suisse mais resteront inappliquées. Comme d'ailleurs le sera(it) l'initiative UDC pour le renvoi automatique des délinquants étrangers. C'est en train de devenir une sorte de douce manie helvétique, que celle de farcir la constitution de dispositions inapplicables : « si on fait voter le peuple sur tout, on peut aussi réintroduire les châtiments corporels et la torture », soupire Manon Schick, d'Amnesty International. Eh oui, on peut. Ce sont les beautés de notre « démocratie directe » : les plus sombres conneries sont soumises au peuple, mais le peuple n'a rien à dire sur les dizaines de milliards engloutis dans le sauvetage de l'UBS...
14:00 Publié dans Justice | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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mercredi, 12 mai 2010
Prisons : C'est quand qu'on débourre ?
600 détenus entassés à Champ-Dollon
ça tombe désormais à rythme régulier, une fois par mois : Record battu, Champ-Dollon a dépassé ce week-end les 600 détenus, pour 270 places. Non seulement il n'y a jamais eu autant de tôlards dans la prison genevoise, mais il n'y a également jamais eu à Genève une proportion aussi élevée, par rapport à la population résidante, de personnes incarcérées, entre Champ-Dollon, la Brenaz, la Clairière, Frambois etc... On n'en est pas encore au niveau qu'atteignent certains villes américaines, qui comptent plus d'un détenu pour 5 habitants, mais on y arrive doucement, notamment dans la région de Thônex, Choulex, Puplinge. En attendant la réalisation de cet enthousiasmant projet, le mécanisme tourne à plein : la police ramasse, la prison entasse. Jusqu'à quand ? Tant qu'on pourra. Tant que ça n'explosera pas. Un ancien détenu, interrogé hier par « Le Matin », estime d'ailleurs qu'« un jour ça va péter, et qu'« il y aura des morts ». Aujourd'hui déjà, « les problèmes (entre détenus) se règlent à coups de poing », et tout, à Champ-Dollon, ne tient plus qu'à deux fils fragiles: la résistance physique et psychologique du personnel, et la résignation des détenus.
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jeudi, 25 février 2010
Peine de mort : en finir avec la loi du talion
Certes, plus des deux tiers des Etats du monde ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique et en Europe, le seul pays à l'appliquer encore est la Biélurossie, exclue de ce fait du Conseil de l'Europe puisque l'abolition du meurtre légal est une condition pour en être membre. La peine de mort a même été abolie par des pays comme le Rwanda, y compris pour le crime suprême de génocide dont son peuple a été victime, et la Bosnie, ravagée par les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis lors de l'éclatement de la Yougoslavie. Des milliers de personnes sont pourtant encore trucidées légalement chaque année, sur injonction de tribunaux légaux, de juges légaux, de jurés légaux. Plus de 90 % de ces homicides validés par la loi sont commis en Chine, en Iran, en Arabie Saoudite et aux USA, la seule Chine assurant 80 % de ces exécutions d'une balle dans la nuque, avec envoi de la facture de l'exécution à la famille de l'exécuté, et récupération des organes du spplicié pour usage médical ultérieur. Aux USA, des milliers de prisonnières et de prisonniers attendent dans des « couloirs de la mort » que des dizaines d'entre elles et eux ne traverseront une dernière fois que pour être tués, sans jamais que l'on soit certain qu'ils étaient coupables de ce pourquoi ils (elles) ont été condamnés.
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jeudi, 09 avril 2009
Acquittons le jury !
Bonne nouvelle : le front politique qui semblait s'être constitué, des socialistes aux libéraux en passant par les verts, les radicaux et les démo-chrétiens, pour appeler le peuple à condamner le jury populaire à mort, se désagrège : radicaux et verts ont lâché leur groupe parlementaire et leurs magistrats professionnels, et appellent désormais à refuser la suppression du jury. L'UDC et le MCG d'un côté du champ politique, l'AVIVO et " A Gauche toute de l'autre ", ont pris ou prendront très vraisemblablement la même position. Et au bout du compte, il n'y aura plus guère que le PDC, les socialistes et les libéraux (et encore : les derniers cités sont vacillants) pour récuser le jury. Le PS, les libéraux, les démo-chrétiens ? trois partis sur-représentés dans l'appareil judiciaire, et au sein desquels la corporation judiciaire est sur-représentée : on hésitera à ne voir qu'une coïncidence hasardeuse entre cette sur-représentation et le mot d'ordre de ces trois partis. On n'hésitera pas, en revanche, à recommander de voter " non ", le 17 mai, à la suppression d'une institution pas moins démocratique que celles qui en recommandent la mise à mort...
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mercredi, 18 mars 2009
Abolition du Jury populaire : Sans gêne et sans crainte ?
A une forte majorité (59 contre 12), le Grand Conseil genevois a adopté un projet de modification de la Constitution cantonale, abolissant le Jury populaire. Le peuple devra se prononcer en mai prochain. Tous les partis représentés au Grand Conseil, à l'exception du MCG, vont vraisemblablement défendre, au nom de la " compatibilité avec le droit fédéral ", l'abolition du jury populaire. Mais l'opposition à cette abolition n'en est pas moins présente, et vivace. Et le résultat du vote est incertain. Le nouveau droit pénal fédéral n'abolit d'ailleurs pas explicitement le jury, s'il impose aux jugements de nouvelles conditions, et de nouvelles voies de recours, dont les partisans de l'abolition affirment qu'elles sont incompatibles avec le maintien de la vieille institution citoyenne, et dont les adversaires de l'abolition affirment au contraire qu'elles peuvent parfaitement coexister, au prix de quelques réformes, avec cette institution. Ce ne sont en tous cas pas ces querelles de juristes qui feront la décision, éminemment symbolique -et donc politique.
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jeudi, 12 mars 2009
Quoi de neuf ? des prisons !
Impasses carcérales
A Genève, on dénombrait 502 détenus pour 270 places à Champ-Dollon le 14 janvier. Ouverte en janvier 2008, avec l'espoir qu'elle soulagerait Champ-Dollon d'une partie de la masse de détenus qu'on y entasse, la prison de la Brenaz, prévue pour 68 détenus, a été remplie en quelques mois. Et est aussi entrée en sur-occupation. Le sort du projet " Curabilis " (62 places pour détenus mentalement perturbés et dangereux) sera le même. Quand on construit une prison, on la remplit. Et quand elle est pleine, on continue à la remplir. Jusqu'à ce qu'on en construise une nouvelle. Pour la remplir. Et ainsi de suite. Ce mouvement perpétuel signe une impuissance.
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vendredi, 21 novembre 2008
Imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine : Une promesse impossible à tenir
Au moins 340 enfants sont abusés chaque année en Suisse. Au moins, car il ne s'agit-là que des cas dénoncés. S'y ajoutent tous les actes celés dans le secret des familles, la honte des victimes, l'impunité des coupables. Jusqu'à ce que, des années plus tard, la vérité -ou ce que l'on croit l'être- se fraie un chemin dans l'opacité des amnésies volontaires. L'initiative pour l'imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine naît de ce constat : il faut du temps pour trouver les mots, et les prononcer à voix haute. Combien de temps ? Toute la question est là : autant de temps qu'il faudra, jusqu'à la mort du coupable présumé, dit l'initiative. trente-trois ans, dit le contre-projet. Si légitime que soient les motivations de ses auteurs, l'initiative a bien des défauts. Notamment celui de définir le délai de prescription non en fonction de l'âge de la victime, mais du moment de sa puberté ; celle-ci survenant à des âges variant selon les personnes, et plus tôt chez les filles que chez les garçons, deux enfants de même âge victimes du même genre d'actes seraient traités inégalement si le premier était impubère et le second pubère. Et des actes sexuels commis sur une fille réglée de douze ans pourraient être prescrits, alors que ceux commis sur un garçon du même âge seraient imprescriptibles. Violenter une fille, serait-ce un crime moins grave que celui de violenter un garçon ?
UN crime ou LE crime ?
Comment faire droit à l'exigence de justice des décennies après qu'un crime ait été commis ? Les juges sont déjà confrontés dans l'état actuel du droit (la victime peut déposer plainte jusqu'à l'âge de 25 ans) à d'innombrables obstacles : absence de preuves matérielles, témoignages indirects sollicités, actes difficiles à situer dans le temps et l'espace, victimes fragilisées, contexte familiaux conflictuels avec règlements de compte à la clef... plus l'affaire est ancienne, moins elle a de chance d'aboutir : la victime ne peut pas obtenir la condamnation du coupable, et si la personne accusée est innocente, l'accusation, même levée, l'aura salie durablement. Il faut certes donner aux victimes la possibilité de saisir la justice lorsqu'elles s'en sentent capables, mais il faut aussi que la justice (si on y croit) puisse passer -et elle ne peut passer dans l'impossibilité de prouver la véracité (ou la fausseté) des accusations. La proposition de l'imprescriptibilité fait aux victimes une promesse qui ne peut être tenue : celle de pouvoir être reconnues comme victimes par un jugement qui dans le même temps reconnaîtrait le coupable comme tel, même des décennies après les actes commis. Cette promesse est rendue illusoire par le passage du temps, et la dilution des preuves. Et la procédure s'achèvera le plus souvent par un non-lieu faute de preuves, c'est-à-dire, pour les victimes, un déni de justice. Et puis, l'imprescriptibilité des crimes de " pornographie enfantine " introduit une confusion inacceptable. Le seul crime imprescriptible en droit est, et doit rester, celui de génocide. Le crime des crimes, LE crime majuscule, irréductible à tout autre. Si odieux soit-il, un acte pédophile n'est pas un génocide. C'est un crime, pas LE crime.
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| Tags : pédophilie, pornographie |
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