lundi, 11 décembre 2017

La Grève Générale, un siècle plus tard : Quel cahier de revendication ?

Grève Générale 1918.jpgEn novembre prochain, la gauche et les syndicats suisses célébreront
(www.greve-generale.ch) le centenaire du plus important mouvement social de la Suisse moderne (celle qui naît avec la République Helvétique dont
on pourrait d'ailleurs aussi célébrer, toujours l'année prochaine, le 220e anniversaire) : la Grève Générale de novembre 1918. 250'000 travailleurs (dans un pays de 3 millions et demi d'habitants) se mettent en grève, à l'appel du Comité d'Olten créé par l'Union Syndicale et le Parti Socialiste : on a faim dans les villes, les familles dont les pères montent la garde aux frontières sont sans ressources (il n'y a pas
d'assurance perte de gain et la solde est dérisoire), la situation sociale est catastrophique -et des grèves sectorielles, comme celle des
employés de banque zurichois, ont déjà éclaté. Le cahier de revendication de la grève est un programme politique -celui d'un Etat
fédéral rénové, et d'une politique fédérale progressiste. La Grève fut levée, pour éviter un bain de sang, au bout de deux jours. Elle apparut
donc, dans l'immédiat, comme se soldant par une défaite. Et pourtant, il suffit de relire précisément son cahier de revendications pour constater
que la plupart (pas toutes, certes...) d'entre elles ont finalement été satisfaites, certaines (l'AVS, le suffrage féminin...) après plusieurs
décennies, d'autres (l'élection du Conseil national à la proportionnelle, la semaine de travail de 48 heures) beaucoup plus rapidement. Et surtout, c'est bien la Grève Générale de 1918 qui posa le mouvement ouvrier suisse comme une puissance politique. La peur qu'elle inspira à la classe et à la caste dominantes fera le reste : ses revendications seront satisfaites, ses organisateurs intégrés (peut-être
même un peu trop...) à l'institutionnalité politique. Mais au-delà de l'exercice commémoratif, une question peut être posée un siècle après
l'événement : quel pourrait être en 2018 le cahier de revendication d'une grève générale aussi politique que celle de 1918 ? La Jeunesse Socialiste suisse a ouvert un site internet participatif pour recueillir les propositions : c'est sur https://generalstreik-reloaded.ch/fr/

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mercredi, 29 novembre 2017

Prémices et prémisses de la laïcité

resistance.jpgAutour de la religion...

"La liberté de conscience est illimitée; la manifestation des opinions religieuses est subordonnée aux sentiments de la concorde et de la paix. Tous les cultes sont permis s'ils ne troublent point l'ordre public et n'affectent aucune domination ou prééminence. La police les surveille et a le droit de s'enquérir des dogmes et des devoirs qu'ile enseignent. Les rapports d'une secte avec une autorité étrangère ne doivent influer ni sur les affaires politiques, ni sur la prospérité et les lumières du peuple" (Art 6 de la Constitution de la République Helvétique). Cette première (1798) constitution suisse est aussi la seule dont se soit dotée l'Etat central qui pose le principe de la laïcité, sans utiliser ce terme (on est en 1798, pas en 1905) mais en donnant de la liberté religieuse une définition qui ne diffère pas fondamentalement de celle qu'on peut donner deux siècles plus tard : une conjugaison de la liberté et de l'égalité, dans la séparation des cultes religieux et de l'Etat...

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samedi, 11 novembre 2017

Retour sur la révolution russe et son héritage

Lisez!.jpgL'art et la culture en révolution

Retour sur la révolution russe de 1917, celle de février-mars, et son épisode final en octobre-novembre. Retour, surtout, sur son héritage.
D'entre les héritages paradoxaux de la prise du pouvoir par les bolchéviks, on citera, nées de la peur qu'inspira la Russie soviétique, la lente construction de l'Etat social dans nos propres pays, la création de la Société des Nations (dont la Russie Soviétique sera exclue, comme, longtemps, l'Union Soviétique), celle du Bureau International du Travail. Et puis, il y a l'héritage culturel -non celui de la fossilisation stalinienne dans le "réalisme socialiste" et l'instrumentalisation de la création culturelle et artistique (comme d'ailleurs de la recherche scientifique), mais celui des trois ou quatre premières années qui suivirent la rupture révolutionnaire de février-mars 1917. Un foisonnement. Une révolution, une vraie, dans les images et les mots.

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jeudi, 09 novembre 2017

9 novembre 1932 + 85


9 novembre 1932.jpg

Chaque année, au printemps, tout au début du temps des cerises, la gauche française célèbre au Père Lachaise, devant le Mur des Fédérés, la mémoire de la Commune de Paris.
Chaque année, à l'automne, au début du temps des marrons, la gauche genevoise célèbre à Plainpalais, autour de la pierre la commémorant (ou cette année devant l'Université), la mémoire du 9 novembre 1932.
Ce n'est pas (quoique...) que nous ayons forcément en nous l'amour des rituels funéraires et des commémorations des douleurs passées , c'est que nous avons l'exigence de nous souvenir d'où nous venons. Surtout en des temps où nous ne savons plus vraiment où nous voulons aller. Ni très bien où nous sommes. Ni même toujours qui nous sommes.
Rendez-vous ce soir, à 18 heures, devant Uni Mail.

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lundi, 30 octobre 2017

Catalogne : La tutelle contre l'indépendance

Cop de falç.jpgBon cop de falç ?

L'adoption par le parlement catalan d'une déclaration d'indépendance ne devrait surprendre personne, surtout pas à Madrid : elle n'est que le terme symbolique d'un processus engagé depuis cinq ans, et une étape dans celui, décidé par le même parlement, d'un "processus constituant" devant déboucher sur un "Etat indépendant et souverain, de droit, démocratique et social" : la République catalane. La réponse du gouvernement espagnol ne surprendra pas plus, tant elle était annoncée, et dans la droite ligne de toutes les réponses données à Madrid aux revendications catalanes depuis dix ans. La crise commence en 2006, lorsqu'un statut d'autonomie négocié entre Barcelone et Madrid, accepté par les parlements catalan et espagnol et ratifié par référendum, est saboté par une cour constitutionnelle instrumentalisée par le parti de droite aujourd'hui au pouvoir, et qui a refusé à la Catalogne ce qui avait été accordé au Pays Basque. La seule réalité qui empêche de comparer les dernières décisions du gouvernement de Rajoy (mise sous tutelle des institutions catalanes, destitution du gouvernement catalan, à commencer par son président, prise de contrôle de la police autonome, des finances, des télécommunications, des media publics, de l'enseignement... ) à celles d'Erdogan en Turquie après le putsch foireux de l'an dernier, c'est l'absence de moyens du premier de les concrétiser si les indépendantistes catalans décidaient d'y opposer une insoumission de masse, si pacifique qu'elle soit. Or c'est précisément ce à quoi ils appellent, par la voix de leur président (destitué par Madrid), Carles Puigdemont : "la meilleure manière de défendre les victoires obtenues jusqu'à ce jour est l'opposition démocratique" pour "construire un pays libre" de manière pacifique, et d'ores et déjà, des "comités de défense de la République" appellent, localement, à la "résistance pacifique" à la tutelle de l'Etat central.

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jeudi, 05 octobre 2017

Révolutions et contre-révolution russes : Que commémore-t-on ?

Marx-Engels-Lénine-Staline.jpgIl y aura cent ans en novembre prochain, la Russie, entrée en révolution en mars, voyait une force révolutionnaire totalement minoritaire prendre le pouvoir sur les autres. "Il revient aux plus faibles devenus à leur tour les plus forts d'appliquer sans merci les rigueurs de la loi. Mais sitôt la première ivresse éteinte se font jour les sordides calculs du ressentiment, les visées ambitieuses, la surenchère partisane, tout moyen étant bon, les principes rejetés sans vergogne, pour défendre le terrain conquis et s'y ailler la meilleure part. Ainsi tombent les masques à la fin de la fête, qui découvrent l’écœurante nudité des visages" : ne croirait pas que Louis-René des Forêts écrive ainsi du parcours de la révolution russe (ou des révolutions russes, au pluriel : celle, avortée, de 1905, puis celles de février-mars et d'octobre-novembre 1917) ? En novembre, on commémorera la "révolution d'Octobre". Une révolution, vraiment, ou une contre-révolution ?

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mardi, 01 août 2017

Fêtes nationales, rites tribaux et frites belges

Manif identitaire.jpgLe 1er raout ? c'est bénin...

Le 1er août, en Ville de Genève (au Parc La Grange, dès 15 heures), c'est le Bénin qui sera hôte d'honneur de la Fête Nationale suisse. Parce que le 1er août, c'est aussi la Fête Nationale du Bénin. Et donc, à Genève, les deux fêtes nationales seront célébrées en même temps (sans être fusionnées). Et ça a fait hurler le MCG au Conseil municipal. Et ça a suscité une pétition sur internet "Pour un 1er août suisse". Parce que partager notre fête nationale avec des nègres, c'est salissant ? Et que notre "identité nationale" est si faible, si improbable, que la confronter à une autre risquerait de la dissoudre ? L'extrême-droite locale explique sa pétition (retirée avec 489 signatures) : "Jusqu'à preuve du contraire, le Suisse ne descend pas du Béninois". Certes. Mais jusqu'à preuve du contraire, le Suisse et le Béninois descendent tous deux des mêmes ancêtres. Africains, les ancêtres. Eh oui, les gars, faut vous y faire : l'espèce humaine est née en Afrique, a grandi en Afrique, et n'a peuplé toute la planète(même le territoire de la Suisse actuelle ? Voui, même...) qu'en partant de l'Afrique. Et il y a autre chose à quoi il va falloir vous résigner : à ce qu'une fête nationale ne soit pas un rite tribal. On sait, ça va être dur. On compatit ? Non, même pas. Ah, juste une chose, encore, et on vous jure qu'on ne l'a pas inventé : le 1er août, c'est la Journée internationale de la frite belge. Quand on vous dit que le 1er raout, c'est bénin...

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vendredi, 14 juillet 2017

On commémore quoi, déjà, le 14 juillet ?

1794.JPG

En commémorant le 14 juillet la révolution libérale (non pas la prise de la Bastille, mais la Fête de la Fédération, l'année suivante), nos voisins français, et nous avec eux, célèbrent autant ce qui fut fait que ce qui reste à faire... Car depuis la révolution bourgeoise, plus aucune révolution n’a vaincu. C’est que la mesure même de la victoire ou de la défaite de la révolution a changé : il s’agissait en 1789 de renverser le pouvoir d’une classe, et les institutions qui matérialisaient ce pouvoir, pour leur substituer le pouvoir d’une autre classe, avec les institutions le matérialisant. Ce fut fait, mais ce n'est pas la fin de l'histoire. Parce qu'une fois faite la révolution libérale (et celle de 1789 est précisément une révolution libérale), il restait à faire la révolution démocratique, qui ne se confond pas avec elle : ce fut 1848. Et la révolution démocratique faite, il restait, et reste, à faire le pas suivant, qui fut tenté en 1871, vers ce que les premiers socialistes nommaient (jusqu'à en faire, à Genève, le nom de leur premier parti) la "République démocratique et sociale"...

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vendredi, 05 mai 2017

A propos de la mondialisation et de ses faux ennemis

internationalisme.jpgL'alternative ? L'internationalisme !

L'élection présidentielle française se jouera-t-elle dimanche sur l'affrontement théâtral des partisans d'une "mondialisation" peinte en rose et des faux ennemis réactionnaires de la mondialisation réelle (dont la France est un acteur considérable depuis les premiers temps du colonialisme ? "J'ai entendu pendant toute la campagne (...) l'incompréhension sur la mondialisation. Je vais la prendre en compte" assure Emmanuel Macron. Merci, Sire, mais il faudrait peut-être commencer à s'entendre sur le concept mème de "mondialisation", devenue une sorte de totem, de tabou ou de monstre, quand elle n’est rien d’autre que l’extension à l’ensemble de la planète d’activités, de normes et de processus de décisions auparavant limités à un espace géographique et social : le "monde occidental développé". En tant que telle, la mondialisation est à la fois un projet et un processus. Comme processus, elle est dans la logique du capitalisme, et comme projet, elle est constitutive de la capacité du capitalisme à s’imposer aux formes anciennes de rapporte de production, en levant les obstacles nationaux à la circulation du capital. La mondialisation est la condition même de la pérennité du capitalisme, et de sa maîtrise du politique : une poignée de financiers peuvent, en quelques clics, transférer des fonds en telle masse qu’ils sont en mesure de décider des politiques économiques et sociales des Etats. Mais il y a dans l’usage même du terme de « mondialisation » pour désigner la forme actuelle du capitalisme quelque chose qui relève d’un détournement de sens : la mondialisation devrait viser à l’unité (non à l’unicité) de l’humanité et à l’ouverture de tous sur tous, vieil horizon socialiste, alors que la mondialisation capitaliste ne vise qu’à la mainmise de quelques-uns sur tout et sur tous. Dès lors, s'étant entendus sur le sens du concept de "mondialisation", on peut essayer de s'entendre sur ce qui peut en être l'alternative, et qui est aussi une mondialisation -la nôtre : l'internationalisme.

 

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lundi, 01 mai 2017

1er mai : Fête du Travail ? Non : Fête des luttes des travailleurs et travailleuses

1ER-MAI.JPGOn ne commémore pas, on se mobilise

Dissipons d'emblée un brouillard : le 1er Mai n'est pas plus la Fête du Travail que le 8 mars n'est celle des Femmes. Le 1er Mai est la Fête des travailleurs et des travailleuses, la journée de soutien à leurs luttes. Même que dans le calendrier pataphysique, le 1er mai est le jour de la Réprobation du travail...) La "Fête du Travail", c'est ce que les fascistes ont voulu faire de la Fête des travailleurs (en France, c'est le régime de Vichy qui se charge de cette dénaturation), histoire de bien enfoncer dans les têtes laborieuses qu'elles ne sont pas là pour revendiquer, mais pour bosser, en obéissant aux chefs.
A part ça, on est le premier mai partout, même en France, mais les syndicats français sont infoutus de manifester ensemble quand on ne sait pas qui présidera la France dans un mois : l'héritière de son père, de Vichy et de l'OAS ou l'ancien banquier "social-libéral" ? Parce que, au cas où vous n'auriez pas encore compris, quels que soient vos états d'âmes printaniers, ce sera, forcément, l'un-e ou l'autre...

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mercredi, 26 avril 2017

Il y a 80 ans, à Gernika

Guernica2.jpg

Le lundi 26 avril 1937, jour de marché, quatre escadrilles de la Légion Condor allemande accompagnées par des bombardiers italiens et escortées par des avions de chasse allemands bombardent la petite ville basque de Gernika. L'attaque commence à 17 h 30 à la mitrailleuse puis aux bombes explosives et enfin aux bombes incendiaires. La ville est en flammes. Le bilan officiel par le gouvernement basque, fait état de 1 654 morts et de plus de 800 blessés. Le journaliste britannique George Steer, correspondant à l'époque du Times, estime qu'entre 800 et 3 000 des 7 000 habitants de Guernica périrent. Les archives russes mentionnent 800 morts. Ces chiffres ne prennent en compte ni les personnes retrouvées ultérieurement sous les décombres, ni celles décédées plus tard de leurs blessures, ni celles victimes des mitraillages des réfugiés de Guernica par les avions de chasse à l'extérieur des limites de la ville.
Ce bombardement a souvent été considéré comme un des premiers raids de l'histoire de l'aviation militaire moderne sur une population civile sans défense, le premier tapis de bombes et le premier bombardement alternant bombes explosives et incendiaires. Pourquoi bombarder Gernika ? La ville n'avait pas d'importance stratégique, mais une importance symbolique : l'autonomie juridique et fiscale était représentée par l'arbre de Guernica où les rois de Castille allaient prêter serment de respecter les libertés basques. Et le Pays Basque et son gouvernement autonome, pourtant politiquement largement dominés par des forces conservatrices, s'étaient immédiatement opposé  au pronunciamiento franquiste, en mobilisant leurs milices et en affirmant leur soutien au gouvernement républicain espagnol.
Le dernier exilé de la guerre d'Espagne y revenait en 1981 : le « Guernica » de Picasso. Picasso avait refusé que son oeuvre gagne l'Espagne avant que la démocratie l'ait gagnée.

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vendredi, 31 mars 2017

Russie, 1917-2017 : Centenaire d'une défaite

révolution, Russie, URSS, communismeIl y a un siècle, en mars 1917, la Russie entrait en révolution. Huit mois et un putsch plus tard, la révolution accouchait d'un monstre. L’instauration en Russie, après la contre-révolution bolchevik, du mode de production collectiviste d’Etat est sans doute la plus écrasante défaite du mouvement révolutionnaire dans les temps « modernes » une défaite plus considérable encore que celles subies ensuite face aux fascismes : après tout, ceux-ci étaient les ennemis du mouvement révolutionnaire, s’avançant et agissant comme tels. Les bolcheviks, eux, se revendiquaient du mouvement révolutionnaire, jusqu’à s’en prétendre les seuls héritiers. Leur victoire est le couronnement des défaites du projet révolutionnaire des XIXème et XXème siècles, parce qu’il est l’écrasement de la révolution au nom de la révolution elle-même.

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dimanche, 01 janvier 2017

Fin (enfin) d'une année de merde


De Profundis

On ne regrettera pas l'an de disgrâce 2016. Et on ne changera pas non plus de calendrier pour l'extirper de nos mémoires embuées par le champagne et embourbées dans le foie gras des libations de fin d'année. 2016, année de Trump, de Poutine, du Brexit, de la Syrie exsangue... Dies Irae ? Dies, on a comme un doute, mais irae, certainement. De Profundis, en tout cas. Et puis quoi ? Cette année morte n'est ni la première ni la dernièr, que scandent nos défaites. Nous avons survécu aux autres, nous survivrons à celle-là. Nous ne sommes pas résignés, nous sommes patients. Et nous avons de la mémoire.

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19:09 Publié dans De tout un peu, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : révolution, socialisme | |  Facebook | | | |

vendredi, 04 novembre 2016

Demi-millénaire des thèses de Luther : Faire la révolution sans le vouloir

Thèses de Luther.jpg

On est entré hier dans une année de commémoration de la Réforme protestante (la Réformation), lancée par l'affichage des Thèses de Luther. Une réforme qui fut une révolution, dont Luther ne voulait pas -ni religieuse, ni, et encore moins, sociale et politique. Mais qu'il a provoquée. Parce que l'Eglise romaine, dont il était, refusa de se réformer -et ne finit par accepter de le faire qu'une fois la Réforme protestante acquise dans la moitié de l'Europe occidentale -la plus grande partie de l'Allemagne, toute la Scandinavie, en Hollande, dans les cantons suisses les plus peuplés, dans une partie importante de la France... et au passage à Genève (parce que ça arrangeait les Genevois en lutte contre la Savoie très catholique). Luther n'était pas révolutionnaire, mais il a fait la révolution. Sans le vouloir, et en couvrant de son autorité morale et religieuse la répression féroce de ceux qui la voulaient, mais c'est bien le début d'une révolution que l'on commémore depuis hiers. La vieille taupe est aveugle. Elle ne voit pas où elle va, mais elle y va.

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mercredi, 19 octobre 2016

La gauche en Europe : D'où viens-je, où cours-je ?

Excellent documentaire français, sur la deuxième chaîne télé romande, dimanche soir : une histoire de l'anarchisme. Toujours bon à prendre, un travail de mémoire, surtout quand il porte sur l'un des courants fondateurs du socialisme, que les autres courants non moins, mais pas plus, fondateurs n'ont eu de cesse de faire oublier. On a donc vu passer les incontournables (Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Malatesta), les maudits (Ravachol, Bonnot), les héroïques (Durutti, Makhno), de grandes figures révolutionnaires au féminin (Louise Michel, Emma Goldman), et tous et toutes les autres. Et surtout, un formidable mouvement à la fois politique et social. Dont il semblait pourtant qu'il ne subsistait plus grand chose, sinon quelques nostalgies et quelques irréductibles. Mais de le voir passer sans qu'il ait trépassé, increvable, ça fait du bien. Surtout en un moment où, réfugié ou non dans des organisations (et même des partis) traditionnels de gauche, on contemple avec consternation l'état de la gauche en Europe... Avec consternation, mais sans renoncement : ce qui qui défaille peut être ranimé. Et de savoir d'où l'on vient aide à savoir où l'on est, et à décider où on veut aller.

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jeudi, 29 septembre 2016

150ème anniversaire du premier congrès de l'Internationale

Naissance (et renaissance ?) de l'internationalisme

1er Congrès AIT.JPG

 

Il y a 150 ans naissait à Genève le mouvement ouvrier international :  du 3 au 8septembre 1866 s'est tenu aux Eaux-.Vives, à la Brasserie Treiber, le premier Congrès de l'Association Internationale des Travailleurs, fondée deux ans plus tôt. La "Première Internationale". Ou l'Internationale tout court et tout simplement -les suivantes, la Deuxième (social-démocrate), la Troisième (communiste), les Quatrièmes (marxistes révolutionnaires -trotskystes, quoi) n'étant au fond que des surgeons, ou des héritières (et des héritières ingrates et traîtresses) de cette Première, unique en son genre et en ses ambitions, et en tout cas fondatrice. Sa naissance sera commémorée ce soir jeudi, à l'Université Ouvrière, (place des Grottes) à 18 heures 30. On commémorera, donc*. Plus discrètement qu'en 1866, pour le centenaire. On commémorera et on se souviendra. Et si on s'inspirait ?

JEUDI 29 SEPTEMBRE, GENEVE
*Quel internationalisme ouvrier pour le XXIe siècle ? Commémoration du Premier Congrès de l'Association Internationale des Travailleurs (1ère Internationale), avec Marc Vuilleumier, Marianne Enckell, Bernard Thibault, Julia Gousseva
Université Ouvrière, place des Grottes, 18 heures 30

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lundi, 01 août 2016

Koikonchante, keskonfête aujourd'hui ?

drapeau-suisse rupestre.jpgSur nos monts quand le soleil...

La vice-présidente de l'UDC, Céline Amaudruz, et le vice-président du PDC, Yannick Buttet, ont sonné la charge contre les paroles, pourtant assez insignifiantes, proposée par la société suisse d'utilité publique (la SSUP) pour être celles, nouvelles, de l'hymne national suisse. Qu'est-ce qu'elle disent, ces paroles pleines de bons sentiments (à chanter sur la musique de l'hymne actuel) : "Sur fond rouge la croix blanche, symbole de notre alliance, signe de paix et d'indépendance, ouvrons notre coeur à l'équité et respectons nos diversités, à chacun la liberté, dans la solidarité, chantons d'une même voix sur fond rouge la blanche croix". Ouala. Et qu'est-ce qu'elle a entendu, Amaudruz ? "une nouvelle attaque contre notre passé, contre ce que nous sommes, menée une fois de plus par les tenants du cosmopolitisme triomphant". Et "le programme politique de la gauche". Un hymne socialiste, rien que ça. Et Buttet, alors, il a entendu quoi, lui ? Une volonté d'extirper Dieu de l'hymne national. Et d'accuser la Société suisse d'utilité publique de "nuire à la Suisse" et de "nier l'existence de la patrie". Des traîtres gauchistes, quoi. Et déicides. Bref, la SSUP est pleine, y'a un complot  et on va faire chanter aujourd'hui cette chose antipatriotique à Meinier (du coup le MCG a appelé à boycotter la fête) et même sur le Grütli (par le "choeur suisse des jeunes chanteurs", en quatre langues). Le PDC Butter et l'UDC Keller ont donc appelé en rétorsion à ce que la gestion du Grütli soit retiré à la SSUP.  Pour la confier en partenariat à l'ASIN et au Séminaire d'Ecône ?)...

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jeudi, 14 juillet 2016

14 juillet, 26 Messidor, jour du Père Ubu...

épithètes.jpgQue reste-t-il des révolutions passées ?
Nous sommes aujourd'hui, 14 juillet, le 26 Messidor, et nous devrions célébrer ce jour comme celui du Père Ubu, dans le calendrier pataphysique qui nous est aussi cher que le calendrier républicain. Le 14 juillet, devenu fête "nationale" (autrement dit : de la récupération de la Nation par l'Etat, défilé militaire à la clef) fut d'abord une fête révolutionnaire. Qu'elle célébrât la prise de la Bastille ou la Fête de la Fédération, peu importe : c'est la Révolution qu'elle célébrait -la révolution française, archétype de toutes les révolutions qui suivirent, ou la Révolution majuscule, la Révolution en soi et pour soi. Encore faut-il s'entendre sur ce mot, "révolution". Et sur ce qu'il signifie, politiquement, historiquement -et pas astronomiquement. Et sur ce qui reste de cette signification, et du vieux dur désir de révolution, pour la révolution elle-même, non pour sa victoire -ou ce que l'on crut être sa victoire.

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jeudi, 16 juin 2016

Il y a 200 ans naissaient à Genève Frankenstein et sa créature

créature de Frankenstein-statue.jpg Immortels...

Le 16 juin 1816, quatre Anglais s'emmerdaient ferme à Genève, dans la villa Diodati, juste-au-dessus du lac. Il faisait un temps de chien. Un volcan, le Tambora, avait fait des siennes en Indonésie, un an avant, et avait chargé l'atmosphère de soufre et de cendres, à détraquer le temps jusqu'en Europe. A cinq jours du début de l'été, il faisait 14 ° à Genève. Comme maintenant, deux siècles plus tard ? Ouais, il faut se méfier des étés pourris à Genève : il peut en sortir des monstres. Bref, Mary Godwin (future Mary Shelley), Georges Byron, Percy Shelley et John Polidori s'emmerdent. Byron a une idée : "chacun d'entre nous va inventer une histoire de fantôme". Shelley et lui évoquent la réanimation d'un cadavre. Mary Godwin en écrira un chef d'oeuvre : "Frankenstein, ou le Prométhée moderne". Un homme y crée la vie en assemblant des morceaux de mort. La Créature et son Créateur ont aujourd'hui 200 ans (mais le livre ne paraîtra que deux ans plus tard, en 1818, et d'abord en français). Elle comme lui sont immortels. Et genevois -ceci n'expliquant en rien cela, puisque, selon Mary Shelley,"à Genève, on ne trouve rien qui vaille la peine que l'on prend à marcher sur ses rudes pavés".
Jusqu'au 9 octobre, à la Fondation Bodmer, à Cologny, à deux pas du lieu de naissance du docteur Frankenstein (la villa Diodati est toujours là), une exposition, des conférences, des événements, retraceront la genèse du roman de Mary Shelley, son contexte, sa signification aujourd'hui... 

 

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17:27 Publié dans Genève, Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : mary shelley, frankenstein | |  Facebook | | | |

vendredi, 01 avril 2016

Ne plus penser à l'avenir, oublier le passé, ne plus avoir à l'esprit que le présent ?

Manifeste Incertain, Frédéric Pajak  L'ordre de ne plus penser qu'à rien

On  ne le connait pas personnellement, Frédéric Pajak. On le reprend, de son "Manifeste Incertain"*, sans lui demander son autorisation. Parce qu'on a aimé ce livre. Parce qu'en nous racontant Ezra Pound et Walter Benjamin, il nous dit d'où nous venons : "Nous sommes les héritiers malgré nous des idéologies du XXe siècle. Nous ressemblons à leurs pensionnaires hébétés, croupissant dans le déni de leurs illusions encore tièdes. Nous ne voulons rien accepter de ces croyances périmées, car nous savons assez le fléau qu'elles ont été, toutes sans exception -nationalistes, communistes, fascistes"... Nous disant d'où nous venons, Pajak nous dit où nous sommes, et quand il écrit de l'idéologie moderne qu'elle "omet sciemment le passé pour mieux se vautrer dans le présent", alors que les idéologies du XXe siècle "se sont acharnées à oublier le présent pour s'oublier dans l'avenir", il écrit d'une impasse, celle dans laquelle nous végétons. Ne plus penser à l'avenir, oublier le passé, ce à quoi l'"idéologie moderne" nous enjoint, c'est de ne plus avoir à l'esprit que le présent. Or il n'y a pas de présent. ll n'y a que le passé et l'avenir. Le présent n'est rien que le moment imperceptible où ce qui était de l'avenir devient, sans délai, du passé. Ne plus penser qu'au présent, c'est ne plus penser qu'à rien. C'est cela qu'on attend de nous ? C'est cela qu'il nous faut refuser.


*(Frédéric Pajak, Manifeste Incertain, Noir et Blanc, Lausanne, 2014)

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16:57 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : manifeste incertain, frédéric pajak | |  Facebook | | | |