France

  • France : les syndicats tentent de reprendre la main

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    mouvement socialRéforme et contre-réforme

    Les syndicats français ont réussi leur pari : Plus de 800'000 personnes (le double selon les syndicats)sont descendues dans la rue jeudi dernier pour la première journée de grève des transports (et d'autres secteurs publics : plus de la moitié des écoles primaires ont été fermées, un quart des agents de la fonction publique étaient en grève, la majorité du personnel de la SNCF, plus de 85 % des conducteurs de train...). Et aujourd'hui est un autre grand jour de cette grève reconductible du secteur public. Pour autant, les syndicats français ont-ils "repris la main" dans le mouvement social, alors que celui des "gilets jaunes" les avait totalement surpris, qu'ils n'avaient jamais réussi à s'y greffer, moins encore de le contrôler, et qu'ils sont de tous les pays développés de ceux qui rassemblent la plus faible proportion de travailleurs ? Face à la réforme proposée par Macron, qu'ils qualifient de contre-réforme, ils vont en tout cas devoir proposer leur propre réforme...

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  • Quel meilleur faire-valoir pour Macron que Bolsonaro ?

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    Capture.JPGL'Auguste et le Clown Blanc

    Tout se passe comme si Emmanuel Macron avait toujours besoin d'un repoussoir pour se donner stature d'Homme d'Etat, se grandir politiquement. Et plus le repoussoir est repoussant, plus évidemment il repousse Macron vers le haut. Marine Le Pen avait à merveille joué ce rôle lors de l'élection présidentielle (et rien n'indique qu'elle cessera de le jouer lors de la suivante), et même les "Gilets Jaunes", à leur manière, l'année dernière. Et maintenant, c'est à Jair Bolsonaro de reprendre le flambeau. Et il est parfait dans cette fonction, Bolsonaro, même s'il ne s'en rend nullement compte. Pas plus d'ailleurs que Marine Le Pen ou les "Gilets Jaunes" ne s'en rendaient compte. Il faut un Auguste pour le Clown Blanc...

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  • Elections européennes : le pire n'est jamais sûr

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    parlment européen.jpg

    Orwell ou Houellebecq ?

    Tirant les enseignements de son "enquête hongroise" dans les pays européens ayant instauré des régimes de "démocratie illibérale" ou d'Autoritarisme électif", le journaliste Bernard Guetta (par ailleurs candidat aux élections européennes sur la liste macronienne) ne fait pas preuve d'un grand optimisme : il se demande "si nous (ne sommes) pas à l'aube d'une ère de plusieurs siècles, qui ne sera pas forcément (...) une ère de régimes sanguinaires, mais quelque chose de tranquille, et de terne (...). Un monde étouffé, plus étroit, moins libre. Un monde sans passions, d'un ennui effroyable". Un monde qui, comme en Hongrie, en Pologne, en Autriche ou en Italie, où "les gens n'ont pas peur", où il n'y a "aucun des signes habituels des régimes policiers" mais qui est tout de même "un étouffoir". Pas un monde orwellien, mais peut-être un monde houellebecquien... Se dessinera-t-il lors des élections européennes (auxquelles les Britanniques participeront sans doute, alors qu'ils sont toujours supposés quitter l'Union) ? Le pire n'est jamais sûr..

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  • Fin du premier acte du "Grand Débat" français :

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    Macron, Grand Débat, Gilets JaunesJupiter regonflé...

    La première phase du "Grand Débat" national lancé par Emmanuel Macron est terminée*, place aux "conférences nationales" avec des organisations sociales (syndicats, associations), ces fameux "corps intermédiaires" que le macronisme jupitérien méprisait. De réunions locales seront faites des synthèses soumises à des citoyens tirés au sort. Et le parlement se saisira du résultat de cette vaste consultation, avant que le gouvernement y puise des propositions qui reviendront au parlement, voire des décisions qui n'auront pas besoin de l'aval parlementaire. Et peut-être un référendum pour clore le débat par des questions d'ordre institutionnel (référendum d'initiative populaire, prise en compte du vote blanc etc...) afin de donner ou redonner au président et à son gouvernement (du moins si le résultat du référendum est positif pour ses organisateurs) une légitimité qu'une dissolution de l'Assemblée nationale ne lui (re)donnerait pas. Bref, on est largement dans le flou quant aux résultats de l'exercice -sauf sur un point : il a regonflé Jupiter.

    * Sur France Culture, aujourd'hui, Jupiter regonflé débattra avec "65 personnalités de la vie de idées", dès 18 heures 20...

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  • Des "gilets jaunes" qui s'effilochent : Grand Débat, grand détour ?

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    macron,gilets jaunes,grand débatFin décembre 2018 : Emmanuel Macron est au plus bas, comme sa cote de popularité, qui rampe à 20 % d'opinions favorables. On le dit politiquement mort, tué par les "gilets jaunes". Et un mois et demi plus tard, à Lui la gloire, O Ressuscité : le mouvement des "gilets jaunes" s'effiloche, il n'est plus soutenu que par une minorité de sondés, les opinions favorables à Macron sont passées à 30 %, les intentions de vote placent sa liste en tête des élections européennes, et il fait son Tour de France des réunions du Grand Débat National, suivi comme son ombre par la presse et les télés. Or sans les "Gilets jaunes", pas de ce "grand débat national" lancé le 13 janvier par une longue lettre (six pages) de Macron aux Français: "il n'y pas de questions interdites. (...) nous sommes un peuple qui n'a pas peur de parler, d'échanger, de débattre". En le président signe : "en confiance". Mais l'auteur prévient : "nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises (...) afin d'encourager l'investissement et (...) le travail". Pourquoi débattre, alors, si on ne peut débattre de ce qui a précisément suscité le mouvement qui a lui-même suscité le débat ? En tout cas, le débat est organisé par un juge et partie : le président et son gouvernement.

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  • "Gilets jaunes", série 1, 9ème épisode : Le dur désir de durer

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    Cause toujours.jpgSamedi, c'était le 9ème épisode de la mobilisation des "gilets jaunes", cette étrange mutinerie à temps partiel, le week-end, d'une classe ("moyenne") qui n'en est pas une. 80'000 policiers avaient été mobilisés dans toute la France pour contenir à peine plus de manifestants. Ce n'est donc pas tant l'ampleur du mouvement qui fait son succès, indéniable, que son obstination, sa pérennité : il tient des rond-points, des rues, des places, des péages, depuis déjà plus de deux mois, sans relais politiques ni syndicaux. En juin, mai'68 était dépassé... en janvier 2019, novembre 2018 dure... La philosophe Catherine Malabou, admettant qu'"il serait certes abusif de qualifier les "gilets jaunes" d'anarchistes", observe que "le retour de la lutte des classes, la visibilité des anonymes, le refus, dont on espère qu'il durera, de l'obédience à un chef ou un parti, préfigurent sans nul doute l'écriture d'un nouveau chapitre de l'actualité libertaire, susceptible de conférer à l'aujourd'hui sa ressource d'avenir". La philosophe est optimiste, en appelant, après Gramsci, à la fois au pessimisme de la raison et à l'optimisme de la volonté... et donc à ne pas se faire d'illusion sur le mouvement des "gilets jaunes", mais à ne pas non plus à désespérer de ses effets.

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  • Et ce soir, Macron parle... Mais à qui ?

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    les-gilets-jaunes-jm.jpgJupiter et les Jaunes

    Le président et le gouvernement français ont donc "cédé à la rue" (elle est en France le seul lieu de la démocratie directe) en renonçant notamment à augmenter les taxes sur le carburant, et ont ouvert une "consultation" des "corps intermédiaires" (dont les syndicats) qu'ils donnaient plutôt l'impression de solidement mépriser jusqu'alors. Mais ce recul, inévitable, sur une intention justifiée (dissuader de l'automobile traditionnelle), mais fort mal traduite en actes, et encore plus mal accompagnée pour toutes celles et tous eux qui ne peuvent aller travailler, consommer, se délasser autrement qu'en automobile faute de transports publics, ne répond en fait à aucune des causes profondes qui ont fait descendre sur les rond-point, les péages d'autoroutes et dans les rues des villes des dizaines de milliers de personnes qui n'avaient jamais manifesté de leur vie, ni jamais soutenu aucun mouvement populaire, pas plus les syndicats que d'autres organisations sociales. D'ailleurs, les "jaunes", dans l'histoire des luttes ouvrières, n'ont jamais été autre chose que des adversaires (et puis, choisi parce que c'est voyant, c'est quand même très moche, un gilet jaune...). Il n'est pas sans signification que le mouvement présent se fasse sans grèves, que les "gilets jaunes" ne s'adressent qu'au gouvernement et au président, pas au patronat, et qu'ils n'exigent pas l'abrogation des "lois Macron" sur le travail... Sauf que si le mouvement, ou plutôt la révolte des "gilets jaunes" n'a rien de "progressiste", et qu'elle semble (mais seulement "semble") refluer, elle a tout d'un révélateur, et a au moins fait descendre Jupiter de son Olympe. En dévaluant au passage la quasi totalité du personnel et des partis politiques français, pathétiques dans leurs efforts de récupération ou de désarmement d'un mouvement qui les ignore superbement. Mais tout va se dénouer : ce soir, Jupiter va parler. Mais à qui ?

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  • Des gilets jaunes

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    gilet jaune.jpgGrand Jacques ou Poujade ?

    Dimanche, les "gilets jaunes" français ont pris les Champs Elysées que le gouvernement leur avait interdit. Ils étaient une dizaine de milliers. Dans l'ensemble du pays, un peu plus de 100'000. Une mobilisation en baisse, et une stratégie gouvernementale (et présidentielle) d'attente du pourrissement du mouvement. En quoi il aura été aidé à Paris par quelques centaines de militants d'extrême-droite. Mais le mouvement lui-même peut toujours compter sur la sympathie passive d'une majorité des Français sondés, même si la majorité de ces sympathisants doutent qu'il puisse aboutir à des concessions (sinon marginales) du pouvoir. Mais c'est quoi, ce mouvement qui semble surgir de nulle part (comme si un mouvement pouvait surgir de nulle part) ? Un épiphénomène ? un mouvement de colère passagère ? la renaissance du poujadisme ? La dernière jacquerie ? Une francisation tardive du "qualunquisme" italien ?

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  • Miasmes xénophobes : Gros vents et petites brises

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    Manif identitaire.jpg

    Les vents politiques nous semblent souffler depuis les lieux des miasmes xénophobes ? Sans doute. Mais tout le monde ne se comporte pas en girouettes : en France, le Conseil constitutionnel a consacré, contre le ministère de l'Intérieur, et en faveur de Cedric Herrou le "principe de fraternité" en affirmant qu'une aide désintéressée à des étrangers en situation irrégulière ne saurait être passible de poursuite. Ainsi, le principe de solidarité affirmé par l'agriculteur des Hautes Alpes a-t-il été affirmé contre le "délit de solidarité" qui valait à Cédric Herrou d'être poursuivi pour l'aide qu'il apportait à des immigrants venus d'Italie. La plus haute juridiction française a rappelé que la Fraternité était proclamée, avec la Liberté et l'Egalité, par la devise de la République, et que la Constitution s'y référait comme à un "idéal commun".  Quelques jours plus tard, le philosophe Etienne Balibar publiait dans "Le Monde" (daté du 17 juillet) une tribune en appelant à l'instauration d'un "droit international de l'hospitalité", face au "retournement du droit de l'asile" en "obsession pour le refoulement de l'immigration  dite clandestine et l'identification des "faux réfugiés" : en usant de critères "extraordinairement restrictifs" pour "disjoindre l'obtention du statut de réfugié et le droit de circulation" et soustraire la souveraineté des Etats à toute véritable contestation, on ne fait plus place, comme motifs d'asile, aux "conditions de guerre civile ou de guerre économique, dictature ou restriction de la démocratie, catastrophe environnementale". Les Etats transforment ainsi "des masses de migrants en réfugiés sans refuge". De gros vents mauvais soufflent de Hongrie et d'Italie (entre autres contrées) ? Quelques brises moins pestilentielles permettent encore de respirer...

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  • Autocommémoration : Notre Mai à nous

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    Mai68 et après.JPG

    On commémore : Il y a cinquante ans, c'était le Mai 1968 français. C'est celui-là qu'on commémore -on bougeait beaucoup ailleurs, on se révoltait, on subvertissait aussi, mais dans nos contrées, c'est le printemps français qu'on se remémore, en nostalgie ou en détestation, en apologie ou en envie de revanche, en autocélébration ou en excorcisme.
    Remémorons-nous alors le nôtre* : On avait 16 ans en 1968. On était entre l'Aubépine (on s'était fait virer l'année précédente du CO) et La Clairière. On avait commencé, mélancoliquement, un apprentissage de commerce. Et vint le printemps. De ce que ce printemps a pu réveiller en nous, c'est une volonté d'agir sans certitude du chemin à prendre pour agir. On dit "réveillé"parce que ça y était déjà, présent comme un héritage familial, celui d'un milieu politiquement engagé et culturellement curieux. Un milieu de membres du Parti du Travail (qui le quittèrent l'année même de notre naissance pour suivre Léon Nicole dans sa tentative de créer un nouveau parti de gauche) -un milieu fort ressemblant à celui du communisme à la française ou à l'italienne, et dont on oublie aujourd'hui ce qu'il a apporté, culturellement, à celles et ceux qui en étaient et venaient d'"en bas" de la hiérarchie sociale : Il leur a apporté ce qu'on appelait encore à l'époque "la grande culture" -des livres, des disques, des places de théâtre et de concert. Il leur a ouvert un monde -même si ce monde était surtout celui du patrimoine culturel, pas celui de la subversion culturelle.

    * "On" n'utilise pas la première personne du pluriel (ou l'indéfini) par envie de majesté, mais parce que "notre" situation n'est pas si exceptionnelle que le Moi Je s'imposerait naturellement...

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  • Le PS français prépare son congrès. Comme si de rien n'était

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    roses fanées..jpgLe PS français s'est pris, l'année, une succession des baffes dont on aurait pu espérer qu'elle le réveille : le renoncement du président issu de ses rangs à se présenter, tant il était impopulaire, puis une lourde défaite à l'élection présidentielle, puis une lourde défaite aux législatives. Le parti ne tient plus debout que grâce à son ancrage local, il a vendu son siège pour payer ses factures, il ne représente pour personne une alternative ni à Macron, ni à Mélenchon, il n'a plus de base cohérente, et pas de projet mobilisateur.Pourtant, comme si de rien n'était, les socialistes français préparent leur congrès, début avril prochain, et se préparent à choisir, entre quatre candidats (un ex-vallsiste repenti de son vallsisme, un ancien ministre de l'agriculture de François Hollande, le président du petit groupe socialiste à l'Assemblée nationale et un sénateur) leur nouveau Premier secrétaire. Comme si c'était de cela dont ils avaient besoin.

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  • Les socialistes français déménagent

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    PS Solférino.jpgSouvenirs de Solférino

    Le PS français vient de vendre, pour quelques dizaines de millions d'euros, son siège de la rue de Solférino. Un siège somptueux, un hôtel particulier dans un quartier aristobourge. Il y était depuis 1981, dans son manoir, le PS français. Il le quitte, Gros Jean comme devant, après sa lourde défaite aux élections de cette année, la présidentielle et les législatives. La culture de gauche est "imprégnée de mélancolie comme un buvard est imbibé d'encre", nous dit l'historien italien Enzo Traverso, qui rappelle la scansion de grands "moments jubilatoires d'émancipation, d'action collective" et de "défaites, parfois de défaites tragiques". Les socialistes français déménagent, au sens le plus commun du terme (au sens figuré, ils ne déménagent plus guère), mais leur départ de la rue de Solférino ne nous porte à aucune mélancolie, et nos souvenirs de Solférino sont moins tragiques que ceux d'Henry Dunant. On pourra même trouver finalement l'épisode parisien assez moral...

     

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  • L'Omnipotent, l'Omniscient, l'Omniprésent, l'Omnibénévent : Macron règne

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    Macron.jpgQuels sont les attributs de Dieu ? l'omnipotence, l'omniscience, l'omniprésente, l'omnibénévence. Et l'Eternité, seule qualité qui manque à Emmanuel Macron, Emmanuel signifiant d'ailleurs aussi bien « Dieu est avec nous », que « que Dieu soit avec nous ». Trève d'ironie (en cette journée internationale de la Bible, elle serait malséante), et contentons-nous de ce constat : alors même que sa popularité stagne autour de 40 % des personnes sondées, Macron est sans contre-pouvoir -sans même celui de la rue : les manifestations contre la "loi travail se font dans la division syndicale, s'ajoutant à la division entre syndicats et partis politiques. Macron tient le présidence, le gouvernement et l'Assemblée nationale. A droite, le mécontentement des maires furieux de la suppression (même partielle et échelonnée) de la taxe d'habitation est sans perspective, la droite libérale a été vampirisée par Macron et son mouvement, le Front National est aux abonnés absents, la gauche socialiste est à la recherche d'elle-même et la gauche "mouvementiste" à la recherche d'un début de commencement d'amorce d'efficacité politique. Et pendant ce temps, Macron règne, sans même avoir besoin d'être populaire : il lui suffit d'être sans adversaire.

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  • Macron parle. Beaucoup. Mais pour dire quoi ?

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    Macron parle.jpgMoi Je...

    Pour un président dont on pensait (et qui avait lui-même laissé croire) qu'il allait cultiver la "parole rare" qui sied à la posture jupitérienne, et en tout cas qu'il allait parler moins que son prédécesseur (qui, il est vrai, parlait trop), Macron parle beaucoup. Pas toujours clairement, et même parfois fort trivialement, mais beaucoup plus que ce qu'on attendait. Mais qu'attendait-on, au juste ?
    Il y a en tout cas dans le discours macronien un fil conducteur, une revendication constante : celle d'être le chef. Le seul. Et donc, de pouvoir dire ce qu'il veut, comme il veut, quand il veut, à qui il veut. Et avec les mots qu'il veut : "foutre le bordel" ou "poudre de perlimpinpin", selon le lieu, l'humeur et l'interlocuteur, mais en assurant toujours tenir "un discours de vérité" contrairement aux "élites politiques" tenant un "discours aseptisé". Et que dit ce "discours de vérité" ? Il dit : je sais ce qu'il vous faut, quand vous même ne le savez pas; je vais réformer, même si vous ne le voulez pas ou que vous combattez les réformes que je propose. Et si vous vous opposez, c'est que vous êtes animés de "passions tristes", comme la peur ou la jalousie. On est quelque part entre le messianisme et le populisme. Et surtout, on est en pleine Ve République, plus gaulllienne encore que gaulliste. Churchill ironisait sur de Gaulle : "il se prend pour Jeanne d'Arc". Macron, lui, se prend pour plus encore : il se prend pour Macron. Et si on pouvait résumer tous ses discours en deux mots, ce serait : Moi je...

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  • En marche, cahincaha...

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    A-la-cantine-le-president-Macron-s-offre-un-cordon-bleu.jpgD'abord, pour l'anecdote locale, reconnaissons qu'il a bien choisi le moment, et bien choisi la date, pour annoncer la création de son nouveau parti politique, Gominator : le 11 septembre, déjà lourdement plombé par le putsch militaire chilien et les attentats djhadistes aux USA, on pourra donc aussi célébrer la naissance de "Genève en Marche", proclamée par son fondateur, Eric Stauffer. Voilà pour la date. Et puis, le moment : c'est celui où l'"En Marche" de référence, celui qui s'est imposé en France (on pourra au passage doucement ricaner de cette prise de référence française pour un mouvement issu du vieux fonds francophobe genevois), subit un gros coup de mou, du moins dans les sondages. Aujourd'hui, à l'appel de la CGT, de Solidaires et de la FSU (mais ni de la CFDT, ni de Force Ouvrière, ni des "Insoumis"), 150 manifestations et des débrayages sont organisés dans toute la France pour dénoncer la réforme macronienne du Code du Travail. Mais Macron n'en a cure : ses opposants sont des "fainéants", des "cyniques" ou des "extrémistes"... et lui, oint des urnes, travailleur, bienveillant et modéré est prêt à les laisser défiler pendant ses cinq ans de règne, démocratique et républicain.

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  • On commémore quoi, déjà, le 14 juillet ?

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    1794.JPG

    En commémorant le 14 juillet la révolution libérale (non pas la prise de la Bastille, mais la Fête de la Fédération, l'année suivante), nos voisins français, et nous avec eux, célèbrent autant ce qui fut fait que ce qui reste à faire... Car depuis la révolution bourgeoise, plus aucune révolution n’a vaincu. C’est que la mesure même de la victoire ou de la défaite de la révolution a changé : il s’agissait en 1789 de renverser le pouvoir d’une classe, et les institutions qui matérialisaient ce pouvoir, pour leur substituer le pouvoir d’une autre classe, avec les institutions le matérialisant. Ce fut fait, mais ce n'est pas la fin de l'histoire. Parce qu'une fois faite la révolution libérale (et celle de 1789 est précisément une révolution libérale), il restait à faire la révolution démocratique, qui ne se confond pas avec elle : ce fut 1848. Et la révolution démocratique faite, il restait, et reste, à faire le pas suivant, qui fut tenté en 1871, vers ce que les premiers socialistes nommaient (jusqu'à en faire, à Genève, le nom de leur premier parti) la "République démocratique et sociale"...

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  • France : Ni VIe République, ni IIIe Empire

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    Napoléon III.jpgPas de Macroléon III

    Jean-Luc Mélenchon faisait campagne pour une VIe République ? On est toujours dans la Ve. On craignait qu'Emmanuel Macron se dote d'un parlement au furieux air de celui du Second Empire de Louis-Napoléon (premier président de la République française élu au suffrage universel, qui voulait "éteindre le paupérisme", a fait entrer la France dans le capitalisme moderne, et Nice et la Savoie dans la France) ? La menace est écartée. Avec une majorité absolue des sièges, même obtenue avec une majorité absolue d'abstentions, le président Macron et son gouvernement n'auront certes pas besoin d'aller chercher des alliés au parlement, mais leur succès électoral même les prive de tout droit à l'erreur ("la victoire nous oblige", résume le Premier ministre). Quant aux abstentionnistes, sauf à vouloir faire dire à leur non-vote quelque chose que, par définition, il ne dit pas (une opposition à Macron, par exemple), on ne peut que leur attribuer soit un consentement a priori à la victoire du vainqueur annoncé, soit une résignation à cette victoire, soit une indifférence absolue au résultat -celles et ceux qui refusent l'alternative qui leur est proposée ne s'abstiennent pas : elles et ils votent blanc ou nul. Les abstentionnistes, eux, sont forcément du côté des vainqueurs. L'abstention a été massive (à l'aune française, pas à l'aune suisse), mais elle pourrait bien résulter d'une démobilisation d'une partie de l'électorat macronien, trop sûr de la victoire. Et que ni le PS, ni la "France insoumise", ni les "Républicains", ni le Front National n'aient été capables de mobiliser leurs propres électeurs au-delà du nécessaire pour survivre politiquement, ce n'est qu'à eux qu'en revient la responsabilité.

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  • Législatives française : y'a-t-il encore une opposition ?

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    Macron, En Marche, MélenchonMacron passe et casse

    Emmanuel marche sur les eaux, les transforme en vin, ressuscite les morts et remet les paralytiques en marche. Vers les urnes. Si les prémisses des législatives (leur premier tour, même avec un taux d'abstention très... suisse) se confirment au second, Macron disposera à l'Assemblée Nationale d'une très large majorité absolue de députés de son parti (qui n'en est d'ailleurs même pas encore un), trois jours après que Theresa May ait perdu la sienne aux Communes britanniques. En moins d'un mois, il aura triomphé à la présidentielle et aux législatives, et à celles-ci avec pour seul argument de lui "donner une majorité". Du jamais vu, du moins dans cette ampleur, depuis 1981, l'élection de Mitterrand et la "vague rose" qui s'ensuivit. Macron aura ainsi les moyens d'imposer sa ligne politique et de réaliser son programme (puisque contrairement à l'image qu'on se satisfaisait de lui avant le mois dernier, il en a une et il en a un : le "social-libéralisme", la "flexisécurité", et quelque chose qui tient à la fois du gaullisme et du bonapartisme). La question qui se pose désormais étant celle-ci : quelle opposition pourra faire face à Macron, à son gouvernement et à ses projets ?

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  • De qui et de quoi Macron est-il le nom ?

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    Macron, complotScrutin scruté

    A la comparer avec celle de ses prédécesseurs depuis 1995, l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République française a suscité à l'étranger un engouement inédit. Saluée (évidemment) par l'Union Européenne, la victoire du seul candidat dont les meetings (et la fête de victoire) étaient fleuris de drapeaux bleus à étoiles, l'a aussi été par le Parti communiste chinois. Et même Trump et Poutine ont félicité Macron, alors qu'il était de notoriété publique que le premier avait les yeux de Chimène pour Marine Le Pen et que les préférences du second hésitaient entre elle et Fillon.  "Pourquoi Macron est-il aussi important pour le monde entier ?", s'interrogeait le "Financial Times" ? Qu'est-ce qui fait qu'un scrutin dans une puissance moyenne soit aussi scruté par les puissances majeures (et pas seulement elles : 3000 journalistes étrangers s'étaient rendus en France pour le suivre -un record depuis 1981- et le résultat a fait les "unes" de tous les principaux quotidiens du monde) ? Sans doute parce qu'il avait pris l'apparence d'un "référendum sur l'Europe et la mondialisation", comme on pouvait le lire sur le site américain "Politico", et qu'il était une première défaite dans un pays important (malgré le score historique de Le Pen) du populisme nationaliste et ouvertement xénophobe, après le Brexit et le trumpisme qui semblaient avoir donné le ton politique des élections à venir... avant que l'inépuisable singularité française ne change la gamme...

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  • Emmanuel, Roi thaumaturge

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    Emmanuel Ier.JPGLe sacre et le Messie

    La République laïque a des nostalgies de monarchie catholique : Dimanche, c'était le sacre de Macron. Pompes et circonstances. On est dans un pays historiquement monarchique (même s'il est devenu une république) et catholique (même si désormais la majorité de sa population est soit d'une autre religion, soit sans religion, soit d'un catholicisme sans pratique religieuse). La République sacre ses présidents comme la monarchie sacrait ses rois, et leur accorde plus de pouvoir qu'aucune monarchie protestante à ses monarques. Il ne manquait qu'à Emmanuel Ier que de recevoir les saintes huiles et de devoir toucher les écrouelles, Roi Thaumaturge, qui va sauver l'Europe et la France. Et la gauche française -mais en l'ayant préalablement liquéfiée. D'ailleurs, gageons qu'on ne l'évoquera bientôt plus qu'en "Emmanuel" tout court, comme on n'évoque le pape qu'en François. Après tout, Emmanuel, de l’hébreu ancien עמנואל, imanu'él (« Dieu est avec nous »), n'est-ce pas le nom du Messie ?

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