Démocratie, droits politiques

  • Au pouvoir depuis 37 ans, Bouteflika démissionne. Et après ?

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    Il était né en 1937. Il avait rejoint l'Armée de libération nationale et le FLN en 1956. Il était devenu en 1963 ministre des Affaires étrangères de l'Algérie indépendante. Il avait été élu une première fois à la présidence de la République en 1999, une deuxième fois en 2004, une troisième fois en 2009, une quatrième fois en 2014, chaque fois dans des conditions... particulières (fraude, boycott, concurrences fictives). Il (ou "on" à sa place) aurait bien voulu l'être une cinquième fois cette année. Mais frappé d'un AVC, impotent, aphasique, il était déjà mort s'il ne le savait pas encore. Il voulait mourir au pouvoir, quitte à ce que le pouvoir meure avec lui. Mais le pouvoir n'a pas voulu prendre ce risque. Poussé dehors par la rue d'abord, l'armée ensuite Abdelaziz Bouteflika a démissionné ipso facto hier. Comme on dit dans ces cas là : "une page de l'histoire se tourne" : Aucun chef d'Etat algérien, aucun chef de gouvernement algérien, aucun ministre algérien, n'a été aussi longtemps au pouvoir, à un titre ou un autre, qu'Abdelaziz Bouteflika. Flamboyant ministre des Affaires étrangères de Boumediène, héraut du tiers-mondisme, hissé à la présidence faute d'alternative et pour sortir des massacres de la "décennie noire" (200'000 morts et disparus) quitte à les couvrir d'un éteignoir, président pendant vingt ans ans, il sort de scène sous l'apparence d'un fantôme-si un fantôme a une apparence. Bouteflika, c'est fini. Et après, quoi ? qui ? La rue algérienne ne demandait pas seulement son départ (et celui de son frère), elle exige la fin du système qui avait produit Bouteflika et que Bouteflika faisait perdurer. Il y a deux vainqueurs en Algérie aujourd'hui : l'armée et la rue. Il n'en restera qu'un.

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  • Répartition des tâches entre le canton et les communes de Genève : Et les communes, bordel ?

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    autonomie Ville.jpgLe 28 juin 2013, le Grand Conseil genevois adoptait une motion demandant au Conseil d'Etat "de faire de la répartition des tâches entre le canton et les communes la priorité absolue de son "programme législatif" de mise en oeuvre de la nouvelle constitution", d'axer ce travail sur la "nécessité impérieuse de supprimer les doublons et de réduire l'enchevêtrement des compétences", et d'engager une "concertation étroite avec l'Association des communes genevoises". Un peu moins d'un an plus tard, la Commission des droits politiques et du règlement du Grand Conseil proposait de fixer un délai de deux ans au Conseil d'Etat pour proposer un premier train de modifications législatives pour "désenchevêtrer les tâches, supprimer les doublons, garantir l'autonomie des communes dans leurs domaines de compétences, simplifier les démarches administratives, améliorer la qualité des prestations publiques à la population, réduire les coûts financiers globaux et prévoir les mécanismes financiers adéquats permettant une répartition équilibrée et démocratique des ressources entre les collectivités publiques selon le principe du décideur-payeur". Vaste programme. Qui ne sera que très partiellement tenu -et tenu, lorsqu'il est, de manière souvent contestable, et plus souvent encore en ignorant souverainement le principe de subsidiarité (qui suppose qu'une collectivité publique n'ait de compétences que celles que lui abandonnent les collectivités publiques au territoire plus réduit, et donc que le canton n'ait de compétences que celles que lui abandonnent les communes, et que tout ce que peuvent faire les communes, séparément ou ensemble, le canton n'a pas à le faire). Et en ignorant plus encore les Conseils municipaux.

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  • L'ordre politique doit naître de l'ennui qui naît de l'uniformité

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    index.jpgNeutralisons !

     Le PLR municipal genevois a déposé un projet de délibération modifiant le règlement du Conseil afin d'y inscrire des règles portant sur les apparences vestimentaires et les modes d'expression des conseillères et conseillers municipaux. Le fétichisme vestimentaire est un peu une manie de la droite locale, elle nous avait déjà fait le coup avec les tenues de bain dans les piscines municipales, elle récidive avec les tenues de séance au Conseil municipal. Pour les apparences lors des séances plénières, le PLR ne s'est pas contenté de reprendre en substance une disposition de la loi cantonale sur la laïcité -celle qui, absurdement, prescrit qu'en séances plénière, "les membres du Grand Conseil et des Conseils municipaux s'abstiennent de signaler leur appartenance religieuse par des signes extérieurs", il y a ajouté une pétition de principe normalisatrice, selon quoi "il importe de clarifier explicitement les limites à l'intérieur desquelles la tenue et le comportement des conseillères et des conseillers municipaux doivent s'inscrire afin de consolider et de maintenir la sérénité des débats parlementaires". Et donc, clarification explicite : les élus et élues doivent se vêtir d'une tenue "neutre s'apparentant à une tenue de ville". Genre employé de banque des années cinquante et institutrice des années soixante ? Il s'agit de neutraliser les apparences pour normaliser le parlement. Neutraliser la forme, avant que de pouvoir neutraliser le fond. La proposition a été renvoyée pour étude en commission. On pourrait, si on était fatigués, se contenter de s'y opposer en arguant  que la loi cantonale suffit, si absurde  qu'elle soit. Mais on n'est pas fatigués. Et donc
    on se servira du projet de règlement que le PLR nous soumet comme d'un marchepied, pour aller plus loin dans son ambition : la normalisation du Conseil municipal de Genève.

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  • Genève : De l'usage invocatoire de la "Séparation des pouvoirs"

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    Tutelle est prise sur qui croyait s'en déprendre

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    "Affaire Maudet", notes de frais des Conseillers administratifs de la Ville et des Conseillers d'Etat  : "Le Ministère public et la Cour des Comptes montent en puissance alors qu'ils sont des instances de contrôle et non du faire", maugrée le président du Conseil d'Etat genevois, Antonio Hodgers, dans "Le Temps" de samedi. Et l'ancien redac'chef de la "Julie", devenu chroniqueur, Pierre Ruetschi, de confirmer : "nos politiques, qu'il s'agisse de la Ville, ne contrôlent plus vraiment leur destin" (comme si en démocratie il pouvait en être autrement...), "le pouvoir a passé progressivement en d'autres mains, celles du Ministère public et de la Cour des comptes, qui déterminent la capacité de faire (ou de ne rien faire) de nos élus. Le politique est sous pression. A moins qu'il ne soit sous tutelle". Bon, et alors ? Tout dépend de qui il est sous tutelle, non ? Pourquoi a-t-on créé à Genève une Cour des comptes et en fait-on élire (activement ou tacitement) les magistrats par le peuple ? Pourquoi fait-on aussi élire le Procureur général, ses adjoints et tous les juges par le peuple ? Pour leur donner aux uns et aux autres la même légitimité démocratique que celle des députés et du Conseil d'Etat... 
     

     
     

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  • Révocation des élus : réveil d'un vieille revendication démocratique

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    1794.JPGGenevois, encore un effort pour être démocrates...

    L'"Affaire Maudet" (on suppose que vous savez de quoi il est question...) a déjà eu deux mérites avouables ici : celui de geler le projet d'une prison supplémentaire à Genève, celle des Dardelles, et celui de réveiller une vieille revendication démocratique (et révolutionnaire) : celle d'un droit populaire de révocation des élus. Et pas seulement de Pierre Maudet -il ne s'agirait plus alors d'un droit démocratique, mais d'un droit de vindicte. La première constitution genevoise, celle de 1794, le prévoyait (avec une définition restrictive du "peuple", réduit aux hommes protestants) et la proposition avait été faite (on y avait même contribué) à la Constituante genevoise (dont on n'était pas membre) auteure de la Constitution en vigueur depuis 2012. Mais réveillée aujourd'hui à partir des fautes d'un Conseiller d'Etat, la revendication du droit de révocation des élus ne l'est encore qu'à moitié, ou au quart : on hésite à donner ce droit au peuple et on préférerait le réserver au parlement, et on hésite à l'étendre au parlement (ce qui impliquerait alors qu'on le donne au peuple)... Genevois, encore un effort pour être démocrates...

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