mercredi, 23 avril 2014

Suisse 1964-2014 : Quoi de neuf ?

La nostalgie est toujours ce qu'elle était

Dans ce pays (comme ailleurs), on aime bien commémorer. On n'a pas de grands drames historiques à faire remonter à la surface, mais on a ceux des autres, dont on a vécu les retombées -la Grande Guerre, la Guerre Mondiale-, et tout de même aussi quelques grands moments de rupture, dont on choisit ceux qui méritent d'être officiellement célébrés (comme à Genève cette année et l'année prochaine en l'honneur, pourtant contestable, de la Restauration de l'Ancien Régime et de l'adhésion à la Confédération suisse), pour laisser les autres (la Grève Générale de 1918, la fusillade du 9 novembre 1932, le Sonderbund...) à ceux qui s'en veulent légataires. Et puis, on a ces événements dont on fait des symboles. Ainsi, cette année, de l'exposition nationale de 1964, à Lausanne.  On avait douze ans (et on ne laissera personne dire que c'est le plus bel âge de la vie) et on y était allé, à l'Expo, mais le souvenir ne nous en taraudait pas, jusqu'à ce qu'on nous le titille à grand renforts d'articles et de sujets radio et télé... Il semble que d'aucuns aient quelque nostalgie de ce temps. ça se cultive, la nostalgie, quand le présent ne porte guère à l'euphorie...

«  La Suisse trait sa paix et vit en vache... »

On vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Les moins de trente, de quarante et même de cinquante ans non plus, d'ailleurs. C'est dire si on est vieux. On vous parle d'un temps où la télé était en noir et blanc et les téléphones en noir et noir. Où on lisait des livres. Et même des livres imprimés avec de l'encre sur du papier. D'un temps où les femmes n'avaient pas le droit de vote en Suisse (sauf dans quelques cantons excentriques). D'un temps, celui du rêve automobile, où était inaugurée la première autoroute de Suisse, entre Genève et Lausanne (cinquante ans après, nous, on préfère toujours la route de Suisse...).

Société de consommation, surchauffe économique, meules yé-yé, invention de la « jeunesse » comme catégorie sociale, course à l'espace avec les Soviétiques en tête, Guerre du Vietnam... Franco était encore au pouvoir en Espagne, Salazar au Portugal, Stroessner au Paraguay, Ulbricht en Allemagne de l'est, Enver Hodja en Albanie, et Khrouchtchev était limogé en Union Soviétique...  La France présidée par De Gaulle venait de sortir d'une Guerre d'Algérie qu'elle niait comme une guerre. L'Allemagne était divisée en deux. Le Marché Commun n'avait pas encore accouché de l'Union Européenne... De quoi devrions-nous êtes nostalgiques ? Du temps où de grands intellectuels faisaient référence, et où il convenait de choisir entre Sartre et Aron, après avoir été sommés de choisir entre Sartre et Camus ?

Et puis, pour revenir en Suisse, sommes-nous si sûrs que grand chose de fondamental ait changé dans ce pays, en cinquante ans ? Neuf ans avant l'Expo64, un groupe d'architectes alémaniques, dont Max Frisch était, avait publié un manifeste (« Achtung : die Schweiz ») contre une Suisse en passe de se « momifier » : « On y vit de plus en plus à l'étroit, sans projet, dans le provisoire. Nos politiciens ne font que gérer et se ressemblent tous ». Et le manifeste de proclamer : « Nous ne voulons pas d'un pays qui se résume à un asile de vieux, un coffre-fort, un lieu de villégiature, une idylle artificielle. Nous voulons une Suisse qui se regarde dans le miroir, ose, s'attaque aux problèmes d'aujourd'hui ».
Ce texte a presque notre âge. Et nous pourrions le signer aujourd'hui, en cette année où la commémoration des cinquante ans d'une exposition nationale apologétique s'est accompagnée de la résurrection de l'initiative Swarzenbach et du statut de saisonnier -pourquoi d'ailleurs nous a-t-on si peu rappelé qu'en 1964, l'immigration en Suisse était plus forte qu'en 2014, où d'aucune, majoritaires, ont cru (ou voulu) la voir «massive» ?

« Cela fait partie de notre identité de nous demander qui nous sommes », observe Bernard Crettaz. C'est dire que nous ne le savons pas, qui nous sommes. Et qu'il nous est, encore aujourd'hui, plus facile de savoir (ou de croire) qui nous ne sommes pas : des francophones qui ne sont pas français, des italophones qui ne sont pas italiens, des germanophones qui ne sont pas allemands ni autrichiens, quelques romanchophones qui sont les seuls à n'être que ce qu'ils sont, et beaucoup d'immigrants et d'enfants d'immigrants. Et puis ceci, encore : un pays façonné par une bourgeoisie urbaine et protestante, construisant son idéologie sur les mythes d'une paysannerie de montagnes catholiques... Les mythes, et les nostalgies, celle, surtout, d'un pays qui n'a jamais existé tel qu'il se veut redevenir, mais qui, tous les quart de siècles (ou à peu près) se met en exposition.
Sans doute pour mieux ne pas se voir tel qu'il est : urbaine, européenne, tertiaire, métissée.

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samedi, 05 avril 2014

L'analyse VOX du scrutin du 9 février : Autopsie d'un vote à la con

dissection.jpgLe 9 février, nous dit l'analyse VOX du vote, c'est bien la xénophobie, qui animait une majorité des partisans de l'initiative contre l'« immigration  de masse ». Qui l'eût cru ? on ironise ? à peine, tant les dénégations furent nombreuses, au lendemain de ce vote, de ses motivations profondes. La xénophobie, donc, mais aussi l'europhobie, l'envie de gifler le gouvernement et la pulsion identitaire. Et ce vote à la fois xénophobe, anti-européen, anti-gouvernemental et identitaire fut clairement, incontestablement, fondamentalement un vote de droite  : 94 % des électeurs UDC ont voté l'initiative UDC, ce qui est après tout logique (comme il est logique que 80 % des électeurs PS aient voté contre) mais 40 % des électeurs PLR (nombreux à avoir voté) et 34 % des électeurs PDC (nombreux à s'être abstenus) en ont fait autant alors que leur parti les appelait au contraire à la refuser.... Cela dit, l'analyse VOX dissipe tout de même une illusion que nous avons pu cultiver : les partisans de l'initiative ne se sont pas trompés de vote : ils ont soutenu l'initiative en toute connaissance de cause, et de ses conséquences. Un vote à la con ? sans doute. Mais qui le fut sciemment. Ce qui après tout est parfaitement conforme à la nature même de la démocratie : non le régime où le peuple a toujours raison, mais celui où il a le pouvoir de déconner comme tout souverain.

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mardi, 01 avril 2014

Cerise américaine sur gâteau suédois : Gripen fouineurs ?

On avait déjà bien des raisons de refuser, le 18 mai prochain, l'achat pour l'armée de l'air helvétique des 22 « Gripen » suédois voulus par les majorités du Conseil fédéral et duparlement : leur coût (3,1 milliards à l'achat, 10 milliards au cours de leur durée d'usage), l'incertitude de leur développement (le modèle que la Suisse prévoit d'acheter n'existe que sur plans), leur inutilité présente (les avions de combat dont la Suisse dispose déjà lui suffisent)... et voilà qu'on apprend, cerise américaine sur le gâteau suédois, que lcs « Gripen » vont embarquer un module de télécommunication américain fourni par une entreprise suspecte d'avoir prêté son concours à l'espionnage généralisé auquel les USA se sont livrés depuis des années. La dépendance à l'écart de ces fouines manquait au tableau -le voilà complété pour produire un NON qui était déjà résolu, et qui devient sécurisant : le « Gripen » supposé protéger la Suisse menace d'espionner les communications de son armée de l'air... On croyait acheter des avions de chasse, et on achète des avions renifleurs ?

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mardi, 25 mars 2014

Application de l'initiative « contre l'immigration de masse » : Le dilemme et le souk

bilatérales, libre circulationDilemme (plus cornecul que cornélien)  : faut-il respecter strictement la « volonté populaire » et appliquer rigoureusement l'initiative contre l'« immigration de masse » en cassant les bilatérales et en se retrouvant à l'égard de l'Union Européenne « Etat tiers », au rang du Monténégro ou de la Biélorussie (mais plus de l'Ukraine, désormais associée à l'UE ), ou ruser, en trahissant la « volonté populaire » et en n'appliquant de l'initiative que ce qu'elle a d'« eurocompatible », c'est-à-dire pas grand-chose ? Car l'initiative restera lettre morte tant qu'une loi d'application n'aura pas été votée, non seulement par le parlement, mais peut-être par le peuple, puisqu'un référendum est possible quel que soit le cas de figure : si la loi applique l'initiative, on aurait un référendum de gauche, et si elle ne l'applique pas, on aurait un référendum xénophobe. En attendant l'issue de ce dilemme, c'est déjà le souk entre secteurs économiques et entre cantons  pour obtenir, au cas où ils seraient mis en vigueur, la plus grosse part possible des contingents d'immigrants...

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lundi, 24 mars 2014

« Renvoi des criminels étrangers » : La droite bourgeoise, toute honte bue...

Prête à tout pour obtenir de l'UDC qu'elle retire sa deuxième initiative populaire sur le renvoi des délinquants et criminels étrangers, qui exige l'application intégrale de la première, acceptée par la majorité du peup,le et des cantons, le PLR et PDC se sont rangés derrière l'UDC pour imposer au Conseil National, par 104 voix contre 71 un durcissement délirant des possibilité de renvoi dans le pays dont ils sont ressortissants, même s'îls n'y ont jamais vécu et sont nés en Suisse, des délinquants et criminels étrangers frappés de la double peine de prison puis d'expulsion. Le projet adopté par la Chambre basse du Parlement fédéral (la Chambre haute, le Conseil des Etats, peut encore « rattraper » le mauvais coup -mais le fera-t-elle ?) a été qualifié de « totalitaire et liberticide » par la socialiste Ada Marra. De fait, ces qualificatifs s'imposent -mais on cherche encore celui qui qualifierait la veulerie de la droite bourgeoise, se mettant elle-même, toute honte bue, à la remorque de l'UDC...

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jeudi, 20 mars 2014

« Intégration » des métèques et génitoires indigènes : Certification AOC et importation

Au Parlement fédéral,  le Conseil des Etats a proposé au Conseil national un « compromis» à propos de la loi sur la nationalité: le Conseil national veut considérablement durcir les conditions d’obtention de la nationalité suisse par des étrangers, le Conseil des Etats est d’accord de les durcir un peu, mais pas trop. Les deux chambres sont notamment d’accord sur l’obligation faite aux candidats à la naturalisation de savoir communiquer oralement et par écrit dans une langue nationale. Contrairement à pas mal d’indigènes à qui rien de ce genre n’est demandé : l’heur d’être sorti de génitoires helvétique suffit à leur AOC quand le métèque doit prouver qu’il est digne d’être une sorte d’indigène au mérite -et encore ne doit-il, pas trop se prendre pour l’égal des produits du terroir : on lui rappellera alors qu’il n’est au fond qu’un demi-Suisse, comme ne se firent pas faute de le rappeler récemment à quelques élues municipales genevoises (de gauche, forcément) quelques représentants de l’extrême-droite.

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vendredi, 07 mars 2014

Exportation de matériel (suisse) de guerre (étrangère) : Business as usual

Par 93 voix contre 92 (si des socialistes ou des verts étaient absents, on leur en veut...)  le Conseil national s'est prononcé, après le Conseil des Etats, en faveur d'un assouplissement de la loi régissant les exportations de matériel de guerre. Une loi qui, si on s'en tenait à sa lettre, serait l'une des plus restrictives du monde. La réalité, cependant, est plus ambigüe : lorsqu'il y a contradiction entre les principes de la politique étrangère de la Suisse et les intérêts économiques, c'est le gouvernement qui tranche. Et le plus souvent,en faveur de l'exportation de matériel de guerre, non du respect de la politique suisse de coopération au développement, de soutien à la résolution pacifique des conflits et au respect des droits humains. En outre, tout ce qui est réellement matériel de guerre n'est pas légalement considéré comme tel (ainsi des avions d'entraînement et du matériel de transmission), et en 2012, la Suisse a réellement exporté quatre fois plus de matériel à usage militaire qu'elle n'admet avoir exporté de matériel de guerre...

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15:42 Publié dans Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exportation d'armes | |  Facebook | | | |

mercredi, 05 mars 2014

Journée internationale de lutte pour les droits des femmes : Genre d'inégalité, inégalité de genre

Le 8 mars, c'est la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Et en Suisse, deux mois plus tard, on votera sur une initiative pour l'instauration d'un salaire minimum dont les salariéEs seront les première bénéficiaires, parce qu'elles sont les premières victimes des bas salaires. Dans notre prospère pays, en effet, où environ 330'000 employé-e-s gagnent moins de 22 francs de l'heure, 70% de ces travailleurs pauvres sont des travailleuses. Et l'écart entre les salaires médians des femmes et celui des hommes au plan national est de 18,4% (chiffres 2010). Au détriment des femmes, 18 ans ans après l'adoption de la loi fédérale sur l'égalité, qui interdit toute forme de discrimination basée sur le sexe. Au moment où un pseudo-débat sur une pseudo « théorie du genre » fait rage en France, il n'est pas inutile de rappeler que c'est cela, le « genre » : non pas la différenciation des sexes, mais celle des rôles sociaux attribués aux femmes et aux hommes. Des rôles construits. Et discriminants.

 

Manif 8 mars.jpg


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mardi, 25 février 2014

Ecopop : une initiative sans unité de la matière ? La xénophobie comme cohérence

L'initiative « Ecopop », version verdâtre et malthusienne des initiatives xénophobes qui scandent depuis quarante ans la vie politique suisse (mais le comité d'initiative n'en proclame pas moins qu'«Ecopop» est « non partisane » -ce « ni gauche, ni droite», on connaît, on pratique déjà avec le MCG...) risque-t-elle d'être invalidée pour défaut d'« unité de la matière » ? de mauvais coucheurs, dont le chef du groupe PDC au Conseil des Etats, Urs Schwaller, estiment que ses deux propositions principales, le plafonnement de la population résidente par un coup d'arrêt à l'immigration, et l'obligation de consacrer 10 % du budget de la coopération internationale au soutien à des mesures de planning familial, n'ont rien à voir l'une avec l'autre. Il y a pourtant dans « Ecopop » unité d'une matière : la xénophobie. C'est son liant, et sa seule cohérence.

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lundi, 24 février 2014

Salaire minimum : on votera le 18 mai, et toute la droite défend le dumping salarial

La campagne syndicale pour l'initiative en faveur d'un salaire minimum légal de 22 francs de l'heure (ou 4000 francs par mois) a été lancée. On votera le 18 mai. Et toute la droite s'est déjà mise en ordre de bataille, pour défendre le dumping salarial.

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16:07 Publié dans Suisse, syndicats | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : salaire, salaire minimum, votation | |  Facebook | | | |

jeudi, 20 février 2014

Suisse : Après le « Besoin de grandeur » de Ramuz, un besoin de petitesse ?

nains de jardin.jpg« Un petit pays est-il condamné par sa petitesse même à ne pas connaître la grandeur ? », s'interrogeait (en 1937) Charles-Ferdinand Ramuz. Qui poursuivait ainsi :  « Ce ne serait encore rien que les petits pays ignorassent la grandeur, s'ils ne croyaient pas la posséder, mais ils s'isolent et, vivant sur eux-mêmes, finissent par ne plus pouvoir se comparer. Ils finissent par confondre le conformisme avec l'ordre, l'inertie avec la certitude, la résignation avec la confiance en soi ». 75 ans plus tard, on peut la mesurer, cette triple confusion, à l'aune de certain vote d'il y a dix jours, où ce n'est pas le « besoin de grandeur » dont Ramuz regrettait qu'il soit fût faiblement ressenti qui s'exprima, mais une sorte d'intense besoin de petitesse, d'être entre soi, chez soi, avec soi, au chaud.

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mercredi, 19 février 2014

Revenu de base inconditionnel : Un indispensable débat à gauche

stakhanov-timbre.jpgL'initiative populaire de BIEN pour un revenu de base inconditionnel suscite à gauche un fort intéressant débat, sur le fond -et rien que pour cela, les initiants ont droit à notre gratitude. Les positions sont contradictoires sans que l'on puisse attribuer à l'une ou l'autre aile (gauche ou droite) une position commune sur la question : des syndicalistes approuvent, d'autre refusent, la direction du PS s'abstient -et dans «  Pages de Gauche », on dénonce l'initiative populaire de BIEN comme « funeste pour la protection sociale en Suisse », en reprochant aux initiants de ne pas vouloir transformer ou abolir le capitalisme, mais de permettre simplement de pouvoir « vivre à côté de lui sans en subir les pires contraintes » . Certes, mais ce reproche ne peut-il pas, sous une autre forme, être fait à toutes les conquêtes sociales de ces 150 dernières années, sans exception, de l'assurance-chômage à l'AVS en passant par les congés payés ?

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16:53 Publié dans Politique, Suisse, Travail | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : revenu minimum, bien | |  Facebook | | | |

vendredi, 14 février 2014

Quand Blocher blochérise sur les Welches : La nation ou la tribu ?

Vertueuse indignation et concours de jérémiades patriotiques dans toute la presse romande après les déclarations de Christoph Blocher dans son quotidien bâlois : « les Romands ont toujours eu une conscience nationale plus faible ».Une conscience nationale de quoi ? de la Suisse ? Mais la Suisse n'est pas une nation... Plus faible que qui ? que les Alémaniques ? Mais toutes les plus grandes villes alémaniques ont voté avec les Romands contre son initiative à la con... Plus faible que celle de Blocher lui-même ? Mais la sienne n'est pas une conscience « nationale », c'est une conscience tribale. « De quel droit osez-vous mettre en doute le patriotisme des Romands », s'étrangle le rédac'chef de la « Tribune »... avant d'adresser cette quenelle à Blocher : « vous n'avez pas le monopole identitaire ». Parce qu'il nous faudrait revendiquer notre part de ce tropisme ?

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16:36 Publié dans Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nation, blocher, udc | |  Facebook | | | |

jeudi, 13 février 2014

Retour sur le vote de la Suisse profonde (très profonde)

Des périphéries majoritaires

Si on revient ici sur le "dimanche pas noir mais très, très gris" qui a vu le triomphe de la Suisse profonde sur la Suisse réelle (métaphore hasardeuse qui nous évite de réchauffer Maurras et son "pays réel" contre le "pays légal"), ce n'est pas pour se faire du mal, mais c'est, en application du précepte spinoziste "ni rire, ni pleurer, mais comprendre" (encore qu'il nous faille bien avouer avoir eu quelque envie de rire), pour comprendre comment s'est structuré le vote de dimanche dernier en faveur d'une initiative imbécile, inapplicable telle quelle, et dont nos bons gouvernants cantonaux (genevois et vaudois, notamment) cherchent depuis bientôt une semaine (ou plus, s'ils avaient eu la prescience de s'être préparés au résultat du vote) par quel moyen et de quel côté ils vont la contourner. Pour résumer : le vote de dimanche dernier a vu la (courte) victoire d'une addition de périphéries dont chacune est minoritaire mais qui, s'additionnant, firent une majorité.

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16:10 Publié dans Genève, Immigration, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : votation, libre-circulation | |  Facebook | | | |

lundi, 10 février 2014

L'initiative xénophobe approuvée d'un cheveu (rare) : Un vote de réduit national alpin

Tell.jpgLe plus intéressant, dans le vote de l'initiative UDC, n'est pas son résultat global  : une majorité si réduite (moins de 20'000 voix ont fait l'écart en se portant sur le « oui » plutôt que le « non ») peut se dessiner par une seule prise de position, une situation locale -celle du Tessin, par exemple-, un défaut d'engagement, la division de telle ou telle composante du paysage politique. C'est la structure du vote, le rapport des forces politiques et sociales qu'elle dessine, qui « interpelle » (quelque part au niveau du vécu politique). Et l'adoption de l'initiative, avec cette majorité étique et ce rapport des forces compliqué, est bien plus intéressante à commenter que l'eût été son refus. La Suisse la plus peuplée d'immigrants a, Tessin excepté, voté contre l'initiative de l'UDC, avec des majorités d'autant plus forte que la libre-circulation y était plus forte elle aussi. La Romandie, la gauche et les villes ont voté «  non ». Le plateau a voté « non ». L'arc jurassien a voté « non ».  L'arc lémanique a voté « non ». Le réduit alpin a voté « oui »... et le réduit alpin ne s'inscrit pas seulement dans la topographie : il s'incruste aussi dans les têtes.

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06:50 Publié dans Immigration, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : votation, udc, xénophobie, bilatérales | |  Facebook | | | |

lundi, 03 février 2014

La Suisse et l'Union Européenne après un « oui » à l'initiative UDC le 9 février : L'Alleingang ou l'adhésion...

Une assemblée des délégués du PS a décidé de poser des conditions « non négociable»  au soutien du parti à l'extension de la « libre-circulation » à la Croatie. Le PS prend donc, consciemment, le risque de remettre en cause la voie bilatérale, sans pour autant réaffirmer son soutien à la seule alternative concevable à cette voie : l'adhésion pure et simple à l'Union Européenne. Une adhésion dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle est peu soutenue dans l'opinion publique, même en Romandie, où elle rencontrait encore il y a quelques années l'assentiment, prudent, d'une majorité des personnes interrogées pour des sondages, et où, aujourd'hui, une majorité se dessine pour exprimer un refus de l'adhésion - y compris à gauche. Mais un joli paradoxe pointe son nez : l'adoption de l'initiative udéciste et europhobe contre la « libre circulation », en remettant en cause les accord bilatéraux, remettrait l'adhésion dans l'agenda politique comme unique alternative à l'Alleingang...

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vendredi, 31 janvier 2014

Référendum contre l'achat des avions de combat « Gripen » : Combat aérien le 18 mai

SnoopyVsTheRedBaron.jpgLe Parlement fédéral ayant accepté de claquer trois milliards pour acheter 22 nouveaux avions de combat (des « Gripen » de chez Saab et Ikea), un référendum avait été  lancé par une large coalition d'opposants à cet achat somptuaire, que la majorité parlementaire (et gouvernementale) entend faire payer par un plan d'austérité frappant l'AVS, l'éducation, et même... la protection contre les inondations. Tout en présentant un budget militaire annuel de cinq milliards. Le référendum a abouti et on votera le 18 mai prochain. La droite s'est mise en ordre de bataille pour une campagne qui pourrait bien être payée en partie par le bénéficiaire du contrat.

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13:48 Publié dans Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : armée, avions de combat, gripen, saab | |  Facebook | | | |

lundi, 27 janvier 2014

Une croisade contre les femmes : l'interruption volontaire de solidarité

antiIVG.jpgIl y a quelques jours, des milliers de manifestants réclamaient, à Washington et à Paris (avant que le parlement français abolisse la « clause de détresse » dans la loi) la fin du droit des femmes à interrompre leur grossesse, et dans quelques jours on votera en Suisse sur une initiative lancée par des milieux très chrétiens  très réactionnaires, en tout oécuménisme intégriste catholique-protestant (les églises protestantes, cependant, appellent à voter NON), initiative qui demande que les interruptions volontaires de grossesse ne soient plus remboursées par l'assurance-maladie de base. Le débat fait rage également en Espagne, où le gouvernement de droite, soutenu par l'église catholique et son pape, veut rendre illégales plus de 90 % des IVG actuellement pratiquées -certains voulant carrément en revenir à la criminalisation sans exception prévalant sous Franco -en même temps qu'y prévalait la peine de mort...  Bienvenue dans le passé...

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14:52 Publié dans Femmes, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : avortement, ivg | |  Facebook | | | |

lundi, 20 janvier 2014

Social-xénophobie : Quand on vote comme on crie...

Il y a un danger spécifique à des initiatives proclamatoires du genre de celle de l'UDC sur l'« immigration massive » : le danger de les voir soutenues parce qu'on n'attend pas de les voir appliquées, qu'on ne pense même pas qu'elles seront acceptées, et pour lesquelles on vote comme on scande un slogan. Sauf que ce n'est pas d'un slogan dont il s'agit, mais d'une norme de droit, constitutionnelle, qui, si elle est acceptée, aura donc des effets -mais pas ceux qu'attendent certains de ses partisans. Sauf à, délibérément, décider de ne pas l'appliquer alors qu'on le devrait. L'initiative de l'UDC n'est pas un sondage d'opinion, mais une proposition qui exige l'impossible : une gestion «autonome» (à la nord-coréenne ?) de l'immigration des étrangers, et le retour à des contingentements bureaucratiques qui n'empêchaient pas une immigration encore plus importante que l'actuelle. Ce n'est évidemment pas ce que souhaitent la plupart des partisans de l'initiative, mais quand on vote comme on pousse un cri, il arrive que ce cri vous revienne en pleine figure, comme un boomerang ayant raté sa cible.

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vendredi, 17 janvier 2014

« Halte à l'immigration massive » ? La méthode césarienne

Helvètes, souvenez-vous de Jules...

 

Divico_und_Caesar.jpg

Il était une fois un pays riche, peuplé d'homme et de femmes prospères, gentils, civilisés, tout ça. Les métèques se mirent en marche pour y émigrer. En masse. Un homme trouva le moyen de s'y opposer : il alla à la rencontre des métèques, coupa à Genève e pont qu'ils devaient emprunter, leur flanqua une râclée et les renvoya chez eux. Non mais... Voilà, c'est comme ça qu'on maîtrise l'immigration de masse, pas avec des initiatives populaires à la con, inapplicables et proposant des contingentements obsolètes. Laissons maintenant la parole à Cesar : Helvètes, prenez-en de la graîne et coupez les ponts. Faut tout vous dire, c'est fatiguant, quand même, à la longue...

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14:02 Publié dans Genève, Immigration, Suisse | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : jules cesar, guerre des gaules, helvètes | |  Facebook | | | |