mercredi, 29 avril 2009

Les pauvres se noient, les riches s'emmurent

Exode

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Antonio Guterries, évoque un phénomène mondial qui pousse les personnes désespérées à utiliser des moyens extrêmes pour fuir les conflits, les persécutions et la pauvreté : il y a de plus en plus d'émigrants et de plus en plus de barrières pour entraver leurs mouvements, créant une situation dans laquelle un grand nombre d'émigrants sont condamnés à un exode illégal, au risque de leur vie En dix mois (janvier à octobre 2008), 32'000 personnes ont fait ou tenté de faire la traversée entre la Somalie et le Yemen. 230 d'entre elles sont mortes, 365 sont portées disparues. Fin mars dernier, au large des côtes libyennes, plusieurs centaines de personnes qui tentaient d'atteindre l'Europe ont disparu en mer. La même semaine, deux bateaux sont arrivés en Sicile, avec 250 personnes à boird, et à Lampedusa, avec plus de 200 personnes à bord. En 2008, 36.000 personnes sont arrivées en Italie par la mer depuis l'Afrique du Nord. Que faire des candidats à l'immigration ou à l'asile ? Les refouler, comme l'Europe (et la Suisse), les empêcher de partir, comme l'Algérie veut tenter de le faire, ou les noyer, comme ces passeurs qui ont, en octobre dernier, balancé 100 personnes par-dessus bord au large du Yemen ? Il semble ne venir à l'idée de presque personne qu'on pourrait simplement les laisser entrer " chez nous ", comme y sont entrés nos propres ancêtres.

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samedi, 25 avril 2009

Ahmadinedjad aboie, le consensus passe

Mahmoud Ahmadinejad a donc fait exactement ce qu'on savait qu'il allait faire, dès lors que sa venue à la Conférence de l'ONU contre le racisme avait été annoncée : il a tenu un discours provocateur, au prétexte d'antisionisme. Et tout le monde en " Occident " de jouer les vierges effarouchées, et de dénoncer le " nouveau dérapage " du président iranien. Tu parles d'un dérapage : contrôlé, prémédité, et même annoncé, le dérapage… Ahmadinejad est en campagne électorale pour sa réélection, et l'Iran en campagne permanente (depuis mille ans) pour le leadership sur le " monde musulman ". Quoi de plus tentant pour Iznogoud qu'une tribune onusienne pour faire parler de soi et de son califat ? Le président iranien ayant tenu son rôle, les représentants européens ayant adopté la posture outragée qu'ils avaient prévu d'adopter, la conférence pouvait aboutir là où il était prévu qu'elle aboutisse : à une résolution consensuelle. Et chacun repart de Genève avec les certitudes qu'il avait amené dans ses bagages et la satisfaction, sinon du devoir accompli, du moins du rôle joué.

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mardi, 21 avril 2009

Conférence de suivi " Durban II "

La conférence sur le racisme (dite " Durban II " puisqu'il s'agit du " suivi " de la chaotique conférence de Durban en 2001) s'est donc ouverte aujourd'hui, jour de la commémoration de la Shoah. " Il est important que le nom de Genève ne soit pas associé à un échec " de la conférence, a plaidé notre Conseillère fédérale préférée… Qu'elle se rassure : si échec de la conférence il devait y avoir, nul participant, et la Suisse pas plus qu'un autre, ne s'en sentira responsable. Mais on aura toujours quelque peine à se convaincre de la réussite d'une conférence qui n'accoucherait, après quelques polémiques, d'une déclaration finale consensuelle tenant en deux points :
1. Le racisme, c'est pas beau
2. Le raciste, c'est l'autre

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mardi, 07 avril 2009

Qui pense encore à l'Algérie ?

Election présidentielle algérienne : Abdelaziz III, Bey d'Alger

L'élection du président de la République algérienne (démocratique et populaire) n'a lieu que jeudi prochain, 9 avril. Mais en réalité, elle a été bouclée en 2008 déjà, au terme des manœuvres de coulisses ourdies dans les cercles fermés du pouvoir, entre militaires, policiers et affairistes, et on ne prend aucun risque à en annoncer d'ores et déjà le résultat : le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, a été, est et sera réélu. Jusqu'à ce que mort s'ensuive. Et quelles que soient la participation au scrutin et l'identité des concurrents de façade du candidat-président-sortant-réélu-d'office après avoir promis, comme il le fait depuis dix ans, une " Algérie prospère et sereine ". De cette comédie, le peuple algérien restera spectateur, comme il l'est de sa propre histoire depuis bientôt cinquante ans d' " indépendance ", succédant à 130 ans de colonialisme, et se soldant par les 200'000 morts et les 18'000 " disparus " de l'affrontement brownien, depuis 1992, de groupes armés islamistes, de groupes mafieux, de forces de l'Etat et de milices locales. Qui pense encore à l'Algérie ? Jelmoli : elle y construit un centre commercial. Sur un charnier.

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vendredi, 03 avril 2009

Le congrès des parasites

Le G-20 et le monde en crise
Les dirigeants du G20 - les 20 pays les plus riches du monde, ou réputés tels (la Suisse n'est pas invitée, et en fait un petit caca nerveux), ou espérant l'être, se réunissent à Londres aujourd'hui. Peu friande d'euphémisme, la " Tribune " n'y va pas de main morte dans son annonce de l'événement : " La mission du G20 : sauver la planète " (c'est la Une), " le G20 doit sauver un monde aux abois " (en page 4). Diable ! Et nous, de nous interroger : de quoi, ou de qui, devrait-on aujourd'hui " sauver le monde ", sinon du grand monde réuni à Londres, du demi-monde qui lui tourne autour et du petit monde médiatique qui fait caisse de résonance à l'un et l'autre ? Nul en réalité ne s'attend à ce que le G20 " sauve le monde " -ni qu'il le veuille, ni qu'il le puisse. Le congrès des parasites s'amuse seul et ne changera quoi que ce soit, sinon pour que rien ne change. La recette du G20 se trouve dans " Le Guépard ".

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mardi, 24 mars 2009

Dur, dur, Durban II

Genève accueille dès le 20 avril une Conférence mondiale contre le racisme, devant dresser le bilan des mesures engagées depuis la conférence de Durban (Afrique du Sud), en 2001. Parallèlement, un Forum de la société civile et des ONG se réunira. La Conférence de Genève semblait assez mal partie : le Canada, Israël, l'Australie et les USA refusaient de participer à un sommet que nombre de pays arabes voulaient transformer en un procès du seul Israël, et auquel l'Organisation de la conférence islamique voulait proposer une déclaration finale condamnant la " diffamation des religions ". On s'acheminait vers un dialogue de sourds et un jeu de chaises musicales vides, quand un nouveau projet de déclaration finale a été présenté pour faire consensus. Mais consensus sur quoi ? Et acquis au prix de quels compromis ? " Aucune barrière de taille ne devrait plus entraver un résultat couronné de succès ", a déclaré la Haut Commissaire. Sans doute. Surtout si le succès d'une conférence se mesure à l'adoption finale d'un texte acratopège.

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vendredi, 09 janvier 2009

Gaza : Encore dix jours de massacre ?

Gaza :
Encore dix jours de massacre ?


Depuis le 27 décembre, l'armée israélienne bombarde Gaza. Gaza, c'est la plus forte densité de population au monde : un million et demi de personnes sur la surface du canton de Genève. Quand on bombarde la ville, on ne peut que bombarder la population civile. Tout est concentré, entassé, mélangé : les hôpitaux et les dépôts d'arme, les écoles et les locaux du Hamas, les mosquées et les casernes. L'armée israélienne le sait -et elle le sait d'autant mieux qu'elle a déjà occupé Gaza, pendant trente ans. Aujourd'hui, elle l'isole, en proclamant qu'elle ne songe nullement à la réoccuper. Pour ceux qui y vivent, la différence est notable : le blocus, s'ajoutant aux bombardements, est encore pire que l'occupation : électricité coupée, relais téléphoniques détruits, pénurie de médicaments, approvisionnement alimentaire aléatoire...


En attendant le nouveau Pharaon

Jamais Israël n'avait consacré autant de moyens et d'efforts à entraver l'information sur une campagne militaire. Sa guerre, Tsahal veut la mener hors du regard des media. Mais elle entend bien, en revanche, utiliser les media pour légitimer ses opérations à Gaza, en organisant des visites guidées sur les lieux bombardés par le Hamas -qui de son côté met en évidence les écoles, les mosquées, les hôpitaux bombardés par Israël et les morts civils relevés après ces bombardements. La dissymétrie des moyens rend toute comparaison des bilans absurde, et dans l'affrontement d'un Etat et d'une organisation armée, le plus puissant est forcément le plus coupable. La Suisse, dépositaire des Conventions de Genève (dont la quatrième érige la protection des populations civiles en devoir pour les acteurs d'un conflit) a donc le devoir de " faire quelque chose " pour mettre fin à la boucherie. Mais le massacre de Gaza arrange trop de monde pour qu'il y soit peut-être mis fin tant que ceux qui le commettent, et ceux qui l'utilisent, y trouvent quelque intérêt. C'est-à-dire avant le 20 janvier, date du couronnement d'un nouveau Pharaon à Washington, que les gouvernants israéliens n'ont aucun intérêt à gêner s'ils veulent obtenir son soutien. D'ici là, le Hamas, qu'Israël manipulait autrefois pour l'utiliser contre le Fatah, aura sans doute été très affaibli militairement, mais peut-être renforcé politiquement -comme le Hezbollah le fut au Liban. Le Hamas avait pris Gaza parce que la misère y régnait, le Hamas pourrait bien garder Gaza parce que la guerre y est revenue. Or cette organisation caricaturalement réactionnaire est parfaitement indigne du statut de martyr qu'Israël lui offre.

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mercredi, 07 janvier 2009

Le terroriste, c'est l'autre. Forcément.

Les droits humains, solubles dans la guerre contre le terrorisme


Depuis sept ans, une " guerre contre le terrorisme " se mène, non seulement contre l'ennemi qu'elle désigne (le " terrorisme ", précisément, et les " terroristes ", ou présumés tels), mais aussi contre les droits fondamentaux, perçus comme autant d'entraves à la liberté de mener cette guerre comme on entend la mener -y compris, au besoin, par les mêmes méthodes que celles de l'adversaire désigné.

Injuste cause

Contre quoi au juste, et contre qui, fait-on la guerre quand on la fait au " terrorisme " ? Et au nom de quoi ? Les Etats démocratiques affirment la faire au nom précisément de la défense de la démocratie et des droits humains, grands et beaux principes dont notre ennemi est l'ennemi -ce qui nous permet, à nous, démocrates et humanistes, de nous désigner comme le camp du juste et du bien. Que des Etats mènent une guerre contre le " terrorisme " au nom des droits humains devrait les obliger à la faire, s'il est possible, en respectant ces droits. Mais quand la " guerre contre le terrorisme" " aboutit à Guantanamo, ses guerriers usent eux-même de méthodes " terroristes " qui finissent par justifier, légitimer, le " terrorisme " qu'ils affirment combattre. Que reste-t-il des droits humains quand une guerre menée contre ceux que l'on désigne comme étant leurs ennemis se mène en écrasant ces droits ? Les Etats et les gouvernements, mais aussi les groupes armés non étatiques, accusés de violer massivement les droits humains sont toujours les adversaires de ceux qui les accusent - pas parce qu'ils violent les droits humains mais parce qu'ils sont déjà les adversaires de leurs accusateurs. Le bourreau, le tortionnaire, le terroriste, c'est l'autre -ça ne peut être que l'autre. Et si l'autre nous accuse d'être nous-mêmes bourreaux, tortionnaires ou terroristes, l'accusation est forcément mensongère, puisqu'elle vient de l'Autre, avec la majuscule de la démonisation. La France ne torturait pas en Algérie, ni les Etats-Unis à Guantanamo, ni la Russie en Tchétchénie, ni la Chine au Tibet; en Algérie, la France procédait à des " interrogatoires poussés " comme à Guantanamo les Etats-Unis, et en Tchétchénie la Russie rétablit l'ordre comme la Chine au Tibet. Ou Israël à Gaza.

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vendredi, 26 décembre 2008

L'internationalisme contre la globalisation

Groupons et demain, l'Internationa-a-a-a-le sera le genre humain...

1

Telle que nous la concevons, l'internationalisation est un processus de décision élargi à la participation de toutes les nations ; elle est donc également, dès lors que nous ne concevons de mode de décision que démocratique et respectueux de l'égalité des droits (entre les peuples, entre les individus, entre femmes et hommes...) une participation de tous les peuples et de toutes les parties constitutives de toutes les sociétés à la prise des décisions qui les concernent. Un tel processus n'est évidemment pas, en tant qu'il est réellement démocratique, dans la logique de la globalisation et de la mondialisation capitalistes, mais il est constitutif de celle du socialisme -dont il est même la condition.

2
Il n'y a pas de réponse nationale à la mondialisation capitaliste, pas plus qu'il n'y avait de réponse féodale à la révolution industrielle : le repli à l'intérieur des frontières, le retour au cloisonnement national, l'usage purement défensif, quand il n'est pas fétichiste, des instruments de l'Etat-nation, sont non seulement inefficaces, mais également, et au sens propre du terme, réactionnaires. La critique de la globalisation capitaliste ne doit pas nous faire oublier que le mouvement socialiste a toujours eu pour projet le dépassement des limites nationales, et a dès l'origine rendu hommage au caractère révolutionnaire du capitalisme.

3
Les termes en lesquels Karl Marx ou Rosa Luxemburg saluent l'effet de rupture de l'ordre ancien apporté par le capitalisme sont sans équivoque : " La Bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle essentiellement révolutionnaire "... Les principes fondateurs de la Première Internationale expriment la même reconnaissance à l'égard du rôle révolutionnaire joué par le capitalisme, et la même certitude que ce ne sera qu'à partir des acquis de la mondialisation capitaliste, et en les dépassant, non en les annulant, qu'un projet socialiste pourra voir le jour. Les résultats calamiteux des tentatives d'imposer le " socialisme dans un seul pays " (si grand soit-il) sont là pour dissiper tout doute à ce sujet : les Russes et les Chinois n'ont pas fini d'en payer les conséquences.

4
Même si, fondamentalement, le mouvement socialiste est fondé sur l'internationalisme, et sur l'exigence de la solidarité internationale, son pluralisme a permis l'expression en son sein ou à ses marges de conceptions dont le moins que l'on puisse écrire est qu'elles furent fort éloignées de ces exigences . Ces conceptions nationalistes, isolationnistes, conservatrices, perdurent. La mondialisation capitaliste leur a même redonné, en même temps qu'un vernis de " résistance ", des forces et une audience nouvelles -sans leur donner plus de pertinence qu'elles n'en eurent jamais. Nous avons à nous en défaire, et à les combattre.

5
A la globalisation et à la mondialisation capitalistes, nous n'avons pas à opposer l'enfermement national, pas plus que les socialistes du XIXème siècle n'opposaient à la révolution industrielle le retour aux institutions féodales, mais l'internationalisme et l'internationalisation, c'est-à-dire l'élargissement du processus de décision à l'ensemble des nations, et la généralisation à l'ensemble des personnes et des peuples des droits fondamentaux conquis (fût-ce partiellement et précairement) dans notre partie du monde -droits qu'il convient en outre de renforcer et d'élargir ici-même. C'est en tant qu'elle est négatrice de ces droits que nous combattons la globalisation capitaliste, et c'est pour élargir ces droits que nous y opposons notre propre internationalisme.

6
Et puis, enfin, soyons clairs : l'abolition du capitalisme socialisé entraînera une dégradation des conditions matérielles d'existence pour la majorité de la population de nos pays (cette majorité formée de la " classe moyenne " et de la " classe dirigeante "), mais elle est la condition du passage de la majorité de la population du monde, d'abord de la misère à la pauvreté, ensuite de la pauvreté à la couverture matérielle de l'exercice de tous les droits fondamentaux.

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vendredi, 14 novembre 2008

L'Exode des uns, les jérémiades des autres

Panique en Suisse : depuis juillet, le nombre de requérants d'asile en provenance d'Afrique sub-saharienne, vie l'Italie, augmente, alors que les places d'accueil ont été réduites sur consigne de l'Office des migrations (ODM). Lors du troisième trimestre 2008, les demandes d'asile ont été supérieures de 40 % à ce qu'elles étaient au début de l'année. A Genève, pour les dix premiers mois de l'année, l'augmentation est de 48 % -mais on a diminué de 30 % le personnel d'encadrement Certains cantons, comme Vaud, ont lancé un appel à l'aide auprès des gérances immobilières et des communes. Des locaux militaires devaient être mis à disposition, mais le " partenariat " avec l'armée a été abandonné car elle ne pouvait " honorer ses engagements ". Pour une fois qu'elle aurait servi à quelque chose d'utile... Pendant ce temps, en Méditerranée, en Mer Rouge et dans le Golfe d'Aden, les émigrants se noient par centaines, dans l'indifférence générale.

Harragas

Le nombre de Harragas, ces migrants qui s'embarquent au péril de leur vie pour fuir la guerre ou de la misère, est en hausse dans le golfe d'Aden, dans la mer Rouge et en Méditerranée, confirme le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés Dans les dix premiers mois de cette année, près de 30.000 harragas sont arrivés sur les côtes italiennes, soit 11'000 de plus en dix mois que pendant toute l'année précédente. En dix mois, 509 personnes sont mortes ou portées disparues, soit déjà plus que pendant toute l'année 2007. Les arrivées en Espagne continentale, dans les îles Canaries et à Malte à la fin du mois d'octobre 2008 sont également plus élevées dans les dix premiers mois de 2008 que pendant toute l'année 2007. Au cours des premiers 10 mois de l'année 2008, plus de 38 000 personnes ont effectué le voyage d'exil en bateau depuis la Somalie vers le Yémen. C'est dix mille de plus que pendant toute l'année 2007. Plus de 600 personnes sont mortes ou portées disparues dans le golfe d'Aden en dix mois. Le 9 novembre, plus de 40 personnes ont été contraintes de sauter par dessus bord en pleine mer au large des côtes du Yémen. Des centaines de milliers de personnes sont prêtes à tout risquer, y compris leur vie, pour atteindre l'Europe. Des milliers mourront. Des dizaines de milliers traverseront Et nous atteindront. Que les portes de la " forteresse " européenne (et du donjon suisse) soient ouvertes ou non. Combien de temps, et de morts, nous faudra-t-il pour admettre qu'aucun rétrécissement de nos politiques d'asile et d'immigration ne retiendra jamais aucun harraga de tenter le tout pour le tout, et qu'à nier la réalité des migrations et l'inéluctabilité de l'immigration, on ne produit que de la migration suicidaire et de l'immigration clandestine ?

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vendredi, 07 novembre 2008

Une bonne claque aux mauvaises odeurs

L'élection d'Obama ne change pas l'ordre du monde -mais le monde a quand même nettement moins sale gueule

On ne boudera pas notre plaisir : l'élection d'Obama est à saluer pour au moins deux raisons -et il importe peu aujourd'hui qu'elles soient plus affectives  que rationnelles : d'abord, la défaite du ticket McCain-Palin. MacCain ne la méritait peut-être pas. Palin la méritait amplement. Ensuite, la défaite du " critère racial ", auquel d'aucuns, et pas seulement  aux USA, persistent à trouver une quelconque base empirique alors qu'il n'y a plus, depuis la disparition du cousin Neanderthal, qu'une et une seule race humaine. Le temps viendra assez vite de redescendre sur terre, lorsque Barack Hussein Obama sera réellement en charge de la raison d'Etat américaine. En attendant, sauf à aimer haïr, on se sent déjà mieux avec Obama qu'avec Bush.

American Dream

En un vote, au terme d'une mobilisation électorale inédite, les Etats-Unis ont restauré leur image, à défaut, encore, d'avoir restauré leur puissance. Et du coup, les commentateurs n'ont plus à la plume que ce retour d'un " rêve américain " dissout dans l'insondable connerie bushienne. Un rêve que semble incarner Obama, comme l'incarna un Kennedy (mais Kennedy, ce fut aussi l'engagement américain dans le bourbier vietnamien...). Les images jubilatoires des foules saluant aux USA l'élection du candidat démocrate, et la défaite des Républicains, sont contagieuses. Mais ça n'est pas le sous-commandant Marcos, ni Jesse Jackson, ni Noam Chomsky, que les Américains ont élu à leur présidence : Obama est partisan de la peine de mort. Il est partisan du renforcement de la présence militaire américaine en Afghanistan. Il sera en charge de la première puissance militaire du monde, et il entend bien en user plus efficacement et plus intelligemment que son prédécesseur (il est vrai que le défi n'est pas insurmontable). Quant à sa couleur de peau, si elle n'a pas été un obstacle à son élection, les Etats-Unis n'ont pas pour autant " tiré un trait sur la " question raciale " (nous non plus, d'ailleurs), s'ils se sont donné les moyen de la poser un peu plus rationnellement,  en la posant en termes sociaux, que jusqu'alors. Cette puissance construite sur un génocide et une déportation a élu le fils d'un Africain à la présidence. Elle aura assumé son passé lorsqu'elle considérera comme possible, et normale, l'élection d'un Navajo au gouvernorat du Nouveau Mexique. En attendant, on peut mesurer la charge symbolique de l'élection d'Obama par une question : à quand l'élection du fils d'un Algérien à la présidence française ou de la fille d'un Kosovar au Conseil fédéral ?

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mardi, 04 novembre 2008

Obama président ? Tout changer pour tout restaurer

Difficile d'y échapper : l'Obamania s'est emparée de l'Europe et d'une bonne partie du monde (celle qui peut se permettre d'être requise par autre chose que sa survie immédiate). Si le président des Etats-Unis était élu par les peuples du monde, le successeur de Dobleyou s'appellerait Barack Hussein Obama. Manque de pot, le président des Etats-Unis est élu aux Etats-Unis. Et pas par le peuple, mais selon un système archaïque qui permet à un candidat battu dans les urnes d'être élu tout de même. Reste que l'élection d'Obama tournerait une page : celle des  " années Bush " et de la prédation néo-conservatrice. Cette élection serait donc un vrai changement. Mais pas un changement de société, ni, fondamentalement, un changement de politique; un changement pour une restauration : celle de la puissance économique, militaire et culturelle des Etats-Unis, mise à mal par l'irresponsabilité et l'incompétence des  gouvernants actuels des USA et de leurs conseillers.

Renaissance ou hara-kiri ?

Les deux candidats à la présidence américaine s'opposent par leur âge, leur milieu, leur parcours personnel, par quelques points importants de leur programme (sans d'ailleurs qu'il faille se faire d'illusions sur leur capacité à les concrétiser), mais ils ont en partage la même culture politique et la même conception du rôle des Etats-Unis. Pour l'un et l'autre, l'enjeu est le même : restaurer la puissance, intérieure et extérieure, américaine. Pas par les mêmes moyens, pas en lui donnant le même visage, pas en tenant le même discours, mais pour les mêmes raisons. Elu, Obama deviendrait certainement, pour quelques mois, le politicien le plus aimé de la planète. Jusqu'à ce que la réalité des intérêts et des rapports de force s'imposent et le rattrapent. Il n'empêche : une élection de McCain et de Palin serait une formidable victoire pour ce que les USA comptent de forces les plus caricaturalement réactionnaires. Et donc une formidable régression politique. Non que McCain soit pire que Bush -mais parce que son élection, après huit ans de la présidence la plus calamiteuse de l'histoire américaine, serait le signe d'une incapacité de l'électorat américain à tirer les leçons des désastres politiques, sociaux, économiques et militaires du néo-conservatisme. L'élection du ticket MacCain-Palin serait une victoire d'Oussama Ben Laden : quand vos ennemis vont plein pot, tout seuls, comme des grands, droit dans le mur, on peut faire l'économie de kamikazes. On n'a pas besoin d'envoyer des assassins contre des suicidaires.

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vendredi, 10 octobre 2008

Vive la Constituante ! Bolivienne…

Un véritable processus démocratique, accouchant d'une véritable réforme constitutionnelle, c'est possible :
Vive la Constituante ! Bolivienne…


Le 10 août dernier, les deux tiers des Boliviens ont confirmé, lors d'un référendum demander pour le révoquer, le président Evo Morales dans ses fonctions. Sitôt cette campagne référendaire terminée, une autre s'est ouverte : pour l'approbation d'une nouvelle Constitution, porteuse de changements fondamentaux : contrôle démocratique des ressources naturelles (la terre, le gaz, le pétrole), égalité des droits et donc émancipation des Indiens (60 % de la population) et des pauvres… Ces changements, la vieille oligarchie " blanche " de Bolivie n'en veut pas. Elle mène depuis l'élection d'Evo Morales une campagne violente et raciste, avec l'appui des Etats Unis et de 90 % des media du pays. Face à cette mobilisation " à la chilienne " (modèle 1973) de toutes les forces réactionnaires de Bolivie, les mouvements sociaux qui soutiennent le président Morales ont eux-mêmes besoin d'un soutien international. C'est à ce soutien que nous appelle le SOLIFONDS.

" Que pouvons-nous attendre d'un sale Indio ? "


Le " sale Indio " de cette élégante interpellation, c'est le président bolivien, Evo Morales, ainsi présenté par le comité des femmes de droite de Santa Cruz, lorsque Morales a annoncé la 28 août que le projet de nouvelle Constitution du pays sera soumis au vote populaire le 7 décembre. Il y a des processus de révision constitutionnelle qui aboutissent réellement à des projets de " réforme radicale " : c'est le cas du projet proposé par la Constituante bolivienne, et soutenu par les mouvements sociaux regroupés au sein du MAS à l'initiative des syndicats. Mais ces mouvements manquent de moyens, face à une opposition de droite qui détient la quasi totalité des media du pays, contrôle les provinces les plus riches, entretient des bandes armées et bénéficie du soutien actif des Etats-Unis. Pour la campagne référendaire sur le projet de nouvelle constitution, le syndicat des petits paysans, le CSCB, veut former 15'000 militants chargés d'expliquer l'enjeu du scrutin et le contenu du texte soumis au vote, et de mobiliser la " Bolivie d'en-bas ", la Bolivienne paysanne, indienne et pauvre qui a élu Morales.

Soutenez la collecte de fonds destinée par le SOLIFONDS au syndicat des Colonizadores :

SOLIFONDS
mail@solifonds.ch
www.solifonds.ch
Compte de chèques postaux 80-7761-7



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vendredi, 03 octobre 2008

Le pion géorgien et le fou ossète

Vous avez aimé la guerre froide ?  Vous adorerez la paix chaude...

" Souviens-toi, l'été dernier "… L'été fut chaud dans le Caucase. Poussé par les Américains, le pouvoir géorgien avait cru pouvoir remettre au pas les Ossètes, avant que d'en faire autant des Abkhazes.  Le président géorgien, Saakachvili, avait lancé son armée, formée et équipée par les Américains (mais aussi les Israéliens et vraisemblablement les Turcs), contre l'Ossétie du sud. Lui et ses tuteurs étaient persuadés les Russes ne s'y attendaient pas -mais ils s'y attendaient- et ne bougeraient pas -mais ils ont bougé. Saakachvili avait envoyé une dizaine de chars en Ossétie du Sud, il s'est retrouvé avec une centaine de chars russes aux portes de Tbilissi. Il s'était persuadé que les Américains, les Européens, l'ONU, Dieu et les Martiens allaient se précipiter à son secours, il n'a reçu de secours que celui de bonnes paroles passablement hypocrites et de condamnations ne pesant que le poids du regret de s'être fait avoir par les Russes.

Voïjna i Mir

Toute l'opération ossète reposait en fait sur des objectifs datant de la guerre froide (il faut contenir la Russie comme on contenait l'Union Soviétique, fermer la mer Noire, inclure l'Ukraine et la Géorgie dans l'OTAN, transformer la Pologne en base militaire), et sur une perception des rapports de force datant des années de plus grande faiblesse de la Russie. Les conseillers américains du pantin géorgien s'étaient endormis avec la Russie calamiteuse de Boris Eltsine, et se sont réveillés avec la Russie teigneuse de Vladimir Poutine. La Géorgie en a fait les frais. Saakachvili voulait prouver qu'il était le meilleur allié des Américains dans la région, et forcer la porte de l'OTAN -il n'a réussi qu'à prouver son irresponsabilité. Et ses alliés putatifs leur inconséquence et leur hypocrisie. Quant aux grands principes brandis par les uns et les autres (l'intégrité des frontières, le droit à l'autodétermination), l'été caucasien en aura justement mesuré la sincérité : L'intervention russe s'est faite au prétexte de défendre le droit des Ossètes à l'autodétermination, la dénonciation de l'intervention russe a brandi le droit de la Géorgie à l'intangibilité des frontières ? Lorsque l'indépendance kosovare a été proclamée, les uns tenaient le discours des autres et réciproquement. Poutine, avec la délicatesse qu'on lui connaît,  avait averti les " Occidentaux ": leur reconnaissance de l'indépendance de la Kosovë est " un boomerang qui leur reviendra dans la gueule ". C'est dans la gueule des Géorgiens qu'il est revenu. Et dépouillé de leur masques rhétoriques, Russes et " Occidentaux " ont la tête de leur emploi.  Tout le monde, en réalité, se fout des Géorgiens comme des Ossètes -mais pas du gaz russe et du pétrole azeri..

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samedi, 06 septembre 2008

Abie Nathan : Celui qui a essayé…

nathan.jpgAbie Nathan est mort, le 28 août dernier. Il avait 81 ans. Il a été à la fois un pionnier et un symbole. Dans les années 60, alors que la paix avec le monde arabe semblait en Israël un rêve impossible, il a représenté l'espoir d'atteindre cet impossible. Quand on lui demandait quelle inscription il souhaitait sur sa tombe, il répondait " Nissiti " (" J¹ai essayé " en hébreu). Seuls ceux qui n'essayent jamais n'échouent jamais. Et Abie Nathan ne s'est jamais résigné à l'échec de la paix entre les Etats (Israël et ses voisins), les peuples, les cultures, les religions… D'autres, il est vrai, se résignaient d'autant plus facilement à ces échecs qu'ils faisaient tout pour les produire. Abie Nathan est mort. Et Ariel Sharon est toujours mort-vivant. Comme la paix elle-même ?

Shalom, Salaam, Abie !
Abraham Jacob Nathan, né le 29 avril 1927 en Iran, élevé en Inde, pilote de chasse de la RAF, avait immigré en Israël en 1948, dès la création de l¹Etat. Il s¹est fait connaître en 1966 en atterrissant en Egypte à bord d¹un vieux coucou, plus de 10 ans avant l¹accord de paix avec l¹Egypte. Son but était de rencontrer le président égyptien Nasser pour parler de paix. Il n¹y est pas parvenu, mais ce vol l¹a rendu célèbre. (…) Plus tard, il fonda la première radio pirate du Moyen-Orient, Voice of Peace (financée en partie par John Lennon), qui émettait depuis un bateau ancré au large de Tel Aviv, et qui fut un succès phénoménal, en particulier auprès des jeunes. Composés surtout de musique (il fut le premier à diffuser des chansons du Top 50 mondial), les programmes étaient en général en anglais, mais il y avait déjà des infos en arabe et en hébreu. (…) Abie ouvrait les programmes par ces mots : " Shalom, salaam and peace to all our listeners ". Cette station de radio a émis pendant vingt ans. Dans son message inaugural, Abie Nathan disait : " Le Bateau de la Paix est un projet du peuple. Nous espérons qu¹à travers cette station, nous contribuerons à soulager les douleurs et les blessures qu'ont subies les gens pendant ces nombreuses années de conflit. ". (…) A une époque où tout contact avec l¹OLP était interdit par la loi israélienne, il viola la loi à plusieurs reprises et fit pour cela de la prison. Ses grèves de la faim, pour faire pression sur les gouvernements israéliens afin qu¹ils fassent des concessions à l¹Egypte ou qu¹ils parlent avec l¹OLP, contribuèrent à son aura, convaincu qu¹il était que les hommes seuls pouvaient réussir là où les politiques avaient échoué. Salut Abie, shalom, salaam, peace, paix, dans toutes les langues que tu voudras, and " peace to all our readers "…

Gérard Eizenberg
(La Paix Maintenant)

03:16 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israêl, palestine, moyen-orient, paix | |  Facebook | | | |