vendredi, 19 février 2010

« Identité nationale » et défouloirs racistes

Un refus politicien du politique

Annonçant l'organisation en Italie, l'automne prochain, d'une « Conférence internationale sur la ville interethnique », le sous-secrétaire d'Etat italien aux Affaires étrangères, Enzo Scotti, proclame dans la « Tribune de Genève » que  l'Italie « montre le chemin vers la cité interethnique ». Un chemin que même un sous-fifre de Berlusconi devrait connaître : « interethniques », les villes le sont depuis qu'elles existent. Mais le sous-secrétaire d'Etat italien n'est pas seul à touiller la marmite identitaire : En France, le débat sur l'« identité nationale » tourne au défouloir raciste, et on sait l'usage que font des nostalgies tribales nos propres identitaires rupestres. Regarder le monde social à travers des lunettes raciales, ethniques, identitaires, c'est toujours refuser de le voir tel qu'il est, en même temps que refuser de se voir soi-même tel qu'on est. La « race », l'« ethnie », l'« identité », la religion, sont des réalités construites, parfaitement arbitraires mais fort utiles, non à la compréhension de la réalité, et moins encore à son changement, mais à son déni. En somme, c'est le contraire de la politique, si on admet de la politique la définition qu'en donnait Hannah Arendt : « ce qui traite de la communauté et de la réciprocité d'être différents  ».

Lire la suite

01:30 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : racisme, xénophobie | |  Facebook | | | |

jeudi, 29 octobre 2009

De la xénophobie à la démophobie

Malthusianisme aux couleurs vertes.

" Une trop forte immigration met en danger les espaces de repos en Suisse " : cette petite phrase de deux Conseillers nationaux verts, le Zurichois Bastien Girod et la Saint-Galloise Yvonne Gilli, leur a valu, à gauche, d'être accusés d'avoir rallié le camp xénophobe. Erreur d'appréciation, et de lecture : nos deux verts ne sont pas xénophobes, ils sont démophobes. Ça n'est pas moins stupide, si c'est moins méprisable. Ce qu'ils ont en tête ne dit strictement rien d'autre que ceci : plus on est nombreux, plus on pollue. A moins que l'augmentation de notre nombre s'accompagne d'une réduction de nos moyens de polluer. Mais que l'augmentation de la population soit le fait de l'immigration ou de la procréation indigène, le résultat est le même. Or l'immigration, aujourd'hui, est la condition du maintien d'un minimum d'équilibre démographique entre les générations, et la rupture de cet équilibre serait infiniment plus dommageable à notre environnement que la simple augmentation arithmétique de la population.

Lire la suite

02:01 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : verts, environnement, xénophobie, démographie | |  Facebook | | | |

vendredi, 02 octobre 2009

Travailleurs sans papiers : Du gris au noir

Le Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT) dénonce la confusion entretenue par le Conseil d'Etat, et plus particulièrement François Longchamp, entre travail au noir et travail sans permis, dans la liste des entreprises interdites d'accès aux marchés publics à Genève pour avoir enfreint le loi. Pour le syndicat, cette confusion, bien dans l'air xénophobe (et électoral) du temps, entre travail " au noir " (non déclaré aux assurances sociales et aux impôts) et travail " au gris " (déclaré, les travailleurs payant impôts et cotisations sociales) est calamiteuse pour les travailleurs sans permis, dont elle provoque le licenciement, et le passage " au noir "  puisque ces travailleurs n'ont pas droit au chômage, alors qu'ils ont payé les cotisations de l'assurance-chômage. La répression du travail " au gris" fabrique ainsi du travail " au noir ", et des travailleurs clandestins. Quelqu'un doit bien gagner quelque chose à cet exercice imbécile..

Lire la suite

16:52 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

vendredi, 04 septembre 2009

Les autres otages de Kadhafi

Du bon usage de la Libye

Hier, mercredi, le Conseil fédéral s'est engagé à respecter l'accord léonin signé à Tripoli par Hans-Rudolf Merz, même si la Libye n'a pas encore laissé partir les deux hommes d'affaires suisses retenus par le régime de frère Mouammar, et médiatiquement présentés comme des " otage " -un terme sans doute excessif, s'agissant des deux Suisses, mais un terme qui convient assez bien aux pratiques libyennes. Même lorsqu'elles arrangent nos belles démocraties : en Libye, des centaines d'Africains croupissent dans des camps d'internement, après avoir été refoulés des eaux territoriales européennes, notamment italiennes, que ces immigrants clandestins avaient péniblement atteintes à bord d'embarcations de fortune -des centaines d'autres se noyant avant d'être interceptés. Ceux-là aussi, ceux-là surtout, sont otages. Otages de la politique européenne d'immigration. Qui parle de ces otages-là ? Qui s'engage pour leur libération ? Quel président risquerait pour eux de " perdre la face " ?

Lire la suite

03:37 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : s uisse, libye, otages, kadhafi | |  Facebook | | | |

samedi, 20 juin 2009

21 juin : Fête de la musique. Et des réfugiés.

Ce week-end, celui de l'arrivée de l'été, celui du jour le plus long, est le week-end de la Fête de la Musique, en tous cas à Genève. Mais c'est aussi celui, samedi, de la Journée du réfugié, placée en Suisse sous le slogan " Les réfugiés ont besoin de protection, pas de préjugés ". Car la petite musique qu'on entend depuis des années dans ce pays, à chaque fois qu'il est question de l'asile, et des réfugiés, est de celle qui accompagnent les chasses à l'homme. Des millions d'humains sont dans le monde à la recherche d'un refuge. Moins d'un millième de cette population en exil arrive en Suisse, et y sollicite l'asile (16'606 demandes en 2008, soit 53% de plus qu'en 2007). En Suisse, le nombre de demandes d'asile déposées au premier trimestre 2009 (4938) est en recul (de 1317 demandes) par rapport au dernier trimestre 2008. Seules 14,3 % des demandes ont été acceptées en première instance.

Lire la suite

01:51 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : asile, suisse | |  Facebook | | | |

samedi, 22 novembre 2008

A propos de la " libre circulation "

A propos de la " libre circulation "

On votera donc l'année prochaine, une fois de plus, et avec grosso modo la même configuration politique que la fois précédente, sur la " libre circulation " et son extension. La même configuration politique, c'est-à-dire la droite radicale et libérale, le centre-démocrate chrétien, la gauche socialiste, alternative et verte, les organisations patronales et les syndicats pour le " oui ", contre l'UDC, les petites organisations d'extrême-droite, l'ASIN et quelques groupes d'extrême-gauche, appelant à voter " non ". Les arguments n'ont changé dans aucun des deux camps, et dans aucune de leurs composantes (quoique l'UDC se soit livré à un exercice assez périlleux de retournement de veste, changeant trois fois de position en quelques mois, pour finalement retrouver sa position initiale, celle du refus). Au delà de la question posée par le vote de 2009, c'est bien celle de la réponse à donner à la mondialisation capitaliste : une réponse par la protection nationale, ou une réponse par la lutte internationale.

" Les frontières, on s'en fout ! "

Il n'y a pas de réponse nationale à la mondialisation capitaliste, pas plus qu'il n'y avait de réponse féodale à la révolution industrielle : le repli à l'intérieur des frontières, le retour au cloisonnement national, l'usage purement défensif, quand il n'est pas fétichiste, des instruments de l'Etat-nation, sont non seulement inefficaces, mais également, et au sens propre du terme, réactionnaires. A la globalisation et à la mondialisation capitalistes, nous n'avons pas à opposer l'enfermement national, pas plus que les socialistes du XIXème siècle n'opposaient à la révolution industrielle le retour aux institutions féodales, mais l'internationalisme, la solidarité internationale, l'élargissement du processus de décision à l'ensemble des nations, et la généralisation à l'ensemble des personnes et des peuples des droits fondamentaux conquis (fût-ce partiellement et précairement) dans notre partie du monde -droits qu'il convient en outre de renforcer et d'élargir ici-même. C'est en tant qu'elle est négatrice de ces droits que nous combattons la globalisation capitaliste, et c'est pour élargir ces droits que nous y opposons notre propre internationalisme. Mais si le mouvement socialiste est fondé sur l'internationalisme, et sur l'exigence de la solidarité internationale, son pluralisme a permis l'expression en son sein ou à ses marges de conceptions fort éloignées de ces exigences. Ces conceptions défensives, nationalistes, isolationnistes, conservatrices, perdurent. La mondialisation capitaliste leur a même redonné, en même temps qu'un vernis de " résistance ", des forces et une audience nouvelles -sans leur donner plus de pertinence qu'elles n'en eurent jamais. Nous avons à nous en défaire, et à les combattre.

02:13 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags : suisse, europe | |  Facebook | | | |