jeudi, 13 novembre 2008

Le retour des clapiers

Logement social :
Le retour des clapiers


Le nombre de logements sociaux est en chute libre à Genève depuis dix ans : il y en avait 10'000 en 1998, il en reste la moitié aujourd'hui. Des 3000 logements sociaux votés par le Grand Conseil en 1991, aucun n'a vu le jour. Et si l'accord sur le logement signé fin 2006 prévoit de constituer 15 % du parc locatif en " logements d'utilité publique ", on commence à comprendre qu'en fait son utilité publique consiste à en revenir aux clapiers pour nécessiteux. Mark Muller a donné le ton : " les riches et les pauvres ne s'achètent pas les mêmes voitures ", il n'y a donc aucune raison pour que les logements des une respectent les mêmes normes que ceux des autres. Pour économiser (l'Etat ayant réduit de moitié son apport de fonds propres aux fondations HLM), on va " offrir un standing inférieur " aux logements dont les loyers sont plus bas. Se poser la question des coûts de construction n'est pas illégitime; en revanche, se la poser comme Muller  la pose, ça sent puissamment le projet de ghetto social.

Logements asociaux

On va donc " offrir un standing inférieur " aux habitants des logements sociaux. Ça veut dire quoi, un " standing inférieur " ? concrètement, ça veut dire des plafonds plus bas (les pauvres sont petits), des chiottes dans la salle de bain (les pauvres n'ont qu'à couvrir les odeurs de merde par celle des bains moussant M-budget), pas de balcons (de toutes façons, les pauvres, ça manque pas d'air), et pas de parkings en sous-sol (les pauvres n'ont qu'à garer leurs bagnoles de pauvres devant leurs immeubles de pauvres dans leurs quartiers de pauvres). Et, signale la Tribune, on envisage de considérer les couloirs comme des pièces. Un trois pièces vaudois, c'est trois pièces plus une cuisine. Dans un trois pièces genevois, la cuisine compte pour une pièce. Demain, c'est le couloir entre la cuisine et la pièce unique qu'on comptera pour une pièce. Et pour un quatre pièces, on comptera le placard à balais. Aujourd'hui, il est difficile à Genève de faire de visu la différence entre un logement social et un logement " libre " récents. Il était temps de mettre fin à cette confusion, qu'on sache enfin, rien qu'en regardant la gueule d'un immeuble, qui habite dedans : la plèbe, les petits bourges ou la Genève friquée.

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samedi, 01 novembre 2008

Frambois, station terminus

Des mesures de contrainte à la contrainte sans mesure

Deux hommes incarcérés à Frambois en attente de leur expulsion ont tenté, fin septembre, de se suicider -l'un en s'immolant par le feu, l'autre en se pendant. Le premier avait été débouté de l'asile, la demande d'asile du second avait été frappée d'une non-entrée en matière. Les deux hommes ont été reconduits en prison, apès un bref séjour en hôpital psychiatrique. La Ligue suisse des droits de l'Homme voit dans ces deux tentatives de suicide la marque de la détérioration constante des conditions de détention dans la " prison pour étrangers " de Frambois. On y verra aussi la conséquence directe d'une détérioration non moins constante : celle de la politique d'asile de la Suisse. Station terminus du processus de refus d'asile, Frambois en est le dépotoir, et le symbole.


Autodestruction

La Ligue des droits de l'Homme exhorte les autorités à renforcer l'encadrement médical, et en particulier l'encadrement psychiatrique à Frambois. La Ligue demande en outre que les mesures de contrainte ne soient pas utilisées contre des personnes souffrant de troubles mentaux ou d'un état de santé particulièrement dégradé. Ça devrait en effet être le minimum exigible d'un Etat de droit -mais les déboutés de l'asile ont-il encore des droits ? A Frambois sont stockés avant expulsion des gens qui sont le plus souvent dans la plus grande incertitude sur à leur sort. Quelques trafiquants, certes, mais surtout des immigrants clandestins et des travailleurs au noir, punis avec bien plus de sévérité que ceux qui les exploitaient. Ces hommes vont être expulsés, lorsque des accords de réadmission ont été conclus, vers des pays qu'ils s'empresseront de fuir à nouveau. Certains ont déjà été expulsés trois fois de Suisse. Ceux-là sont prêts à tenter autant de fois leur chance, ou leur malchance, qu'il faudra. Aucune mesure de " dissuasion " ne les dissuadera, aucune prison ne les retiendra, aucune interdiction d'entrée ne les empêchera d'entrer. Ils sont le signe même de la profonde imbécillité des politiques d'immigration restrictives -qui ne réduisent l'immigration légale qu'en multipliant l'immigration illégale, et de la gestion policière et bureaucratique du droit d'asile. De tout cela, Frambois est le concentré, et les suicides à Frambois, le prix. Après la destruction du droit d'asile en Suisse par les majorités gouvernementale, parlementaire et populaire de ce pays, il ne restait plus, pour parfaire une politique nauséabonde, qu'à attendre l'autodestruction des requérants d'asile. On y est.

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samedi, 25 octobre 2008

Cité de Calvin et bûcher de Servet

Commémorations : choisis ton camp, camarade…
Cité de Calvin et bûcher de Servet


Lundi 27 octobre, cela fera 455 ans que Michel Servet, médecin, philosophe, théologien et géographe aura été brûlé vif pour hérésie à Champel. L'année prochaine, on célébrera le 500ème anniversaire de la naissance de son accusateur : Jean Calvin. Calvin n'a pas allumé lui-même le bûcher de Champel. Il a seulement produit le réquisitoire théologique qui a mené Servet au bûcher. On commémorera abondamment la naissance de Calvin, et la fondation du Collège, dans les mois à venir. On parlera peut-être un peu de Servet, pendant quelques jours. Le premier a sa statue, imposante, sur le mur, imposant, des Réformateurs. Le second, une petite stèle expiatoire érigé par quelques " disciples fidèles " (et contrits) du " grand Calvin ", plaidant pour qu'on lui pardonne une " erreur qui fut celle de son siècle ". Qu'on la pardonne, ou qu'on l'oublie ?

Calvin vous gonfle ? Gonflez Calvin !

Le Grand Conseil a décidé de contribuer pour un demi-million au financement des manifestations de la commémoration calvinienne : congrès scientifique, spectacles et animations au centre-ville, concerts, " village huguenot " dans le parc des Bastions (avec participations de hooligans le jour de la Saint-Barthélémy ?) expositions au Musée de la Réforme et à la Bibliothèque de Genève, conférence à Saint-Pierre, publications diverses, timbre-poste spécial, calendrier illustré par des bédéistes, édition d'un " Calvin pour les nuls ", culte en Eurovision et gadgets divers (swatch, stylo, pilulier...), les édits somptuaires étant passés de mode (quoiqu'une bonne récession pourrait les y ramener). Mais il manque quelque chose à ce programme. Quelque chose sans quoi aucune manifestation d'envergure ne saurait plus se tenir à Genève : une baudruche au-dessus du jet d'eau. Nous lançons donc ici une souscription pour le financement de ladite baudruche, à l'effigie de Jean Calvin. Baudruche qui devra, elle, résister au vent, à la bise, aux encycliques papales, à Tariq Ramadan, aux vengeurs de Michel Servet et aux partisans de Sebastien Castellion. Envoyez vos chèques à Jean-Pierre Jobin : s'il n'y a pas assez pour se payer une baudruche, on se payera un banquet.

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jeudi, 23 octobre 2008

Le verdict des burnes

17,5 % de femmes à la Constituante, une seule élue socialiste, aucune élue de SolidaritéS ou des associations :
Le verdict des burnes

14 femmes, pas une de plus, ont été élues à la Constituante. Et cinq jeunes de moins de trente ans, pas un-e de plus. Une Constituante à plus de 80 % masculine, composée pour près de la moitié par des sexagénaires et des septuagénaires. L'âge moyen des futurs auteurs du projet de " Constitution genevoise pour le XXIe siècle " est de 56 ans. Pendant la campagne électorale, on nous avait jusqu'à plus soif asséné cette vérité première : on écrit une Constitution pour les générations futures. Version raccourcie : on écrit la Constitution de nos enfants. En fait, ça sera plutôt la Constitution des petits enfants ou des arrière-petits enfants de Constituants dont la majorité sera à la retraite (ou morts) quand la Constitution entrera en vigueur. Pour le renouvellement du personnel politique, c'est raté. Pour celui de la Constitution, on attend de voir.

Le Männerchor de Genf

Quatre des onze listes représentées à la Constituante, dont la liste associative et celle de SolidaritéS, ne comptent aucune élue (et la liste socialistes " pluraliste "n'en compte qu'une seule). La moyenne d'âge des élu-e-s elle est de plus de cinquante ans pour toutes les listes sauf celle des Verts, de plus de soixante ans pour celles de l'AVIVO et de SolidaritéS. Dans un communiqué, le PS exprime sa " grande déception " à propos de la " portion congrue réservée aux femmes ". Il a raison, le PS. D'autant qu'aimant se présenter comme à l'avant-garde du combat pour l'égalité des droits, il se retrouve dans la Constituante avec l'un des groupes faisant aux femmes la portion la plus " congrue ". Mais aussi, vu le grand nombre de candidates placées en tête des " viennent ensuite ", dans la meilleure position pour corriger cette situation lamentable et faire entrer quelques jeunes écrevisses dans ce panier de vieux crabes : il suffirait d'en faire renoncer trois ou quatre à leur élection. Et comme on ne fera ni au PS, ni à SolidaritéS, ni aux associations, l'injure du moindre soupçon d'hypocrisie, on attend avec une impatience non dénuée de scepticisme cette belle manifestation de cohérence et on félicite d'avance les vieux mâles dominants qui renonceront au bénéfice de la loi salique. Moins naïvement, on misera sur la mauvaise conscience de gauche pour espérer une éruption de féminisme compensatoire, et on attend donc ces propositions que le PS promet, pour forcer le Männerchor de Genf à devenir un chœur mixte. Il s'agit donc d'intégrer dans le projet de constitution des règles contraignant les institutions et les partis politiques à respecter concrètement l'égalité des droits, en changeant totalement de comportement pré-électoral. Mais on n'est pas vraiment sûrs qu'ils y soient prêts, ni qu'ils y aient intérêt.Le Männerchor de Genf
Quatre des onze listes représentées à la Constituante, dont la liste associative et celle de SolidaritéS, ne comptent aucune élue (et la liste socialistes " pluraliste "n'en compte qu'une seule). La moyenne d'âge des élu-e-s elle est de plus de cinquante ans pour toutes les listes sauf celle des Verts, de plus de soixante ans pour celles de l'AVIVO et de SolidaritéS. Dans un communiqué, le PS exprime sa " grande déception " à propos de la " portion congrue réservée aux femmes ". Il a raison, le PS. D'autant qu'aimant se présenter comme à l'avant-garde du combat pour l'égalité des droits, il se retrouve dans la Constituante avec l'un des groupes faisant aux femmes la portion la plus " congrue ". Mais aussi, vu le grand nombre de candidates placées en tête des " viennent ensuite ", dans la meilleure position pour corriger cette situation lamentable et faire entrer quelques jeunes écrevisses dans ce panier de vieux crabes : il suffirait d'en faire renoncer trois ou quatre à leur élection. Et comme on ne fera ni au PS, ni à SolidaritéS, ni aux associations, l'injure du moindre soupçon d'hypocrisie, on attend avec une impatience non dénuée de scepticisme cette belle manifestation de cohérence et on félicite d'avance les vieux mâles dominants qui renonceront au bénéfice de la loi salique. Moins naïvement, on misera sur la mauvaise conscience de gauche pour espérer une éruption de féminisme compensatoire, et on attend donc ces propositions que le PS promet, pour forcer le Männerchor de Genf à devenir un chœur mixte. Il s'agit donc d'intégrer dans le projet de constitution des règles contraignant les institutions et les partis politiques à respecter concrètement l'égalité des droits, en changeant totalement de comportement pré-électoral. Mais on n'est pas vraiment sûrs qu'ils y soient prêts, ni qu'ils y aient intérêt.

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lundi, 20 octobre 2008

Genève accouche d'une Constituante de vieux mâles universitaires

Genève accouche d'une Constituante de vieux mâles universitaires :
Qu'en faire ?


De tous les processus politiques, le processus constituant devrait être le plus démocratique -à Genève, il sera oligarchique : 80 personnes représentant 15 % de la population vont rédiger la Constitution de tout le monde. L'assemblée chargée de rédiger une nouvelle charte fondamentale de la République n'aura finalement été élue que par un-e habitant-e de la République sur six : la majorité de la population en avait été exclue d'emblée, la majorité de celles et ceux qui pouvaient malgré tout participer à cette élection ne l'ont pas fait, et une bonne partie de celles et ceux qui l'ont fait, l'ont fait pour rien, leurs listes préférées n'ayant pas obtenu le quorum. Et la question reste posée : Genève a mollement consenti à élire une Constituante. Mais pour en faire quoi ?

" Ni rire, ni pleurer "
(Spinoza)

Si l'abstention a été aussi importante que prévu, si les listes des partis représentés au Grand Conseil ont comme prévisible raflé près de 80 % des sièges, la plupart des listes " associatives " échouant devant l'obstacle du quorum (on ne pleurera d'ailleurs pas sur " Halte aux déficits ", " Pic Vert " et " propositions.ch "), l'élection de la Constituante genevoise a tout de même été marquée par quelques surprises -et elles sont généralement bonnes. D'abord, l'échec de la liste patronale et le succès de celle de l'AVIVO : avec dix fois moins de moyens financiers que la première, la seconde obtient moitié plus de sièges : la compétence en matière d'investissement productif ne se niche pas là où on la proclame. Ensuite, le fait que, menacées par la barre du quorum, les listes de SolidaritéS et des Associations l'ont finalement franchie. Enfin, un rapport de force équilibré s'établit au sein de l'Assemblée constituante entre la gauche (au sens large) et la droite (toutes tendances confondues) : on est loin de la Chambre introuvable dont le Grand Conseil fournit l'image depuis trois ans. Ce bilan " globalement positif ", comme disait l'autre, recèle néanmoins quelques lignes saumâtres : on regrettera, sans en être surpris, l'échec de la liste des femmes et d' " Expression citoyenne " : ces listes étaient de trop (elles auraient dû se joindre à la liste des associations et la renforcer). On regrettera aussi la place très réduite faite aux femmes et aux jeunes au sein des élus socialistes -et d'une manière générale, de la Constituante : cette assemblée sera mâle, mûre et notabiliste. Et si la menace d'un projet de constitution totalement réactionnaire s'estompe, la chance d'un projet de constitution radicalement réformiste se dissout dans le même temps. A élection tiède, assemblée tiède : on n'attendait guère mieux, et on craignait bien pire.

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samedi, 18 octobre 2008

Constituer l'autre Constituante

Il faudra forcément nous y mettre :
Constituer l'autre Constituante 


On saura demain de quoi sera faite la Constituante. Disons-le : nous n'attendons pas grand'chose de ces résultats. Les conditions posées à l'élection de cette assemblée en ont, avant même que la première des listes ait été déposée, dévalué la légitimité : l'instauration d'un quorum, même abaissé, l'exclusion des étrangers du corps électoral, à elles-seules ces deux restrictions pèsent lourd : la Constituante ne pouvait être élue que par une minorité de la population; l'abstention s'ajoutant aux restrictions légales, l'assemblée ne sera finalement élue que par une minorité de la minorité -de laquelle il faudra encore retrancher toutes celles et tous ceux dont les suffrages se seront portés sur des listes n'ayant pas obtenu le quorum, et qui auront finalement " voté pour rien ". La nouvelle Constitution de la République sera donc vraisemblablement rédigée par une assemblée élue par 15 % de la population de ladite République. A moins de trouver le moyen de faire sortir le travail constituant de l'assemblée constituante. Et de constituer l'autre Constituante : la vraie. De celle-là, en tous cas, nous voulons être.
 
Des " Sentinelles de la liberté " aux " Sentinelles de la Constituante "

Quel que soit le résultat de l'élection de dimanche, quel que soit le rapport des forces politiques qui s'y établira, que les listes " associatives " y soient représentées ou non, que la gauche y soit représentée en proportion de sa force électorale ou, comme au Grand Conseil, de son incompétence tactique, et que nous mêmes y soyions, (invraisemblablement) élus ou (vraisemblablement) non,  il nous faudra faire sortir le débat constituant de la Constituante. Les vases clos peuvent convenir aux mictions ou aux cendres des aïeux, pas à des choix démocratiques. Sitôt l'assemblée constituante élue, il faudra donc commencer à la subvertir. De l'intérieur et de l'extérieur (comme il convient de le faire de nos propres organisations politiques). Et puisque nous nous sommes appropriés la fonction de " Sentinelles de la liberté ", il nous faudra être " Sentinelles de la Constituante " : surveiller les travaux de l'assemblée, en rendre compte, y participer d'une manière ou d'une autre, qu'on y siège ou non, faire nos propositions, les relayer, organiser régulièrement des réunions et des débats pour finalement opposer à la Constitution mollement consensuelle qui sortira probablement du cénacle un projet de constitution " radicalement réformiste " (à défaut de désir de révolution), et trouver le moyen de faire de cette opposition un véritable choix offert au " peuple souverain " au moment du vote populaire final. Subvertir la constituante, parce que la Constitution est une chose trop sérieuse pour être laissée à des constituants patentés.

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mardi, 14 octobre 2008

Tiens, fume, c'est du Genevois…

Tabagisme passif et juridisme actif

Un obscur avocat genevois s'est fait un nom il y a quinze jours -c'est la minute de célébrité qu'Andy Warhol promettait à tout un chacun (à condition que le " tout un chacun " en question vive à Greenwich Village ou à Saint-Germain-des-Prés, parce qu'au fin fond du Sahel, la promesse s'étiole). L'avocat, recourant contre le règlement provisoire interdisant depuis trois mois de fumer dans les lieux publics et ouverts au public, a fait annuler ledit règlement, faute de base légale, alors que 80 % des votantes et votants avaient approuvé le principe de l'interdiction en octobre dernier, et que le gouvernement croyait, comme le suggérait dans un avis de droit la direction des Affaires juridiques de la Chancellerie, que la Constitution suffisait comme base légale. Le pari était jouable -il est perdu. Il y a toujours un juriste pour dire le contraire d'un autre juriste -et quand l'un des deux est fédéral et l'autre cantonal, c'est le fédéral qui gagne.

La clope au bec (dans l'eau)

La guerre des clopes est rallumée, les cendriers reviennent sur les tables des bistrots (toujours libres pourtant d'appliquer l'interdiction de fumer), les Verts dégainent un projet de loi reprenant mot pour mot le règlement annulé, les initiants lancent une pétition plus restrictive, et le Conseil d'Etat dépose un projet de loi que les libéraux promettent de rendre le plus inopérant possible. Résultat : l'interdiction générale de fumer dans les lieux publics n'entrera pas en vigueur avant le printemps prochain, dans le meilleur des cas, ou la fin 2011 si on fait traîner les choses Les premières victimes de l'arrêt fédéral ne sont pas les consommateurs non-fumeurs, mais la serveuse ou le serveur, qui, eux, n'ont pas vraiment le choix. Fumeurs, nous avons parfaitement le droit, personnel, de nous enfumer; avons nous le droit d'imposer ce risque aux autres ? Oui, répond (et fait répondre le TF) l'industrie du tabac; non, avaient répondu les citoyennes et yens genevois ayant approuvé à 80 % le principe général de l'interdiction de fumer dans les lieux publics. On avait donc le choix : respecter la volonté populaire ou satisfaire les intérêts d'un secteur économique. On a choisi.
Cela étant, le texte que vous êtes en train de lire ayant été écrit dans un nuage de fumée (de tabac) issu de la pipe du rédacteur, vous êtes invités à désinfecter votre imprimante après l'avoir imprimé, ou votre écran d'ordinateur après l'avoir lu, on sait jamais. Faudrait quand même pas risquer de souffrir de tabagisme passif avant d'avoir eu le temps de claquer à cause de la pollution lâchée par (entre autres) les bagnoles des non-fumeurs (ou les avions amenant les spécialistes de la fumée passive à un congrès international).

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mardi, 07 octobre 2008

Projet Praille-Acacias-Vernets : L'assourdissant silence de la gauche

C'est, nous assure-t-on, le " projet du siècle " à Genève. Mais de quel siècle ? A en juger par son contenu, le projet Praille-Acacias-Vernets est bien un projet du XXe siècle grégorien. C'est-à-dire du siècle passé : des tours, des centres commerciaux, des parking, et entre eux, des logements et quelques équipements publics. Volume de l'opération : cinq milliards (en gros et en francs). Depuis des mois, les milieux immobiliers s'agitent autour du pactole, et assurent que le financement privé du projet ne posera pas de problème, et que d'énormes fonds d'investissements américains sont sur les startings blocks (en anglais dans le texte, forcément). Quoiqu'on puisse nourrir quelques doutes depuis quelques semaines sur la santé financière de ces mammouths (Carlyle, Blackstone, Apax, Apollo)... De toutes façons, la question n'est pas celle du financement, mais celle du contenu du projet. Et sur cette question, dans le tintamarre promotionnel, on a quelque peine à distinguer les positions de la gauche. Et même à savoir si elle en a une, de position, la gauche, sur le PAV.

Sous le PAV, la plage

Le projet "Praille-Acacias-Vernets" (PAV pour les intimes) est bien plus daté qu'il semble : il ressemble comme deux crachées de bétonnière à ce qui se commit dans les grandes capitales européennes il y a vingt ou trente ans. Pour l'inventivité, faudra aller chercher ailleurs. Peu importe d'ailleurs aux promoteurs du machin : ce dont il s'agit est de parfaire la spécialisation de l'espace central genevois (dont le PAV fait partie intégrante) dans ce que le projet d'agglomération, avec la poésie qui caractérise les technocrates, définit comme " les activités à haute ou très haute valeur ajoutée ". On y ajoutera certes quelques bibelots sociaux et culturels -mais comme on place un tableau au mur de la salle d'un Conseil d'administration : parce que ça se fait. Quant aux activités économiques " courante ", au véritable logement social, à la culture alternative (s'il en reste) ou émergente (si on l'autorise à émerger), la périphérie y pourvoira. En attendant quoi, le gouvernement pond des instances comme une poule en batterie des oeufs (un comité de pilotage, une direction du projet, une délégation du Conseil d'Etat, un groupe d'experts) et embarque avec lui les trois communes concernées, sans qu'aucune opposition s'exprime, sinon à la marge (au sein, par exemple, de " l'Assemblée des Mal-LogéEs "). Une marge qu'il nous revient d'élargir. Pour que, le jour où il faudra voter sur les projets de loi autorisant le déclassement de la zone du PAV, des voix critiques se assent mieux entendre qu'actuellement. En édito, la " Tribune de Genève " du 10 septembre reprochait au Conseil d'Etat d'avoir " perdu du temps " et " laissé le doute s'instiller sur sa capacité à conduire l'opération"" Laissons donc du temps au temps. Pour que le doute (et plus) s'instille sur l'opération elle-même, son contenu, ses critères et ses effets…

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jeudi, 02 octobre 2008

Sécurité publique : La droite se coule un Bronx

" Les Pâquis, c'est le Bronx ", ont donc proclamé, tout uniment, des radicaux et des libéraux genevois dont on se permettra charitablement de supposer, vu l'imbécillité de la comparaison, qu'ils n'ont jamais mis les pieds dans le Bronx, ni dans n'importe quel autre quartier-ghetto du même genre. S'appuyant sur les papiers sensationnalistes publiés cet été par des quotidiens soucieux de rattraper par le fond de la culotte les lecteurs fuyant vers les " gratuits ", nos libéraux-radicaux locaux ont tenu une conférence de presse pour représenter, réchauffées, les propositions sécuritaires couinées depuis des mois.

Pâquis le tour ?

Ça sent la campagne électorale. Celle, un peu molle, pour la Constituante, celles, déjà, et déjà plus dures, pour le Grand Conseil et le Conseil d'Etat, l'année prochaine, celles, même, pour les municipales et les fédérales de 2011 (ou libéraux et radicaux veulent se présenter unis sur une même liste, genre " À Droite Toute "). Et donc, on nous réchauffe les pitances sécuritaires déjà servies : extension de la prison, extension des mesures d' " exclusion de zone " frappant les dealers, et dont le seul effet est de les faire migrer vers d'autres zones. Et on y ajoute une petite sauce milicienne : la garde des ambassades confiée à des sociétés privées de sécurité. Bonne idée, d'ailleurs, si ça peut faire sortir les taupes. Mais comme on n'en est qu'au début d'une campagne électorale permanente sur le thème de la " sécurité ", qu'en touillant le sentiment d'insécurité on le renforce, et que son renforcement amène à surenchérir sur les propositions sécuritaires, on peut s'attendre de la part de la droite à une élévation continue du niveau de démagogie. Le sentiment d'însécurité rentre à la niche ? Faisons l'en sortir, à grands coups de trompettes médiatiques et pâquisardes -ou alors la droite libérale-radicale qui suit l'extrême-droite comme un petit chien avec le secret espoir de pouvoir un jour la précéder, devrait trouver autre chose pour maintenir son magot électoral à l'abri du MCG et de l'UDC. Quoi d'autre ? Le rétablissement de la peine de mort, des châtiment corporels à l'école, du pal, de l'amputation de la main droite des voleurs (et de la main gauche des voleurs gauchers), l'édification d'un mur à la frontière ? D'ici là, on pourra toujours rouvrir la chasse aux Rroms. La meute est prête, elle aboie déjà, et les rabatteurs s'ébrouent dans les pages de la " grande presse ".

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lundi, 29 septembre 2008

Vernier : le salaire de la campagne et le prix de la division

Chacun pour soi, le MCG pour tous

Le candidat du MCG élu avec près de 40 % des suffrages, le candidat libéral, soutenu par toute la droite (UDC comprise) et par les Verts, battu avec un gros tiers des suffrages, le candidat socialiste (le PS partant tout seul) fermant la marche avec un gros quart des suffrages : le résultat de l'élection complémentaire à Vernier est on ne peut plus clair. Il ratifie une campagne de terrain remarquable (celle du MCG), quoi qu'il en soit de son contenu détestable, il sanctionne sévèrement (mais d'une sévérité méritée) les divisions de la gauche, et il entérine le marasme de la droite traditionnelle. Reste à tirer de l'épisode les quelques enseignements utilisables qu'il nous propose -à commencer par cette vieille évidence : " unis, nous sommes forts - divisés, nous sommes battus ".

Foirades

La victoire du MCG à Vernier est aussi incontestable que la défaite de ses adversaires : une Entente qui, même avec l'apport de l'UDC et des Verts, n'atteint que le tiers des suffrages ; un PS, premier parti de Vernier, qui apprend dans la douleur qu'il ne peut pas être majoritaire tout seul ; et une " gauche de la gauche " totalement absente du débat. Si le PS a raté hier à Vernier ce qu'il avait réussi l'année dernière à Onex et à Genève, ce n'est pas parce qu'il était absurde de revendiquer un deuxième siège dans une commune où la gauche est majoritaire et où le PS est le premier parti de la gauche, c'est plus simplement parce qu'une stratégie improvisée a toutes les chances d'aboutir à une foirade méritée. Le PS n'est pas toute la gauche à lui tout seul. Il a donc besoin d'alliés Reste à savoir lesquels. Une alliance avec les seuls Verts équivaudrait à une " droitisation ". Quant à une alliance " de gauche " entre le PS et la seule composante d' " A Gauche toute " ayant assez de cohérence interne pour être considérée comme une force politique, SolidaritéS, elle ne ferait que ratifier le passage des Verts de la gauche au centre mou, et signifierait la perte des quelques majorités dont la gauche dispose dans les institutions, quoi qu'elle en fasse, et dont elle ne dispose que parce que les Verts en font encore partie -tout en lançant d'appuyées œillades à la droite. On peut certes se passer d'alliés. Mais il faut alors aussi se passer de majorités, et entrer dans une opposition dont nous avons totalement désappris les exigences, à moins de cultiver l'espoir d'être un jour (ou un grand soir) majoritaires à nous tout seuls. Et on en est loin. On en est à devoir reconstruire des alliances. Et à devoir se battre pour les ancrer le plus solidement possible à gauche, quand plane la tentation de les déplacer à droite.

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vendredi, 26 septembre 2008

l'Alternative prend l'eau

Ville de Genève : une alliance à bout de souffle

Des Verts reprenant du parti libéral le flambeau du démantèlement de la taxe professionnelle communale ; des " indépendants de gauche " reprenant du MCG la bannière poujadiste de la défense du petit commerce contre les artistes privilégiés ; des socialistes proposant de faire revenir le fonds d'art contemporain à ce qu'il était il y a trente ans (un fonds d'achat et d'exposition d'œuvres, un point c'est tout, ou presque) : la majorité " alternative " en Ville de Genève expose ses incohérences et étale ses divisions. Si au moins il s'agissait d'oppositions de ligne politique, de divergences de fond -mais non : on est pas sur le terrain du débat politique, on est dans un préau d'école. Primaire, l'école. Très primaire, même.

Pour une alternative à l'Alternative
Comme dans toutes les principales villes de ce pays, la gauche, ou du moins les forces réputées la composer, est majoritaire en Ville de Genève. Majoritaire structurellement, en ce sens que la structure de la population urbaine, les préoccupations de cette populations et les choix, au moins rhétoriques, de " la gauche " convergent. Reste qu'être " structurellement " majoritaire ne signifie pas l'être " fatalement ", et qu'une majorité politique se mérite. Et qu'elle peut se perdre.  Non que l'opposition à cette majorité vaille mieux qu'elle, mais plus stupidement parce que les forces qui composent cette majorité ne savent pas, ou plus, quoi en faire -sinon la gaspiller,. la fragmenter, l'éclater au gré de guéguerres tribales à propos de tout et n'importe quoi -et de préférence à propos de n'importe quoi, chacun consacrant l'essentiel de son énergie et de ses forces, non à réaliser ses projets, et moins encore les projets communs, mais à empêcher le voisin de réaliser les siens. Ni Genève, ni la gauche n'ont besoin d'une " Alternative " réduite à un agrégat de clans incapables de formuler une politique commune et d'avancer des projets communs. Pour paraphraser la citation de Jean Sénac placée en exergue à cette feuille, " Si l'Alternative est une pommade lénifiante sous laquelle demeurent les plaies, qu'éclate l'Alternative ". Encore faudrait-il d^ailleurs que la pommade soit lénifiante, et que sous elle les plaies ne fassent que demeurer. De vieilles pommades, même lénifiantes, finissent par devenir infectieuses. Il y a forcément une alternative à ce qu'est devenue l'Alternative.

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mardi, 23 septembre 2008

Changer d'ère : Bonne année !

automne.jpgAujourd'hui 22 septembre du calendrier grégorien, nous sommes le premier Vendémiaire, Jour de l'an du calendrier républicain. On ne change pas l'histoire en ne changeant que ce qui la scande : ce n'est pas le calendrier républicain qui fait la République -mais il dit tout de même la volonté, ou le rêve, républicain de changer d'ère. En usant d'un calendrier dont personne ne fait usage, sinon par nostalgie, pour la beauté des noms donnés à ses mois, ou par souci de se distancer d'un temps que nos maîtres nous volent et vendent, nous nous rappelons que, politiquement aussi, nous sommes faits de l'étoffe dont sont tissés nos rêves…

Salut et Fraternité

Le 19 octobre, une Assemblée Constituante sera élue à Genève. Le 19 octobre du calendrier grégorien, c'est le 28 Vendémiaire du calendrier républicain. Et le 28 Vendémiaire du calendrier républicain, qui donne aux jours des noms de fleurs, de fruits, de légumes, de plantes, d'outils, d'animaux… c'est le jour de la tomate. Un fruit rouge, certes ; et juteux, sans doute, et goûteux, parfois. Mais mou et fragile. Ça aurait pu être pire : Aurait-on prévu l'élection de la Constituante la semaine précédente, nous serions tombé sur le jour du chanvre -nous n'en avons pas besoin pour rêver d'une République fidèle à ses promesses ; pire encore : aurait-on prévu cette élection une semaine plus tard, nous serions tombé sur le jour de l'oie, ce qui ne plaçait pas le débat démocratique sous le parrainage intellectuel le plus enthousiasmant. Gageons que quelques oies trouveront tout de même le moyen de se glisser dans le troupeau constituant,  d'y marcher à leur pas et de sommer les autres de les suivre.   Il dépend des citoyennes et des citoyens que ces palmipèdes soient finalement moins nombreux que les chats sauvages et les moutons noirs qui rôdent avec nous aux marges des listes, pour une Constituante dont on peut au moins espérer qu'elle ne ressemblera pas à la Ferme des Animaux d'Orwell.

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samedi, 20 septembre 2008

Acharnement thérapeutique au chevet d'un club moribond : Roro, reviens !

Le Président de l'association du FC Servette, Francisco Vinas, a démissionné de son poste après avoir été conspué par les ultimes supporters du club et menacé physiquement par les plus crétins d'entre eux. Il était à la tête du club depuis la faillite de 2005. Rampant à la dernière place du classement de la " Challenge league " (en anglo-zurichois dans le texte), menacé de se retrouver en Première Ligue (en français dans le texte, mais ça doit être une erreur), le FC Servette n'a plus de président. Et une foultitude de bonnes âmes (dont not'bon Maire et le commis de régie du Conseil d'Etat) qui, apparemment, n'ont rien d'autre à foutre, s'agitent pour lui en retrouver un. Ce qui, à défaut de signaler une urgence quelconque, indique au moins que ce club sans supporters, sans public, mais avec un stade trente fois trop grand pour lui, est incapable de se sortir tout seul du merdier où l'ont plongé les incomparables gestionnaires qui étaient à sa tête. Il n'est apparemment apparu à personne l'évidence qu'on pouvait laisser le Servette se démerder tout seul. On ne voit pas ce que les " politiques " ont à faire dans cette histoire, mais on se demande déjà combien, après les dizaines de millions balancés dans le trou du stade, puis dans l'Eurofoot, le fétichisme " sportif " va encore coûter à la République et à la Commune.

Faute de Balzac, du Labiche.

De Luscher à Vinas en passant par Roger, les présidents successifs du FC Servette nous ont dessiné un joli tableau, une sorte d'échantillonnage de la comédie humaine genevoise : un politicard démagogue, un batteur d'estrade, un brave homme dépassé par les événements. Un Balzac en aurait fait une fresque -mais il aura fallu se contenter d'un sous-Labiche, un scénariste de série télévisée de fin d'après-midi. Quand un feuilleton s'enlise, que les personnages deviennent pitoyables, que l'intrigue se désagrège, les producteurs de " soap operas " ont généralement recours à une recette éprouvée : faire ressusciter un personnage qui dans les épisodes précédents avaient disparu de la circulation. Et là, avec le feuilleton du Servette, on l'a, le personnage qui pourrait redonner du tonus à une série calamiteuse : Roro le Magnifique, Marc Roger soi-même, celui à qui les Luscher et autres Carrard avaient vendu le FC Servette pour un franc symbolique. Celui qu'on a coffré pendant deux ans pour le condamner ensuite aux deux ans qu'il avait déjà fait. Au moins, avec Roro, on se marrait. Et son passage aura eu le mérite de mettre en évidence ce que le sport d'élite est devenu. Des trois présidents successifs du FC Servette, le premier fait une carrière politique, le second a fini au tribunal, et le troisième, le plus honnête des trois, a démissionné. Et après lui, qui ? un ancien joueur professionnel français passé dans l'immobilier ? Une famille d'investisseurs iraniens ayant déjà réussi à couler un club autrichien ? un successeur d'Alain Morisod à la tête d'UGS ? On attend avec gourmandise…

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mercredi, 17 septembre 2008

UNE CONSTITUANTE, POUR QUOI FAIRE ?

Avec plus de résignation que d'enthousiasme, les citoyennes et yens genevois ont accepté d'élire une assemblée constituante et de la charger de réécrire la Charte fondamentale de la République. Non que les dits citoyennes et yens aient ressenti le besoin impérieux de réformer les institutions genevoises : ils ont seulement pris acte de ce que ce besoin était impérieusement ressenti par d'autres (le groupe formé autour du professeur Andreas Auer), et n'ont vu aucune objection à laisser 80 personnes s'ébrouer dans une assemblée mandatée pour produire un texte qui de toute façon sera soumis au vote populaire -et que le vote populaire pourra donc renvoyer à ses auteurs. Tous les partis, et une palanquée de groupes s'affirmant non partisans et "issus de la société civile" (comme si les partis politiques étaient issus d'ailleurs -mais d'où ? de la cléricature religieuse ? de l'armée ?), présentent des listes à l'élection de la Constituante (le PS présente quarante candidates et candidats, dont un tiers ne sont pas membres du parti). Le 19 octobre, on saura de quoi et de qui la Constituante sera faite. Mais pas vraiment à quoi elle va servir. A réformer les institutions ou à lisser leurs règles de fonctionnement ? A étendre les droits politiques et sociaux ou à les conformer à un cadre juridique réputé "supérieur" (le cadre fédéral, tant qu'on ignore que ce cadre "supérieur" est lui-même soumis à un cadre encore plus "supérieur" : les grands textes du droit international) ?

La droite n'a pas fait mystère de ses intentions de réduire les engagements de la République au strict nécessaire -et le strict nécessaire, pour la droite, c'est toujours l'Etat gendarme, et rien que l'Etat gendarme, ne garantissant qu'un droit : celui à la propriété privée; l'extrême-droite, elle, mettait les pieds au mur -non que l'actuelle Constitution lui convienne, mais parce qu'elle craint une avancée des droits politiques pour les étrangers, et une avancée des droits sociaux pour tous; enfin, la "gauche de la gauche" (ou réputée telle, par elle-même) craignait, à l'inverse, une réduction des droits politiques et des droits sociaux. Quant au PS, il s'est avancé en faveur de la révision constitutionnelle, avec une "feuille de route" énonçant, sans les préciser, les grands axes de ses revendications (extension de droits politiques et sociaux, construction d'un espace politique régional, transfrontalier et démocratique, prise en compte des changements sociaux)...

Une Constitution, cela peut être un programme politique ou un constat notarial. Le programme politique dit où l'on veut aller, le constat notarial dit où on en est. L'exercice du constat est donc le plus aisé : il ne consiste après tout qu'à décrire l'état des choses. Mais dès lors que les ambitions constituantes s'élèvent au-dessus de celles de l'arpenteur institutionnel, les grands débats et les grands clivages surgissent, entre la gauche et la droite, à l'intérieur de la gauche et de la droite, et, transversalement, selon des lignes de front qui rompent l'opposition des camps politiques constitués : libertaires contre autoritaires, laïques contre confessionnels, libre-échangistes contre protectionnistes, autonomistes contre centralistes, internationalistes contre nationalistes, et j'en passe... De toutes ces lignes de fracture, celle qui devrait nous importer le plus est celle qui va opposer les forces qui veulent renforcer le champ du politique (et de la démocratie) face à l'économie et à la marchandise, d'une part. et les forces qui se satisfont pleinement (ou qui veulent l'étendre encore) de l'emprise du marché, d'autre part. La Constituante, ça pourrait être le champ (pas clos, puisque la joute se livre devant la Cité) de l'affrontement de la République et du Marché.

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jeudi, 11 septembre 2008

UNE CONSTITUANTE, POUR QUOI FAIRE ?

Avec plus de résignation que d'enthousiasme, les citoyennes et yens genevois ont accepté d'élire une assemblée constituante et de la charger de réécrire la Charte fondamentale de la République. Non que les dits citoyennes et yens aient ressenti le besoin impérieux de réformer les institutions genevoises : ils ont seulement pris acte de ce que ce besoin était impérieusement ressenti par d'autres (le groupe formé autour du professeur Andreas Auer), et n'ont vu aucune objection à laisser 80 personnes s'ébrouer dans une assemblée mandatée pour produire un texte qui de toute façon sera soumis au vote populaire -et que le vote populaire pourra donc renvoyer à ses auteurs. Tous les partis, et une palanquée de groupes s'affirmant non partisans et "issus de la société civile" (comme si les partis politiques étaient issus d'ailleurs -mais d'où ? de la cléricature religieuse ? de l'armée ?), présentent des listes à l'élection de la Constituante (le PS présente quarante candidates et candidats, dont un tiers ne sont pas membres du parti). Le 19 octobre, on saura de quoi et de qui la Constituante sera faite. Mais pas vraiment à quoi elle va servir. A réformer les institutions ou à lisser leurs règles de fonctionnement ? A étendre les droits politiques et sociaux ou à les conformer à un cadre juridique réputé "supérieur" (le cadre fédéral, tant qu'on ignore que ce cadre "supérieur" est lui-même soumis à un cadre encore plus "supérieur" : les grands textes du droit international) ?

La droite n'a pas fait mystère de ses intentions de réduire les engagements de la République au strict nécessaire -et le strict nécessaire, pour la droite, c'est toujours l'Etat gendarme, et rien que l'Etat gendarme, ne garantissant qu'un droit : celui à la propriété privée; l'extrême-droite, elle, mettait les pieds au mur -non que l'actuelle Constitution lui convienne, mais parce qu'elle craint une avancée des droits politiques pour les étrangers, et une avancée des droits sociaux pour tous; enfin, la "gauche de la gauche" (ou réputée telle, par elle-même) craignait, à l'inverse, une réduction des droits politiques et des droits sociaux. Quant au PS, il s'est avancé en faveur de la révision constitutionnelle, avec une "feuille de route" énonçant, sans les préciser, les grands axes de ses revendications (extension de droits politiques et sociaux, construction d'un espace politique régional, transfrontalier et démocratique, prise en compte des changements sociaux)...

Une Constitution, cela peut être un programme politique ou un constat notarial. Le programme politique dit où l'on veut aller, le constat notarial dit où on en est. L'exercice du constat est donc le plus aisé : il ne consiste après tout qu'à décrire l'état des choses. Mais dès lors que les ambitions constituantes s'élèvent au-dessus de celles de l'arpenteur institutionnel, les grands débats et les grands clivages surgissent, entre la gauche et la droite, à l'intérieur de la gauche et de la droite, et, transversalement, selon des lignes de front qui rompent l'opposition des camps politiques constitués : libertaires contre autoritaires, laïques contre confessionnels, libre-échangistes contre protectionnistes, autonomistes contre centralistes, internationalistes contre nationalistes, et j'en passe... De toutes ces lignes de fracture, celle qui devrait nous importer le plus est celle qui va opposer les forces qui veulent renforcer le champ du politique (et de la démocratie) face à l'économie et à la marchandise, d'une part. et les forces qui se satisfont pleinement (ou qui veulent l'étendre encore) de l'emprise du marché, d'autre part. La Constituante, ça pourrait être le champ (pas clos, puisque la joute se livre devant la Cité) de l'affrontement de la République et du Marché.

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mercredi, 10 septembre 2008

Vernier, terre de contrastes

Verts niolus verniolans

A Vernier, il va falloir voter le 28 septembre pour pourvoir le dernier siège du Conseil administratif, pour une législature réduite à deux ans et demi, après l'annulation de l'élection du candidat MCG, Thierry Cerutti, coupable d'avoir, avec son parti, importé sur la scène politique locale des mœurs plus corses que genevoises. Cette élection partielle (ou se second tour retardé de l'élection normale, comme on voudra) donne lieu à d'intéressantes alliances. On ne sait pas si la multinationale du meuble à monter soi-même pourra s'installer à Vernier, comme elle le voudrait, mais l' " esprit Ikea " souffle déjà sur la commune : les alliances politiques sont livrées en kit, et les partis se les mitonnent sur le mode du bricolage familial : les socialistes partent seul au combat avec Alain Charbonnier pour " barrer la route " au MCG, qui représente son candidat invalidé, Thierry Cerrutti, alors que les Verts soutiennent une candidature libérale aux côtés de l'UDC, des radicaux et du PDC…

Géométrie politique non euclidienne

Les Verniolans et Verniolanes étaient a priori, pour l'élection partielle de leur Municipalité, devant un choix assez simple, entre un candidat socialiste, un candidat libéral et un candidat qualunquiste. Un choix entre la gauche, la droite et n'importe quoi, et si on laisse le n'importe quoi à sa place, c'est-à-dire n'importe où, un choix des plus clair, entre la gauche et la droite. Mais choisir de soutenir le candidat du PS contre le candidat libéral fut apparemment hors de portée des Verts locaux, lors même que ce fut bien le PS qui fit élire, l'année dernière, le Conseiller administratif Vert (l'actuel Maire). Retournement d'alliance et de veste : aux côtés de l'UDC, les Verts soutiennent... le candidat libéral, présumé " atypique " (le soutien de l'UDC est-il supposé en témoigner ?) contre le candidat socialiste, au prétexte de ne pas vouloir un exécutif municipal " monocolore " (qui serait d'ailleurs plutôt bicolore, rose-vert). Disons que cette belle profession de foi pluraliste tient surtout à la saine concurrence entre Verts et socialistes (le soutien de l'UDC au candidat libéral tenant d'ailleurs aussi à la concurrence entre elle et le MCG sur le terrain fangeux du populisme sécuritaire). A Vernier comme en Ville, la gauche étant confortablement majoritaire quand elle se présente unie et ne fait pas de connerie, la question n'est plus que de savoir si les Verts sont encore de gauche, ou si à force de se vouloir " au-dessus des vieux clivages ", ils ne se retrouvent pas en-dessous de toute cohérence.

Retrouvez le candidat socialiste Alain Charbonnier sur
www.alaincharbonnier.ch

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vendredi, 05 septembre 2008

Procès de Marc Roger : Le Bouc-émissaire en son enclos

Or donc, le procès du bouc-émissaire de la faillite du Servette, de celle de la société d'exploitation du stade, de la sous-occupation endémique dudit stade et de la relégation du Servette en ligue folklorique, s'est ouvert le 1er septembre devant le Correctionnelle. Outre le Parquet, pas moins de quinze avocats veulent la tête de Roro (et de Roro tout seul), au nom d'une vingtaine de joueurs qui, comme quelques notables locaux (Luscher, Carrard), jouent les andouilles et plaident la connerie : " on savait pas ", " on a été trompés ", " on n'a rien compris ".. Crédible ? Peu importe : quand on a un bouc-émissaire, on ne cherche plus de responsables..

Roro et les cloches

Selon ses accusateurs, Marc Roger aurait donc, tout seul avec ses petites mains, sa petite pelle et son petit seau, creusé dans le FC Servette un trou de 17 millions entre l'été 2004 et le début 2005. Il aurait fait preuve d'une " ambition démesurée et hasardeuse sur l'avenir du club " (il n'était pas le seul), se serait montré beaucoup trop optimiste sur le sponsoring et sur le nombre de spectateurs attirables dans le stade (est-ce qu'on pourrait nous rappeler le nom de tous les vendeurs de savonnettes qui nous assuraient qu'un stade de 30'000 places, c'était ce dont Genève avait besoin ?). Roro risque sept ans de gnouf (il en a déjà fait presque deux en préventive). Ceux qui lui ont refilé Servette, et ceux qui ont imposé à Genève un stade inutile et bouffeur de millions, ne risquent en revanche rien du tout. Sauf le ridicule, qui ne tue plus personne depuis longtemps. Surtout politiquement. Ce sont eux, pourtant, qui ont creusé l'essentiel du trou et laissé à Roger, pour un franc symbolique, un club en état de faillite. Mais ceux-là, les Luscher et les Carrard affirment hautement leur incompétence : " on s'est fait avoir par le Marseillais, putaing cong ! ". Une fois le procès terminé, et Roro condamné d'avance (on ne va jusqu'en Espagne rechercher un bouc-émissaire pour le relâcher ensuite dans la nature), il se passera quoi ? Rien que de très rituel. On ne prend pas forcément les mêmes, mais on recommence les mêmes conneries : main dans la main pour " sauver le Servette et le stade ", alors que c'est au Servette de se sauver tout seul et que le stade n'est pas sauvable, Manu et Mediamark sonnent le branle-bas. Mais quitte à donner dans la sonnerie, c'est le glas qui devrait s'imposer.

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mercredi, 03 septembre 2008

Le mammouth et le Bouc-émissaire (fable genevoise)

Le stade de la Praille est  au bord du gouffre ? Faisons lui faire un grand pas en avant !

La Fondation du Stade de Genève est en état d'insolvabilité : le gigantesque trou financier creusé à la Praille, et dans lequel les collectivités publiques (Confédération, canton, communes) ont déjà englouti 60 millions de francs, continue de s'approfondir. Et ceux qui l'ont creusé d'attendre qu'on y balance de nouveaux fonds publics. Il manque deux millions par an pour couvrir les coûts d'exploitation et les frais d'entretien du stade… et en gros 29'000 spectateurs chaque semaine pour le remplir. La " Tribune de Genève, fervente partisane du stade depuis des années, titre sur ses affichettes : " Le stade de Genève au bord du gouffre ". Et c'est une ânerie de plus. Le stade n'est pas au bord du gouffre -il est le gouffre.


Le mammouth et le Bouc-émissaire (fable genevoise)
Le mammouth de la Praille barrit après son fourrage : il a déjà coûté 140 millions (plus du double de ce qui était prévu), les collectivités publiques (Confédération canton, Ville, communes) y ont déjà déversé soixante millions, mais il lui manque deux millions pour boucler l'année, et il lui manquera toujours plusieurs millions pour boucler chacune des années que l'on consentira à lui laisser vivre. Et l'habitude en ayant été prise, ce sont vraisemblablement les fonds publics qui paieront le fourrage de la bête. Au nom de l'utilité publique. Mais il y a beau temps que les stades ne sont plus que les accessoires encombrants et coûteux de centres commerciaux superfétatoires mais, eux, rentables. Car aucun stade n'est rentable. Le football n'est une activité rentable que pour les margoulins qui s'y greffent comme des morpions sur les bas morceaux du bas clergé. Ce qui est rentable, c'est ce qu'on organise autour, et qu'on vend autour du foot et des stades : Pour Jelmoli, la construction du stade de la Praille a été le moyen de faire avaler celle de son centre commercial. Objectif atteint, et Jelmoli satisfaite : le stade est vide, mais le centre commercial est plein; le stade est un gouffre financier, mais le chiffre d'affaire du centre commercial devrait atteindre 190 millions de francs en 2008… Jelmoli encaisse, le stade coûte. Tout a été fait pour qu'on le construise, tout sera fait pour éviter qu'on abrège ses souffrances -et les nôtres, alors que l'acte le plus intelligent que l'on puisse commettre à son égard serait de le détruire. Il ne manque plus que quelques écrans de fumée médiatique pour voiler les responsabilités de la nomenklatura genevoise : Aujourd'hui 1er septembre s'ouvre au Palais de Justice la cérémonie de sacrifice du bouc-émissaire officiel des turpitudes sportivo-financières de la République : Marc Roger passe en jugement.

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mardi, 02 septembre 2008

Le totem n'est plus tabou : La bagnole, ou comment s'en débarrasser

Initiatives, projets gouvernementaux, " air du temps " : une vaste, et heureuse offensive se dessine pour libérer l'espace public de l'emprise de la bagnole, et l'environnement de ses pestilences. Les Verts de la Ville de Genève lancent une initiative populaire municipale pour transformer le quart du réseau des rues communales en zones piétonne, les Jeunes Verts de Suisse déposent la leur pour l'interdiction des véhicules les plus polluants, le Conseil d'Etat genevois envisage l'exclusion de ces mêmes véhicules les plus polluants du centre-ville. Tout cela va dans le même sens : celui d'une conscience de plus en plus en plus aiguë, et de mieux en mieux partagée, de la profonde absurdité du déplacement automobile. Il était temps.

Iconoclastie bienvenue

Initiative fédérale pour l'interdiction des véhicules les plus polluants, initiative municipale pour la libération de 200 rues (peu importe d'ailleurs le chiffre) de l'emprise bagnolesque, mesures cantonales de restriction de l'accès du centre-ville aux véhicules les plus salopeurs d'air : le fétiche des années soixante en prend, enfin, plein la gueule ces derniers jours. Et le lobby bagnolesque de hurler à la fin de la " liberté de circulation ". Mais qu'on nous parle de circulation (ou de transport) plutôt que de déplacement n'est pas innocent. Les marchandises circulent, les objets sont transportés. Les personnes, elles, se déplacent, et se déplacent elles-mêmes. La circulation n'est aujourd'hui encore que celles de solitudes aussi étroitement agglutinées dans les rues que séparées dans la société, et conduites du lieu de leur ennui à celui de leur exploitation. Nous ne voulons au fond rien d'autre que substituer la liberté de déplacement -de se déplacer- à l'obligation de circuler ou d'être transporté. " Circulez ! " est un ordre policier ; " déplaçons-nous... " peut être une libre décision. Les déportés sont transportés, les nomades se déplacent.

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jeudi, 28 août 2008

Retour sur l'Eurofoot : MAIN BASSE SUR LA VILLE PRIVATISEE



Les matches de l'Eurofoot se sont joués dans des villes " hôtes " de Suisse et d'Autriche que leurs autorités, les autorités de leurs cantons et provinces et les autorités de leurs deux pays ont littéralement " louées ", à défaut sans doute de pouvoir les vendre, à l'UEFA, à ses sponsors, et aux " mandataires " plus ou moins prébendiers choisis pour les " animer " (et animer toutes les autres villes du pays, grâce par exemple aux " UBS Arena " ayant métastasé un peu partout). Mais cette privatisation de l'espace public est particulière : alors qu'habituellement, on privatise pour en retirer de l'argent, pour l'Eurofoot ce sont les collectivités publiques qui ont payé pour brader leur propre espace public. Et payé cher. Le brave comte de Sacher-Masoch n'a pas fait à Genève des émules que chez les banquiers privés : chez les responsables politiques aussi. Mais eux survivront.

Ville-hôte-toi de là que j'y mette mon sponsor
Ce que rendit visible l'Eurofoot à Genève (puisque nous y sommes), c'est la perfection d'un processus à l'œuvre depuis l'avènement du " sport-pognon " : ce règne du marketing, du petit et du gros commerce de tout ce qui peut se commercer (légalement ou non), aboutit logiquement à la privatisation de tous les espaces publics disponibles jusqu'à la ville elle-même, devenue marchandise. Dans les espaces publics gardés par des polices privées après avoir été vendus aux organisateurs des jeux du cirque et à leurs sponsors, on ne choisit pas la bière que l'on boit, on ne porte pas un vêtement à l'effigie d'une marque concurrente de celle du sponsor. Et pour que cette privatisation se fasse, se maintienne et puisse se répéter, pour que la ville puisse être vendue, il faut lui donner l'image que l'acheteur souhaite : on la purgera donc de ses mendiants, de ses marginaux, de ses dealers, de ses lieux culturels alternatifs. Ainsi se dessine des modèles de villes, d'habitants, d'activités. Le modèle de la ville, c'est Disneyland. Le modèle d'habitant, c'est le consommateur ne cherchant pas à consommer autre chose que ce qu'on lui offre. Le modèle d'activité, c'est le centre commercial. Et tout cela se fait avec au minimum l'accord, et souvent la participation active et revendicatrice, des autorités élues. " L'ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses : c'est ainsi qu'on grimpe dans la même posture que l'on rampe" disait Jonathan Swift. Rien n'a changé -sinon que l'on ne grimpe plus que dans les loges VIP, dans la même posture que l'on rampe devant l'UEFA.

04:45 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : eurofoot, football, politique | |  Facebook | | | |