vendredi, 27 mars 2009

Du juste prix du poulet

Rapports contradictoires sur la police genevoise

Deux rapports successifs sont tombés ces derniers jours sur la police genevoise, l'un rendu par l'ancien Conseiller d'Etat bernois Mario Annoni, et l'autre par la Cour des Comptes. Ces deux rapports font le même constat (un système de rémunération byzantin, des horaires absurdes, des heures supplémentaires pléthoriques) mais en tirent deux conclusions différentes : pour Annoni, la police est en sous-effectif; pour la Cour des Comptes, la police ne manque pas d'effectifs mais " si elle était mieux gérée, nous n'en serions pas là ". Si elle était mieux gérée, sans doute. Mais plus sûrement encore, si on s'abstenait de lui faire faire n'importe quoi. " Comparer notre travail aux autres cantons n'est pas cohérent car Genève a de nombreuses spécificités sécuritaires ", estime le syndicat des gendarmes. Au nombre de ces " spécificités sécuritaires " qui plombent les disponibilités policières, faut-il évoquer la chasse aux mendiants et aux squatters, pour ne rien dire du délire sécuritaire de l'Eurofoot 2008 ?

Trop chère, la police genevoise ?

Les policiers genevois sont bien payés, certes : un gendarme sur deux coûterait aussi cher, si l'expression et la comparaison ont un sens, qu'un directeur d'école ou le médecin cantonal, et en moyenne 20 % de la rémunération d'un policier ressortirait de primes, d'indemnités, d'avantages spécifiques ou de compensations d'heures supplémentaires… Mais en rester à ces constats serait en rester à un exercice arithmétique; or le statut de la police relève d'abord de choix politiques, parce que définir le rôle de sa police est (hélas) l'un des choix politiques les plus importants qu'une collectivité publique ait à faire. Si les pandores genevois accumulent les heures supplémentaires et collectionnent les primes et indemnités, est-ce parce qu'ils ne sont pas assez nombreux, comme le suggère Mario Annoni, que le système produit artificiellement des heures supplémentaires, comme le suggère la Cour des comptes, ou parce qu'on les charge d'actions dont les unes ne devraient pas être de leur ressort, et les autres ne sont que les conséquences de gesticulations pré-électorales, dans un canton où l'on est constamment en période pré-électorale ? " La moitié des interventions (de la police) ne relève pas du travail de la police (et) est à ranger dans l'ordre du social ", commentait Laurent Moutinot, après la publication du " diagnostic local de sécurité 2007 " évaluant la perception que la population a du travail de la police. Mais quelle part de la moitié restante du travail policier est " à ranger dans l'ordre de la démagogie électorale " ? La police n'a pas décidé elle-même de s'en aller racketter les mendiants Rroms, et ça n'est pas elle non plus qui a choisi de faire de Piogre une " ville-hôte " de l'Eurofoot. Les policiers genevois sont bien payés -mais bien payés pour faire le travail d'une police du XXIe siècle ou le travail des chasse-gueux du XVIème ?

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mercredi, 25 mars 2009

" Mesures d'éloignement " : un référendum tardif, mais légitime

Contre la politique du " casse-toi, tu pues "

Le Parti du Travail a lancé un référendum contre la modification, votée le 19 février par le Grand Conseil, de la loi cantonale sur la police.  En cause : les mesures d'éloignement, déjà possibles pour les dealers (et dont l'effet le plus tangible est de les repousser d'un quartier à l'autre, les dealers de Cornavin se retrouvant à Saint-Jean et ceux des Eaux-Vives à Plainpalais), La loi permettrait désormais d'appliquer ces mesures pendant un jour à trois mois, dans un périmètre variant d'un pâté de maison à tout le canton, à toute personne ou tout groupe de personne susceptibles (au gré de l'appréciation policière) de " menacer l'ordre ou la sécurité publique " tels que la droite, les conçoit. C'est " la porte ouverte au délit de faciès et aux abus d'autorité ", commente avec raison le président du PdT, Jean-Luc Ardite. Le Conseiller d'Etat Laurent Moutinot était d'ailleurs du même avis : la loi pouvant s'appliquer à n'importe qui, " au mieux elle est un placebo, au pire, un risque pour les libertés publiques ". Le principe de précaution suggérant de se préparer au pire, on n'a rien à perdre à signer le référendum. Et on y gagnera au moins l'occasion de dire " non " à la paranoïa sécuritaire.

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vendredi, 20 mars 2009

Droits syndicaux : Manor impose un périmètre d'interdiction

Marisa Pralong, vendeuse chez Manor, à Genève, a été licenciée à la mi-février dernier. Militante syndicale, représentante des employés dans la commission paritaire du commerce de détail de Genève, c'est son engagement syndical qu'elle paie de son emploi. Marisa Pralong et Unia travaillaient à la constitution d'une commission du personnel de Manor lorsque la militante a été licenciée, en février, au prétexte d'un entretien accordé l'année précédente à la " Tribune de Genève ". Marisa Pralong a défendu les droits de ses collègues. Elle a fait son travail de militante syndicale. Et c'est pour l'avoir fait qu'elle a été licenciée. Et c'est pour les empêcher de faire leur travail que Manor a appelé à la rescousse le Conseiller administratif Maudet, qui a interdit la tenue de stands syndicaux devant le grand magasin, au motif que ça perturbait la clientèle. Celle de Manor ou celle de Maudet ?

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vendredi, 06 mars 2009

Virer l'emmerdeur et garder les potiches ?

Eric Stauffer révoqué du Conseil d'administration des S.I. :
Virer l'emmerdeur et garder les potiches ?


Le Conseil d'administration des Services Industriels voulait sa tête, le Conseil d'Etat la lui donne : le gouvernement a décidé de révoquer Eric Stauffer de son mandat d'administrateurs des SIG, pour avoir " gravement manqué, et à de nombreuses reprises (...) à ses devoirs de confidentialité, de légalité, de diligence (...) de fidélité, de loyauté et de réserve ". Eric Stauffer était l'un des représentants du Grand Conseil au Conseil d'administration des SIG. Non pas le représentant de son parti, le MCG, mais le représentant du parlement cantonal. En le révoquant, c'est donc une décision et une représentation du parlement que le gouvernement révoque. On dira et pensera ce qu'on veut des méthodes du Conducator du MCG, mais l'épisode pose tout de même une question essentielle: à quoi peuvent bien servir les représentants d'un parlement dans des institutions ou des entreprises publiques si l'on exige d'eux qu'ils ferment leur gueule, et ne représentent plus le parlement dans l'institution mais l'institution au parlement et dans leur parti ?

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vendredi, 27 février 2009

Siège genevois de l'OMC et Parc Barton : Extension du domaine de la brute ?

Bob Cramer, venant plaider devant le Conseil municipal de la Ville pour qu'un préavis favorable soit donné au projet d'extension du siège de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) obtiendra ce qu'il veut après le passage du projet en commission : une assez large majorité le soutient, même si l'UDC d'une part, A Gauche Toute d'autre part, s'y opposent toutefois, pour des raisons contradictoires mais qui devraient s'additionner en référendum. La Ville ne donne qu'un préavis, c'est le canton qui décide, mais les partisans du projet agitent le spectre d'un départ de l'OMC à Petaouchnok à cause du " mauvais signal " que donnerait une rebuffade populaire aux organisations internationale. Et le débat de faire dans la nuance : " défendre ce projet, c'est défendre les intérêts de Genève " plaide Sandrine, " le cancer capitaliste attaque un poumon de Genève ", rétorque SolidaritéS. On ne serait pas en train de faire beaucoup de bruit pour pas grand chose ?

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jeudi, 26 février 2009

Part à deux

Conseil d'Etat : le PS joue la prudence

Les socialistes se contentent donc de revendiquer, au gouvernement, le statu quo politique -autrement dit : le maintien d'un rapport de force qui n'a en rien, ou presque, permis d'opposer une résistance efficace à la mise en oeuvre de la politique la plus droitière menée à Genève  depuis un bon demi-siècle. Pour un parti dont l'existence n'a de sens, et de légitimité, que s'il est capable de se poser en force de changement, se contenter de n'avoir pour ambition suprême que celle d'en rester là où il en est aujourd'hui, n'est pas franchement de nature à susciter un enthousiasme délirant de son propre électorat. L'indispensable troisième candidature de gauche, il faudra donc l'attendre de l'extérieur du PS -de forces qui se disent à sa gauche, et qui ne peuvent réellement peser sur le débat politique que si elles s'unissent. Ou à tout le moins, se coordonnent. L'exercice devrait être à leur portée, si du mot " gauche " elles ne retiennent pas que le substantif dérivé : " gaucherie ".

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vendredi, 20 février 2009

Delenda Stadium !

Stade de la Praille :
les mendiants reviennent et le Conseil d'Etat invente le trou rentier


Nème épisode d'un feuilleton répétitif, celui du stade de la Praille : Accroché au trou de la Praille comme une huître à son pieu, le Conseil d'Etat propose au Grand Conseil un projet de loi attribuant à la fondation (privée) du stade une subvention annuelle de l'ordre de plus de deux millions chaque année pendant quatre ans, subvention renouvelable mécaniquement pendant toute la durée de vide du stade, soit encore au moins quarante ans. On vous laisse faire vous même la multiplication (quarante fois deux millions, ou plus si entente) pour obtenir le total final de ce nouveau racket des fonds publics. Bref, le Conseil d'Etat, en pleine crise économique, invente un nouvel instrument financier : le trou rentier. A deux millions par an pendant un demi-siècle. C'est beau comme du Madoff.

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jeudi, 19 février 2009

Candidatures socialistes au Conseil d'Etat : Qui, combien, pourquoi ?

Cinq socialistes sont candidats et candidates, devant le congrès de samedi, à la candidature au Conseil d'Etat genevois : trois députées, un Conseiller d'Etat sortant, et le Maire de Genève, dont la candidature à la candidature a eu pour premier effet, éminemment positif, de provoquer une adhésion aussi massive que sincère au principe de parité, y compris de la part ceux-là (et celles-là) même qui ont refusé avec obstination de l'inscrire dans les statuts du parti cantonal (ou tentent de la contourner dans les statuts du parti municipal). " En ne parlant que de la parité, on occulte des débats ", estime Manuel Tornare. Nuançons, Manu : ce n'est pas en parlant de la parité qu'on " occulte des débats " : c'est en n'en parlant que quand ça arrange ceux (et celles) qui en parlent… D'ailleurs, quelle question devrait importer le plus aux socialistes ? Qui présenter au Conseil d'Etat, combien de candidates et de candidats présenter… ou que faire de cette présence gouvernementale, et avec quelle majorité ?

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samedi, 17 janvier 2009

Mais que fait la polis ?

Manif anti-WEF du 31 janvier : Genève menacée de devenir Athènes…


Sans accord sur l'indemnisation des heures supplémentaires, et sans respect de l'accord sur celles effectuées lors du funeste Euro2008, la police genevoise menace de n'assurer qu'un service sécuritaire minimum lors de la manifestation organisée le 31 janvier contre la tenue, à 250 kilomètres de là, du " World Economic Forum " de Davos. Par l'odeur électorale alléchées, la droite s'inquiète de possibles " débordements " et l'extrême-droite veut interdire la manif. Quant au Conseil d'Etat, il réfléchit. Ça en fait au moins sept qui se livrent à un exercice utile..

Hellas, trois fois Hellas…

L'UDC a déposé au parlement une demande d'interdiction pure et simple de la manifestation (le Black Block en tremble), et des élus des partis de l'Entente ont fait une démarche similaire, mais plus discrète. De son côté, le gouvernement hésite, affirme prendre " au sérieux " la menace de " débordements ", mais sans " céder à la panique ", tout en demandant l'aide des autres polices romandes, de la police ferroviaire et de la Confédération. Du coup, les congés des policiers sont suspendus du 29 janvier au 2 février, et les policiers et gendarmes, qui s'étaient déjà fait avoir lors de l'Euro 2008, râlent sec. Tout ça pour quoi ? Pour une manifestation qui, même dans les prévisions les plus optimistes des organisateurs, ne devrait en rien pouvoir se comparer avec la marée humaine de 2003, contre le G-8.  Certes, sur des sites internet étrangers, des appels ont été lancés à transformer " Genève en Athènes " (allusion aux violents affrontements, qui n'avaient d'ailleurs rien à voir avec le WEF, qui ont opposé de jeunes manifestants à la police grecque il y a quelques semaines). Transformer Genève en Athènes ? Vaste programme. Où parmi nous peuvent se nicher les Périclès, Solon, Eschyle, Sophocle ou Phidias indispensables à cette miraculeuse métamorphose ?  En les attendant, on se contentera d'écrire ici que vu l'état en lequel les pingouins qui se réuniront à Davos laissent le monde et la compétence qu'ils ont démontrée ces derniers temps dans la " gestion de la crise " de leur propre système économique, social et politique, on ne sait pas s'il y aura des " casseurs " à Genève, mais on sait déjà où seront les provocateurs : à Davos.

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vendredi, 16 janvier 2009

Une reine aux Rois

Real Griselidis.jpgGrisélidis Réal :
Une reine aux Rois


Le Conseil administratif a confirmé que Grisélidis Réal reposera au cimetière des Rois, à Plainpalais, notre petit Panthéon à nous, dès le 9 mars. Cris d'orfraies dans la parvulissime République : quoi ? Une prostituée dans un jardin réservé aux personnalités " particulièrement méritantes " ? Eh bien oui, parce que Grisélidis, prostituée ou non, était " particulièrement méritante ". Et qu'on n'est pas sûr de pouvoir en dire autant de tous ses futurs voisins.


Les cendres de la sorcière

La dame avait vécu de ses charmes, certes. Mais, prostituée et se revendiquant telle, Grisélidis était aussi écrivaine de grande race, et citoyenne de bel engagement. Elle avait d'ailleurs moins défendu la prostitution que les prostituées. Quant à l'écrivaine, que celles et ceux (surtout celles, hélas) qui s'indignent que ces cendres pussent reposer à côté de celles d'obscurs notables la lisent : ses mots plaident pour elle. Enfin, c'est la citoyenne, la fondatrice d'Aspasie, la militante de la cause des plus méprisées et des plus exploitées d'entre les femmes, qu'on honorera. Défendant le choix du Conseil administratif, Patrice Mugny a parfaitement raison d'affirmer que " dans une société idéale, les femmes ne devraient pas avoir à vendre leur corps "... mais dans une " société idéale ", nul ne devrait avoir à vendre ni son corps, ni son temps, ni ses rêves -et on se rappellera, avec quelques vieux anarchistes, que la prostitution n'est après tout qu'une métaphore du salariat (on ne vend pas son corps, mais on vend un temps pendant lequel l'acheteur fait de nous ce qu'il veut), d'autres ajoutant qu'après tout, ce qui sépare la prostituée de l'épouse bourgeoise est que la première se fait payer pour ce que la seconde doit subir par devoir conjugal. Grisélidis s'était prostituée, certes, mais on ne jurera pas que d'entre les augustes dépouilles reposant aux Rois, aucune ne soit celle d'hommes qui n'ait pire à se reprocher. On pourra jurer, en revanche, qu'il en est de nombreux dont les " mérites particuliers " furent infiniment moindres que ceux de la Courtisane. Et dont le nom même ne dit plus rien à personne, quand les mots de Grisélidis sont encore célébrés comme ceux d'une égale des grands écrivains.

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mardi, 13 janvier 2009

Dieudonné, ou la liberté d'excrétion

Peut-on interdire la connerie ?

Dieudonné " fera l'con " les 6 et 7 février à Genève. Le 26 décembre dernier, à Paris, Dieudonné avait fait monter sur scène le vieil antisémiste Robert Faurisson et lui avait fait remettre par un figurant déguisé en déporté juif un " prix de l'infréquentabilité et de l'insolence ". Infréquentable, sans doute Faurisson l'est-il. Mais c'était lui faire trop d'honneur que lui attribuer la moindre insolence, comme ç'eût été en faire trop à Dieudonné que lui interdire de " faire l'con " à Genève. On n'interdit pas une merde. On la balaie, ou on marche dessus si on a besoin d'un porte-bonheur.

Voltaire et Saint-Just sont dans un bateau...

La liberté d'expression est, par définition, illimitée. Elle implique cependant la responsabilité individuelle de qui en use. Dieudonné a donc le droit d'étaler sa connerie, revendiquée, sur scène : il en assumera les conséquences. Le priver de ce droit par une censure préalable exercée par une autorité politique ne reviendrait qu'à faire un maximum de publicité à une connerie provocatrice. Et à ouvrir un champ miné aux interventions politiques de toutes sortes, non seulement contre les provocateurs à la petite semaine genre Dieudonné, mais ensuite contre tous les " mal-pensant " possibles et imaginables. Comme on l'avait fait il y a trois lustres contre cette indispensable vieille crapule de Voltaire, en prohibant la mise en scène de son " Mahomet ", charge antireligieuse plus qu'anti-musulmane, qu'on avait cru séant de considérer comme inopportune car blessante pour les musulmans. Noam Chomsky a raison, pour qui " si on ne défend pas la liberté d'exprimer les idées les plus méprisables, on ne défend pas vraiment la liberté d'expression ". De même ne défend-on pas la liberté de religion si on ne défend pas le droit au blasphème. Dieudonné n'est pas Voltaire, juste un médiocre histrion dont le succès médiatique, dans un monde où la forme d'un propos compte plus que son fond, ne tient qu'aux réactions indignées qu'il cherche (et réussit) à susciter. Raison de plus pour ne pas lui faire l'honneur d'une interdiction. Entre Voltaire et Saint-Just, entre le " Je suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire " de l'un, et le " pas de liberté pour les ennemis de la liberté " de l'autre, il y a un espace que ni le patriarche des Lumières, ni l'archange de la révolution n'ont exploré : celui du mépris. En lequel on peut laisser Dieudonné et Faurisson se vautrer.

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jeudi, 08 janvier 2009

Il est né le divin consensus ?

Mobilité en Ville : tous les partis politiques municipaux appellent à des " Etats généraux "

Tous les partis représentés au Conseil municipal de la Ville de Genève présentent une motion commune demandant à l'exécutif municipal d'organiser des " Etats généraux de l'aménagement et de la mobilité ". La motion sera à l'ordre du jour du Conseil municipal du 20 janvier, et ses signataires l'inscrivent dans la perspective de la mise en consultation du Plan directeur communal " Genève 2020 ".

Embouteillage de bons sentiments

Le moment n'est pas mal choisi (Genève va se couvrir de chantiers liés à la mobilité jusqu'en 2012, au moins), et les intentions sont louables (" faisons déjà ce sur quoi nous sommes d'accord, et le plus vite possible ", plaide le socialiste Gérard Deshusses), mais à quel genre de compromis boîteux et de consensus mous peut-on arriver en organisant une " vaste consultation " sans proposition préalable, et sans autre intention que celle de " réunir tout le monde ". Réunir tout le monde pour tirer quoi de ce jamboree ? Sur quoi serions supposés être " tous d'accord " ? Nous ne le sommes ni sur le péage urbain, ni sur la fermeture de 200 rues à la circulation automobile (que propose une initiative des Verts), ni sur la suppression du stationnement gratuit et la restriction de la circulation des deux roues motorisés (aussi polluants, sinon plus, que les bagnoles, et généralement plus bruyants), ni sur la construction de nouveaux parkings (créer des parkings incite évidemment à utiliser ce qu'on y parque), ni sur la hausse des tarifs des parkings existants... ni même sur le CEVA, ni, enfin et surtout, sur la nécessité de libérer la ville de la voiture, et de cesser de prendre la vessie du " libre choix du mode de transport " pour autre chose que ce qu'elle est : une foutaise rhétorique. Au fond, les objectifs des uns et des autres restent les mêmes, et mêmement inconciliables : assurer l'accès du centre-ville en bagnole pour les uns, virer la bagnole de la ville pour les autres (dont nous sommes). On souhaite bonne chance aux acteurs des futurs " Etats généraux de la mobilité " (auxquels il n'y a par ailleurs aucune raison de s'opposer -un brainstorming de plus n'est jamais de trop) : ils auront du pain sur la planche. A roulettes, la planche.

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lundi, 22 décembre 2008

Culture genevoise : après l'épuration, la concentration ?

Signez * le référendum contre la disparition du Centre pour l'image contemporaine

* feuilles de signatures téléchargeables sur www.sauvons-le-cic.ch. Dernier délai de renvoi : jeudi 22 janvier

Le 6 décembre dernier, le Conseil municipal de la Ville a accepté, à une " très grande majorité ", le transfert au Centre d'art contemporain (CAC) et au Fonds municipal d'art contemporain (FMAC) de la subvention de 1,1 million accordée au Centre pour l'image contemporaine (CIC), ainsi que le transfert de la collection du CIC au FMAC. Cette décision signerait l'arrêt de mort du CIC, à moins que le peuple s'y oppose. Encore faut-il qu'il puisse s'exprimer. D'où le lancement d'un référendum populaire contre une décision prise pour des motifs en lesquels les choix de politique culturelle semblent avoir pris une place pour le moins ténue. Une décision par ailleurs voulue, curieusement, par la " très grande majorité " du Conseil de fondation de la fondation de Saint-Gervais, apparemment adepte de l'application au tissu culturel genevois des méthodes de la médecine moyenâgeuse : la purge, la saignée et l'amputation.

La marge et la page

On s'est d'abord attaqué aux marges, on s'attaque désormais aux pages. Après l'offensive contre les squats, et les espaces culturels créés par les squats, après l'évacuation d'Artamis, après la scénarisation médiatique des attaques contre l'Usine, on passe aux attaques contre des acteurs culturels labellisés comme tels, officialisés, installés dans des institutions publiques (et peu importe que Saint-Gervais soit une fondation privée, quand elle dépend essentiellement des subventions publiques, est dirigée par un Conseil de fondation peuplé de représentants de collectivités publiques... et que sa disparition est ratifiée par une municipalité). Le Centre pour l'image contemporaine a été fondé il y a 23 ans. Il faisait partie intégrante du " tissu culturel " genevois, et avait acquis une renommée internationale incontestable. Il n'en est pas moins devenu la première institution culturelle genevoise à se retrouver dans la même situation, ou peu s'en faut, que les espaces culturels alternatifs. Après l'épuration, la concentration. Ce saut qualitatif n'est pas moins inquiétant que les trépignements populistes et épurateurs qui l'ont précédé. Après le CIC, à qui le tour ? Après l'auto-amputation à laquelle s'est livrée (qu'on l'y ait ou non incitée) la Fondation de Saint-Gervais, quel charcutage, quelle " fusion ", quel appauvrissement ?

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jeudi, 18 décembre 2008

Toto flingueur

Cours de jeunes tireurs
Toto flingueur


Le moment était bien choisi : à quelques jours de la célébration du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, les autorités genevoises ont aidé les sociétés de tir militaire à inviter les jeunes, garçons et filles, de 16 ans résidant dans le canton, à suivre un " cours d'initiation au tir avec fusil d'assaut militaire ". Cette invitation n'a été envoyée qu'aux jeunes Suisses-ses. On part sans doute du principe que les métèques étant flingueurs de naissance, il est inutile de les former. Reste qu'un lourd doute place sur cette initiative imbécile : au moment où on se demande comment empêcher des frappadingues de sortir leur fusil militaire pour flinguer leur famille, leurs voisins ou les passants, était-il judicieux d'inviter les ados indigènes à s'initier aux armes ?

De l'infinitude de la connerie

Une initiative populaire fédérale a été lancée, et aboutira, " pour la protection face à la violence des armes ", l'abolition de la possibilité de garder à son domicile le fusil d'assaut est discutée au plan fédéral, Genève a pris les devant en organisant le dépôt dudit fusil à l'arsenal... mais on organise tout de même des " cours d'initiation au tir " pour adolescents et adolescentes, avec le même fusil d'assaut. Au tir sur quoi, au juste, avec une arme de guerre ? Sur des cibles, certes, mais pour apprendre à tirer ensuite sur quoi, ou qui ? Pas sur les animaux, la chasse est interdite à Genève et il ne s'agit pas de fusils de chasse; pas sur les ennemis potentiels de notre beau pays, il y a longtemps qu'un fusil d'assaut n'effraie plus que les proches de ceux qui le manient… Le plus amusant de l'histoire est sans doute que ceux qui organisent et promeuvent cet exercice à la fois absurde et inutile sont souvent les mêmes qui geignent sur l'accroissement de la violence des jeunes. Ces geignements n'aurait-ils donc pour motif que la déception de constater que cette violence n'use généralement que d'instruments artisanaux, genre couteau ou cocktail Molotov, alors que de belles et bonnes armes fabriquées avec amour par de braves travailleurs de chez nous dans de belles usines de chez nous roupillent au fond de l'armoire familiale ? Et tout cela de nous faire douter, au bout du compte, de la logique de la démonstration de Spinoza : rien d'infini ne peut être contenu dans un monde fini. Rien d'infini, sauf la connerie. Qu'il convient donc non seulement d'armer, mais de former à l'usage des armes.

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mercredi, 10 décembre 2008

A qui le droit acquis ?

Statut du personnel municipal Nos copains de l'Alternative, tous partis et groupes confondus, ont bien bossé : La Ville de Genève a un budget (" prudent, mais qui préserve la solidarité active " selon Sandrine Salerno) : dans un vote final bloc contre bloc (avec quelques variantes ponctuelles, et après moult tractations), l'Alternative a fait passer, en l'amendant un peu, le projet de budget présenté par le Conseil administratif. Les sourires des uns (des unes, en particulier) et la grise mine des autres (au masculin implicite, surtout) faisaient, ensemble, plaisir à voir et dessinaient une jolie carte de vœux. Reste un gros chantier : la réforme du statut du personnel, sur laquelle la majorité de gauche s'était divisée (avant que de se reformer). Avec en arrière-fond la vieille question : que faire des " droits acquis ", si ces droits n'ont été accordés par l'employeur (la Ville) que pour pouvoir éviter d'en accorder d'autres, plus importants, et si ces acquis empêchent d'aller plus loin dans une véritable politique salariale de gauche, intégrant les primes dans le salaire et écrasant les inégalités salariales ? Statut statique ? Le Conseil administratif de la Ville propose un nouveau statut du personnel, facilitant d'une main (la droite) les licenciements et supprimant de la même main la participation aux cotisations maladie, la semaine de vacance supplémentaire pour les employés de plus de 57 ans, l'automaticité de l'indexation et la prime d'ancienneté (des " droits acquis " qui privilégient mécaniquement la capacité de durer des " anciens "), et instaurant de l'autre main (la gauche) un congé parental et un congé paternité, ainsi une allocation familiale municipale, prolongeant le congé maternité (mais de la durée de l'actuel congé d'allaitement dont bénéficient la plupart -mais pas toutes- les employées de la Ville). L'actuel statut du personnel municipal date, pour ce qui est de sa structure, des années 30 du siècle passé. Son obsolescence est reconnue à la fois par la Ville et par les syndicats, sa réforme est donc acceptée. Mais quelle réforme, avec quel contenu, et à quel rythme ? Le Conseil administratif veut négocier globalement, les syndicats veulent procéder article par article, pour pouvoir en référer régulièrement à leur base. Quelle que soit la méthode, le travail est considérable : le statut contient avec les règlements annexes, plusieurs centaines de textes à modifier (400 selon les syndicats). Par exemple pour intégrer au salaire les primes qu'on a préférer créer au fil des législatures plutôt que de réduire les écarts entre classes de traitement, en supprimant les classes de traitement les plus basses... Une municipalité de gauche, appuyée sur une majorité de gauche au Conseil municipal, ça devrait pouvoir définir une politique salariale de gauche, et s'extirper d'un héritage qui n'est après tout que celui d'une succession de majorités de droite -celles qui ont " gouverné " la Ville pendant des décennies.

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vendredi, 05 décembre 2008

Logement comme des arracheurs de dent

Une pénurie qui s'aggrave

C'était promis, juré, on allait construire du logement. Le Conseil d'Etat en général, Mark Muller en particulier, les milieux immobiliers et l'ASLOCA main dans la main, allaient se mettre au boulot, on allait voir ce qu'on allait voir. Et bien, on voit : alors qu'il faudrait au moins 1600 logements nouveaux par année, et que le Conseil d'Etat annonçait vouloir en construire 2500 par année, on n'en a " mis sur le marché " que 750 dans les neuf premiers mois de 2008. Et sur ces 750, une bonne partie ne seront pas loués, mais vendus (en 2007, la moitié des logements nouveaux étaient des villas ou des appartements en propriété par étage).

Des logements ou des prisons ?

L'année 2008 risque fort d'être celle au cours de laquelle le nombre de nouveaux logements aura été le plus bas depuis des lustres : si la tendance des neuf premiers mois se poursuit, ce nombre devrait être inférieur à mille. Alors que la population du canton a crû de 3500 personnes en neuf mois, et le nombre d'emplois de 5400 dans la même période. Et que rien, pas même la récession, ne permet d'attendre un relâchement de la pression démographique sur la ville, le canton et la région. La Communauté genevoise d'action syndicale, une année après la signature de l'accord " historique " supposé sortir Genève de la crise du logement, avait accusé le Conseil d'Etat (ou du moins sa majorité) de bloquer sciemment le développement de nouveaux projets en s'accrochant à la préservation de la zone agricole et à la priorité donnée au développement du site de la Praille-Acacias-Vernets, où seuls 6000 à 9000 nouveaux logements sont prévus dans un délai minimum de dix ans, soit un nombre insuffisant de logements, dans un délai trop long, et dans le cadre d'un projet urbanistique contestable. Enfin, Mark Muller n'a aucune intention de faire quoi que ce soit pour que les 410 logements vides dénombrés dans le canton (dont 272 en Ville) cessent de l'être. Et surtout aucune intention de faire usage du droit que lui donne la loi de les réquisitionner pour y loger des gens qui ne trouvent pas de logement, ce que précisément le Conseil municipal de la Ville lui demandait de faire. Mais bon, vous savez ce que c'est, appliquer toutes les lois, c'est dur. Alors on choisit. Et c'est quand même plus facile de déloger des squatters que des propriétaires. Comme il est apparemment plus facile d'agrandir la prison, et d'en construire de nouvelles, que de construire des logements sociaux. Ou d'utilité publique, comme on voudra.

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jeudi, 04 décembre 2008

Jeux Olympitres divers

Et une baudruche de moins, une…

Genève va donc vraisemblablement renoncer à se porter candidate pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2018. En fait, ce projet stupide n'avait jamais été porté que par quelques allumés jobinesques (plus Mark Muller, probablement soucieux de faire oublier le piètre bilan de sa politique du logement), mais il avait été annoncé à grande coups de trompettes médiatiques par le quotidien local d'Edipresse (qui s'était déjà illustré dans son rôle de partenaire de l'Eurofoot, et précédemment de thuriféraire du Stade de la Praille). Mais voilà : faute de soutien populaire, de soutien politique (MediaMark mis à part) et même du soutien de Swiss Olympic, le soufflé retombe et la baudruche se dégonfle. Pas de JO d'hiver 2018 à Genève, donc. Mais peut-être à Annecy. Il est vrai que la République a pris l'habitude d'exporter ses nuisances en France voisine... On construit la région comme on peut.


Ouf…

Deux visionnaires, le directeur de l'Hôtel de Rhône, Marco Torriani, et le président de Genève Tourisme, Jean-Pierre Jobin, avaient eu une idée de génie, reprise (c'est dire si c'est une idée de génie) par Mark Muller et la " Tribune de Genève " : faire organiser les Jeux Olympiques d'hiver 2018 à Genève. C'est vrai que ça manquait à notre station de sports d'hiver. Torriani et Jobin ont donc monté un comité exploratoire, pompé 200'000 balles au Sport Toto, et sont allés quémander des soutiens moraux divers et variés. Ils n'en ont guère obtenu, sinon celui de Mark Muller, toujours partant pour soutenir ce genre de foutaises (invariablement présentées comme autant de projets ambitieux et enthousiasmant). Dans la Tribune du 27 juin, le rédac'chef nous avait carrément éjaculé un édito orgasmique : Non seulement " l'Euro2008 est un succès total que même le fiasco du Bout-du-Monde ne peut entamer " (faudra qu'on nous explique comment un succès contenant un fiasco peut être total...), et l'image de la baudruche à Jobin sur le jet d'eau fut " parfaite ", mais " dans la griserie de l'instant " (raaaah lovely) " un seul projet semble désormais capable de satisfaire l'appétit des nouveaux rois de l'événement " et de leurs porte-plumes : les JO 2018, qui auraient ramené " l'Euro aux dimensions d'une belle fête foraine " (c'était donc autre chose ?), et auraient permis en prime aux fétichistes de la bagnole et aux drogués du béton de nous coller une traversée routière de la rade, une troisième voie autoroutière et un nouvel aéroport. Et pourquoi pas une " fan zone " de curling au Bout-du-Monde ? Bref, on l'a échappé belle. Et on s'est économisé un référendum.

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lundi, 24 novembre 2008

Vaguelettes dans le marigot

Or donc, le vote sur l'initiative pour un " Cycle qui oriente ", lancée par le " Réseau école et laïcité " (REEL), et concurremment sur le contre-projet du gouvernement et du parlement, a été annulé (alors qu'il avait déjà commencé) par le Tribunal administratif, sur recours des initiants, fâchés de la présentation de leur initiative par le Conseil d'Etat dans la brochure détaillant les objets mis en votation cantonale. Et le marigot politique se met à clapoter, tous les batraciens du biotope (à quelques originaux près) coassant à la violation des droits populaires et au déni de démocratie, pas moins, les plus bruyants d'entre eux (comme l'UDC qui voit carrément la " démocratie en péril " et " la dictature à nos portes ") exigeant la démission collective du Conseil d'Etat. Dans cette histoire, tout le monde prend le citoyen pour un crétin décérébré : les initiants, en le supposant au garde-à-vous devant la parole du gouvernement; le gouvernement, en jouant désormais l'air de " on l'a pas fait exprès "; et les juges du TA, en annulant un vote déjà engagé parce qu'un texte ne se trouvait pas à la bonne page d'une brochure que pas grand monde ne lit. " Le Conseil d'Etat a gravement failli à son devoir d'information objective ", estiment les juges. Qui accusent le Conseil d'Etat d'avoir été partisan. Ce que tout gouvernement est par définition.

De Clochemerle à Picrochole

Heureuse République que celle, parvulissime et quérulente, qui devrait s'embraser pour un texte que presque personne n'a lu, et dont presque personne n'a ou n'aurait tenu compte pour prononcer son vote. Selon que l'on préférera le XVIe ou le XXe siècle, Rabelais ou Chevallier, on situera la querelle à Picrochole ou Clochemerle. Parce qu'à Genève, ça doit bien faire quelques décennies que les citoyens se contrefoutent des avis de leurs gouvernants lorsqu'un projet leur est soumis. Et qu'on espère bien n'en pas revenir à la situation monégasque 0ù vaticane, celle d'une microcratie où l'avis des gouvernés se doit d'être à l'unisson de celui des gouvernants. " Le Conseil d'Etat a voulu influencer les électeurs " en usant de termes " polémiques ", écrit le Tribunal administratif... La belle affaire ! vouloir " influencer les électeurs ", c'est ce que font les gouvernements depuis qu'il y a des gouvernements et des électeurs. Et user de termes " polémiques ", c'est ce que font les acteurs du débat politique depuis que débat politique il y a. Et c'est d'ailleurs ce qu'ont fait sitôt la décision du Tribunal administratif connue les initiants de REEL, l'UDC, le MCG... et le président du parti radical, tout frétillant d'envie de voir son Conseiller d'Etat préféré reprendre le département de l'Instruction publique. Et surtout quitter celui de l'action sociale. Parce qu'en période de crises financière, économique et sociale, être chargé de l'action sociale, c'est pas très porteur politiquement et électoralement. Surtout pour un parti à la limite du quorum et en passe de se faire bouffer par son grand frère libéral.

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mercredi, 19 novembre 2008

Une usine à gaz en crise

FASe ultime ?

La FASe (fondation pour l'animation socioculturelle, qui regroupe les maisons de quartiers, centres de loisirs, jardins Robinson etc...) est en crise financière : la subvention qu'elle reçoit du canton pour 2008 (et qui n'a pas bougé depuis 2007) ne couvre pas le coût des mécanismes salariaux qu'elle doit honorer, par référence à ceux de la fonction publique. Or la Fondation n'a pratiquement pas d'autre source de financement que les subventions publiques -et si celles-ci sont insuffisantes, le budget est déficitaire. Pour couvrir ce déficit (417'000 francs pour 2008) et assumer ses obligations d'employeur, la FASE espérait pouvoir obtenir du Fonds d'équipement communal (FEC) un coup de pouce, mais le canton s'y est opposé (alors qu'il avait imposé une ponction de plusieurs millions sur le même FEC pour payer les dettes de la fondation (privée) du stade de la Praille -on a les priorités qu'on mérite). On vous passe les péripéties suivantes, pour en arriver à la situation actuelle : le canton est d'accord de renflouer la FASe, à condition que les collectivités publiques détiennent désormais la majorité au sein du Conseil de fondation. La FASe n'était pas un modèle d'efficacité, sa conception même, et son histoire, la faisait furieusement ressembler à une usine à gaz -mais autogérée. L'usine à gaz est en voie de nationalisation. Reste à savoir à quoi elle va servir.

Repenser la FASe

Plus profondément qu'à une crise financière, c'est à une crise et à la contradiction de ses objectifs qu'est confrontée la FASe. Comme son nom l'indique, la fondation a été créée pour assurer l'animation socioculturelle. Sa charte de 1993, signée par le canton les communes, les associations et le personnel, fixe deux axes " indissociables " à son travail : l'action associative et socioculturelle et l'action éducative. Jusque là, tout est possible. Mais le temps passant, et les sensibilités sociales et politiques évoluant, on a ajouté à ces missions initiales des objectifs sécuritaires (de prévention de la délinquance) qui peuvent difficilement être considérés comme " indissociables " de l'action socioculturelle (autant confier la responsabilité de l'école et de la police au même département ministériel). L'animation socioculturelle n'a pas pour finalité la prévention de la délinquance, la réinsertion des délinquants, et moins encore leur " rééducation ". Attribuer à la même institution (la FASe) des missions aussi contradictoires que l'animation et la réinsertion, c'est la condamner à n'en remplir aucune. Et faire de la FASe l'employeur d'animateurs socio-culturels, de moniteurs de jardins Robinson ou de centre aérés en même temps que de travailleurs sociaux hors-murs, c'est la charger de responsabilités qu'elle n'a pas les moyens d'assumer. Ou la contraindre à choisir d'entre les deux missions contradictoires qu'on lui assigne, celle à laquelle elle va devoir renoncer pour pouvoir assumer l'autre. Autant dire que la crise que traverse la FASe ne devrait pas seulement aboutir à une décision prise dans l'urgence, parce qu'indispensable, de la renflouer financièrement, quitte à y " prendre le pouvoir ", mais aussi à une redéfinition de ses missions.

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samedi, 15 novembre 2008

L'école de Pépé ou l'école de Papa ?

Votation cantonale sur le Cycle d'Orientation :
L'école de Pépé ou l'école de Papa ?


On votera le 30 novembre prochain sur le Cycle d'Orientation. On aura le choix entre une initiative réactionnaire et un contre-projet centriste, le Grand Conseil ayant adopté à l'unanimité un contre-projet, proposé par le Conseil d'Etat, aux deux initiatives contradictoires (une de gauche, une de droite) sur le Cycle d'Orientation, les deux initiatives étant donc condamnées soit à se mesurer l'une après l'autre au contre-projet gouvernemental (si celui passe le vote du 30 novembre), soit à se mesurer l'une à l'autre l'année prochaine (si l'initiative réac est acceptée). Et c'est d'ailleurs là que se trouve la principale qualité du contre-projet : être le moyen de se débarrasser d'une initiative (celle de REEL) qui ressemble furieusement à une machine à remonter le temps. Choisir entre l'initiative de REEL et le contre-projet, c'est un peu choisir entre le Cycle d'Orientation d'il y a plus de quarante ans, celui des débuts, et le Cycle d'Orientation d'aujourd'hui, un peu (pas trop) rénové. En soutenant le contre-projet dans dix jours, on évacue le risque d'un retour en arrière. Pour aller de l'avant, on attendra 2009, et le vote sur l'initiative de la Coordination enseignement.

Cycle d'Orientation ou de sélection ?

A ma gauche, une initiative proposant l' " hétérogénéité " de l'école moyenne; à ma droite, une initiative qui en revient à une sélection précoce et rigide, réintroduit les notes de " comportement " et ressuscite une filière ghetto pour les élèves en difficulté. Au centre, un contre-projet gouvernemental qui refuse à la fois l' " hétérogénéité " prônée par la gauche et la sélection exclusive prônée par l'initiative réac. Dire que le choix du 30 novembre nous enthousiasme serait excessif. Mais enfin : ce choix est d'abord un choix tactique : vaut-il mieux que l'initiative de gauche soit opposée en 2009 à celle de REEL ou au contre-projet du Conseil d'Etat et du parlement ? Nous en tenons pour le contre-projet parce qu'à le comparer à l'initiative, il dessine une " école moyenne " acceptable. Sans plus. Mais avec un peu plus de moyens. Le contre-projet " rénove " prudemment le Cycle d'Orientation, sans en changer grand chose. Le changement, c'est l'initiative " de gauche " qui le propose. Coût de la réforme proposée par le Conseil d'Etat et le Grand Conseil : une paille, 32 millions, pour engager 244 professeurs et ouvrir 80 classes supplémentaires. Devoir choisir entre l'école de pépé prônée par REEL et l'école de Papa rénovée par le contre-projet ne nous fait pas bondir d'admiration devant la qualité du choix proposé, mais quand on sera débarrassé des propositions les plus réactionnaires (celles de REEL), on pourra commencer à débattre sérieusement des nôtres. Et commencer à se battre pour qu'elles soient acceptées l'année prochaine. En clair : le contre-projet fait le ménage en balayant une grosse poussière. Au pays de la putze, on peut se résigner, temporairement, à ce retour aux traditions.

03:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : école, politique, co | |  Facebook | | | |