jeudi, 25 avril 2013

Culture : L'accès et l'abcès

« Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine »

Au départ, c'était une motion bénévolente déposée par des conseillères et conseillers municipaux des trois groupes de l'Alternative, une proposition relevant de l'évidence, mais qu'il nous fallut deux heures de joutes oratoires pour faire accepter; elle demandait que les réductions de tarifs d'entrée dans les institutions culturelles et sportives de la Ville de Genève soient étendues aux bénéficiaires de l'aide sociale accordée par des institutions publiques et privées, et que ces bénéficiaires en soient informés. Rien de bien révolutionnaire, tout de bien raisonnable... mais voilà, on est déjà en période électorale, et l'extrême-droite (le MCG et l'UDC) avait une furieuse envie de se faire entendre sur un sujet où règne plutôt son mutisme. Mais comment se faire entendre sur une proposition à laquelle on ne peut pas -ou n'ose pas- s'opposer et qu'on regrette sans doute de n'avoir pas déposée soi-même ? Eh bien, en parlant de tout autre chose. De tout et de rien. Surtout de rien. Mais en en parlant très fort. La proposition parlait d'accès à la culture ?  On en fit un abcès d'inculture, et cette petite étincelle mit le feu à toute la (petite) plaine du Conseil Municipal...

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mardi, 09 avril 2013

Les salauds, ils ont ressuscité Guy Debord !

DEBORD2.JPGL'homme des tavernes

En sortant de nos pâques, si peu religieuses qu'elles furent, nous ne sommes toujours pas sûr de vouloir croire à la possibilité d'une résurrection -et surtout pas à la nôtre. Et nous aurions aimé que l'on ne s'autorise pas à ressusciter qui récuserait pareil traitement, de toutes ses forces de mort ayant choisi de l'être. C'est Guy Debord, qu'on nous ressuscite, là, maintenant. Il voulait «afficher, comme Li Po, cette noble satisfaction : "depuis trente ans, je cache ma renommée dans les tavernes "» -eh bien l'en voilà sorti de sa taverne, et de force, par la peau des mots, pour être exposé à la Bibliothèque Nationale française. Comme si l'ironique et douloureux « Panégyrique » qu'il écrivit de lui même ne suffisait pas, et que sa conclusion, belle épitaphe que l'on voudrait le moment venu reprendre pour soi, n'était pas assez péremptoire pour décourager les épigones : « ici l'auteur arrête son histoire véritable : pardonnez-lui ses fautes ».

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mercredi, 13 mars 2013

Rénovation ET extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève : Dissocier ou couler ?

Le projet « Nouvel » de rénovation du Musée d'Art et d'Histoire de Genève s'est pris une nouvelle rafale de plombs dans l'aile, lors même que le Conseil Administratif en avait proposé une mouture remodelée, atténuant l'impact du projet initial pour désarmer les oppositions et éviter le référendum, et que l'on croyait ce nouveau projet acceptable par (presque) tous. Las ! Patrimoine Suisse reste opposée au projet, y compris dans sa nouvelle version, parce qu'opposée à tout comblement, total ou partiel, de la cour du bâtiment historique.  L'autre association de défense du patrimoine, Action Patrimoine Vivant, s'oppose à l'installation de mezzanines aux étages supérieurs. Bref, on s'achemine tout droit vers une impasse référendaire. Or comme la rénovation du musée est urgente (il n'a pas été rénové depuis plus d'un siècle, et commence à tomber en morceaux sur les visiteurs), mais que cette rénovation est liée, dans un « paquet ficelé », avec son extension c'est la rénovation qui risque de couler avec le projet « Nouvel »...

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mardi, 26 février 2013

Budgets culturels : Mauvais remake cantonal d'un navet municipal

La majorité de droite du Grand Conseil genevois est depuis trois mois infoutue d'accoucher d'un budget pour l'année en cours ? sa représentation à la commission des Finances propose de couper dans le (maigre) budget cantonal de la culture, en particulier dans l'aide à la création. C'est un mauvais remake cantonal de l'exercice tenté, et raté, fin 2011 par la droite municipale en commission des arts et de la culture, où elle avait proposé des coupes sombres, aveugles, mécaniques, notamment dans le fonds général théâtre -exercice auquel la mobilisation des milieux culturels, et de la gauche municipale, avait mis fin, à la grande confusion de ceux qui l'avaient tenté. Alors puisque cette fois encore sur le métier il nous faut remettre l'ouvrage :
www.petitions24.net/non_aux_coupes_dans_le_budget_culture...

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lundi, 11 février 2013

Rénovation et extension du Musée d'Art et d'Histoire de Genève : Du nouveau Nouvel ?

Les Conseillers administratifs Rémy Pagani et Sami Kanaan ont présenté jeudi dernier la dernière version du projet de rénovation et d'extension du Musée d'Art et d'Histoire Une version qui n'est pas loin d'être en fait un nouveau projet, « exemplaire et ambitieux ». Le projet précédent avait provoqué une levée de boucliers des organisations de défense du patrimoine -et un préavis négatif de la Commission des monuments, de la nature et des sites (CMNS), un référendum menaçant d'être lancé. Le nouveau projet, élaboré avec la participation de membres de la CMNS, est présenté comme un « bon compromis » par Rémy Pagani et comme une « avancée importante vers un projet de grande qualité » par Sami Kanaan), tient compte des exigences des uns (le Musée, les mécènes) et de celles des autres (les défenseurs du patrimoine), qui ont salué avec prudence les changements apportés.

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mardi, 24 avril 2012

Le Salon du Livre s'ouvre demain : Lisez !

Descombes.jpgUn Salon du Livre n'est certainement pas le lieu où mieux célébrer le livre. Le Salon du Livre (celui de Genève s'ouvre demain) est une foire. Ce n'est pas le livre qu'il expose, mais l'éditeur, le diffuseur. L'auteur aussi, sans doute, mais comme le charolais ou la simmenthal au Salon de l'Agriculture. Comme une bête de foire. Et pourtant, on ira au Salon du Livre. Parce qu'il est la plus grande librairie à laquelle nous ayons accès dans ce pays, et qu'en un temps où, les unes après les autres ferment les librairies, où ce qui symbolise le mieux l'état en lequel le marché nous laisse est la mue de la vieille librairie Descombes en point de vente de fringues Lacoste, même  cette foire, ce souk, le Salon du Livre, finit, malgré lui, par être un îlot de résistance à l'analphabétisme moutonnier ambiant. Le livre rend libre : N'est-ce pas pour cela qu'on en a tant brûlés dans tant d'autodafés et qu'aujourd'hui on nous en prédit la disparition ? Lisez !

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dimanche, 14 août 2011

"Il ne s'agit pas de mettre la poésie au service de la révolution, mais bien de mettre la révolution au service de la poésie." (IS N° 8)

Pour qui ne se contente pas d'attendre un changement social mais veut agir pour le rendre possible, pour qui s'"indigner" ne suffit pas, la question de l'action culturelle se pose dans les mêmes termes que ceux de l'action politique : peut-on agir dans un lieu à l'organisation duquel on entend s'opposer absolument ? Peut-on agir dans la « culture » lorsque l'on en veut le changement le plus radical ? Peut-on agir dans les institutions (politiques ou culturelles) dont on postule la nécessaire abolition ? Mais cette question peut être aussi, a contrario, posée ainsi : Peut-on subvertir un lieu, un espace, une institution, dont on est absent ? Du dehors, on peut certes les conquérir, mais une fois conquis, qui nous empêchera d'en user comme les léninistes usèrent du pouvoir central d'Etat qu'ils avaient conquis ? Toutes les institutions ici se valent : Il faut être dedans pour les subvertir et pour les trahir, mais dehors pour les détruire.

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samedi, 23 juillet 2011

La culture, en avance sur la politique

Toute création culturelle (qu'on nous entende bien : nous ne parlons pas ici du mime, de la reproduction, du bégaiement des créations passées, mais du pas que font à partir d'elles, pour aller plus loin et plus haut qu'elles, les créateurs présents -ceux qui ne se vendent pas ni ne souffrent que leur création soit évaluée comme une marchandise) est en avance sur la réalité sociale de son temps. La culture qui importe préfigure toujours le monde qui pourrait être, même lorsqu'elle reflète le monde qui est, ou remémore celui qui fut. La culture est ainsi toujours, irrémédiablement, en avance sur la politique, y compris sur ce qu'il y a de volontés révolutionnaires dans la politique.

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vendredi, 22 juillet 2011

Mort de l'idéologie ?

Les révolutions du XIXème siècle (dont celle de février-mars 1917, en Russie, fait encore partie) s'appuyaient sur une idéologie, se nourrissaient de mouvements artistiques et culturels et s'exprimaient par eux. Cet enracinement de la volonté révolutionnaire dans l'invention culturelle et artistique a pris fin à l'automne 1917, lorsque la révolution accoucha d'un putsch et que la volonté révolutionnaire se résorba en une volonté de pouvoir. La mort de l'art, la vacuité de la culture et la fin de l'idéologie ayant été successivement (quoique abusivement) proclamées, sur quoi appuyer aujourd'hui notre volonté de changement ? Sur cette mort, cette vacuité et cette fin, qui pourraient signifier aussi bien la mort du révolutionnarisme lénino-blanquiste, la vacuité de l'ouvriérisme et la fin de l'idéologie étatiste ?

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mercredi, 20 juillet 2011

La révolte comme patrimoine culturel

Un double mouvement a gonflé le patrimoine culturel de toutes les expressions de révolte passées (Artaud se vend dans les supermarchés, Sade se joue dans les théâtres subventionnés) et a diffusé le plus massivement possible (tant qu'il y a consommation possible) au plus grand nombre possible de consommateurs un patrimoine culturel étalé sur les marchés et exposés dans les media, sans plus de recul, de mise en perspective et de recherche de la signification originelle de ce que l'on présente, qu'on en fait l'effort pour un soap opera de dernier ordre. La bonne vieille gauche institutrice, qui rêve de faire ouïr Mozart à des Bochimans ou Sophocle à des Auvergnats, persuadée qu'elle est de les faire accéder ainsi à la Culture avec un grand C (la sienne) s'en attendrira, et ses metteurs en scène (ses fabricants de spectacle) prendront garde à toujours glisser dans le spectacle patrimonial quelque posture moderniste propre à attirer et à retenir l'attente du chaland progressiste : il faudra que les seins qu'on ne saurait voir dans le Tartuffe, se voient néanmoins sur la scène (et avec les seins, le cul et le sexe) et qu'Elektra se fasse ostensiblement baiser par le fantôme de son frère : on ne fera certes ainsi ni mieux comprendre Molière, ni mieux aimer Hofmannsthal, mais on aura au moins fait bander quelques spectateurs, plus sûrement retenus par la queue que par la tête.

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mardi, 19 juillet 2011

Inventer une autre culture ?

L’art moderne n’a pas fait faillite : il a, plus simplement, fait son chemin, jusqu’à son terme. Parti d’une critique radicale du patrimoine et des traditions artistiques, il a abouti à la mise en scène éclatante de sa propre impuissance à faire le pas menant de la critique à l’alternative -comme si Van Gogh restait indépassable, Schiele insurmontable, Bacon incontournable. Mais cet aboutissement de l’art moderne au néant ne signifie pas que toute pratique artistique soit condamnée à y aboutir. Ce sont d’autres pratiques artistiques que celles reconnues comme telles qui doivent prendre le relais -les unes à inventer, d’autres déjà émergentes, quelques unes à redécouvrir.

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lundi, 18 juillet 2011

De la culture comme condition de la servitude volontaire

Aucun ordre social ne tient par la seule vertu -si vertu il y a là- de ses seules productions matérielles, ni aucun pouvoir par la seule force de la répression. La société bourgeoise, le capitalisme (socialisé ou non) dépendent, comme les sociétés et les modes de production qui les précédèrent, et comme ceux qui les suivront si nous n'y mettons bon désordre, de la servitude volontaire des sociétaires et des producteurs, une servitude volontaire qui n'est acquise et garantie que par l'adhésion à une culture, exprimant une idéologie, et transmise par les moyens de communication et d'information (les media) du moment.

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jeudi, 14 avril 2011

Au prétexte d'un changement de ministre de la Culture...

Moi artiste, toi gestionnaire ?

Quel que soit le résultat de l'élection, dimanche, de la Municipalité genevoise, et à quelque résultat qu'aboutisse ensuite la répartition des responsabilités entre les élue-s à l'exécutif de la Ville, Genève aura, à l'été, un nouveau ou une nouvelle ministre de la Culture, puisque en cette étrange République, la politique culturelle est, de facto, déterminée par la Commune -qui y consacre près du quart de son budget. C'est le prétexte à imaginer ce que pourrait être l'adresse d'un artiste à son ou sa ministre. Un artiste imaginaire, bien sûr, quoique masculin comme celui qui l'imagine, et un-e ministre encore virtuel-le...

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vendredi, 17 septembre 2010

Culture alternative à Genève : De la cave au garage à vélos

Mercredi soir, après moult tentatives dilatoires, sous les prétextes les plus farfelus, de la droite de renvoyer cette décisions aux calendes grecques, le Conseil municipal de la Ville a voté un crédit d'un million de francs pour l'aménagement d'une salle dans les sous-sols de l'ex-école d'Ingénieurs, afin d'y loger l'association  « Cave 12 », selon un accord tripartite entre le canton (propriétaire des lieux), la Ville (qui financera les travaux) et la Cave 12, qui sera maîtresse d'ouvrage desdits travaux. Expulsée du squat Rhino en 2007, la Cave 12, dont le champ d'activité est celui de la musique expérimentale, et dont la réputation, flatteuse, dépasse largement les étroites frontières genevoises, nomadisait depuis trois ans. Le projet accepté par le Conseil municipal (c'est-à-dire sa majorité de gauche, plus l'UDC) la sédentarise. Mais en la faisant passer de la cave d'un squat au garage à vélo d'une école.

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mercredi, 19 mai 2010

Au prétexte du choix d'un directeur de la Comédie...

Le saltimbanque et le gestionnaire

Au prix de quelques chaos, la Fondation d'Art Dramatique va désigner incessament sous peu le prochain directeur de la Comédie, qui accompagnera le premier théâtre genevois jusqu'à l'aboutissement du projet de Nouvelle Comédie. C'est l'occasion, ou le prétexte, de s'interroger sur les rapports étranges que peuvent entretenir artistes et créateurs avec les institutions qui rendent leur travail public, et avec les gestionnaires de ces institutions - les « gestionnaires de la culture », puisqu'il paraît qu'il en faut. Ont-ils quelque chose à se dire, le saltimbanque et le directeur ? Ils ont en tout cas quelque chose à faire ensemble : on appelle cela de la culture.  Il arrive même que l'on prétende appeler cela de la création culturelle. C'est en tout cas cela, et rien d'autre,  qui  compte,  à la Comédie de Genève comme dans n'importe quelle institution culturelle. Le reste, les péripétie clochemerlesques du Nème épisode de la concurrence ville-canton dans le champ de la culture ?  « Rien que de très subalterne », dirait De Gaulle. Dans un théâtre, c'est le saltimbanque qui compte, pas le directeur.

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mercredi, 17 février 2010

Après Artamis : L'espace congru de la culture alternative

La culture alternative genevoise ne manque ni d'acteurs, ni de public, elle manque de locaux. Non pas tant de locaux de travail, mais de locaux de représentation publique. L'Union des espaces culturels autogérés (UECA) a recueilli 10'000 signature au bas d'une pétition en faveur, notamment, d'un lieu de concerts et de représentations sur le site d'Artamis, dont la Ville et l'Etat veulent faire un « écoquartier »  qui risque fort de n'en être qu'un ersatz. L'UECA regrette de n'avoir jamais pu discuter réellement ni avec la Ville, ni avec le canton, d'un projet qui devrait certes abriter 250 logements, dont deux tiers de logements « d'utilité publique » (ce qui ne désigne pas forcément des logements sociaux), et un demi-hectare dévolu à l'artisanat et à des activités collectives, mais rien de ce que l'UECA demande et dont les «alternatifs» ont besoin, moins désormais pour travailler que pour que le résultat de leur travail soit visible. Ce qui suppose qu'on ne se satisfasse pas de l'existence, quelque part dans les marges, d'une «alternative» dont on ne verrait rien, parce qu'on n'en voudrait rien voir.

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vendredi, 08 janvier 2010

Sade et Chessex sous préservatifs

Hypocrisie et promotion : lisez couverts

Le dernier opus, posthume, de Jacques Chessex, sera vendu en Suisse sous cellophane, et agrémenté d'un avertissement « réservé aux adultes ». On ne sait pas ce qu'il vaut (ce qu'on en a lu nous laisse quelque peu incertain), mais on sait ce que valent les explications de son diffuseur suisse, Diffulivre, justifiant la pose d'un préservatif autour du « Dernier crâne de M. de Sade » par le risque d’un procès : rien du tout. Mettre le Sade de Chessex sous emballage plastique, quand Sade lui-même est en vente libre dans toutes les bonnes librairies et la plupart des mauvaises, relève soit de l'hypocrisie, soit, plus subtilement, de la promotion marchande. Rien de tel en effet que répandre une odeur de souffre sur ce qui ne la mérite pas, ni ne promet d'être un chef-d’œuvre de l'écrivain vaudois, pour le hausser à l'étage des écrivains maudits, tout en accordant au chaland la fugace illusion d’une héroïque transgression…

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jeudi, 19 novembre 2009

Le droit de parler et l'envie de faire taire

De la liberté d'expression :


Oskar Freysinger, qu'on avait pris l'habitude d'entendre glapir à la " liberté d'expression " lorsque les campagnes ordurières de l'UDC suscitaient des plaintes ou des demandes d'interdiction d'affichage, n'a pas aimé être caricaturé aux côtés de Hitler avec comme légende " Autrichiens : on a déjà donné ", dans le journal radical valaisan " Le Confédéré ", qui voulait ainsi répondre aux campagnes de l'UDC par les mêmes méthodes que l'UDC. Et donc, le génie des alpages a porté plainte contre le redac'chef du " Confédéré ", Alphonse Ribordy,  et l'a fait condamner pour diffamation à 120 heures de travail d'intérêt général, avec sursis. L'épisode a quelque chose d'exemplaire : ce que l'UDC et ses porte-paroles revendiquent pour eux-mêmes, et pratiquent assidûment, ils ne l'acceptent pas lorsque leurs adversaires en usent. Alphonse Ribordy n'a finalement été condamné que pour avoir fait ce qu'Oskar Freysinger fait à longueur d'année. Il y a ainsi des gens qui ne revendiquent pour eux-mêmes le droit de parler qu'en y ajoutant le devoir pour les autres de se taire.

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samedi, 31 octobre 2009

Politique culturelle genevoise : Un grand consensus flou

Les huit candidates et candidats présentés par les partis gouvernementaux au Conseil d'Etat débattaient lundi soir à la Comédie de la politique culturelle genevoise. L'UDC et le MCG, invités mais n'ayant rien à dire sur le sujet, ne sont pas venus, les Communistes, le Bouffon et le Prophète n'étaient pas invités. Un grand consensus flou semble s'être établi entre gens de bonne compagnie, sur le thème " il faut une véritable politique culturelle cantonale, au moins pour les grands projets ". A se demander pourquoi les partis gouvernementaux (à l'exception du PS, qui défend cette idée depuis des années) ont attendu cette élection pour recevoir cette double révélation : une République fondée sur la culture ne peut pas ne pas avoir de politique culturelle, la politique culturelle d'une région ne peut pas être déterminée par une seule commune. C'est sans doute un effet positif des campagnes électorales : la découverte d'évidences, et leur sonore proclamation.

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mardi, 19 mai 2009

Pentecôte culturelle

La Grand'messe du RAAC, samedi, a annoncé la Bonne Nouvelle : il s'est produit à Genève un miracle, une pentecôte, une parousie : le champ politique s'est illuminé de conversions extraordinaires et de révélations bouleversifiantes frappant le petit monde des élues et des élus, des candidates et des candidats, des porte-paroles et des porte-plumes, prônant désormais dans une unanimité qu'on n'entendait plus guère chantée qu'à Solesme, le partage des tâches et des charges de la politique culturelle. Toutes et tous, y communiant, même avec la fraîcheur des nouveaux convertis, ceux qui depuis des lustres ont tout fait et tout défait, tout dit et de tout médit, pour que ne soit pas même envisagé ce dont il clament aujourd'hui l'urgence : une redéfinition complète des responsabilités publiques dans le champ culturel, en même temps qu'un renforcement des moyens à disposition pour que ces responsabilités soient assumées -il ne saurait en effet être question d'accepter que l'accroissement des ressources financières à disposition du canton pour sa politique culturelle se paie d'une réduction des ressources financières accordées par la Ville à la sienne. Ce n'est pas pour que la Ville puisse réduire son budget culturel qu'il faut le canton augmente le sien : c'est pour que, déchargée d'une part de son apport aux grandes institutions, la Ville puisse affecter les ressources ainsi libérées à d'autres champs culturels.

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