Dimanche 8 mars , grève féministe

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Grève féministe2.jpgJour du Sabbat

Dimanche, alerte épidémique ou pas, les femmes de Suisse sont invitées à (re)faire grève "Pour que (leur) corps, (leur) temps, (leur) travail, (leur) vie soient respectés! Evidemment, les mesures de "précaution" contre la propagation du coronavirus s'imposant, les grandes manifs ont été interdites -mais de multiples actions collectives, décentralisées, seront tout de même organisées dans l'espace public (on en trouvera, pour Genève, une liste exhaustive sur www.grevefeministe-ge.ch et, pour partout, sur https://www.facebook.com/grevefeministe/). Et puis n'oublions pas que jusqu'à dimanche, c'est en Ville de Genève une Semaine de l'Egalité (www.semaine-egalite.ch), qui ne pouvait être mieux conclue que par une grève pour l'égalité et l'émancipation. D'ailleurs, le 8 mars, dans le calendrier pataphysique, c'est le jour du Sabbat. Quel meilleur jour pour les sorcières ?

Pour le reste, et même un peu plus, voyez par là : https://www.ps-geneve.ch/wp/wp-content/uploads/2020/02/CC54.pdf

Rue de l'égalité, anciennement rue du mâle dominant

"La grève nous a rassemblées, le féminisme nous unit", écrivait le Collectif Femmes Valais, juste avant la grève du 14 juin dernier.La grève de dimanche ne se dit pas seulement "grève des femmes", mais aussi, et surtout, "grève féministe". C'est un acte politique, pas une revendication identitaire, qui sera posé dimanche.


Le combat féministe est "inclusif" (pour user d'un terme figurant dan s notre liste des quotas rhétoriques de gauche...) de bien d'autres combats, s'il ne l'est pas forcément des vieux mâles cisgenres : le combat antiraciste, le combat anticapitaliste, le combat anti-impérialiste, le combat écologiste... il ne les résume pas ni les réduit, mais il en intègre tout ce qu'ils contiennent de refus d'un ordre social, politique, économique, négateur des droits et de la dignité des femmes -mais aussi des hommes, à quelques potentats près, dont la dignité nous importe d'ailleurs assez peu (pour autant qu'il leur en reste). Le manifeste de la grève du 14 juin de l'année dernière en faisait état, dénonçant les oppressions de classe, les discriminations fondées sur l'identité sexuelle, la xénophobie, le racisme. Mais la lutte contre le patriarcat n'est pas une lutte contre les hommes, puisque le patriarcat, s'il opprime spécifiquement les femmes, contraint et aliène aussi les hommes. Le féminisme ne peut donc être "essentialiste" sans se réduire à n'être que le reflet du machisme, à réduire les femmes aux assignations patriarcales (et le cas échéant identitaires, raciales, religieuses, culturelles). La lutte contre les discriminations est forcément, une lutte contre les assignations à des rôles qui ne sont pas définis par celles qui devront les jouer, mais elle est aussi, par le fait même, une lutte pour la libération des hommes de l'assignation à leur propre rôle de mâles dominants -ou frustrés de ne pas l'être, ou craignant de ne plus l'être -tels ceux qu'affichaient les opposants à l'octroi (par les hommes...) des droits politiques aux femmes, il y a soixante ans, à Genève, sur le mode avant-après : avant que les femmes jouissent de ces droits règne la paix des ménages dans une famille unie autour du Pater,  et après que ces droits leur aient été accordés,  l'odieuse politique déchire la famille, le pater humilié donnant le biberon au petit dernier pendant que son épouse devenue citoyenne discute politique avec ses copines. On peut voir actuellement ces petites merveilles de machisme exposées au parc des Bastions, à Genève, mais on n'aura garde de ne les regarder qu'avec de l'amusement : la sous-ventrière est encore féconde où mitonnent les âneries patriarcales. On  pourra en trouver exemplaires les réactions au moins négatives, parfois injurieuses, toujours caricaturales, à la proposition de la Ville de Genève de rebaptiser seize rues de Genève de noms de femmes "ayant marqué l'histoire locale", comme le demande une motion acceptée par le Grand Conseil (la motion demande qu'on fasse ainsi de cent rues). Du moins ces réactions auront-elles souligné que cette proposition a "du sens", qu'elle n'est pas ce en quoi prétendent la voir ceux (et celles, aussi) qui la vomissaient : un coup de pub ou un pet dans l'eau. Personne ne trouvait absurde que des dizaines de rues ou de places genevoises portent le nom de personnages dont le seul titre de gloire est d'avoir été propriétaires d'une maison ou d'un terrain dans le quartier, mais de faire porter le nom d'une femme à une rue ou une place donc certaines portaient le nom d'un homme fait couiner. On se demande pourquoi. Ou plutôt non, on ne se le demande pas. Mais pour peu qu'on soit "boomer", on se souviendra que quand on est né, notre mère n'avait ni le droit de vote, ni le droit de travailler ou d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de notre père. Seulement le droit de nous pondre.

Grève pour grève, on rappellera que la revendication des droits politiques pour les femmes fut l'une de celles du cahier de revendication de la Gève Générale de 1918.

Et rue pour rue, on attend que celle du mâle dominant soit rebaptisée rue de l'Egalité. Ou rue de l'Emancipation. Ou mieux encore : rue de l'Egalité et de l'Emancipation.

Sur ce, bon dimanche...

 



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Commentaires

  • Blablabla, quel combat d'arrière garde. Je suis pas boomer mais generation X, et aussi loin que je me rappel ma mère avait le droit de vote, travaillait, et conduisait une bagnole. Et ce qui me fait rire c'est que malgré vos efforts militants vous allez bientôt être shooté hors de tous partis de gauche parce que vous êtes pas assez femme, pas assez jeune pour être concerné par la fin du monde climatique, et pas assez lgbt (en tout cas pas trop publiquement affiché que je sache), bref pas dans l'air du temps. Avouez que vous ressentez déjà un peu cette pression.

  • Merci de votre compassion. Ma souffrance est en effet indicible. Et mon cas est désespéré : je ne serai jamais femme, plus jamais jeune, et pas tenté par une conversion LGBT. Ni d'ailleurs par aucune autre... Et je n'ai même pas la solution du couvent, faite de quelque foi religieuse que ce soit. Et la chair est faible et j'ai lu tous les livres...

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