Elections municipales genevoises : ébauche d'un bilan des sortants

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Mairie.jpgPoursuivre, renforcer, radicaliser

On sait bien qu'une élection ne se joue jamais principalement sur le bilan des personnes ou des équipes sortantes, mais il n'est tout de même pas inutile de tenter d'en établir un, en raison ou au prétexte des élections municipales genevoises. Si, en Ville de Genève, le bilan du Conseil municipal est pour le moins incertain (la droite élargie, aléatoirement majoritaire, a voté d’un front commun des coupes budgétaires, s’attaquant aux prestations publiques et à la qualité de vie, et multiplié pour le surplus les votes sur des propositions illégales, cassées par le Bailli cantonal), on pourrait, si le funeste George Marchais n'avait utilisé cette expression pour porter un jugement sur l'Union Soviétique, estimer "globalement positif" le bilan du Conseil administratif -quoi qu'il en soit des comportements individuels de certains de ses membres. Tout n'a certes pas été fait de ce qui pouvait être fait, et de ce qui a été fait, tout n'est évidemment ni parfait, ni définitif. Il convient donc de poursuivre et de renforcer les efforts engagés, et s'agissant de la justice sociale et de l'urgence climatique, de les radicaliser. C'est pour cela que la gauche a besoin d'une double, voire d'une triple majorité : au Conseil municipal (où la droite élargie du PDC au MCG a été majoritaire pendant cinq ans), au Conseil administratif (où la gauche est majoritaire, et doit le rester -pour le moins), et au sein du peuple (où les majorités changent selon les objets). La Municipalité de gauche n'a pas fait la révolution ? elle ne le pouvait guère -et de toute façon une vraie révolution ne vient pas des gouvernements, ne fussent-ils que municipaux... Mais de n'avoir pas constaté la révolution ne justifie pas la résignation à la réaction...

Encore une fois (et pas la dernière, c'est notre slogan depuis 1871) : Vive la Commune, pétard !


Pour établir le bilan politique d'un pouvoir, d'une institution, d'un exécutif,, rien ne vaut que confronter les engagements pris aux actes posés. En 2015, le Conseil administratif de la Ville tout frais élu (deux socialistes, une verte, un "ensemble à gauche" et un PDC) se donnait une "feuille de route" énonçant ses objectifs, pour une "ville accueillante, innovante, engagée et écologique, capable de répondre aux grands défis du 21e siècle". Que la formulation soit champignaquesque ne doit pas empêcher de la confronter à ce qui en fut fait pendant cinq ans. Le Conseil administratif, lui, considère que sa "feuille de route a été respectée" et qu'un bilan "positif" peut être tiré de son action. Ne reste plus qu'à tenter de vérifier ce qu'il en est (ou pas).

"Les objectifs fixés il y a 5 ans ont été relevés. Et cela grâce au travail et à l'engagement des collaborateurs et collaboratrices de l'administration municipale que le Conseil administratif tient sincèrement à remercier" : c'est ce qu'il écrit dans les pages qu'il publie dans le magazine de la Ville, "Vivre à Genève". Pour lui (et, avouons-le humblement, pour nous aussi, sur l'essentiel), la promesse de faire de Genève une ville accueillante, innovante, écologique (autant qu'il est possible...), engagée et solidaire... et rigoureusement gérée, cette promesse a été tenue.

Une ville accueillante  : 575 nouvelles places de crèche et cinq nouvelles structures d'accueil de la petite enfance ont été créées, un nouveau groupe scolaire (avec locaux parascolaires, réfectoire, crèche, piscine et salle polyvalente) a été ouvert, des bâtiments polyvalents ont été construits sur l'ancien site d'Artamis, à Geisendorf, aux Cropettes, d'autres ont été rénovés. Un plan de valorisation et de soutien à la création et aux collections photographiques a été mis en oeuvre. La Nouvelle Comédie et le Pavillon de la Danse ont été édifiés et vont s'ouvrir au public et aux artistes. Le Grand Théâtre a été rénové, restauré et agrandi. Plusieurs lieux d'animation gratuits et ouverts tout l'été ont été créés.

Une ville innovante : Par le programme G'innove, la Ville a soutenu 37 propjets novateurs et d'utilité publique dans plus d'une dizaine de domaines, de l'alimentation à la mobilité en passant notamment par la consommation, l'énergie, le handicap. Une ville engagée ? Les effectifs de la police municipale ont été renforcés de 50 %, sa présence dans les quartiers également (trois nouveaux postes ont été ouverts, la disponibilité horaire des agents a été étendue), les effectifs et les moyens du service d'incendie et de secours ont été renforcés, trois  casernes au centre-ville seront désormais fonctionnelles sept jours sur sept 24 heures sur 24. Le capital de la fondation communale pour le développement des emplois et du tissus économique en Ville, la Fondetec, a été redoté de 20 millions de francs. Un fonds d'apprentissage a été créé pour aider les entreprises formatrices. Un pôle d'expression et d'innovation va être créé sur la zone industrielle des Charmilles.

Une ville écologique : la Ville, sur proposition du Conseil administratif, ratifiée par le Conseil municipal, a proclamé l'"urgence climatique" et s'est dotée d'un plan de végétalisation.  Pour aller plus loin, il faudra que le Conseil municipal accorde les moyens nécessaires au Conseil administratif, pour développer les pistes cyclables et les zones piétonnes, redonner à la population les espaces confisqués par l'automobile, modifier les modes de consommation des services municipaux.-

Une ville engagée et solidaire : Le dispositif d'hébergement hivernal pour les sans-abri a été renforcé, et prolongé l'été. Des logements modulaires pour les plus mal-logés ont été ouverts. Les allocations sociales versées par la Ville, et que tant le canton que la droite municipale remettaient constamment en cause, ont été maintenues. Deux plans d'action pour l'égalité entre femmes et hommes ont été mis en oeuvre, et la Ville a soutenu l'organisation de la Pride romande. La Ville a prêté, sans intérêts, 20 millions de francs à l'ONU pour la rénovation du Palais des Nations, apporté un soutien actif à de nombreuses manifestations internationales, soutenu de nombreuses ONG et démarches associatives de solidarité. Et va apporter un soutien à la presse écrite. Enfin, avec le canton et le soutien de la Confédération,  la Ville de Genève a créé Geneva Cities Hub pour faciliter les rapports entre les villes, leurs réseaux et les organisations internationales présentes à Genève. Les villes sont en effet "en première ligne" pour relever, concrètement, les défis de l'urgence climatique et de l'urgence sociale.

Une ville rigoureusement gérée (peut-être même un peu trop, mais ce ne sont pas des choses à dire en période électorale, alors on fera comme si on ne l'avait pas dit) : Tous les budgets municipaux établis depuis 2015 ont été bénéficiaires, y compris ceux qui ont dû être rétablis par un vote populaire après que la droite du Conseil municipal les ait bricolés à la varlope. Aux comptes, en cinq ans, la Ville a été bénéficiaire de 200 millions de francs. Elle a donc pu créer une réserve conjoncturelle de 105 millions pour absorber les pertes fiscales provoquées par la funeste réforme fiscale RFFA. A en croire (et pourquoi ne pas y croire, quelque distance que l'on puisse prendre avec les critères purement comptables utilisés pour l'établir ?) le classement des performances financières des villes suisses, établi par l'IDHEAP (Institut de hautes études en administration publique), Genève est de toutes les villes romandes celle dont les finances sont les mieux gérées, et la deuxième ou la troisième, selon que l'on considère l'année 2018 ou la période 2010-2018) au classement de toutes les villes suisses selon la qualité de leur gestion financière. Commentaire de "PME Mgazine" : "Clairement, les finances de la ville de Genève sont bonnes. (...) Genève couvre même presque trop bien ses charges (...), finance largement ses investissements (...), réduit sa dette (...) et ne consacre plus d'impôts au service de celle-ci". La Ville obtient la note maximale de 6 pour son degré d'autofinancement, la couverture de ses engagements supplémentaires, le poids des intérêts nets et son taux d'endettement. Elle est cependant "un peu moins performante lorsqu'il s'agit de maîtriser ses dépenses courantes (...) et de prévoir avec précisions ses futures recettes fiscales" -on signalera tout de même qu'elle dépend pour ces prévisions de celles que lui fournit le canton". Quant au volume de la dette, en atteignant 165 % des revenus courants de la Ville, il est considérablement moindre que celui du canton, qui ascende à 215 % de ses revenus).

Les villes genevoises, dont  les autres que la Ville de Genève sont généralement au moins égales, voire supérieures, en taille démographique à Delémont, Martigny ou Bellinzone, sont des nains politiques, avec un petit quart des compétences de leurs voisines vaudoises. Elles ne peuvent sans l'autorisation du canton placer un "gendarme couché" sur une rue cantonale pour y ralentir le trafic; elles ne délivrent pas d'autorisations de construire, seulement des préavis sur lesquels le Conseil d'Etat peut s'asseoir. En revanche, elles doivent assurer l'infrastructure (les canalisations, l'électricité, les routes), payer les écoles primaires (mais c'est le canton qui décide d'ouvrir ou de fermer des classes), et avec la Ville de Genève assumer l'essentiel de la politique culturelle genevoise. Et leur gestion financière est sous la dépendance du canton : elles n'ont même pas accès au registre fiscal, c'est-à-dire à la taxation de leurs contribuables, et à leur identité... Et quand on attribue généralement cette faiblesse de l'autonomie et de la capacité de décision municipales à Genève à un héritage du "régime français" de 1798 à 1814, on se trompe : non seulement c'est ce "régime français"qui a créé les communes genevoises (il n'y en avait pas avant), mais c'est le "régime genevois" qui les a, délibérément, maintenues dans un état de sujétion à l'égard du canton (la droite restauratrice, arrivée au pouvoir en 1815 dans les fourgons de la Saint-Alliance, ayant même supprimé la commune de Genève, qu'il aura fallu une insurrection pour rétablir et une révolution pour confirmer... et qui doit encore, aujourd'hui, résister à la tentation du canton de "passer en force", sur ses choix. Les commune genevoise, de la plus petite à la plus grande, de la moins à la plus peuplée, ont besoin de plus de compétences, de plus de moyens, de plus d'autonomie, pour renforcer tout ce qui peut favoriser les déplacements à pied et en vélo et dissuader de l'usage de l'automobile en ville, renforcer et élargir les prestations et les aides sociales et y faciliter l'accès, accroître l'offre de logements sociaux et des autres types de logements à loyers contrôlés, réhabiliter les espaces publics et les libérer du stationnement de véhicules, assumer pleinement le rôle de Genève comme "capitale des droits humains"...

Renforcer la gauche au Conseil municipal, la maintenir (et pourquoi pas le renforcer encore ?) au Conseil administratif, c'est aussi le moyen de réaffirmer la nécessité de l'autonomie communale et de la capacité de la commune à  servir sa population :  c'est ce qui fait sa légitimité, puisqu'elle ne pond pas de lois mais accorde des moyens.

Encore une fois (et pas la dernière, c'est notre slogan depuis 1871) : Vive la Commune, pétard !

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