Initiative pour des logements abordables : Un coup de collier nécessaire

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Il y a cinq jours tombait un sondage Tamedia : l'initiative de l'Asloca pour des logements abordables ne recueillait plus, à dix jours du vote, que 48 % d'avis favorables au plan national (elle partait à 60 % de "oui"), et les sondeurs prévoyait son rejet final (avec 58 % de "non"), avec un gros clivage linguistique : les Romands l'accepteraient à 58 %, les Alémaniques ne seraient que 44 % et les Tessinois 47 % à l'approuver. Autre profond clivage, celui qui oppose les villes (qui approuveraient l'initiative à 58 %), les agglomérations (46 % de "oui") et les campagnes 42 % de "oui"). L'engagement massif de la droite, du patronat et des milieux immobiliers contre l'initiative n'est évidemment pas étranger à la baisse du soutien qui lui est apporté (selon les sondages). Une raison de plus pour faire un ultime effort pour renforcer ce soutien.

Une initiative qui tient (aussi) du principe de précaution

"La Suisse est un pays de locataires... doté d'un parlement de bailleurs", résume la Conseillère nationale (PS) Marina Carobbio. En 2015, seule une minorité de la population adulte (38,4 %) était propriétaire de son logement (maison, étage, appartement), et les locataires étaient 2,2 millions, pesant 84 % de la population bâloise et 78 % de la population genevoise. Dans toute la Suisse, en juin dernier, il y avait un peu plus de 75'000 logements vacants, dont un peu moins de 63'000 appartements à louer : il en résultait un taux de vacance de 1,66 % au plan national -mais tombant au-dessous de 1 % dans le canton de Genève, et même à 0,25 % à Lancy.   Et si la construction de 44'000 logements a été autorisée en 2019 dans tout le pays, ils ne seront pas forcément construits là où on a besoin, mais là où il est le plus facile de construire -c'est-à-dire souvent là où la demande est faible : au Tessin, dans le Jura, dans les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel par exemple. Dans l'arc lémanique, dans la région zurichoise, en revanche, on manque toujours de logements (la seule Gérance immobilière municipale genevoise a 4000 demandes de logement en attente)  -et les loyers dépassent logiquement la moyenne suisse. Laquelle a ascendé en moyenne suisse de 20 % en vingt ans  et de 0,6 % pour la seule année 2019 (ces moyennes suisses sont largement dépassées à Zurich, Genève et Lausanne), alors même que les taux d'intérêts baissaient,. ce qui aurait dû entraîner une baisse des loyers. Vieille déconnexion, d'ailleurs : en 45 ans (1972-2017), le taux d'intérêt de référence a été divisé par 4,5 et l'indice des loyers multiplié par 2,5... Hors logements d'utilité publique, les locataires paient des loyers excédant de 25 à 40 % ce qu'ils devraient être -d'où précisément la nécessité d'accroître la part des LUP (et des coopératives d'habitation) dans les nouveaux logements, le marché étant incapable de fournir à la majorité de la population les logements dont elle a besoin à des prix qu'elle puisse supporter.


L'initiative est d'abord une réponse à cette situation. Mais elle tient aussi, comme le dit le professeur Philippe Thalmann (qui n'est pas initiant) du principe de précaution : elle entend "préparer le retour, tout à fait prévisible, de la prochaine pénurie de logement". Et pour cela, sa démarche de l'initiative n'est de loin pas que quantitative, et ne résume pas aux fameux 10 % de logements d'utilité publique qu'elle fixerait dans la constitution (il est actuellement en moyenne suisse de 3,8 %): elle met plutôt l'action sur le choix des maîtres d'ouvrage. Elle n'est guère plus "étatiste" que le contrôle déjà exercé par les lois en vigueur, n'atteint nullement à la (sainte) propriété privée (nul ne sera exproprié à cause d'elle, et aucun logement du marché privé ne sera autoritairement transformé en logement d'utilité publique) et avec le droit de préemption des communes et des cantons, elle ne propose que ce qui existe déjà dans certains cantons (Genève et Vaud, notamment). Enfin, l'initiative demande que les rénovations faites pour réduire la consommation énergétique n'entraînent pas d'augmentation de loyer.

Tout cela étant dit. il faut bien admettre que les raisons même pour lesquelles nous soutenons l'initiative expliquent pourquoi les milieux immobiliers et les partis à leur service la combattent : plus de logements à loyers contrôlés et modérés, plus de logements dont les maîtres d'ouvrages seraient les collectivités publiques ou des coopératives auxquelles les collectivités publiques octroieraient des droits de superficie, cela signifie une pression à la baisse sur les loyers pratiqués dans le secteur "libre" (plus clairement dit : le secteur marchand). Et donc moins de profits pour les propriétaires, les promoteurs, les régisseurs privés. Et moins de spéculation possible.

Dès lors, sachant pourquoi les milieux immobiliers et la droite politique (qui se confondent) font une campagne d'une telle ampleur (et d'un tel coût) pour combattre l'initiative, on sait pourquoi il nous faut encore, pendant les six prochains jours, affirmer le soutien qu'on lui apporte.

Lien permanent Catégories : Logement, Suisse, votations 2 commentaires

Commentaires

  • L'échec était prévisible, puisque le problème est local et non national.

    Genève ne résoudra jamais son problème. On ne peut pas penser économie sans penser infrastructures et conséquences. Genève a fermé les yeux, et le mur est devant. A moins d'annexer ses voisins, la voie est sans issue.
    Quant on ne veut pas résoudre le problème, on utilise de la pommade dessus, genre l'initiative, c'est la méthode bien franchouillarde. On voit le résultat en France.

    La gauche allié de la droite dans une croissance économique sans régulation se veut défenseur des locataires, c'est un brin contradictoire !

  • La situation genevoise n'est en rien comparable à celle des autres cantons suisse, et les habitants de ces derniers se moquent donc totalement de ce qui nous arrive ici.

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