Pour un nouveau millésime moins navrant que le précédent

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ane-qui-rit.jpgBonne ânée

Nous sommes le jour de la Fête des Rois dans le calendrier grégorien, celui de l'an nouveau dans le calendrier julien, celui de la marne (le 17 Nivôse) dans le calendrier républicain et celui de la Dormition de Jacques Vaché (le 9 Décervelage) dans le calendrier pataphysique. Qu'est ce que cela nous dit ? qu'ayant le choix de nos calendriers, nous avons celui de nos festivités et de nos références. Et de nos échéances, de nos agendas, des défis que nous avons à relever ? c'est plus incertain. Nous avons en tout cas une échéance électorale en tête -non qu'elle nous obsède, mais comme notre vision politique s'arrête à la Versoix (au-delà de quoi vivent les rupestres) et à la Seymaz (au-delà de quoi sévissent les racailles), cette échéance est celle des élections municipales genevoises.  "L'heure de vérité pour la politique genevoise" titrait la dernière "Tribune de Genève" de l'an désormais passé. Est-ce-à-dire que jusqu'à ces élections nous égrainions  des heures de mensonges ? C'est en tout cas dire qu'on peut espérer de l'année qui vient de s'ouvrir qu'elle soit politiquement moins navrante que celle dont le passage du temps nous a débarrassés...

Une ambition : sortir le parlement de la Ville de sa quinquennale nullité

Le résultat de l'élection du Conseil national, en octobre dernier, avait été spectaculaire : les Verts progressaient dans toutes les communes genevoises, et devenaient le premier parti dans la plupart d'entre elles, à commencer par Genève, à continuer par les autres villes, et à terminer par la plupart des communes anciennement rurales et devenues "rurbaines". Le PLR n'était plus en tête que dans des communes résidentielles et dans deux arrondissements de la Ville (Champel et Cité-Rive), le PS dans le seul arrondissement verniolan des Avanchets, le PDC dans la seule commune de Laconnex. En Ville, les Verts étaient en tête dans tous les arrondissements, y compris ceux où le PS dominait, sauf les deux péniblement gardés par le PLR. On n'en tirera aucune conclusion pour les Municipales (le système électoral est différent, le corps électoral est différent, le comportement électoral est différent...), sinon celle-ci : la gauche est potentiellement majoritaire en Ville de Genève (et dans la majorité des autres villes). Il lui reste à transformer ce potentiel en réel. Et peut-être aussi cette autre conclusion : aucun parti politique n'est en ce moment au mieux de sa forme, et aucun mouvement social ne se dessine pour y suppléer. Reste que les Municipales vont être un moment de vérification (de confirmation ou d'infirmation) des Fédérales, des rapports de force entre la gauche et la droite, et de l'implantation locale des partis politiques. Et donc de leur capacité de peser sur les décisions -y compris sur celles prises au niveau cantonal, puisque l'une des qualités du système politique de ce pays, de ce canton, de ces communes est qu'aucune décision importante ne peut y être prise sans l'assentiment, au moins tacite, du "peule souverain", et qu'on peut donc être minoritaire dans un parlement (comme la gauche au Conseil municipal de la Ville de Genève, au Grand Conseil du canton de Genève, au parlement fédéral) et majoritaire dans les urnes (l'inverse étant forcément tout aussi vrai). En attendant de vérifier la pertinence de ces lieux communs, on peut essayer de tirer notre petit bilan de la "législature" municipale qui s'achève en Ville de Genève. Et dont on est, avouons-le, fort aise qu'elle s'achevât.
Au soir des élections municipales, en 2015, nous, socialistes, avions le sourire : nous avions gagné des sièges, nous restions nettement le premier parti de la Ville, nous formions le premier groupe du Conseil municipal. Mais ce sourire ne tint guère : du fait des reculs des Verts et d'"Ensemble à Gauche", une droite plus qu'élargie -distendue, dilatée- détenait la majorité des sièges du parlement communal. Et du coup, pendant cinq ans, plutôt qu'avancer dans la réalisation de notre programme, nous avons dû ramer pour éviter que la majorité de droite ne fasse pas trop de dégâts. Et nous y< réussîmes.
Le bilan de cette "législature" municipale n'est donc pas si bon que nous aurions aimé pouvoir le présenter. Parce que la gauche était minoritaire, qu'elle était divisée (plus souvent qu'à son tour, "Ensemble à Gauche" a voté avec la droite) et que notre propre groupe ne siégea guère au complet que lors de la première séance de la législature (il nous est même arrivé de nous retrouver à moins de la moitié du groupe présent pour voter -et nous avons perdu plusieurs votes à une, deux ou trois voix près, avec un groupe décimé par les absences). Voilà pour le passif.
Pourquoi alors le bilan de cette législature n'est-il pas si désastreux qu'il aurait pu être ? D'abord grâce à la totale incompétence politique de nos adversaires : la droite majoritaire a été incapable de faire de cette majorité quoi que ce soit de présentable à son propre électorat. Ensuite, grâce au recours au peuple : à chaque fois que la droite à voulu imposer son propre budget, le peuple a rétabli le budget du Conseil administratif après que la gauche eût lancé des référendums. Enfin, et si paradoxal que cela soit dit par quelqu'un qui a plutôt coutume de clamer "Vive la Commune !" que "Vive le canton !", grâce à la faiblesse, par ailleurs tout à fait dommageable, des compétences communales, et de celles du Conseil municipal face au Conseil administratif. Comme il est dit dans la Bible, le Coran, le Talmud et le Grand Livre des Dugongs, d'un mal peut sortir un bien.

Détaillons : L'incompétence politique de nos adversaires, c'est un groupe  PLR en dessous de tout, et dont on ne peut analyser la déliquescence qu'en se référant à l'histoire de la décadence des grandes familles royales, ou aux lois de la thermodynamique, à commencer par celle de l'entropie; c'est aussi un PDC incapable de choisir entre son ambition centriste et son alliance à droite; c'est encore une UDC qui ne pèse rien; c'est enfin un MCG dont on se demande si son ambition est d'entrer dans le jeu politique ou au pavillon des admissions de Belle-Idée.

Le recours au peuple, c'est ce qui nous a permis de sauver deux fois le budget du Conseil administratif.

La faiblesse des compétences communales et de celles du Conseil municipal, c'est ce qui a abouti à plus d'une vingtaine de décisions du Conseil municipal, arrachées par la droite, ont été annulées par la Surveillance cantonales des Communes parce que relevant de compétences exclusives du Conseil administratif.

Quant aux projets dont le Conseil municipal a accouché, ils datent pour la plupart des législatures précédentes, ou sont des conséquences quasi mécaniques de décisions prises il y a des années. Les réalisations dont la Ville peut s’enorgueillir, c'est au bilan du Conseil administratif sortant qu'il convient de les inscrire. Les conneries qui n'ont pas été commises ont été évitées parce que ceux qui voulaient les commettre ont été incapables de les commettre, les conneries qui ont été commises sont remédiables si nous redevenons majoritaires, et les décisions positives qui ont été prises l'ont été parce que la droite a été incapable de s'y opposer, ou qu'elle était divisée, ou qu'elles s'est pris les cothurnes dans le tapis des procédures ou des petites chausse-trappes qu'on avait réussi à placer, ou qu'elles relevaient du Conseil administratif et pas du Conseil municipal.

Sans doute à vaincre sans grand péril triomphe-t-on sans grande gloire, mais si on s'abstiendra évidemment de parler comme Georges Marchais et d'évoquer un "bilan globalement positif", on pourra, au final et s'agissant du Conseil municipal, parler d'un bilan supportable. Mais pas plus que cela. Parce qu'en fait, si cette législature n'a été, pour l'essentiel, ni positive, ni négative, c'est parce qu'elle a été nulle. D'où l'ambition de sortir le parlement de la Ville de cette quinquennale nullité , d'y retrouver une majorité de gauche... et que le PS occupe réellement les sièges qu'il a gagnés, et soit non seulement le groupe le plus fort quantitativement, mais aussi qualitativement.

N'est-il pas de coutume de commencer une année en prenant de bonnes résolutions ? Et de bon aloi de s'y tenir ensuite ?

 

 

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