Elections britanniques : une majorité pour Johnson ?

Imprimer

Boris Johnson.jpgUn seul programme : rester au pouvoir


Qui sera Premier ministre de Grande-Bretagne après les élections d'aujourdhui ? Boris Johnson ou Jeremy Corbyn ? Et avec quelle majorité ? Et quel programme ? Celui de Corbyn est résolument à gauche, à l'image de celui qui lui avait permis de presque gagner les élections de 2017, et en tout cas de priver les Conservateurs de la majorité absolue aux Communes en les contraignant à une alliance toxique avec les unionistes nord-irlandais. Mais pour les élections présentes, son indécision sur le Brexit l'affaiblit : il ne s'est que tardivement prononcé en faveur d'un nouveau référendum, pour ratifier un nouvel accord qu'il promet de conclure avec l'Union européenne. Résultat : dans les sondages pré-électoraux (à prendre avec des pincettes, le mode de scrutin uninominal à un seul tour rendant toute prévision très aléatoire), les travaillistes ont dix points de retard sur les conservateur et les libéraux démocrates quinze points sur les travaillistes. Boris Johnson voulait être Premier ministre, il l'est devenu. Il veut le rester, il semble bien parti pour le rester : c'est le seul programme qui lui vaille.

 

Un politicien hors pair. Autrement dit : un politique douteux.

La campagne électorale britannique a été violente, scandée de menaces, d'injures, et d'une "rare pauvreté intellectuelle", témoignait dans "Le Courrier" la politologue Pauline Schnapper. Un parti mal en point (les conservateurs) est en position de gagner les élections britanniques, par lassitude du Brexit (mot d'ordre : qu'on en finisse, d'une manière ou d'une autre) et allergie à Jeremy Corbyn (plus qu'à son parti travailliste). Si les Conservateurs ne gagnent pas ces élections, le Royaume-"uni" se retrouvera avec un parlement sans majorité, ou une majorité de coalition improbable entre les travaillistes, les libéraux démocrates et les nationalistes écossais, gallois et irlandais. Ou alors, dans le statu quo : un parti conservateur et un Premier mninistre devant compter sur les voix des unionistes nord-irlandais (la droite protestante) pour obtenir une majorité. Dès lors, l'argument de campagne de Johnson est des plus simple : vous avez voulu le Brexit, je ferai le Brexit, je suis seul à pouvoir le faire. Du coup, il renvoie dans les cordes l'europhobe Nigel Farrage, pour qui l'accord négocié par Johnson avec l'Union Europépenne est une trahison : son parti est à moins de 5 % des intentions de vote, au niveau des nationalistes écossais -qui ne se présentent qu'en Ecosse...

Boris Johnson est Premier ministre non parce qu'il a remporté des élections générales, mais parce qu'il a été désigné comme chef du parti conservateur par 160'000 membres du parti -ce qui pèse assez peu face aux 45 millions d'électeurs britanniques, dont la moitié (un peu plus ou un peu moins) sont opposés au Brexit, à tout le moins au Brexit "dur" voulu par Johnson et Farrage. Mais Johnson capitalise presque à lui seul le vote des "brexiters", alors que les "remainders" (qui veulent rester dans l'Union) se divisent entre les travaillistes, les libéraux démocrates et les nationalistes écossais, irlandais et gallois.

Quel que soit le choix des urnes britanniques, l'enjeu restera cependant le même, toujours le même, forcément le même : le Brexit et la ratification (ou non) par le parlement de l'accord négocié par Johnson, et qui ressemble comme un frère à celui négocié par Theresa May et que Johnson vouait à l'exécration. L'actuel Premier ministre britannique n'ayant pas d'autre conviction que celle, égocentrique, de sa propre haute valeur, il peut en arborer de successives et contradictoires sans que nul ne lui en tienne rigueur, le Brexit n'ayant jamais été pour lui autre chose que le moyen de prendre le pouvoir. Boris Johnson est certainement un politicien hors pair. Autrement dit : un politique douteux.

 

 

Commentaires

  • Je ne peux m'empêcher de penser que les Britanniques se sont trouvés dans le même situation que les électeurs USA: choisir entre eux candidats indignes de remplir la fonction: en GB, un menteur égocentrique et un idéologue utopiste, aux USA, une femme qui traînant derrière elle le nom de son mari et un homme d'affaires qui ajoute la grossièreté au mensonge.

Les commentaires sont fermés.