De la cohérence en milieu municipal

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Petite polémique picrocholine (à forte composante électoraliste) sur un rapport d'audit que l'Exécutif de la Ville de Genève avait commandé, et qu'il a longtemps refusé de rendre public. La droite tempête (forcément : l'Exécutif est de gauche...) et exige la publication de l'audit dont la "Tribune de Genève" avait dévoilé des extraits en bénéficiant de "fuites" qui avaient valu à trois conseillers municipaux d'être auditionnée par la police sur dénonciation du Conseil administratif, à la demande du président UDC du Conseil municipal. Appelé à la rescousse, le préposé cantonal à la transparence estime que la publication de l'audit serait "utile à la formation de l'opinion et à la participation des citoyens à la vie publique". Et tout cela, donc, sur fonds d'invocation du principe de "transparence". Ce qui fait doucement rigoler, puisque cette transparence que la droite demande sur un audit, elle refuse d'envisager d'en débattre quand on la propose sur les rémunérations, les indemnités, les remboursements, les avantages, les privilèges, les prébendes des Conseillers municipaux...

De quel puits attend-on que sorte quelle vérité toute nue ?

Le Conseil administratif de la Ville ne voulait pas rendre public un audit qu'il avait lui-même commandité sur les frais professionnels du personnel municipal. Il avait même, sur demande du président du Conseil municipal de l'époque, transmis au Procureur général une dénonciation (et non une plainte pénale) pour violation du secret de fonction : le rapport avait "fuité" à la "Tribune de Genève", ce qui avait provoqué une enquête, lors de laquelle trois conseillers municipaux membres de la commission des finances avaient été interrogés et s'étaient vu confisquer leurs téléphones -ce qui depuis les incite à se comparer à Julian Assange ou Edward Snowden, qui, eux, risquent bien plus (leur liberté, voire leur vie) pour avoir divulgué des informations (cruciales, elles) que ce dont que nos trois collègues se plaignent, sans crainte du ridicule, à hauts cris... passons... Finalement, sur avis du préposé cantonal à la transparence, l'audit sera peut-être rendu public. On n'en fera pas notre lecture de chevet, mais on veut bien admettre qu'il y a intérêt public à pouvoir l'obtenir, quoique l'on doute que cet intérêt public aille jusqu'à rendre publiques des identités de salariés de la fonction publique municipale (dont les noms seront certes caviardés dans le texte public, mais dont certains pourront tout de même être identifiés indirectement par les indications de fonction données dans le rapport...).

La "transparence" devient donc le beau, l'obsessionnel souci de tout le monde. Y compris de ceux qui ont plutôt accoutumé de la refuser (par exemple sur le financement des campagnes électorales). Mais de qui l'exige-t-on, cette "transparence", de quel puits attend-on que sorte quelle vérité toute nue ? du puits des autres et de la vérité des autres, évidemment. Est-on crédible à exiger des autres une transparence qu'on refuse de s'appliquer à soi-même ? Sans un minimum de cohérence, ce qui va tenir lieu de transparence ne sera jamais qu'un ersatz. Une transparence dont transpire les arrières-pensées. Une transpa-rance.

Le principe de cohérence dans l'exigence de transparence devrait valoir pour tout le monde : la gauche et la droite, le législatif ou le délibératif et l'Exécutif... On pourra d'ailleurs le vérifier lorsque viendra au Conseil municipal le moment d'entrer en matière sur notre proposition de publicité des décomptes de jetons de présence, des prestations en nature, des avantages et des remboursements accordés par la Ville aux Conseillers municipaux -y compris à ceux qui exigent de la Ville qu'elle soit "transparente" et que le Conseil administratif en donne l'exemple.

Mais qui diable nous susurre qu'on est naïfs ?

Commentaires

  • On dirait du Magali Orsini. En plus fin, mais tout de même...

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