Choisir entre le logement social et le village ?

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Le dilemme des Crêts

Avouons-le, on a été un peu hésitant avant de prononcer un "oui" au projet, soumis à votation dimanche, de densification du quartier des Crêts, au Petit Saconnex. On n'est d'ailleurs pas les seuls à avoir hésité entre accepter ou refuser ce projet : les Verts, par exemple, l'avaient accepté en votation municipale, ils le refusent maintenant en votation cantonale -c'est pourtant le même projet... Et le "Courrier" a produit deux commentaires contradictoires, l'un de Christiane Pasteur appelant à voter "non" et l'autre de Benito Perez appelant à voter "oui". Et si on a été hésitant, c'est parce que quelque soit le vote que l'on produisait, il contenait à la fois des éléments de cohérence et d'incohérence politique. Sans doute la cohérence absolue n'est-elle pas de ce monde -sauf à être la manifestation d'un dogmatisme ou d'un crétinisme absolus, et tout prononcement politique contient-il des contradictions, mais il faut bien, à un moment, choisir entre un "oui" et un "non" également insatisfaisants. Et là, choisir entre deux priorités : le logement social ou les nostalgies villageoises.

Confirmer cantonalement un vote municipal

De quoi parle-t-on ? d'un projet de densification d'un quartier (les Crêts) du Petit-Saconnex, en Ville de Genève. Le canton et la Ville prévoient d'y construire 200 logements à la place d'une dizaine de villas, loués à des loyers "abordables", dans des immeubles de trois à cinq étages. Inacceptable pour les référendaires, qui veulent défendre le dernier "village" de la ville (au vrai, il y a longtemps que le Petit Saconnex, annexé par la Ville de Genève en 1930, n'est plus un "village" mais un quartier, et le projet soumis au vote préserve les maisons offrant un intérêt patrimonial, notamment les maisons ouvrières, et les jardins) et un "poumon de verdure" (mais une verdure largement privatisée, à laquelle la population du quartier n'a pas accès). A quoi s'ajoute pour certains référendaires (l'association "pic-vert" des propriétaires de villas) un discours "samsuffiste" de refus de la création de logements sociaux dans une zone résidentielle -ce n'est pas qu'ils soient forcément contre les logements sociaux, c'est qu'ils sont contre les logements sociaux (et leurs locataires) près de chez eux, notamment parce que cela ferait baisser la valeur de leurs biens.

On a voté "non" au projet du "Pré du Stand" qui détruit une zone agricole... alors pourquoi voter une nouvelle fois (on l'a déjà fait lorsque le vote est municipal) "oui" au projet des Crêts qui rabote une zone villas ? Précisément parce qu'on ne s'attaque pas aux Crêts à une zone de verdure ou à une zone agricole mais à une zone villas, c'est-à-dire aux zones les plus gaspilleuses d'espace pouvant être affectés au logement. Or 8000 familles, dont la majorité gagne bien moins que le revenu moyen à Genève, attendent un logement dont le loyer leur soit supportable, de sorte qu'ils n'aient pas à choisir chaque mois entre payer leur loyer ou payer leur assurance-maladie. Déterminer son vote, c'est en somme affaire de priorité : sauver les villas des Crêts n'en est pas une, même si elles sont sur des parcelles où sont aussi de beaux arbres aussi privés qu'elles, en face de cette autre priorité qui est de loger les gens. Comme on pourrait le faire aux Crêts, pas au Pré-du-Camp.

Lien permanent Catégories : Genève, urbanisme, votations 0 commentaire

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