A six mois d'une grève et quatre mois d'une autre : Le chemin vers l'égalité

Imprimer

sorciere.jpgA bientôt six mois de la grève féministe du 14 juin, et peut-être quatre mois de la suivante, internationale celle-là, du 8 mars, on s'est bien aperçus lors des élections fédérales que la première n'était qu'un début (ou, pour reprendre le mot fameux de Churchill, "la fin du commencement") et on comprend bien que la seconde n'est qu'une continuation de la lutte pour les droits des femmes, l'égalité des droits entre femmes et hommes et de la mobilisation qu'elle exige. Une nouvelle grande mobilisation en 2020 est donc annoncée, probablement le 8 mars (journée internationale pour les droits des femmes et jour de lancement de la 5e Marche mondiale des femmes), pour laquelle un appel international à une grève féministe de deux heures est lancé.

Et si le féminisme obligeait à l'invention d'une autre masculinité ?

"Le privé est politique", et si le féminisme est, "objectivement", révolutionnaire, c'est qu'il remet en cause d'entre les plus solides et les plus anciens piliers de la société patriarcale. Cela fait des millénaires que les hommes ont fait main basse sur le pouvoir et en ont exclu les femmes, en les reléguant aux charges maternelles et domestiques et en se gardant pour eux le pouvoir politique, le pouvoir économique, le pouvoir culturel, et leurs instruments : les armes, l'écriture, les prêtrises. Le masculin devient la norme universelle : il ne prédomine pas seulement dans la grammaire et la syntaxe françaises...

On ne naît pas homme ou femme, on le devient. Et plus précisément, on l'est devenu au fil de nos socialisations. Et on ne peut s'interroger sur la "féminité" sans s'interroger aussi sur la "masculinité", sur ce qui les constitue et comment elle se constituent. Car le sexisme constitue les deux genres, définit les "valeurs" qu'ils sont supposés respecter, les comportements qu'ils doivent adopter : un homme (et donc un garçon), ça ne montre pas ses émotions et ça ne pleure pas. Mais ça a le droit d'être violent. Une fille, non. Une fille, ça joue à la poupée, un garçon, avec un camion de pompiers. Un garçon, ça doit aimer la mécanique et les jeux d'extérieur, une fille, la cuisine et les jeux d'intérieur. Une fille, ça communique, un garçon, ça harangue.

Et si le féminisme obligeait à une invention d'une autre masculinité ? car les hommes aussi sont victimes du patriarcat, dans le même temps qu'ils en profitent. Le machisme emprisonne le macho. Et la "crise de la masculinité", les doutes des hommes sur eux-mêmes, sont peut-être une chance pour eux de se libérer d'un carcan millénaire... et pour les femmes de quelque chose qui tient de la "servitude volontaire", la désignation de l'homme (du mâle) comme unique responsable de cette servitude revenant à en déresponsabiliser les femmes, à les maintenir dans un statut de "sexe faible" -qu'un mouvement comme celui de la grève des femmes émancipe de sa propre faiblesse : elle n'est pas innée, elle est acquise. Et il n'y a pas que le machisme bas de gamme du beauf bête et primaire : il y a aussi le machisme bienveillant. Et paternaliste. Et courtois. Et galant. Et qui n'en est pas moins du machisme. Car le patriarcat est plastique : il s'adapte à tout. Et cela aussi fait du féminisme une force révolutionnaire : puisque le patriarcat sévit partout, la lutte contre le patriarcat se mène aussi partout. Dans la langue de bois de gauche du moment, cela se dit "convergence des luttes". Dans la vieille langue prophétique de Marx (celle dont précisément les marxistes ont fait une langue de bois, en la trahissant), cela disait que émancipation des travailleurs émancipera la société toute entière -Engels précisant, après Flora Tristan, que le plus exploité des travailleurs avait encore quelqu'un à exploiter : sa femme.
Et tout cela, qui devrait ne pas nous rajeunir, au contraire nous rajeunit, comme toutes les révoltes sans aigreurs

 

 

Lien permanent Catégories : Femmes, Politique 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.