Genève : une gauche de la gauche très gauche

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Guéguerres intestines et purges intestinales

Prise d'otage avec demande de rançon dans la gauche genevoise : "Le Courrier titre et surtitre "Ultimatum lancé au PdT", SolidaritéS "invite à une liste commune pour les municipales" du printemps prochain, "mais seulement si le PdT renonce à présenter les quatre transfuges" (quatre anciens membres de SolidaritéS passés au Parti du Travail après une crise interne à SolidaritéS). Et SolidaritéS "exige aussi 150'000 francs de jetons de présence". Et une autocritique publique ? De quel droit un parti politique s'arroge-t-il celui de désigner les candidats d'un autre parti, fût-il allié ? du droit du plus fort (ou du moins faible) ? On reste pantois devant l'incroyable capacité de la gauche de la gauche à gaspiller ses forces et consumer l'engagement de ses militants dans des conflits tribaux et des guerres intestines finissant en purges intestinales.

"On se plaint quelquefois que la gauche soit "déchirée". Il est dans la nature de la gauche d'être déchirée" (Dionys Mascolo)

Au stade où semble en être la gauche de la gauche genevoise, nous avons peut-être pour la comprendre moins besoin d'un politologue que d'un ethnologue. Moins besoin de Machiavel ou de Marx que de Lévy-Strauss ou de Clastres. Moins d'analyser un conflit de ligne politique que d'ausculter une guerre tribale, chacune des tribus en conflit étant prête à s'autodétruire pourvu que cela détruise aussi la tribu adverse. SolidaritéS semble ainsi prête à disparaître du Conseil Municipal (et du Conseil administratif) de Genève pourvu que le Parti du Travail disparaisse aussi du premier et n'accède plus jamais au second. Et le PdT est prêt à tout pour survivre, même à contribuer à s'exclure lui-même du parlement de la Ville. Reste évidemment la "solution 1936" : la liste unique PS-PdT*... encore faudrait-il que le PdT en ait envie et en donne envie au PS...

La question posée d'une formation unique de la gauche de la gauche, comme le souhaite SolidaritéS, mérite certes d'être posée -mais on en connaît déjà la réponse : dès qu'une telle formation naît, d'autres groupes se revendiquant aussi de la gauche de la gauche naissent sur ses flancs : le processus est sans fin depuis... bah, disons fin 1917 début 1918... Et de toute façon, la pire des méthodes pour faciliter la naissance d'une telle formation est celle de l'ultimatum agrémenté du cri harpagonesque : "ma cassette, ma cassette !". Et de la mise à prix de la tête des félons.

* En 1936, une solution radicale (au sens étymologique du terme, bien sûr) avait été trouvée par les socialistes et les communistes genevois, pour contourner à la fois l'interdiction du PC et l'obstacle du quorum : les communistes étaient purement et simplement entrés au PS avec l'accord ce celui-ci (et au grand dam du PS suisse), s'étaient présentés en tant que communistes sur la liste socialiste pour l'élection du Grand Conseil, et y avaient obtenu des élus, qui faisaient groupe autonome au sein du groupe socialiste. Après la scission du PS en 1939, la formation d'une Fédération socialiste suisse  à l'initiative du PS genevois et l'interdiction de la FSS  (et donc du PSG) par le Conseil fédéral en 1941, la gauche socialiste et les communistes créaient ensemble le Parti du Travail en 1943...  Avec lequel le PS est allié depuis cinquante ans... Après tout, Parti du Travail" est en quelques langues européennes ("Labour Party", par exemple) le nom d'une bonne dizaine de partis socialistes et sociaux-démocrates...

Commentaires

  • Moins les idéologues (par opposition aux pragmatistes) ont de chances de l'emporter, plus ils peuvent se payer le luxe de s'entredéchirer pour des points de doctrine, ou simplement des différences d'opinions. Je n'irai pas jusqu'à parler de conflits personnels, ce serait trop bas.

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