Elections fédérales : l'UDC comme elle est...

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C'était mieux avant...

En 2015, l'UDC, qui était devenue le premier parti de Suisse en 2003 en dépassant le PS, avait fait un carton, frisant les 30 % de suffrages, le double de ce qu'elle avait obtenu en 1995. Mais depuis quatre ans, elle recule : ses initiatives échouent devant le peuple, elle perd des élus dans les cantons (38 sièges dans les parlements cantonaux perdus dans les six premiers mois de l'année, dont 9 à Zurich, 7 à Lucerne et 7 à Bâle-campagne en mars), à quoi répondent des purges orchestrées par les blochériens : l'ensemble du comité zurichois est débarqué, le président de la section de Bâle-campagne doit démissionner...  et elle ne peut même pas tenter sans ridicule de "verdir" son discours, contrairement à ce à quoi s'essaie le PLR : entre ceux des udécistes qui nient le réchauffement climatique et ceux qui l'admettent mais l'exemptent de toute responsabilité humaine, elle est d'une crédibilité nulle sur ce thème. Du coup, elle laboure son champ habituel : la xénophobie et l'europhobie, compare l'Union Européenne à l'Allemagne nazie. Et, sans rire, Guy Parmelin ou Ueli Maurer au Général Guisan sur le Grütli en 1940 (en oubliant tous les accommodements de la Suisse avec le IIIe Reich entre 1940 et 1943)...

 

 

"La Suisse comme elle est" selon l'UDC : l'enfer sur terre...

L'UDC est le premier parti suisse depuis seize sns. Son objectif aujourd'hui n'est pas seulement de le rester, c'est de ne pas reculer au Conseil national (elle avait obtenu 29,4 % des suffrages et 65 sièges en 2015) et de gagner un ou deux sièges au Conseil des Etats (où elle n'en a que cinq). Avec comme slogan "Liberté et sécurité", et comme programme "Une Suisse qui reste comme elle est, comme nous la connaissons et comme nous l'aimons", elle va faire campagne sur son fondamental : l'immigration. A cause de quoi les trains sont bondés, les routes surchargées, les places publiques encombrées de requérants d'asile, les résidents chômeurs ne trouvent pas d'emploi et les infrastructures sont surchargées. Et les glaciers fondent. La Suisse comme l'UDC la connaît et l'aime, et qui doit rester "comme elle est", donc. Or de cette Suisse "comme elle est", l'UDC fait un portrait dystopique, d'après la Grande Catastrophe : des villes ravagées par "les assassinats, bagarres au couteau, viols, cambriolages", "dévastées par des batailles de rue"... ça doit plaire au fin fond d'Uri, ce tableau de la "Suisse comme elle est"... Pour la sauver de l'apocalypse (ce qui suppose au passage qu'on n'y soit pas déjà, et qu'on puisse y échapper, contrairement à ce qu'affirme la Bible) que propose l'UDC ? Ben, la routine : interdiction du regroupement familial, renvoi systématique des "réfugiés économiques", renforcement des frontières "par des mesures architecturales" (un mur ?, abolition de la libre circulation des personnes, financement de l'AVS par la réduction de l'aide au développement et du financement de la politique d'asile, abolition de l'aide publique à la culture, durcissement du droit pénal à l'encontre des mineurs, renforcement de l'armée, réduction de l'investissement dans le rail et baisses d'impôts. En gros, le même programme qu'en 2015. Avec pour le napper la petite sauce polémique indispensable : la gauche "use et abuse des thèmes écologistes" et mène des "actions diaboliques". Et une référence aux valeurs chrétiennes fondatrices de l'identité suisse. Et le dérèglement climatique, alors ? Le dérèglement climatique, quel dérèglement climatique ? "l'angoisse climatique est une invention des media" affirmait encore Oskar Freysinger en mars...

Le premier parti de Suisse le restera sans doute après les élections cet automne. Mais la question n'est pas là -pas dans le classement des partis : elle est de savoir qui "donne le ton", qui "fait l'agenda", de quel côté penche le rapport des forces. Si l'UDC, comme prévisible (mais seulement prévisible...) s'affaiblissait, c'est sa capacité de peser aussi lourdement qu'actuellement sur les débats qui s'affaiblirait. Et il y a à cela une condition bêtement arithmétique : c'est que l'UDC et le PLR ensemble ne détiennent plus la majorité des sièges dans la "Chambre du peuple".
Parce que "le peuple" mérite mieux que ce "couple infertile", comme disait l'autre...

 

Lien permanent Catégories : élections, Politique, Suisse 1 commentaire

Commentaires

  • En Europe, la Suisse est le seul pays avec le Luxemburg où il y a plus de travailleurs étrangers que locaux. Ce thème de l'immigration n'est donc pas une création de l'UDC, mais vient d'une réaction d'une partie de la population.

    Dès lors qu'il y a un tel niveau d'étrangers, chaque "pet" peut créer une crise de xénophobie, l'UDC le sait, les autres partis aussi. Et ce serait mauvais pour l'économie.

    Le serrage de boulon n'est donc pas le fait que de l'UDC, mais des partis conscients que ce qui se passe ailleurs (Autriche, Italie,...) peut arriver ici. Et la population dans sa large majorité est pour ce serrage de boulons. Ce sont les excès de l'UDC qui ne passent plus grâce à ces mesures prises.

    Le renvoi est demandé par une majorité. Donc je me répète, c'est la gauche qui doit convaincre la population du fameux "bienfait" de l'immigration clandestine. Sinon, il faut changer de discours.
    Avec le climat, la gauche devrait atteindre des sommets, ce n'est pas le cas et pour cause. La gauche idéologique coupe les ailes d'une gauche pragmatiques, de par ses annonces d'ouverture à la migration et conséquemment des coûts sociaux.

    Podemos est le fossoyeurs d'un gouvernement socialistes en Espagne, ici c'est la gauche idéologique dans le PS et ailleurs qui freine la gauche, particulièrement le PS
    En passant, les Verts Libéraux sans messages clairs, vont avoir certainement un succès qui dépasse les Verts, il y a de quoi se poser des questions.

    Le climat est important, l'immigration reste aussi un thème important. Le parti qui saura manier le pragmatisme et non l'idéologie gagnera la mise à court terme. Ces thèmes ont tendances à effacer les thèmes habituels droite-gauche.

    Le thème de l'immigration a tué la gauche française qui a réussit l'exploit de nourrir le FN. Un rappel pour la gauche idéologique suisse, c'est le peuple qui décide du succès des partis.

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