En finir avec le machisme en politique ?

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balayeuse.jpgDe la grève aux urnes

Une grève nationale dans un pays qui cultive le mythe de la "paix du travail" n'est certainement pas un événement anodin : la grève féministe du 14 juin a été bien plus importante que les mobilisations syndicales depuis des décennies -sans doute, depuis 1918... plus importante en nombre de participantes à la grève, et de participantes et participants aux manifestations, et plus large dans les revendications -et là encore, elle ne peut se comparer qu'à la Grève Générale de 1918 : les enjeux étaient certes les enjeux traditionnels (salaires, retraites, conditions et temps de travail), mais ils étaient aussi tous ceux concernant la place des femmes dans la société, les rôles sociaux, la définition sociale des genres, les droits des migrantes, les normes sexuelles, la violence faite aux femmes... Ces enjeux font programme -et nous sommes précisément en un moment d'élections -et tant que nous sommes dans un système démocratique "semi-direct" fondé sur une part de "représentation", les élections sont un moment où se jugent, se jaugent et se confrontent les programmes. En passant de la grève aux urnes, c'est bien la capacité des partis politiques à tenir compte des revendications portées dans la rue le 14 juin qui est en cause.

Le 14 juin : pas un aboutissement, mais une étape.

"Souvent radicales, injustes et exclusives, les féministes agacent" l'éditorialiste de "GHI" du 13 juin, veille du jour J. Agacé, donc, le Bonavita, par "des féministes avides de revanche qui radicalisent leur discours". Et plein de compassion pour les hommes "qui se sentent injustement jetés en pâture". Et le sagace commentateur de plaider pour qu'on ne se laisse pas "aveugler par le vacarme incessant d'une minorité de féministes revendiquant et n'importe quoi", comme en témoigne le manifeste de la grève du 14 juin, "fourre-tout gauchiste, victimisation à outrance et discours discriminants". En voila un qui a dû passer une très, très mauvaise journée, le 14 juin.

Pour la syndicaliste du SSP Maria Pedrosa, ce jour n'était pas un aboutissement, mais une étape, dans le parcours d'un mouvement qui veut s'attaquer à toutes les discriminations, toutes les inégalités, toutes les sujétions et pas seulement celles de genre : celles de classe, d'origine, de nationalité, aussi. Les unes et les autres se combinent, se conjuguent, s’additionnent. Autant dire que la réponse à ces enjeux ne va pas se trouver dans le projet de loi du Conseil fédéral, accepté par les deux Chambres, incitant les entreprises cotées en bourse (mais pas les autres) à avoir au moins 30 % de femmes dans leurs conseils d'administration et 20  dans leurs directions. Une chefferie qui change de sexe reste une chefferie.

La participation des femmes dans les institutions politiques, qui a sensiblement augmenté depuis les années 1980, ne progresse plus guère depuis quelques années. On peut l’observer au niveau cantonal et au niveau communal, dans les législatifs comme dans les exécutifs. Au niveau fédéral, la part des femmes au Conseil des États a reculé de 9 points depuis 2003, passant de 23,9% à 15,2%. Au Conseil national, en revanche, elle a augmenté de 6 points durant la même période, passant de 26 à 32 %. On est toutefois encore loin d'une représentation conforme au poids, majoritaire, des femmes dans la population (ou même dans le seul électorat) -et il en va d'ailleurs de même de la présence des femmes politiques dans les media (ces deux sous-représentations se nourrissant l'une de l'autre) : selon un recensement effectué par les femmes socialistes de toutes et tous les invités des principales émissions politiques en 2018 et 2019, la part des femmes varie entre 18 et 33 %. Les Femmes Socialistes ont d'ailleurs lancé en mai, pour rééquilibrer un peu les choses, le site internet www.votezfemmes.ch

En 1896 s'est tenu à Genève le premier Congrès suisse pour les "intérêts féminins" et Genève fut le troisième canton suisse à accorder, en 1960, aux femmes les droits politiques dont disposaient les hommes. Et la première "grande" ville de Suisse à avoir une femme comme Maire (Lise Girardin). Mais doit-elle s'en tenir là ? Seules 5 femmes ont été Maires de Genève depuis soixante ans. L'ancien Président du Conseil d'Etat, François Longchamp, rappelait (dans son introduction au rapport du 30e anniversaire du Bureau de la promotion de l'égalité entre femmes et hommes et de prévention des violences domestiques) le "machisme ordinaire exprimé, lors des débats relatifs à l'égalité, par des "rires" et par des "chahuts" signalés en marge" du Mémorial du Grand Conseil -et on en rappelera autant à propos du Conseil municipal : ces "rires", ces "chahuts", ces gloussements, ces flatulences verbales faiblement diverses et peu variées expriment sans doute plus encore que le feraient des mots (encore faudrait-il qu'ils en disposassent) le tréfonds du bas fond de la pensée des gorets qui s'y adonnent.
Lien permanent Catégories : élections, Femmes, Politique, Suisse 1 commentaire

Commentaires

  • C'est ce qui est triste avec les socialistes, c'est le manque de programme, ce qui signifie le recours aux vieilles recettes, comme pour l'UDC.

    Je fais le pari que ça ne marchera pas. La raison est que l'égalité ou son inégalité dans le quotidien, n'est plus guère visible. La femme de plus de 50 ans qui cherche un job, sait que la discrimination est sur l'âge.

    Le ressenti est que les socialistes ne se battent pas pour toute la population, c'est une discrimination issue de l'idéologie.
    Or les partie de gauches devraient être en première ligne pour défendre la qualité de vie.
    Mais rien sur la pollution, la défense des séniors (ce qui passent par un environnement adapté, humain), rien non plus pour redonner une âme aux lieux de vie, seul moyen de mélanger les générations spontanément. Etc...
    A Genève, c'est la gauche Ceausescu qui vit : Loin du peuple, celle qui bétonne en détruisant la passé sans que cela aide en quoi que ce soit la vie du citoyen, ne serait-ce qu'en la baisse des loyers. L'économie sans contrôle mène cette politique à l'échec.

    Bref, qu'elle serait la raison de voter socialiste si ceux-ci discrimine une partie de la population, y compris les femmes si celles-ci sont sénior ?

    La gauche doit lutter pour le bien-être des citoyens, de tous. Le combat LGBT, le féminisme est un combat pour les associations. Les partis sont là pour s'occuper de tous les citoyens.
    Les socialistes doivent arrêter d'être un groupe de lobbystes, et ils doivent penser "peuple" dans son entier.

    La seule raison de voter socialiste est de ne pas voter pour la droite, une droite encore plus psychopathe que les socialistes, du moins pour le moment.
    Une bonne claque aux élections serait une bonne chose pour les socialistes, histoire de lancer une mutation d'un parti coincé dans le 20ème siècle.

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