Aux Genevoises et Genevois qui ont sauvé Le Plaza : Merci !

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Affiche Plaza 38.jpgApprendre au saut du lit qu'un combat mené depuis près de cinq ans pour sauver la plus belle salle de cinéma romande de ceux qui voulaient la démolir (et de ceux qui ne faisaient rien pour les en empêcher), c'est commencer sa journée dans une sorte de douce euphorie... Ce combat  a abouti à l’heureuse issue du rachat par la Fondation Wilsdorf du bâtiment dans lequel est située la salle de cinéma, et de l’intention de la Fondation d’en faire ce que nous proposions d’en faire : autour de la salle, un centre culturel voué au cinéma et pouvant accueillir toutes manifestations publiques liées à ce rôle. Et le grand perdant, symboliquement, dans ce combat,  outre évidemment les porte-voix, les porte-plumes, les porte-serviette des propriétaires, c'est la collectivité publique. Parce que si la Fondation Wilsdorf a fait le travail de sauvetage patrimonial de l'Etat (et de la Ville) à la place de l'Etat (et de la Ville), si la fondation rachète un bâtiment que l'Etat ou la Ville auraient dû et pu racheter (c'est ce que demandait notre initiative), ce n'est pas parce que l'Etat (et la Ville) étaient incapables de le faire, c'est que l'Etat (et la Ville) ont, délibérément, renoncé à le faire... Finalement, on va peut-être condescendre à s'en acheter une, de Rolex...

"Les seuls combats perdus d'avance sont ceux qu'on renonce à livrer"

Les Genevoises et de Genevois ont gagné un combat engagé depuis près de cinq ans : sans l’action de quelques militantes et militants, soutenus par des milliers de citoyennes et de citoyens (notamment les plus de 11'000 d’entre eux qui ont signé notre initiative « Le Plaza  ne doit pas mourir »), sans le relais donné à ces engagements par des élues et élus au Grand Conseil et au Conseil municipal de la Ville, et par trois de leurs partis (le PS, les Verts et Ensemble à Gauche), « Le Plaza » aurait été démoli, et remplacé par un centre commercial superfétatoire et un parking nuisible.
Une salle d’une inestimable valeur patrimoniale et d’une incontestable importance culturelle a donc été sauvée par un combat citoyen, alors que l’Etat avait accordé à son propriétaire l’autorisation de la démolir et l’autorisation de la remplacer par un centre commercial et un parking., puis invalidé une initiative signée par plus de 11'000 citoyennes et citoyens qui demandaient d’accorder au maintien de cette salle «l’utilité publique » que son rachat par une fondation privée vient de constater. Une pétition exigeant la sauvegarde avait obtenu encore plus de signatures, un projet de loi avait déposé au Grand Conseil, une motion au Conseil municipal... mais dans ces deux parlements, la majorité de droite avait refusé de traiter ces projets en urgence.

Aujourd'hui, le Plaza est sauvé -mais ni le Grand Conseil, ni le Conseil municipal n'y sont pour rien. Ce sauvetage est un démenti à tous ceux qui assuraient que le combat pour le sauver était désespéré, que nous arrivions trop tard, qu’on ne pouvait plus rien faire et que les salles de cinéma ne sont que des vestiges du passé. Derrière ces piètres arguties, on pouvait entendre, sourdement, qu'on n'en avait cirer du patrimoine architectural, des espaces culturels, de l'architecte Saugey, de son talent, de la beauté de sa salle de cinéma. On pouvait entendre, plus explicitement, qu'à  la place de la salle de cinéma, on voulait c'est un centre commercial avec un parking dessous. Et qu'on s'en foutait, qu'il y ait déjà trois centres commerciaux et quatre parkings dans un rayon de 500 mètres autour du Plaza, que les centres commerciaux périclitent à cause de la consommation en ligne et de la concurrence des centres commerciaux français ? On voulait un centre commercial. Même sans clients. Et un parking quasiment dans la nappe phréatique.

Le Plaza est sauvé : ce n'est pas le cadeau d'un mécène, c'est le résultat d'un combat contre le projet de le détruire et les complicités avec ce projet. Merci, donc, grand merci, à toutes celles et tous ceux qui ont soutenu et accompagné le combat et les actions pour sauver Le Plaza : vous avez prouvé qu’aucun combat n’est perdu d’avance –sauf ceux que l’on renonce à mener.  On peut sauver ce qui mérite de l’être. On peut faire bouger les gouvernants. On peut résister à la disparition d’espaces culturels : c’est affaire de ténacité, de mobilisation. Et d'ignorance souveraine des arguties des juristes de la couronne.


Commentaires

  • "Le Plaza est sauvé : ce n'est pas le cadeau d'un mécène"
    Ce n'est pas parce que la majorité des politiques genevois n'ont rien fait pour cela, qu'il faut entamer ce refrain à consonance anti-capitaliste.
    Cela me paraît mesquin, comme la formule "on va peut-être condescendre à s'en acheter une, de Rolex... " Pour la plupart d'entre nous il ne s'agit d'ailleurs pas de *condescendre", mais de trouver les moyens, du moins si on en a envie.

  • Oui, Mère-Grand à de longues dents et réponse à tout, c'est bien connu...
    Mais...
    je-vois-pas très-bien pourquoi il faudrait s'empêcher d'appeler
    Un chat un chat
    &
    Un loup un loup...
    Et je-vois-pas-très-bien pourquoi on se priverait, non pas d'avoir "des consonances" mais d'être anti-capitaliste !
    L'esprit critique & citoyen ne voit pas l'aubaine du mécénat comme une victoire. ...
    Vous me ferez , Mère-Grand, une rédaction de 2 pages pour vendredi matin sur le sujet au lieu de vous pourlécher les babines ! ...
    ... Pendant que nous irons voir au Plaza voir une projection de Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni.
    Non, n'insistez pas, vous n'avez plus l'âge pour voir ce genre de film Mère-Grand...
    Non !

  • Vous êtes lent à la détente. Et si je me réjouis avec vous de cet heureux épilogue, j'observe que c'est bien le pognon qui est venu à la rescousse de l'indigence de nos responsables politiques.
    Si vous faites partie de ceux qui ont dénoncé les dérives, vous participez au travail de ces instances dirigeantes, de ces gouvernements serviles et déconnectés qui sont responsables de ce fiasco.
    Je ne le dirai jamais assez. Dégagez, tous tant que vous êtes ! Non seulement vous brassez de l'air, mais en sus, vous vous prenez au sérieux.

  • "Le Plaza est sauvé : ce n'est pas le cadeau d'un mécène"

    L'ingratitude de la gauche dans toute sa splendeur!

    On se souvient aussi de Pagani et du pont Wilsdorf

  • Et dans le même élan, la même euphorie, si nous sauvions maintenant Cornavin des deux chantiers colossaux et des vingt ans de travaux attendus ? Seriez-vous prêt au même combat ou faut-il encore une fois tabler sur un miracle ?

  • Cornavin n'est pas menacée (en tout cas pas la gare) de démolition, et je ne crois pas aux miracles. Si le Plaza a été sauvé, c'est parce qu'on en a empêché la destruction, pas par "miracle"...

  • Merci à la Fondation Wilsdorf !!!!
    C'est donc si difficile à dire ???

    Selon l'article de la TG, les loyers des bureaux et des commerces dans l'immeuble permettront amplement de rentabiliser l'investissement. C'est à se demander pourquoi l'Etat (et la Ville) n'ont pas voulu débloquer les fonds nécessaires. Et après, on va encore accuser Wilsdorf de s'en mettre plein les poches....

    Hans Wilsdorf repose au Cimetière des Rois. Et si on allait lui déposer une rose ou deux, hein? Les salauds de riches, ça a finalement du bien, aussi, hein ?

  • A propose du mécénat, on se souviendra peut-être que ce sont en général les mécènes capitalistes qui rendent possible l'art "dégénéré" tant honni par les régimes qui se sont voulu du peuple et de la classe ouvrière. Cet art "dégénéré" qui constituent les joyaux de nos musées et de certaines collections privées.

  • "Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni.
    Non, n'insistez pas, vous n'avez plus l'âge pour voir ce genre de film Mère-Grand..."
    Je l'ai vu quand il est sorti. J'ai eu de plus jeunes amis qui ont vomi sur les films de Hollywood parce qu'ils en étaient au maoïsme. Sauf ceux que la Nouvelle Vague adorait. Eisenstein, le Fritz Land de *der Müde Tod", tout cela je l'ai vu aussi et avec plaisir.
    Tout cela fait partie de la vie du cinéma, qui est relayée en grande partie par la télévision, n'en déplaise à certains jeunes qui ne veulent pas remettre à jour leurs vieux logiciels tout aussi nostalgiques que ceux des vieux comme moi.
    Je me réjouis au moins que vous ne cédiez pas à la bien-disance qui empêche de empêche notamment de faire allusion à l'âge de vos contradicteurs. Sauf sur certains sujets que l'on attribue aux ennemis de la modernité.

  • @PierreJenni : Pérorer sur les blogs de la Julie du matin au soir fait de vous quelqu’un de connecté?
    Vous faites quoi dans la vie à part être candidater aux élections?

  • Mais quel bonheur ! Je ne passerais donc pas inaperçu ?
    Oubliez la candidature, ce n'était qu'un passage obligé. 2013, c'est déjà la préhistoire.
    Et rassurez-vous, je suis parfaitement conscient de déblatérer à vide. C'est défoulant mais provisoire.
    Mais vous risquez bien de me regretter...

  • Le problème reste : la destruction du patrimoine "secondaire " que ce soit au nom de l'économie marchande ou au nom de l'intérêt général (sic) pour se parer à une augmentation de population qui n'aura que des conséquences négatives pour le citoyen.

    La question se pose. Peut-on placer un politicien à une place si importante, lorsque celui-ci accorde plus d'importance à son idéologie qu'au bien du citoyen, ma réponse est non.
    Avoir un but et l'atteindre, c'est très bien, mais lorsque ce but implique l'atteinte au bien-être du citoyen, ce n'est pas acceptable.
    Le patrimoine, c'est l'âme d'une ville, qu'importe si il n'est pas dû à un grand architecte. Cette âme, c'est ce qui rattache la population à une ville, qui lui donne une identité, cela touche toute la diversité des citoyens.

    Ce politicien n'est pas seul, et certes le choix de faire de Genève une métropole sans âmes, est partagé par ces politiciens d'un autre siècle.
    A méditer, Bulle la jolie ville en Romandie, est connu aujourd'hui pour sa laideur, le 20eme siècle ayant passé par là.

    Après le Plaza, c'est Genève qu'il faut sauver, son âme, ou ce qu'il en reste.
    Un bon élu ne se contente pas de réagir aux problème, il doit, autant que ce peut, maitriser le développement. Le citoyen doit être la priorité, l'économie son serviteur.

    La question se pose : Genève veut-elle rivaliser avec les grandes métropoles par narcissisme (de ses politiciens) ?

  • @Pascal Holenweg
    Je vous remercie d'abord et vous félicite du fait que vous publiez même ce qui pourrait vous déplaire. Ensuite, je tiens à vous dire que j'admire les convictions (du moins celles qui ne sont pas indiscutablement malfaisantes et destructrices, pour autant que ce dernier énoncé ait un sens). J'ai juste gardé un certain agacement face à certains amis maoïstes et trotskistes d'autrefois tous issus de la classe moyenne dont aucun n'avait jamais connu aucune des privations de la condition ouvrière.
    Que vous soyez anticapitaliste ne me gêne donc en rien et je partage bien plus de vos convictions qu'il ne pourrait paraître. Quant au devoir de deux pages que vous m'avez infligé, je l'abrège, parce que si j'écris deux pages, elles risquent de se multiplier au-delà du raisonnable. Je raccourcis donc.
    J'aurais pu et peut-être dû m'en tenir à exprimer mon agacement devant l'excès d'idéologie qui vous a empêché de saluer simplement le fait que la fondation Wilsdorf a fait ce qu'il était bien de faire et que la puissance publique a omis de faire ou n'a pas été capable de faire. Un simple remerciement aurait été, me semble-t-il de mise.
    Le seul lien, si l'on peut appeler cela ainsi, que j'ai avec la fondation Wilsdorf c'est que ma défunte soeur, qui a travaillé dans l'horlogerie dès l'âge de 14 ans et jusqu'à sa mort, a laissé dans ses papiers un contrat de travail avec Rolex qui date des années ou les ouvriers et ouvrières étaient payés à l'heure (et donc seulement lorsqu'ils travaillaient). Vous pouvez imaginer qu'il y a bien longtemps de cela, puisque vous faites allusion à mon âge. Son salaire horaire était de 5.- francs suisses, elle était contente d'avoir du travail et le reste de la famille aussi.
    A propos du loup, je ne suis pas plus la Mère-Grand du conte que vous êtres le Pascal des Pensées, mais celui de la série "Chapeau et bottes de cuir". Je ne me sens d'ailleurs proche ni de l'un ni de l'autre, sauf peut-être pour la vieille Bugatti de certains épisodes, qui reflète bien, malgré son allure, les dégâts que l'âge inflige à chacun de nous. Je n'ose dire amicalement, selon une des formules de mon époque.

  • J'avais précisément relevé que "saluer simplement le fait que la fondation Wilsdorf a fait ce qu'il était bien de faire et que la puissance publique a omis de faire ou n'a pas été capable de faire."... quant à votre âge, je n'y ai fait aucune allusion, d'autant que je l'ignore et qu'il se pourrait bien qu'on ait à peu près, vous et moi, le même : en tout cas, "Chapeau melon et bottes de cuir" fait partie de mon panthéon télévisé (moins pour Mère Grand que pour Madame Peel, il est vrai) et 5 francs de l'heure fut mon premier salaire...

  • @ Pascal Holenweg
    Pas vraiment: 1936. Vous devez être plus proche de mes premiers fils, début des années '60.
    Quand au Mère Grand de la série, elle ne m'a jamais inspiré aucun des sentiments que vous avez pu avoir pour Emma Peel qui, d'après mes souvenirs des blogs avait un autre admirateur blogueur en la personne de Philippe Souaille. Mon choix de pseudo est en quelque sorte accidentel.
    J'ai préféré Tara King, qui avait moins de classe que Madame Peel (Pêêl, comme disaient les peu anglophones doubleurs français), mais un prénom qui n'était pas encore à la mode et que porte notre fille.
    Oups ... j'ai commencé à céder à la tentation. STOP!

  • La gauche a toujours eu des problèmes avec les mécènes car ces gens prétendent ne pas aimer le pognon. Pourtant c'est bien un mécène qui a payé les frasques de Pagani, c'est aussi un mécène qui a financer la construction du BFM et que le CA de l'époque à remballé lorsque ce monsieur a demandé de pouvoir louer cette salle en priorité. Depuis cet épisode le mécène a supprimer ses dons au Grand Théâtre (plusieurs millions) et aux autres institutions. La fondation Wilsdorf a fait d'importants dons à Genève mais la gauche rechigne à dire merci !!

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