Grève des Femmes, J-11

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28 ans après la première grève des femmes de Suisse, il leur faut donc remettre ça : les revendications de 1991 ne sont toujours pas, dans la réalité, sur le terrain, satisfaites. Certes, il aura bien fallu des décennies pour que celles de la Grève Générale de 1918 le soient, mais ne nous assure-t-on pas que depuis un siècle, l'histoire s'accélère ? les femmes doivent pourtant refaire grève pour les mêmes revendications que celles portées lors de la grève de leurs mères et de leurs grand-mères... 38 ans après l'inscription dans la Constitution fédérale du principe de l'égalité entre femmes et hommes, ce principe reste à concrétiser. L'Union Syndicale Suisse le résume en trois mots, qui font slogan : "Salaire. Temps. Respect". C'est revendiquer plus, et plus profond, au fondement des inégalités, qu'une parité dans les lieux apparents du pouvoir -mais cela n'exclut pas cette revendication-là. Que le Grand Conseil neuchâtelois vient de repousser (il est vrai que le projet de loi qui lui était présenté était assez mal foutu). Comme si ce quota-là (la parité n'est rien d'autre qu'un quota) était plus douloureux que tous ceux que les élections connaissent déjà (quotas cantonaux pour les élections fédérales, régionaux pour certaines élections cantonales, de partis politiques dans les conseils d'administration etc...)

Depuis quand a-t-on besoin d'une autorisation pour faire grève ?

On salue nos camarades magistrates, qui, à l'instar d'Anne, Sandrine, Carole-Anne (et les autres) feront grève le 14 juin. Ne serait-ce, comme l'exprime Anne Emery-Torracinta, que pour manifester leur soutien au combat pour l'égalité, à la faveur de ce que Sandrine Salerno proclame comme un mouvement social et un moment de revendication important, auquel les socialistes ne peuvent pas ne pas prendre part. Tous les socialistes. Même les vieux mâles cisgenres ? Même.
Le manifeste de la grève précise qu'elle "s'adresse à toute personne qui n'est pas un  homme cisgenre", un homme content de l'être, ou résigné à l'être... Naît alors une polémique sur la participation des hommes à la grève : La présidente de la Jeunesse socialiste, Tamara Funiciello, a appelé les hommes à rester en retrait de la grève et en queue de manif, la Ville de Genève a décidé de soutenir la grève des femmes en donnant congé le 14 juin à ses salariées et pas à ses salariés. Du coup, la "Tribune de Genève" a éditorialisé "la grève des femmes doit être inclusive" des hommes. Inclusif de qui dans quoi ? Quand on mobilise contre le patronat, on inclut les patrons ? Le jour ou Tamedia lâchera la "Tribune", l'édito de la "Tribune" appellera à inclure les actionnaires de Tamedia dans la lutte contre Tamedia ?
Dans ce pays, l'annonce d'une grève, ça fait toujours frémir... et les femmes de droite rechignent à faire grève, vu que l'idée est venue de femmes de gauche... Et que cette grève est "politique" et qu'il paraît qu'une grève politique, c'est illégal et qu'on ne peut faire grève que pour des causes relatives aux relations de travail... parce que l'inégalité salariale, le "plafond de verre", le harcèlement au boulot, les rentes de 2ème pilier deux fois plus basses, ça n'a évidemment rien à voir avec les relations de travail...
Du coup, la grève des femmes, c'est aussi une grève pour le droit de faire grève !  D'ailleurs, au début des discussions sur la grève, il a fallu choisir entre une grève générale et une grève des femmes, et c'est la grève des femmes qui a été choisie...
Mais les vieux mâles cisgenres peuvent quand même faire grève aussi, le 14 juin. D'abord, parce qu'on n'a pas à demander l'autorisation de faire grève. Et qu'on ne veut pas être des briseurs de grève, faire le boulot des grévistes à la place des grévistes. Etre des jaunes. Depuis quand on a besoin d'une autorisation pour faire grève ? et cette grève-là, c'est bien une grève pour changer la société, comme la grève générale de 1918, qu était aussi une grève pour changer la société. D'ailleurs, elle l'a changée...
Le slogan de la dernière grève des femmes, "les femmes bras croisés, le pays perd pied", est toujours aussi éloquent, mais si les hommes font le boulot des femmes à la place des femmes qui font grève, il ne perdra pas pied, le pays... Appeler les hommes à remplacer les femmes en grève, c'est les appeler à jouer les briseurs de grève. "Les femmes bras croisés, le pays perd pied", cela ne peut être une réalité que si les hommes ne jouent pas les jaunes. Pour bien faire voir à quel point le travail des femmes est essentiel au fonctionnement de la société, il faut bien que ce travail ne soit pas fait, sinon la grève ne seras qu'une jolie parenthèse bien vite refermée. "Il faudra bien quelqu'un qui s'occupe du ménage et des enfants" dit Tamara Funiciello... les femmes ont le sens des responsabilités, quoi. Il arrange bien le patriarcat, le sens des responsabilités des femmes, il les piège depuis toujours, leur sens des responsabilités...

Lien permanent Catégories : Femmes, Suisse 8 commentaires

Commentaires

  • Que dire, quand l'idéologie perd pied avec ses clichés à répétition
    du mâle blanc misogyne.
    Ce qui se passe dans un couple est une affaire qui ne regarde que le couple. 2 humains décident de vivre ensemble et se répartissent les tâches. Cela ne concernent qu'eux. La société patriarcal, cela fait longtemps que ça n'existe plus vraiment.
    Parfois il n'y a pas d'égalité, et c'est la femme ou l'homme qui domine.

    Ces clichés éculé ne passe plus. Le PS devrait quand même se rendre compte que l'excès a toujours joué dans le sens contraire. Oui, chez certains migrants, c'est toujours un problème, mais ce n'est pas eux que vous visez.

    Concernant le monde du travail, le problème est au niveau des dirigeants qui n'ont pas assez de femmes. Pour le reste, on est loin des inégalités qui sont répétées par idéologie.

    En résumé, une manif idéologique pour un problème qui à trouvé ses limites politiques dans une relation humaine.

    J'attend de la gauche, une force qui se projette dans l'avenir. Pour le moment, c'est le vide sidéral. Vous n'allez pas attirer des votants avec l'égalité ou les crèches.
    Intéressez-vous à l'humain, à son habitat, à cette rogne de subir pollutions et dégradation de son environnement proche, l'angoisse des nouvelles technologies. C'est autrement plus urgent.
    Mais pour ça, il faut vous remettre en question sur votre idéologie de la croissance.
    Il n'y a pas d'avenir pour un PS du 20ème siècle dans ce nouveau siècle. Si les Verts suisse s'émancipent des socialistes, vous allez suivre le mouvement européen et les Verts vous remplaceront.

  • Ce qui est inscrit dans la Constitution fédérale, ce n'est pas le "principe de l'égalité entre femmes et hommes", comme vous l'écrivez, mais le principe de l'égalité EN DROIT entre femmes et hommes.
    L'art. 8 alinéa 3 de la Constitution fédérale dit précisément ceci:
    "L'homme et la femme sont égaux en droit. La loi pourvoit à l'égalité de droit et de fait, en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail."
    L'homme et la femme ne sont pas égaux. Le jour où ils le seront, les hommes pourront tomber enceints et mettre au monde des enfants.
    Certaines inégalités sont dans la nature (certains diraient: dans la Création).

  • "La loi pourvoit à l'égalité de droit et de fait, en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail." C'est assez clair : on proclame pas seulement l'égalité "en droit" mais aussi "en fait". Les hommes et les femmes sont donc égaux. A moins évidemment de confondre égalité et identité. Egaux, pas semblables.

  • Prenez une institution comme l'Imad (aide et soins à domicile à Genève) 1'500 collaborateurs, principalement collaboratrices.
    80 % privilégient le temps partiel. Donc une incidence sur le salaire le 2ème pilier (la qualité de vie aussi).

  • Que les hommes jouent un rôle dirigeant pour la grève des femmes, cela est, à juste titre, non avenu. Mais qu'ils participent (il y a plein de façons) est bien. Mais, mais, mais, que l'USS demande d'éviter absolument des grèves sauvages tout en déclarant que la grève des femmes de 2019 est légitime, n'est pas acceptable. Expliquer qu'il y a des règles requises pour ce faire, bien, mais de là à prôner l'évitement de ce type de débrayage, c'est freiner toutes velléités. En cas de représailles, assumer le soutien a posteriori par l'ensemble des forces progressistes, doit être un réflexe et une manière de renforcer les rangs de la lutte tout en tournant le dos au directivisme de tous bords.

  • Cette grève doit réunir les femmes et les hommes qui souhaitent l'égalité. Et non pas tomber dans une gueguerre entre les sexes.

    Pointer du doigt le manque de crèche, le harcèlement, les différences salariales,... Du concret!

    Beaucoup d'hommes étaient motivés par cette grève, mais les discussions autours des genres les ont refroidi. C'est vraiment dommage.

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