Les ravages politiques du Brexit

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Brexit.jpgLes Ides de May

Sauf nouveau référendum pouvant annuler celui qui a imposé le Bre4xit, le Royaume-"Uni" quittera l'Union Européenne le 31 octobre prochain, au plus tard -il aurait déjà dû le faire, mais sur pression d'Angela Merker, l'Union a prolongé le délai du départ alors qu'Emmanuel Macron voulait s'en tenir au délai initial. La prolongation du délai de mise en oeuvre du Brexit à eu une une conséquence pataphysique : le Royaume-"Uni" a désigné dimanche 73 députées et députés au Parlement Européen, qu'il devrait quitter dans cinq mois. Dont 28 du Parti du Brexit de Nigel Farage. Un scrutin absurde, mais illustrant la profonde division de l'électorat britannique : les "brexiters" obtiennent 31,6 % des suffrages, mais les "antibexiters" libéraux 20,3 % et les "antibexiters" verts 12,1 %. Si on ajoute aux uns et aux autres les forces politiques qui, sur la question de la sortie ou non de l'Union défendent des positions comparables, on a une petite majorité de partisans du maintien dans l'Union, compte tenu des résultats des nationalistes écossais et gallois et des républicains nord-irlandais, de la division des travaillistes entre partisans d'une sortie négociée et partisans du maintien (et de celle des conservateurs entre partisans d'une sortie négociée et ceux d'une rupture "dure". Ajoutez à cela que la Première ministre a démissionné et que son parti fait son plus mauvais résultat depuis sa création il y a bientôt deux siècles, vous aurez le résultat politique ravageur du Brexit en Grande-Bretagne, avant même que l'on sache s'il sera ou non mis en oeuvre...

Déroule, Britannia

Que l'Angleterre (mais pas toute la Grande-Bretagne) soit eurosceptique n'est pas une révélation : elle l'est depuis toujours. Elle l'était en adhérant à la Communauté Européenne en 1973. Les gouvernants britanniques l'ont toujours présentée comme un projet économique, un marché commun, rien de plus : une Grande-Bretagne en crise depuis 1945 rejoignait une Europe sortant de trois décennies de croissance.  Et après le Brexit, les vainqueurs du référendum ont assuré que rien ne serait plus simple ni plus rapide que les négociations avec l'Union européenne. Et Theresa May elle-même ne disait d'autre, avant que les négociations commencent réellement. Mais, note Ivan Roger, ancien conseiller de Tony Blair et de David Cameron : la classe politique anglaise "est devenue de plus en plus provinciale et insulaire. Nous comprenons mieux ce qui se passe aux Etats-Unis qu'à Bruxelles ou à Paris. (...) notre politique étrangère n'a jamais été aussi insignifiante".
Theresa May a donc annoncé vendredi dernier sa démission, au 7 juin, de la chefferie du gouvernement du Royaume-"Uni". On repique ici le joli titre du "Manifesto" de samedi : "Le idi di May"... Et pour mettre à mort (politiquement...) la Première ministre britannique, les Brutus ne manquaient pas, au sein de son propre parti. Elle était Premier Ministre (ou Première Ministre, comme vous voulez) depuis l'été 2016, depuis l'adoption par la majorité des sujets de Sa Gracieuse Majesté (quoique la majorité des Ecossais, les Irlandais du Nord et les Londoniens aient fait le choix inverse) du Brexit, sans savoir ce que cela signifiait concrètement, et sans aucun plan de concrétisation de ce choix, qui avait entraîné la démission de David Cameron, fauteur d'un référendum qu'il pensait gagner et qu'il a perdu. Elle devait donc négocier ce plan avec l'Union Européenne. Et elle l'a fait. Et un accord a été trouvé. Dont n'ont voulu ni les partisans du maintien dans l'Union Européenne (puisque l'accord met en œuvre une rupture dont ils ne veulent pas), ni l'opposition travailliste (qui veut renverser le gouvernement, pas l'aider à rester en place), ni les "Brexiters durs", qui veulent une rupture sans accord. Résultat ? Le cabinet May démissionne, le Parti conservateur est en lambeaux, le Royaume-Uni n'a plus que le choix d'un "Brexit dur" sans accord avec l'Union Européenne ou un nouveau référendum, la guerre civile menace de reprendre en Irlande du Nord et le gouvernement Ecossais propose un nouveau référendum sur l'indépendance.

Theresa May démissionnaire sera remplacée d'ici le 20 juillet à la tête du gouvernement britannique par un autre conservateur ou une autre conservatrice. Mais lequel, laquelle ? Un Brexiter "dur" à la Boris Johnson, qui promet "d'en finir avec le Brexit" et qu'avec lui le Royaume-Uni quittera l'UE le 31 octobre, "qu'il y ait un accord ou non" ? Un Brexiter "doux" à la Jeremy Hunt ou Dominic Raab ? Quel ou quelle qu'il ou elle soit, il ou elle aura à mettre en oeuvre un Brexit impossible à mettre en oeuvre sans dommage, et se retrouvera à la tête d'un parti réduit à pas grand chose aux élections européennes. Et face à un parlement totalement clivé, où les conservateurs ne disposent plus de la majorité et son contraints à une alliance avec les unionistes nord-irlandais et où l'opposition travailliste ne rêve que d'élections anticipées. Et les Ecossais d'indépendance.  Voulez-vous rester au sein du Royaume-Uni ou de l'Union Européenne ?" : on ne peut pas poser question plus claire que celle que la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, demande à son parlement l'autorisation de poser aux Ecossais, d'ici mai 2021 au plus tard. Sous cette forme, c'est bien d'un deuxième référendum sur l'indépendance qui est donc proposé, à un pays (l'Ecosse) qui a voté à 62 % contre le Brexit, et donc pour rester dans l'Union Européenne, mais avait auparavant voté contre l'indépendance, et donc pour rester dans le Royaume-Uni. Or avec le Brexit, les deux maintiens sont impossibles, il faut choisir l'un ou l'autre. Dans les termes de Nicola Sturgeon, il s'agit d'un "choix entre le Brexit et un avenir de nation indépendante et européenne". En attendant quoi, la Première ministre écossaise veut organiser une "assemblée des citoyens" chargée de réfléchir sur l'avenir de l'Ecosse après le Brexit. Quant aux relations entre le gouvernement écossais et celui du Royaume-Uni dont l'Ecosse fait encore partie,  Nicola Sturgeon ne s'embarasse pas de diplomatie pour déclarer qu'il ne vaut "pas la peine de perdre du temps dans un bras de fer avec un gouvernement britannique qui pourrait bientôt neplus être au pouvoir". Manière de souhaiter l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement travailliste -le Parti national écossais étant en effet allié au parti travailliste dans le jeu politique britannique, où il se situe assez clairement à gauche, comme d'ailleurs les républicains nord-irlandais du Sinn Fein.

Déroule, Britannia...
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