Le sale goût des fraises de Huelva

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Fraises amères

Le Solifonds lance une action de soutien au syndicat espagnol de la main d'oeuvre agricole, le SOC-SAT. Une main d'oeuvre essentiellement immigrée, saisonnière, féminine et marocain, surexploitée, harcelée, victime de xénophobie. Comme, par exemple, les cueilleuses de fraises de Huelva.

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Un statut pire que celui des saisonniers des années '60 en Suisse

 

L’année prochaine, le gouvernement marocain envisage d’envoyer 20'000 travailleuses saisonnières en Espagne pour récolter des fraises et autres fruits rouges. C'est 4000 travailleuses saisonnières de plus que l'année dernière. Ces travailleuses sont expédiées en Espagne dans le cadre d'un système de contingent et leur statut renvoie, mais en pire, à celui des saisonniers des années soixante en Suisse. La majorité d'entre elles viennent de régions rurales, et les patrons engagent de préférence des mères de moins de 45 ans qui, ayant des enfants au Maroc (elles ne peuvent pas les faire venir en Espagne), ne resteront pas en Espagne au terme de leur contrat. Les syndicats ne peuvent pas intervenir dans le processus de recrutement, et les candidates (volontaires ou non) au travail en Espagne doivent assumer elles-mêmes le coût du visa.

En Espagne, leurs conditions de travail, de rémunération, de logement -et plus généralement encore de vie, sont scandaleuses et s'apparentent au servage. Le producteur exigent d'elles qu'elles cueillent plus de 200 kilos de frais par jour. Logées (ou plutôt entassées, parfois à huit dans des containers) à des kilomètres de la localité la plus proche, empêchées de quitter leur "campement" le soir, surveillées quand elles se rendent aux toilettes,  elles devraient être payées au moins 5 euros de l'heure, mais ce salaire minimum légal est rarement respecté, et les heures supplémentaires ne sont pas payées.

Ce scandale n'est pas nouveau. Il avait déjà été dénoncé en 2005. En treize ans, rien n'a changé, ni la manière dont sont traitées les travailleuses, ni les atteintes à l'environnement dont les entreprises fraisières se rendent coupable : le gouvernement espagnol avait été averti en 2016 par le Commission européenne : il n'avait pas pris les mesures nécessaires à la préservation de l'alimentation en esu du parc naturel de Doñana et à la préservation des habitants naturels qu'il accueille. Le gouvernement espagnol ayant changé, la Guardia Civil à découvert l'année dernière 562 forages d'eau illégaux et 146 captages tout aussi illégaux, dont une bonne partie servent à irriguer (illégalement, donc) les cultures, en asséchant le parc naturel. A quoi s'ajoute un recours massif aux pesticides.
Au début de l'année, Migros et Coop ont communiqué leur bonnes intentions environnementales et sociales, s'agissant de l'importation de fraises espagnoles. Il y a douze ans, elles avaient déjà lancé une opération de communication du même genre, et on peine à en voir les effets sur le terrain des exploitations agricoles espagnoles. Pour en finir avec le servage des travailleuses marocaines dans le sud de l'Espagne, mieux vaut compter sur l'action des syndicats de travailleuses agricoles, et notre solidarité avec eux.

Le syndicat SOC-SAT a lancé une campagne d'information auprès des cueilleuses, et des actions pour que les prescriptions légales sur le travail soient respectées et pour que les agressions sexuelles contre les travailleuses soient réprimées. Des militantes sillonnent les champs de fraises et se rendent dans les baraques des travailleuses pour les informer de leurs droits et recueillir leur témoignage. Une première section syndicale d'entreprises a été créée, un service de consultation juridique est prévu, une collaboration a été instaurée avec le syndicat marocain des travailleurs et travailleuses agricoles (FNSA).

Soutenons donc, avec le Solifonds, l'action du syndicat SOC-SAT

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Lien permanent Catégories : Solidarité, Travail 2 commentaires

Commentaires

  • Et tout ça pourquoi ? Pour payer moins cher le panier de fraises.
    Nous sommes tous directement responsables de cette compétition acharnée pour vendre et acheter des produits le moins cher possible.
    Nous validons tous ces pratiques immondes car nous devons compter nos sous.
    Seuls quelques richissimes peuvent se payer le luxe de boycotter une marque pour se donner bonne conscience. Et je me demande si une marque est mois pire que l'autre. Mais pour être richissime de nos jours cela implique des comportements inavouables, d'où le besoin de rédemption des plus gros qui lancent des fondations d'intérêt public. Même si c'est encore une autre manière de défalquer de l'impôt.
    Vous hurlez dans le désert car personne n'est prêt à faire l'effort de consomacteur responsable. Pas les moyens. Et je ne vois rien dans le paysage politique qui ose venir avec un semblant de solution. Le serpent se mord la queue, le cercle vicieux a pris sa vitesse de croisière. La cata est annoncée.

  • Le comble c'est que ces travailleuses malgré tout (sauf agression) seront hyper contentes de rentrer chez elles avec quelques billets de 1000 euros. Pas si simple.

    ci joint une petit photo de Huelva, elle date de 2018

    https://www.1538mediterranee.com/2018/03/09/en-espagne-le-silence-autour-des-cancers-de-huelva/

    "un service de consultation juridique est prévu" cool

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