Lisez !

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chatlivr.jpgOn n'aime pas trop, ici, les salons, mais on fera une petite, prudente, hésitante exception pour celui du livre, qui s'est ouvert hier et se clôt dimanche, à Genève (ville du livre, avec ou sans majuscule, soit dit en passant). On préfère les librairies, mais cette librairie des librairies vaut tout de même le détour. Non pour ce qu'elle est, ni évidemment pour son cadre, mais pour ce qu'elle offre : des livres,forcément, mais aussi des débats. Le livre fait salon ? Pourquoi pas.
www.salondulivre.ch

Il suffit de substituer une lettre à une autre pour que le livre nous fasse libre.

On l'avait promis à la rétraction dans le magasins des objets de nostalgie, à prendre la poussière dans des librairies promises à la faillite, mais le livre résiste, et les librairies aussi -plus difficilement, il est vrai, quand elles sont indépendantes des grandes chaînes, comme la Fnac ou, en Romandie, Payot, mais celles qui ferment, comme Le Parnasse à Genève, y sont plutôt contraintes par le niveau des loyers que par un manque de clients. Le livre souffre certes en Suisse du taux de change (surtout de celui pratiqué par les distributeurs), de la baisse des ventes dans les grandes surfaces, et partout de la concurrence d'Amazon (entre 15 et 35 % des ventes totales, selon les régions et les estimations), mais Payot annonce un chiffre d'affaire en hausse de 3 % entre 2017 et 2018, et on compte en Suisse autour plus de 7 librairies pour 100'000 habitants (c'est deux fois plus qu'en France, proportionnellement à la population) et on édite en Romandie 1600 à 1700 livres chaque année.

Le livre résiste ? dans la longue histoire des moyens de communication entre les hommes, jamais une innovation technologique n’a annihilé les technologies antérieures, et toujours s’y est-elle ajoutée. Certes, les modes spécifiques anciens de production et de diffusion de l’information ont été déplacés des lieux de production vers les musées -mais si on n’utilise plus de tablettes de cire pour écrire, on écrit toujours et si on n’utilise plus de linotype dans les imprimeries, on imprime toujours ; si on ne filme plus avec des caméras manuelles, on filme toujours et si on ne projette plus avec les projecteurs des frères Lumière, on diffuse toujours des images animées et enregistrées. L’Internet s’ajoute à l’édition, à la radio, au cinéma, à la télévision -il ne les supprime pas.

On n’est jamais libre lorsqu’on est ignorant. Il faut savoir lire pour pouvoir comprendre le monde -et il faut le comprendre pour le changer. Il faut savoir écrire et parler pour se faire comprendre des autres, et si l’on ne sait pas compter, on est sans défense face à ceux qui savent dépouiller les plus pauvres. Les pouvoirs seront toujours satisfaits de n’avoir affaire qu’à des analphabètes.


Alors lisez ! Lisez des livres, des vrais, imprimés sur du papier. Avec des pages que vous pouvez corner, sur lesquelles vous pouvez commenter, réfuter, approuver ce que vous lisez.  Et rassurez-vous : ça ne détruit pas les forêts, ça les entretient même. La production d'écrans d'ordinateurs, de tablettes et de smartphones, en revanche, est dévastatrice pour l'environnement...
Lisez ce que vous voulez*, lisez chez vous, au bistrot, dans le train, le bus, le tram, le taxi, lisez au boulot, en vacance, en séance, au lit, mais lisez ! Parce que les livres dialoguent avec vous et dialoguent entre eux. Parce que lire, c'est résister. Parce que le livre a produit la Réforme, les Lumières, la démocratie moderne. Parce qu'il est un instrument de débat. Parce qu'il a soulevé des montagnes, et qu'il continuera à en soulever. Parce qu'il suffit de substituer une lettre à une autre dans le livre pour qu'il nous fasse libre.

* Vous pouvez même nous lire : Pascal Holenweg, "Le socialisme ou comment ne pas s'en débarrasser" et Jean-Claude Rennwald, "Socialiste un jour, socialiste toujours", tous les deux aux Editions de l'Aire...

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Commentaires

  • Excellent plaidoyer pour le livre, toujours en papier, et qui ne détruit pas les forêts, c'est vrai! J'ai une trentaine de livres en cours sur la table de ma cuisine, autant dans mon salon, c'est dire si je suis un fan! Le passage dans une librairie est un besoin, dès mon plus jeune âge avec les bandes dessinées achetées à Gex lors de promenades familiales le samedi. Et j'apprends avec regret la fermeture du Parnasse.
    Cordialement, Jacques Louis Davier

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