Fête internationale des travailleuses et travailleurs, pas "du travail"

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1ER-MAI.jpgAu travail, contre le travail...

Une fois rappelé que le premier jour de mai n'est pas la fête du travail (dans le calendrier pataphysique, ce jour est même celui de la Réprobation du Travail) mais celle des travailleuses et des travailleurs, de leurs droits et de leurs luttes, il nous reste encore deux ou trois choses à en dire -ne serait-ce que pour replacer cette célébration annuelle dans autre chose qu'un rite : dans une critique de ce que le capitalisme a fait du travail -et donc des travailleuses et des travailleurs.


Les rendez.vous à Genève :
10h30 Rassemblement à la Pierre du 9 novembre, au bout de la Plaine de Plainpalais, côté Uni-Mail
13h30, Manifestation départ Bd James-Fazy
16 heures, Fête parc des Bastions

 

Le temps vient pour le travailleur de travailler pour sa propre liberté, et non plus pour sa conformité à la norme sociale

Par le mot de « travail », il a toujours été formulé deux réalités différentes : d’une part, celle de l’activité, constitutive de l’humanité (en tant qu’on tente de la différencier de l’animalité, ce qui n’a guère de sens que méthodologique), de transformation de la réalité donnée : le travail est ce qui transforme le monde en transformant un peu du monde -du silex que l’on taille à la tour que l’on construit. Et d’autre part, l’esclavage ou le salariat –le tripalium, l’activité contrainte, la mise des uns au travail par les autres, pour leur profit ou leur subsistance. Ainsi y-a-t-il le travail qui peut libérer et le travail dont on doit se libérer.

Le compromis social élaboré à la sortie de la Guerre Mondiale est un échange : celui du travail (salarié) contre la protection sociale. Hier, ici, qui ne travaillait pas ne mangeait pas. Aujourd’hui, ici, qui ne travaille pas peut désormais manger, l’aide sociale ou les restos du cœur y pourvoyant, l’apparent gaspillage de la solidarité instituée par l'Etat ou de la charité étant pour l’ordre social infiniment préférable au réel désordre de la famine.

Cette quête de normalité dont le travail est la condition concourt à identifier le travail au salariat : ce n'est pas d'une activité socialement utile dont elle fait une condition de la normalité, mais d’une activité rémunérée en raison du temps passé à s'y livrer. Peu importe à quoi aboutit cette activité, et moins importe encore la qualité du travail qu’on y consacre : c’est le profit que le propriétaire des moyens de production peut tirer de la production qui importe. Et l’évolution technologique n’arrange rien : que reste-t-il de l’ « éthique du travail bien fait » dans la production à la chaîne et dans la production numérique ?

Ce par quoi dans le travail, aujourd’hui et dans le capitalisme socialisé, le travailleur est exproprié de lui-même n’est pas la captation du produit du travail, mais la captation du temps passé au travail, c’est-à-dire le salariat. C’est par le salaire que le travailleur est exploité, par le salaire que la force et le temps qu’il vend lui sont achetés, par le salaire que cette vente aboutit à la vente du travailleur lui-même, par lui-même, en tant que travailleur. La condition de l’existence est en même temps la cause du vide de l’existence, les raisons de vivre sont ôtées par l’octroi des moyens de vivre.
Pour que le travail, sous le capitalisme, nourrisse d’abord le capitalisme, il faut bien que le travailleur soit dépossédé de la maîtrise de son travail. Le capitalisme est expropriateur : il exproprie les travailleurs de leur savoir-faire, de leurs compétences, de leurs expériences. Il ne peut pas ne pas les en exproprier, ne pas parcelliser leurs tâches, fragmenter leurs connaissances. Avant de produire la marchandise, il faut produire l’amnésie du producteur.

Retrouver le sens de la critique du travail, c’est aller plus loin dans la critique de l’ordre social que là où s’arrêtèrent Fourier, Marx, Proudhon, dénonçant les modalités du travail, les conditions faites au travailleur, mais non le travail lui-même. Si notre critique du travail n’est pas celle, aristocratique, qui prévalait pour ceux qui, dans la cité antique ou l’Europe médiévale forçaient esclaves ou serfs à travailler pour qu’eux-mêmes puissent se consacrer aux affaires publiques, à la guerre, à la prière, à l'orgie ou à la création culturelle, c’est que notre critique est fondée sur la volonté d’accorder à toutes et tous le droit que quelques-uns seulement s’étaient arrogés, sur le dos courbé d’une masse laborieuse les nourrissant. Que le grand nombre travaille pour nourrir le profit du petit nombre est révoltant ; que nul ne travaille plus que pour lui-même, son plaisir et ses convictions, telle devrait être notre exigence. Et cette exigence est d’autant plus légitime que la robotisation réduit la masse de travail humain nécessaire, même à la production de la machinerie productive…

Quand des robots fabriquent les robots qui travaillent à la place des travailleurs, le temps vient pour le travailleur de travailler pour sa propre liberté, et non plus pour sa conformité à la norme sociale.

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Commentaires

  • Pas même envie de lire le billet. Tellement je suis dégoûté par vos postures de politique politicienne qui ne visent qu'à rester en place.
    Les socialistes ont validé la "lex uber" de Maudet consolidant ainsi le nouvel esclavagisme des temps modernes. Alors ne venez plus nous faire la leçon please !

  • Le monde politique libéral aime à chanter les bienfaits de la théorie du ruissellement, théorie qui justifie la richesse par sa naturelle propension à déborder en cascade sur les populations qui ne sont pas suffisament responsables pour devenir riches elles aussi.

    Il me paraît de même fort légitime de chanter ceux de la théorie du surgissement, théorie qui justifie la colère et ses multiples manifestations par la naturelle inclination des créatures humaines à ne pas supporter l'injustice et l'arrogance de ceux qui, non contents d'être riches, se permettent de dicter des conduites de soumission et de respect à ceux qu'ils exploitent depuis la nuit des temps.

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