• Quand la Ville seule assume l'hébergement d'urgence

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    soupirail.jpgOtages sans-abris

    On avait plutôt pris l'habitude, et s'était fait sinon une raison, du moins une résignation, de ce que la droite du Conseil municipal de Genève ferraille contre toute tentative de la Ville de mener une politique sociale, et toute proposition du Conseil administratif de donner des moyens (financiers et humain) à une telle politique. La droite municipale s'était opposée à ce que la Ville accorde des allocations complémentaires aux allocations cantonales versées aux retraités et aux invalides les plus modestes. Elle s'était opposée à ce que la Ville accorde une allocations de rentrée scolaire aux familles les moins argentées -puis avait réussi à transformer cette allocation, versée sur un compte postal ou bancaire comme toute allocation, en octroi d'une carte de débit valable seulement dans certains commerces. On ne boudera donc pas notre soulagement à la voir se préoccuper du sort des sans-abris vivant dans les rues, sur les places, dans les sous-sols de la ville -et ils sont des centaines. Les prochaines élections municipales n'y sont pas pour rien ? Qu'importe : on votera (après l'avoir étudiée en commission) sa proposition d'un crédit de 1,8 million de francs. Reste que cet engagement supplémentaire de la Ville dans l'hébergement des sans-abris pose un problème politique : celui du désengagement des autres communes et du canton de cette responsabilité. Un désengagement qui fait de la Ville et des sans-abris les otages d'une non-répartition de la tâche de répondre à une urgence sociale.

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  • ¡salud!'

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    Elections espagnoles : victoire des socialistes, défaite de la droite, réapparition de l'extrême-droite 
     
    "Nous ne choisissons pas le pays où nous naissons, mais en démocratie nous pouvons choisir un pays avec plus de justice sociale, d'égalité et de convivialité" : Pedro Sanchez avait, en résumant ainsi le choix offert aux électrices et aux électeurs espagnols, appelé à lui redonner une majorité parlementaire lui permettant de rester au pouvoir et de mener une politique socialement progressiste, et "nationalement" pacificatrice du conflit catalan. "Nous pouvons choisir", proclamait le Premier ministre socialiste, Pedro Sanchez. Les Espagnols ont choisi (la participation a été massive) : le PSOE de Sanchez sort largement vainqueur des élections -sans majorité absolue des sièges à la Chambre basse (les Cortes) et donc, même s'il gagne une telle majorité au Sénat,  contraint à une alliance -qui ne peut se faire qu'à gauche, avec la gauche de la gauche de Podemos (qui recule) et la gauche républicaine de Catalogne (dont le leader, Oriol Junqueras, est en prison pour sa participation au processus d'autodétermination), qui devient le premier parti "catalaniste", et peut-être même le premier parti de la région-nation. Le PSOE n'a pas la majorité absolue des sièges à lui tout seul ? Tant mieux : une alliance à gauche lui évitera de faire des conneries... Il devrait également pouvoir bénéficier du soutien du Parti nationaliste basque.  En face, aucune coalition éventuelle de droite et d'extrême-droite n'est envisageable : le Parti "populaire" (la droite conservatrice) est en chute libre, la droite libérale de Ciudadanos et l'extrême-droite de Vox (qui entre au parlement, mais avec moins de sièges que l'annonçaient les sondages, et même moins que les partis nationalistes catalans et basque) se partageant son électorat perdu. L'Espagne a donc voté à gauche, et ça fait d'autant plus de bien par où ça passe que dans le reste de l'Europe (sauf, S.E.O., en Grande-Bretagne, au Portugal et en Finlande), le vent ne souffle pas vraiment dans ce sens...

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    Lien permanent Catégories : élections, Politique, PS 1 commentaire
  • Quand l'AVS devient le hameçon de la réforme fiscale

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    funambule.jpgEquilibrisme

    "Pour le Conseil fédéral et le Parlement, le projet (de RFFA) constitue une solution équilibrée à deux problèmes pressants", nous déclarent-ils dans la brochure officielle de votation. Une solution "équilibrée" ? Il y a bien, en effet, de l'équilibrisme dans la manoeuvre : une réforme fiscale penche à droite ? On met dans l'autre plateau de la balance une réforme sociale qui penche à gauche, et, miracle ! le plateau s'équilibre. Sauf qu'il n'y a que le plateau qui s'équilibre, et que la réforme fiscale est toujours aussi lourde et, en elle-même, déséquilibrée... et déséquilibrante pour les collectivités publiques, de la Confédération aux communes... "Le financement additionnel de l'AVS compense les allègements fiscaux accordés aux entreprises", affirment nos zautorités fédérales. Mais ce n'est pas parce que le montant de ce financement additionnel est le même que celui, estimé, des pertes fiscales provoquées par RFFA, qu'il les compense. Il les accompagne, mais comme il ne va pas aux collectivités publiques que la réforme fiscale siphonne, dire qu'il les "compense" ne relève que d'une chose : de l'enfumage.

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  • La gauche au défi de l'écologie

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    consommation.jpgLa croissance comme enjeu ou comme obstacle

    Il faut bien l'avouer : la gauche n'a pas été à la pointe de l'écologie politique. Porteuse (admettons-en l'augure) d'un projet alternatif au capitalisme, elle n'en a pas moins hérité de ses prémices productivistes et industrialistes : la gauche et l'écologie, résume le philosophe Serge Audier, "c'est au fond l'histoire d'une défaite politique et idéologique", d'une perte, sur ce thème, d'hégémonie culturelle. Toute la gauche, réformiste ou révolutionnaire, ne s'est certes pas confinée dans la reprise des obsessions saint-simoniennes, mêmes traduites en marxien, en sartrien ("la nature est de droite", assène Simone de Beauvoir) ou en foucaldien (pour Michel Foucault, en effet, il convient de se méfier de tout discours "naturaliste" sur les institutions ou les individus) : les anarchistes développèrent très tôt une critique écologiste de l'industrialisme et du capitalisme, appuyant cette critique autant sur Rousseau que sur la raison scientifique. On en retrouve trace dans le discours, même manquant de cohérence interne et surtout de base sociale, d'un Benoît Hamon. Quant aux populismes de gauche, façon "France Insoumise", en insistant sur un clivage prioritaire entre "le peuple" et "les élites" (auxquelles les principales figures populistes de gauche ne sont pourtant pas étrangères), il font passer au second plan la lutte contre contre les présupposés industrialistes, productivistes et consuméristes du capitalisme, totalement incompatibles avec toute forme concevable d'"écosocialisme".

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  • Ouverture dominicale des magasins : Un cadeau inutile au patronat

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    WP_20190423_22_40_25_Rich.jpgLe 19 mai, on se prononcera à Genève sur une modification de la loi sur les horaires d'ouverture des magasins, modification imposée par la majorité du Grand Conseil sur mandat du patronat du secteur, pour l'autoriser à ouvrir les magasins qui le peuvent (c'est-à-dire les grands magasins) trois dimanches par an malgré l'absence d'une convention collective de travail, alors que l'existence d'une CCT était la condition posée par la loi, acceptée par le peuple en novembre 2017, pour une telle ouverture dominicale. Le projet de contourner cette condition a été combattu par un référendum lancé par les syndicats et la gauche. Plaidant pour ce cadeau inutile (il ne produira ni clients ni dépenses supplémentaires dans les magasins) fait par la droite au patronat du commerce, Pierre Maudet déclare dans GHI : "l'enjeu, c'est l'emploi local". Le sien ?

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  • Quelle Espagne dans une semaine ?

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    Espagne-république.jpgEntre PSOE et Vox

    Dimanche, l'Espagne aura renouvelé son parlement (les Cortes). Et si on en croit les sondages, c'est un parti socialiste (le PSOE) ressuscité qui pourrait gagner ces élections -mais sans être certain de pouvoir rester au pouvoir, et un parti fasciste, franquiste, qui pourrait entrer au parlement pour la première fois depuis plus de trente ans. Deux sondages du 17 avril donnaient entre 28,9 et 30,5 % des suffrages au PSOE, loin devant la droite conservatrice (et de plus en plus à droite et conservatrice) du Parti Populaire (entre  18,8 et 21,3 %), la droite libérale de Ciudadanos (entre 14,9 et 16 %), la gauche de la gauche (Podemos) autour de 12,7 %, et l'extrême-droite (Vox) entre 10,9 et 12,2 %, mais avec le risque d'une minimisation par les sondages de son score possible). Les formations catalanes et basques de gauche (gauche républicaine catalane, gauche nationaliste basque) et de droite (Ensemble pour la Catalogne, parti nationaliste basque) sont évaluées ensemble autour de 5 à 6 % des suffrages au plan national (alors qu'ils ne présentent en fait qu'en Catalogne et en Euzkadi).  On aurait ainsi une gauche nationale et régionale à 46 ou 47 % des suffrages, une droite (extrême-droite comprise) au même niveau, avec les nationalistes basques et catalans en arbitres (historiquement, ils penchent généralement pour un soutien à un gouvernement de gauche). Pedro Sanchez pourrait donc rester Premier ministre,  mais même si le PSOE devait, comme il est prévisible, gagner les élections, il lui faudrait gagner l'appui du reste de la gauche et des formations catalanes et basques pour obtenir une majorité parlementaire (Selon l'enquête d'opinion publiée par le journal El Pais, la gauche obtiendrait 162 sièges, la droite et l'extrême-droite 156). Mais la forte proportion d'indécis au sein du corps électoral (41 % il y a dix jours) rend toute prévision périlleuse, sauf sur un point : pour l'Espagne, et pour la démocratie en Espagne (toute l'Espagne...) ces élections sont cruciales. Et donc dangereuses.

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    Lien permanent Catégories : élections, Politique, PS 2 commentaires
  • Notre Notre-Dame

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    victor-notre-dame-de-paris-1844-5-1421162057.jpg'ANAGKN

    Elle avait survécu depuis presque 900 ans à tout ce qui aurait pu la détruire, elle survivra à son incendie de ce lundi. Elle y survivra peut-être sans sa flèche -mais ce n'est pas cette flèche, que Viollet-Le-Duc lui avait accolée pour faire moyenâgeux (en remplacement d'une plus ancienne, en pierre, abattue à la révolution), qui lui donnait son identité si immédiatement reconnaissable, c'étaient ses deux tours. La Notre-Dame du père Hugo avait déjà perdu sa flèche. Et ses deux tours ont été sauvées, comme sa grande rosace et ses grandes orgues. Elle sera reconstruite. Comme elle n'a cessé de l'être depuis la pose de sa première pierre, en 1163.

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  • La fin du Plaza ?

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    Affiche Plaza61.jpg

    Putasserie des uns et complicité des autres aidant...

    Hier, Notre-Dame de Paris était en feu. Et à Genève le cinéma "Le Plaza" commençait à partir en miettes. L'une est victime du feu, l'autre est victime du fric. Notre-Dame survivra à son incendie. Elle a survécu à presque tout. Quasimodo et Esmeralda la veillent. Il n'y avait que nous pour veiller sur le Plaza, et s'il se confirme que sa démolition est entamée, rien de lui n'y survivra, sinon le souvenir que nous pouvions avoir de la plus belle salle de cinéma de Romandie. Et de la vulgarité absolue de ceux qui y auront substitué un centre commercial et un parking. Et de l'insondable pleutrerie de ceux qui auraient pu la défendre et la maintenir, et se sont couchés devant ses démolisseurs.

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  • Un projet démocratique à l'heure des objets connectés : Faire silence

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    Faire silence.jpgA l'heure où on nous serine qu'il ne sera pas possible d'éviter la 5G et la connectivité des objets, il n’y a déjà plus guère qu’à nous-mêmes que nous ne sommes pas connectés, et désormais, même les images sont bruyantes. Mais si le silence se fait rare, c’est qu’on nous a appris à en avoir peur. Or ce silence que nous fuyons n’est que l’absence de tous les bruits parasites dont nous avons fait notre accompagnement indispensable. Un chant d’oiseau, le murmure d’une rivière, ne brisent pas le silence mais l'accompagnent. Le moulin à fausses paroles qui tournent sur elles-mêmes sans plus rien transmettre que leur bruit, lui, détruit le silence sans le meubler, et en sature le monde social pour empêcher les sociétaires (qui après tout ne demandent peut-être que cela…) de trop réfléchir à eux-mêmes et à leur place dans ce monde. Nous parlerons bientôt à notre frigo, et notre four à micro-ondes nous parlera. En avions-nous vraiment besoin ?

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  • RFFA : tièdes soutiens pour une réforme réchauffée

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    Affiche RFFA-RIE.jpgUn compromis sans consensus ?

    Le Président de la Confédération en titre, et Conseiller fédéral en charge des Finances (et de la campagne en Alémanie et auprès de la pour le "paquet" de la RFFA -Alain Berset s'occupant de la gauche et de la Romandie), Ueli Maurer, a, l'autre jour, quitté le plateau de la télé alémanique fâché par la présentation de l'enjeu de la votation du 19 mai, et en particulier par le reproche fait à la RFFA de n'être qu'une RIE III réchauffée. Consternation des partisans de ladite RFFA : "si on gagne le 19 mai, ce sera malgré lui" confie l'un d'eux à la "Tribune de Genève"... Et s'ils perdent, ce sera grâce à qui, ou à quoi ? On ne peut pas dire en tout cas que leur projet suscite un enthousiasme délirant dans le camp qui devrait lui être acquis : l'UDC (le parti de Maurer) n'a pas réussi à prendre position au plan suisse (et à Genève, où le projet n'est plus soutenu que par le PLR, le PDC et le MCG) elle appelle à voter "non"), et les Verts libéraux s'y opposent. Les partisans de la RFFA présentent ce projet comme un compromis capable de faire consensus -mais un consensus entre qui ? ses seuls auteurs ?

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    Lien permanent Catégories : élections, Fiscalité, Politique 6 commentaires
  • "Déli de solidarité" : un pasteur jugé à Neuchâtel

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    geneve_cite_refuge.jpgGrüninger, Herrou, Valley, Lucano : Respect !

    La pénalisation de la solidarité envers les migrants frappe aussi la Suisse : le pasteur Valley comparaît en justice ce matin à Neuchâtel pour avoir nourri et logé un Togolais menacé d’expulsion. On ne peut pourtant pas dire qu'on soit envahis: 15'255 demandes d’asile ont été déposées en 2018 en Suisse -c'est 15,7% de moins qu’en 2017 et le chiffre le plus bas enregistré depuis 2007. Mais cela ne change rien : le «délit de solidarité» fait surface aussi chez nous -notre pays étant par ailleurs le dépositaire de la Convention de Genève sur le droit d'asile, ce qui n'empêche pas la «justice» d'y poursuivre celles et ceux qui, tels Anni Lanz, Norbert Valley. ou Lisa Bosia Mirra viennent en aide à des réfugiés ou à des migrants. Comme en son temps le fit Paul Grüninger, à Saint-Gall, lorsque, chef de la police, il fit entrer illégalement en Suisse des juifs fuyant l'Autriche annexée par l'Allemagne nazie. Lui aussi fut condamné, dégradé, révoqué. Avant, quarante ans plus tard, d'être réhabilité et honoré.

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  • Elections israéliennes : A qui perd gagne ?

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    élections israéliennes.jpgSelon des résultats presque définitifs, la coalition "bleu et blanc" de l'ancien chef d'état-major de Tsahal, le général Benny Gantz, et le Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahou, arriveraient au coude-à-coude en tête des législatives israéliennes, avec peut-être quelques sièges de plus pour la coalition "bleu et blanc", mais gagner les élections ne garantit pas, dans le système israélienn (celui d'un parlement élu à la proportionnelle intégrale, et donc totalement fragmenté), de pouvoir prendre le gouvernement. Même battu, Netanyahou aurait plus d'alliés potentiels, à l'extrême-droite et chez les intégristes religieux, que Benny Gantz, qui, pour pouvoir constituer un gouvernement, devrait au moins pouvoir compter sur l'abstention des partis arabes et le soutien de ce qui reste de la gauche israélienne (des travaillistes laminés, un Meretz marginal). Les élections israéliennes se sont ainsi jouées entre deux droites (l'affairiste et populiste de Netanyahou et la nationaliste de Gantz), et à qui perd gagne -mais qui y gagne ? Netanyahou, sans doute. Mais lui seul : il pourrait échapper à la justice qui l'a inculpé pour corruption. Quant à la société israélienne, elle a déjà perdu. Et depuis longtemps. Quelle étrange alternative politique était-ce, d'ailleurs, que celle n'opposant que le protégé quasi mafieux de Trump et un général pas moins "sécuritaire" et arabophobe que lui... Aussi paradoxal que cela soit, cette victoire du perdant signerait la défaite du sionisme comme projet politique, sinon comme réflexe identitaire...

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  • Ville de Genève : Une grève prend fin, un combat continue

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    la-ville-intervient-dans-la-greve-des-nettoyeurs-936x546.jpg

    Une question de dignité et de cohérence

    La grève des nettoyeurs des toilettes publiques de la Ville de Genève, employés par l'entreprise privée Onet et non par la Ville puisqu'elle a "externalisé" (sous-traité) ce service, durait depuis la mi-février. Elle a pris fin, les exigences des grévistes ayant été satisfaites. Le Conseil administratif propose au Conseil municipal un crédit de 158'000 francs destiné à "étoffer la prestation liée à l'entretien des toilettes publiques", afin de permettre à ceux qui assument cette prestation de pouvoir être payés à plein temps. Reste une revendication, qui est aussi la nôtre : que ce qui a été "externalisé" soit "réinternalisé", que celles et ceux qui travaillent pour la Ville soient employés par la Ville. S'agissant du nettoyage des toilettes publiques, il lui en coûterait entre un million et un million et demi de francs. En gros, un millième de son budget. Une grève prend fin, un combat continue. Pour que la Ville de Genève ne soit pas seulement l'employeur exemplaire de son directeur général mais aussi celui de ceux qui nettoient ses toilettes publiques, et qui ne demandent qu'une chose : pouvoir vivre dignement de leur travail. Une question de dignité pour les travailleurs, de cohérence pour la Ville.

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  • Brexit : Theresa May change de camp

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    May-Corbyn.jpgLe spectre de Corbyn

    Elle y aura mis deux ans, mais Theresa May a changé de camp : elle lâche les "hard brexiters", partisans d'une rupture complète avec l'Union Européenne, pour rejoindre celui des "soft brexiters", partisans d'un arrangement avec l'Union. Et du coup, elle se met à la recherche d'un compromis avec l'opposition travailliste -mais pas avec les opposants au Brexit, partisans d'un nouveau référendum. Excluant un "no deal", une rupture sans accord, qui entrerait en vigueur vendredi prochain, elle a rencontré Jeremy Corbyn, chef eurosceptique d'un Parti travailliste opposé au Brexit pour tenter de trouver avec lui et son parti un projet crédible à présenter aux Européens mercredi, pour obtenir d'eux un nouveau report (au 22 mai, ce qui éviterait aux Britanniques de devoir organiser des élections européennes) du délai pour le départ du Royaume "Uni" de l'Union -mais pas forcément du marché unique ou de l'union douanière. Corbyn, lui, est certes partisan d'une sortie négociée de l'UE (il avait d'ailleurs voté contre l'adhésion du Royaume Uni à la Communauté européenne, en 1975), et du maintien dans une union douanière pour limiter les dégâts économiques et sociaux du Brexit et respecter les règles environnementales et sociales européennes, mais il veut surtout provoquer de nouvelles élections, qu'il pourrait gagner tant la gestion du Brexit par le gouvernement en place (mais aussi par la Chambre des Communes) est chaotique : la Première Ministre a essayé trois fois de trouver une majorité au parlement sur le projet d'accord qu'elle avait négocié avec l'UE, elle a échoué trois fois (la dernière fois le 29 mars, par 344 voix contre l'accord et 286 pour), et aucune solution "alternative" à cet accord n'a trouvé non plus de majorité, la seule majorité se dessinant étant celle constituée des "brexiters durs" trouvant l'accord trop conciliant avec l'Union et des proeuropéens voulant revenir sur le Brexit. Et comme May refuse à la fois de sortir de l'Union sans accord et d'organiser un second référendum, elle n'a d'autre solution que d'essayer une quatrième fois de trouver une majorité aux Communes -et de négocier avec l'opposition pour la trouver.  Sans quoi, il ne resterait plus que quatre solutions théoriques, mais dont aucune ne paraît pouvoir recueillir une majorité parlementaire : renoncer purement et simplement au Brexit, sortir de l'UE sans accord, l'accord déjà conclu et déjà refusé par le parlement, ou le plan de Jeremy Corbyn -que refusent les conservateurs les plus droitiers, pour qui le chef de la "très fidèle opposition de Sa Majesté" (le titre officiel de Corbyn) est un "marxiste notoire". Et donc, comme dirait Marx, "un spectre plane" sur le Royaume-Uni  : "Le spectre de Corbyn nous donnant des leçons dans une attitude ressemblant à celle d'un Premier ministre me glace le sang et me fait peut pour mon parti et mon pays", fulmine l'ancien leader conservateur Iain Duncan Smith.

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    Lien permanent Catégories : Europe, Politique 1 commentaire
  • Un Grand Théâtre de Genève tout nouveau, tout beau : Qu'en faire ?

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    GTG Foyer.jpg

    L'Opéra genevois nouveau est arrivé. Le Grand Théâtre rénové à ouvert ses portes, l'Opéra des Nations qui le remplaçait a fermé les siennes (et a migré en Chine). La renaissance du "vaisseau amiral de la culture genevoise" (qui ne va pas tarder à être escorté par la Nouvelle Comédie et la Cité de la Musique) n'a pas été saluée par un excès de flonflons et de discours officiels (d'aucuns et d'aucune, comme Sylvie Bonier dans "Le Temps", s'en sont émus : "le public s'est installé à sa place comme si la dernière représentation datait d'hier"), mais les media en ont plus que largement rendu compte et les visiteurs de la journée "portes ouvertes" ont été "éblouis" par un opéra rajeuni aux décors lumineux : c'était, nous dit-on, le "chantier du siècle" (enfoncés, le CEVA et le "Léman Express" ?) -un chantier de 65 millions de francs (suppléments et incidents non compris). Et puis, le Grand Théâtre n'a pas seulement changé de parure : il a aussi changé de directeur : Tobias Richter, à la tête de l'opéra genevois depuis dix ans, laissera son poste à Aviel Kahn, qui présentera sa première saison en mai. Il est tout nouveau, tout beau, l'Opéra de Genève. Ne lui reste plus qu'à mériter cette parure par sa ramure.

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    Lien permanent Catégories : Culture, Genève 1 commentaire
  • Au pouvoir depuis 37 ans, Bouteflika démissionne. Et après ?

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    Algérie manif.jpg

    Il était né en 1937. Il avait rejoint l'Armée de libération nationale et le FLN en 1956. Il était devenu en 1963 ministre des Affaires étrangères de l'Algérie indépendante. Il avait été élu une première fois à la présidence de la République en 1999, une deuxième fois en 2004, une troisième fois en 2009, une quatrième fois en 2014, chaque fois dans des conditions... particulières (fraude, boycott, concurrences fictives). Il (ou "on" à sa place) aurait bien voulu l'être une cinquième fois cette année. Mais frappé d'un AVC, impotent, aphasique, il était déjà mort s'il ne le savait pas encore. Il voulait mourir au pouvoir, quitte à ce que le pouvoir meure avec lui. Mais le pouvoir n'a pas voulu prendre ce risque. Poussé dehors par la rue d'abord, l'armée ensuite Abdelaziz Bouteflika a démissionné ipso facto hier. Comme on dit dans ces cas là : "une page de l'histoire se tourne" : Aucun chef d'Etat algérien, aucun chef de gouvernement algérien, aucun ministre algérien, n'a été aussi longtemps au pouvoir, à un titre ou un autre, qu'Abdelaziz Bouteflika. Flamboyant ministre des Affaires étrangères de Boumediène, héraut du tiers-mondisme, hissé à la présidence faute d'alternative et pour sortir des massacres de la "décennie noire" (200'000 morts et disparus) quitte à les couvrir d'un éteignoir, président pendant vingt ans ans, il sort de scène sous l'apparence d'un fantôme-si un fantôme a une apparence. Bouteflika, c'est fini. Et après, quoi ? qui ? La rue algérienne ne demandait pas seulement son départ (et celui de son frère), elle exige la fin du système qui avait produit Bouteflika et que Bouteflika faisait perdurer. Il y a deux vainqueurs en Algérie aujourd'hui : l'armée et la rue. Il n'en restera qu'un.

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  • Ambiguë Byzance

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    kurdes.jpgElections municipales en Turquie : défaite d'Erdogan dans les villes et au Kurdistan 

    Les élections municipales en Turquie accouchent d'une défaite du Sultan : le parti du président Erdogan, l'AKP, a perdu les municipalités de la capitale, Ankara, de la métropole, Istambul. Mais cette défaite est ambiguë : l'AKP reste le premier parti de Turquie, et l'opposition n'a réussi à le vaincre dans les grandes villes qu'en agglutinant des forces politiques contradictoires : le CHP kémaliste et social-démocrate et l'Iyi ultranationaliste à Istambul, par exemple. Et il lui a fallu encore bénéficier du soutien indirect (par l'absence de candidature) du Parti démocratique des peuples (HDP), parti de gauche et bête noire du régime du fait de son fort ancrage kurde. Malgré sa criminalisation (53 de ses militants – et un candidat ont été arrêtés à la veille du scrutin, ses dirigeants, dix de ses députés, près d'une centaine de ses maires sont en prison), ce choix du HDP, principale force de gauche de Turquie, a été déterminant : ses électeurs ont donné leur voix aux candidats de l’opposition républicaine malgré son alliance avec des ultranationalistes aussi "antikurdes" qu'Erdogan. Et si l'opposition à gagné à Istambul (plus grande ville kurde du pays...), c'est grâce au vote des Kurdes. Et le HDP, vainqueur dans six provinces du sud-est, a récupéré plusieurs villes kurdes comme Diyarbakir et Van, dont les maires avaient été destitués arbitrairement par le pouvoir et remplacés par des administrateurs nommés par le gouvernement.

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  • Répartition des tâches entre le canton et les communes de Genève : Et les communes, bordel ?

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    autonomie Ville.jpgLe 28 juin 2013, le Grand Conseil genevois adoptait une motion demandant au Conseil d'Etat "de faire de la répartition des tâches entre le canton et les communes la priorité absolue de son "programme législatif" de mise en oeuvre de la nouvelle constitution", d'axer ce travail sur la "nécessité impérieuse de supprimer les doublons et de réduire l'enchevêtrement des compétences", et d'engager une "concertation étroite avec l'Association des communes genevoises". Un peu moins d'un an plus tard, la Commission des droits politiques et du règlement du Grand Conseil proposait de fixer un délai de deux ans au Conseil d'Etat pour proposer un premier train de modifications législatives pour "désenchevêtrer les tâches, supprimer les doublons, garantir l'autonomie des communes dans leurs domaines de compétences, simplifier les démarches administratives, améliorer la qualité des prestations publiques à la population, réduire les coûts financiers globaux et prévoir les mécanismes financiers adéquats permettant une répartition équilibrée et démocratique des ressources entre les collectivités publiques selon le principe du décideur-payeur". Vaste programme. Qui ne sera que très partiellement tenu -et tenu, lorsqu'il est, de manière souvent contestable, et plus souvent encore en ignorant souverainement le principe de subsidiarité (qui suppose qu'une collectivité publique n'ait de compétences que celles que lui abandonnent les collectivités publiques au territoire plus réduit, et donc que le canton n'ait de compétences que celles que lui abandonnent les communes, et que tout ce que peuvent faire les communes, séparément ou ensemble, le canton n'a pas à le faire). Et en ignorant plus encore les Conseils municipaux.

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  • Elections européennes : le pire n'est jamais sûr

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    parlment européen.jpg

    Orwell ou Houellebecq ?

    Tirant les enseignements de son "enquête hongroise" dans les pays européens ayant instauré des régimes de "démocratie illibérale" ou d'Autoritarisme électif", le journaliste Bernard Guetta (par ailleurs candidat aux élections européennes sur la liste macronienne) ne fait pas preuve d'un grand optimisme : il se demande "si nous (ne sommes) pas à l'aube d'une ère de plusieurs siècles, qui ne sera pas forcément (...) une ère de régimes sanguinaires, mais quelque chose de tranquille, et de terne (...). Un monde étouffé, plus étroit, moins libre. Un monde sans passions, d'un ennui effroyable". Un monde qui, comme en Hongrie, en Pologne, en Autriche ou en Italie, où "les gens n'ont pas peur", où il n'y a "aucun des signes habituels des régimes policiers" mais qui est tout de même "un étouffoir". Pas un monde orwellien, mais peut-être un monde houellebecquien... Se dessinera-t-il lors des élections européennes (auxquelles les Britanniques participeront sans doute, alors qu'ils sont toujours supposés quitter l'Union) ? Le pire n'est jamais sûr..

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