La gauche genevoise unie contre les réformes fiscales

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rffaNotre Surmoi et leur ça

A Genève, comme le titrait la "Tribune" du lieu, le "front favorable à la réforme fiscale se lézarde" : à droite, l'UDC a lâché le PLR, le PDC et le MCG sur la réforme cantonale (tout en restant de leur côté sur la réforme fédérale), et à gauche, le PS a rejoint les syndicats, les Verts et "Ensemble à gauche" dans l'opposition aux deux réformes. On notera avec quelque maligne satisfaction, que le choix socialiste a mis en fureur la droite alors que celui de l'UDC l'a laissée indifférente. "Le Temps" diagnostiquait amèrement que (on ne s'en lasse pas) "les socialistes genevois ont, avec Ensemble à gauche et les Verts, un surmoi social qu'ils peinent à dépasser". Pire, ils le revendiquent, ce "surmoi social" -que partagent au sein même du PS partisans et adversaires de la réforme fiscale cantonale, s'ils l'expriment par des mots d'ordre différents. Ce "surmoi" de gauche vaut bien un "ça" de droite, non ?

Seuls les combats que l'on ne mène pas sont perdus d'avance.

 

"Les Conseils d'Etat romands montent unis au front" du combat pour les réformes fiscales, annonçait la "Tribune de Genève", narrant une conférence de presse de quatre d'entre eux à Genève, où le front politique apparaît nettement plus désuni, et où toute la gauche combat ces réformes, sans méconnaître pas que ce combat sera difficile -mais comme disait Brecht, seuls les combats que l'on ne mène pas sont perdus d'avance.

"La RFFA apporte des réponses à trois questions", titre l'édito du "Temps" (qui soutient la RFFA) du 12 mars : la question de l'imposition des entreprises, celle du financement de l'AVS, celle de l'utilisation des excédents budgétaires (le "non dépensé" du budget) de la Confédération. Trois réponses, sans doute. Mais trois mauvaises réponses. D'abord par la méthode politique consistant à fusionner deux projets relevant de deux domaines différents (la fiscalité des entreprises, le financement de l'AVS) en une proposition unique. Ensuite par la fragilité de la proposition de financement de l'AVS. Enfin, par le contenu de la proposition fiscale et l'accentuation de la concurrence fiscale entre les cantons.

On s'autorisera ici à être en léger désaccord avec notre conseiller d'Etat préféré : Thierry Apothéloz, qui, dans "Le Temps", estime que sur l'enjeu des réformes fiscales, "le courant pragmatique au PS a été minorisé face à ceux qui en veulent toujours plus". Mais "ceux qui en veulent toujours plus" ne sont pas moins pragmatiques que ceux qui se contentent de ce qu'ils ont obtenu -simplement, ils mettent la barre du compromis plus haut. A un taux d'imposition de 14,99 %, par exemple. Et à "zéro pertes" pour les collectivités publiques en général, et les villes en particulier. 2Si on veut gouverner, il faut assumer des compromis", continue le Conseiller d'Etat socialiste. Certes. Et tous les partis représentés au parlement (y compris ceux qui s'y assoient à gauche des socialistes) en font. Mais de quels compromis peut-on se satisfaire, et lesquels doit-on récuser ? Toute la question posée par la position à adopter sur les réformes fiscales est là... Et que "le PS genevois semble de moins en moins prêt à en faire", de ces compromis qui tout de même vident les caisses publiques de plusieurs centaines de millions de francs qui manqueront pour financer les prestations à la population, on le prendra ici (du moins s'il ne s'agit pas que d'une posture exceptionnelle mais du retour à une ligne politique déterminée par notre désormais fameux "surmoi social"...) comme une excellente nouvelle -et qui devrait l'être d'ailleurs aussi pour un ministre des Affaires sociales, qui a bien besoin de ressources financières pour mener la politique qu'il défend...

Après tout, n'est-ce pas la faiblesse de leur "surmoi social" qui a mis le PS français, le SPD allemand, le SPOe autrichien et le Parti Démocratique italien dans l'état où ils se retrouvent ? Et n'est-ce pas de l'avoir à nouveau assumé qui a fait renaître le Labour de Corbyn et la gauche américaine de Sanders ?

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