Changer de système, pas de climat

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Le 18 janvier dernier, plus de 65'000 personnes ont manifesté en Suisse, et des millions dans le monde, pour exiger des "responsables" politiques qu'ils prennent sans délai les mesures nécessaires pour faire face au dérèglement climatique tel que provoqué par les activités humaines (et entretenu par les inactivités politiques). Un mois plus tard, le même mouvement à l'origine de cette première  "grève climatique" appelait dans 60 pays à de nouvelles manifestations, avec les mêmes revendications : neutralité carbone d'ici 2030 sans recours à la "séquestration carbone)" ou à la géo-ingénirerie, déclaration de l'état d'urgence climatique, défense de la justice climatique. "Pour atteindre ces objectifs, le changement de système est nécessaire", proclame le manifeste d'appel aux manifestations. Le changement de système, pas la culpabilisation individuelle -et surtout pas celle des plus pauvres ou des moins riches, qui seront les premières victimes d'un désastre environnemental s'il se produit.

 
"Vous êtes arrivés à court d'excuses et nous sommes à court de temps"

Ce n'est pas parce qu'une tempête de neige s'abat sur la côte est des USA au printemps ou que le marronnier fou de la Treille genevoise ne montre pas le bout de son bourgeon plus tôt que d'habitude que le climat ne se réchauffe pas. Le changement climatique ne s'éprouve pas immédiatement et individuellement, mais au niveau global, mondial, et sur une génération (puis les suivantes).
Le physicien Dennis Meadows observe justement qu'"aucun homme politique ou parti ne remportera une élection" avec un programme de mesures contraignant au changement des comportements acquis -d'autant que les effets positifs de telles mesures ne se mesureront qu'une ou deux générations après qu'elles aient été prises. Restreindre le droit d'entreprendre, le droit de consommer et celui de se déplacer n'importe comment par n'importe quel moyen n'est pas populaire. Mais pour demeurer sous le seuil de 1,5° de réchauffement climatique, de telles mesures sont sans doute "incontournables". Pour autant, il n'est pas fatal, mécanique, qu'elles soient prises par les Etats centraux : les communes peuvent elles aussi assumer ces mesures, et les assumer sans recourir à une contrainte aussi forte que celle qui serait requise des Etats. Les communes, et d'entre elles, au premier rang, les villes. Parce qu'elles concentrent les populations et les problèmes, mais aussi les moyens. Elles peuvent intervenir dans la politique des transports, du logement, de la gestion des déchets, des espaces vers, en développant des alternatives ne reposant pas sur des interdictions mais des incitations, mais aussi sur des installations rendant matériellement impossibles (ce qui rend inutile de les interdire) les comportements les plus nuisibles : un arbre au milieu d'une rue, ou une rue plus étroite que les voitures, est plus efficace qu'une interdiction. Et elles n'ont guère le choix d'intervenir ou non : si elles veulent rester vivables, elles doivent intervenir. Et elles peuvent le faire plus démocratiquement que les Etats. Et plus intelligemment : comme l'écrit l'agronome Rob Hopkins, "plus vous montez dans la hiérarchie du pouvoir et des institutions, de l'Etat évidemment, plus l'imagination s'évapore"... A Genève, d'aucuns veulent développer les vols de et vers l'aéroport, rêvent encore d'un pont sur le Petit-lac, geignent sur le risque de départ des multinationales, célèbrent le salon de l'auto et couinent contre les zones piétonnes, les pistes cyclables et les transports publics...

De quoi parle-t-on quand on évoque une "catastrophe" écologique, environnementale ? La catastrophe, dans une tragédie grecque, c'est son dénouement. Heureux ou malheureux, c'est ce dénouement qui don ne son sens à la tragédie. Quel sera le dénouement de la crise environnementale actuelle ? Il tiendra en la réponse donnée à trois enjeux : la pauvreté, le consumérisme, la croissance démographique.
La pauvreté : aujourd'hui, seuls les riches ont le choix d'un comportement, individuel ou collectif, respectueux de l'environnement. Les paysans pauvres du sud n'ont pas ce choix : s'ils veulent survivre, ils doivent détruire leur environnement, déforester, cultiver extensivement, brûler du bois ou du charbon, acheter les produits les moins chers possibles -et donc produire sans respect des droits sociaux des travailleurs ni des normes environnementales.
Le consumérisme : on gaspille ici de la nourriture quand ailleurs on meurt encore de faim, et on acquière, d'une manière ou d'une autre, bien plus de marchandises que celles dont on a réellement besoin.

La crise environnementale est une crise sociale : ses effets, mais aussi, pour une part ses causes, se mesurent en termes d'inégalités : inégalités (entre les pays, les classes sociales et les individus) des moyens d'y faire face, inégalité aussi des possibilités de se comporter autrement : quand on renforce la fiscalité sur la consommation de fuel, de diesel ou d'essence, ce sont les populations qu'on a pendant des décennies convaincues, mais aussi contraintes, de se déplacer en voiture et de se chauffer au fuel.que l'on frappe d'abord, pas les couches les plus prospères du centre des métropoles les plus riches, qui peuvent se chauffer à l'électricité et se passer de voiture (tout en se déplaçant en taxi et en avion)- Et quand on restreint les possibilités de se déplacer en voiture non-électrique, ce sont les populations des régions où on a massivement réduit, voire totalement supprimé, les transports publics qu'on marginalise. La "transition écologique" implique donc une transition sociale. Qui elle-même implique une transition politique : il faut des majorités électorales, parlementaires et gouvernementales pour rétablir des lignes de train supprimées, privilégier les transports publics ailleurs que dans les métropoles, réduire massivement leurs tarifs d'usage (jusqu'à la gratuité dans les villes), faire payer les plus gros pollueurs, interdire la distribution de marchandises produites au mépris des droits de ceux qui les produisent, et de l'environnement dans lequel elles sont produites, réprimer l'obsolescence programmée de plus en plus de produits, préserver la santé des plus vulnérables, renforcer les protections sociales. Les inégalités sociales nourrissent la crise environnementale, qui renforce les inégalités sociales : ce cercle vicieux doit être rompu, et il ne peut l'être que politiquement.

Face au dérèglement climatique, trois attitudes ont été adoptées : celle des Trump et autres Bolsonaro, qui consiste à nier les évidences; celle des Macron et de la plupart des signataires de l'Accord de Paris (dont la Suisse), qui consiste à admettre les évidences sans prendre les mesures nécessaires pour y faire face, parce que ces mesures risquent fort d'être impopulaires et qu'elles fâcheront les puissances économiques... et celle des manifestants de janvier, de février, d'aujourd'hui et de demain : "Vous êtes arrivés à court d'excuses et nous sommes à court de temps" lançait aux gouvernants réunis à Katowice pour la COP 24, le 14 décembre dernier, la jeune Suédoise Greta Thunberg. Aucune mesure concrète et efficace n'a en effet été prise pour traduire en actes les engagements pris par l'Accord de Paris issu de la COP 21. Les beaux discours, en revanche, n'ont pas manqué. Ni les tentatives de culpabilisation des jeunes manifestants : "renoncez à prendre l'avion et à changer de portables" leur lancent les défenseurs des compagnies aériennes, des aéroports, des fabricants de portables et de l'industrie agro-alimentaire. Ces Tartuffe font chorus.

Commentaires

  • Enfin un article réaliste ,le climat ne se règle pas comme un réveil
    Quand aux interdits dont nous sommes gavés depuis 2000.leurs nombres n'y a rien changé

  • Il y aurait tant à dire...
    Je vais donc circonscrire sur les questions de mobilité qui me tiennent particulièrement à coeur.
    Je partage les constats mais reste en désaccord sur les remèdes. Car si vous reconnaissez que les incitations sont plus porteuses que les interdictions, les mesures de découragement que vous proposez ne m'apparaissent que comme des interdictions qui n'en portent pas le nom et qui fâchent.
    Je voudrais tenter de rassembler ces fronts apparemment inconciliables autour d'un projet qui s'inscrit dans la droite ligne des belles intentions concrétisées autour de la LMCE qui reste une loi fragile si elle est mal interprétée.
    Car, que vous le vouliez ou non, les véhicules individuels motorisés (TIM) sont encore là pour longtemps, quels que soient d'ailleurs les moyens de propulsion dont ils bénéficieront grâce à la technologie, et les infrastructures, les routes, les parkings, les garages ne vont pas disparaitre du jour au lendemain.
    Comme vous, je rêve d'une ville pacifiée et largement dédiée à la mobilité douce, aux transports en commun (TC), et à la flânerie sur nos deux jambes.
    La saga du Plaza, avec son parking sous un centre commercial et sur un axe de transit majeur nous donne l'ampleur du désastre à venir et la garantie que nous, ou plutôt vous nos représentants, allez vous écharper indéfiniment sans espoir de voir la qualité de vie en ville s'améliorer.
    Et je peux vous assurer qu'avec les projets de la DGT qui ne fait que suivre les lignes directrices du rapport "Mobilités 2030" vous obtiendrez juste l'inverse de tout ce que vous, et moi, espérons.
    Je vous encourage donc à mettre un peu d'eau dans votre vin afin de participer modestement à la transition en évitant de vous enfermer dans des dogmes idéologiques qui vont à l'encontre de vos idéaux.
    Et puis, ce serait sympa de vous lire ailleurs qu'ici. Vous semblez faire partie de ceux qui pensent avoir un message à transmettre et, bien que vous assumiez parfois le débat sur vos prises de position, je ne vous ai encore jamais lu sur d'autres blogs. Je vous invite donc à venir causer ici :
    http://heytaxi.blog.tdg.ch/

  • cela s’appelle renverser le progrès...... La nouvelle génération ne vivra pas ce que nous avons vécu ni connu! Elle suivra la vague comme celles qui l’ont précédée!

  • Bonjour,
    La Nature naturelle nous rassure, l'homme est bien peu de chose dans l'immensité de l'Univers et de ses forces. Et malgré son imperfection, l'homme est capable de tout, même du Bien.
    Cela dit, tentons un petit éclairage sur les phénomènes atmosphériques dans le dédale d’explications scientifiques souvent confus et surtout anxiogène (à dessein ?).
    On observe dans la nature deux espèces de mouvements : des mouvements « spontanés » et des mouvements « transmis ».
    Cette seconde cause de mouvement engendre des déplacements qui déterminent la plupart des phénomènes météorologiques en dérangeant la stabilité de l’enveloppe gazeuse de la terre.
    Nous voyons que c’est cette cause qui détermine la chute des corps à la surface terrestre. Mais cette réaction constante de l’azote vers la terre, qui lui a pris sa place dans l’espace, n’est pas la seule réaction qu’il exerce. Il tend aussi à se dilater dans une autre direction, c’est-à-dire vers les régions célestes de l’infini.
    De ce côté il est contenu par l’action dynamique des radiations qui le frappent incessamment.
    Mais les radiations ne sont ni immuables ni éternelles, elles sont, au contraire, dans un état constant de variabilité. Or, chacun des changements qui surviennent dans leur mode d’action se traduit, dans les profondeurs de notre atmosphère, par un changement d’état de la réaction de l’azote. Si la pression des radiations devient moins forte, l’azote se dilate ; tous les corps qu’il comprimait se dilatent aussi : c’est la chaleur. Si la pression devient plus forte l’azote augmente sa réaction vers la terre, il comprime plus fortement les corps qui en occupe la surface : c’est le froid.
    Si la pression en plus ou en moins est accidentelle, si elle n’intéresse qu’un seul point de l’atmosphère, il en résulte un changement de densité qui, en se propageant aux couches les plus voisines y détermine « un courant ». C’est le vent.
    Si un seul faisceau de radiation vient à manquer subitement, c’est un vide subit qui est offert au besoin d’expansion de l’azote et dans lequel il se précipite en tournoyant : c’est une trombe, une tornade, un cyclone. Le mouvement commencé dans les régions élevées de l’atmosphère se propage de haut en bas. Lorsqu’il atteint la surface terrestre, le bouleversement des éléments atmosphériques, qui en résulte, détermine toutes sortes de ravages.
    Ainsi donc tout ce qui se passe sur la terre à une cause cosmique ; tout dépend de l’action des astres. C’est dans les profondeurs de l’océan céleste qu’il faut aller chercher la cause de la plus légère brise qui souffle autour de nous. La terre y est étrangère.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/la-force.html
    Cordialement.

  • Il ne faut pas mélanger politique et écologie, l'écologie s'en portera mieux.
    L'inégalité est un combat, l'écologie un autre.

    Ce qui impact principalement le climat, c'est la façon dont on produit l'électricité (produits fossiles), et les transports. J'ai lu qu'en Suisse en 2018, la moitié des véhicules achetés sont des 4x4, véhicules plus chers et plus polluants. L'inégalité ne produit pas plus de pollution, c'est un choix individuel.

    La Norvège a plus de 60% de son parc de voitures soit hybrides, soit électriques, ce n'est pas un pays sans inégalités. Tous n'ont pas la capacité financière de faire un effort, mais si en Suisse 60% peuvent le faire, c'est une victoire.

    Les grands pollueurs (Chine, USA, Russie, Europe, Inde, Japon,...) ne le sont pas par inégalité, mais par la fabrication d'électricité avec des produits fossiles, par les transports aériens, et la voiture. Il ne faut pas se perdre dans les inégalités de ce monde lorsque l'on a la liste des principaux pays pollueurs.

    Si je sépare écologie et inégalité, d'abord le lien n'est que partiel, et parce que je ne veux pas que l'écologie soit prisonnière d'une idéologie quelconque, à un moment où la gauche à la droite devraient avancer sur une plateforme écologique commune (favoriser la voiture électrique, recherche et développement pour le renouvelable,...). Bref, une plateforme d'idées et d'applications.
    L'Australie veut planter d'ici 30 ans, 1 milliard d'arbre. Voilà une autre direction.

    Quant à la misère dans le monde, si elle existe, votre vision est caricatural, le monde réel est plus complexe. On ne fera pas avancer la cause écologique avec une caricature idéologique de gauche et encore moins de droite. L'inégalité dans le monde est un autre combat.

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