Initiative contre le "Mitage du territoire" : A dimanche pour dire OUI

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Sablier.jpgSi vous avez le droit de vote au plan fédéral, il ne vous reste plus que dimanche matin pour voter à l'ancienne, en vous rendant au local de vote. Et soutenir l'initiative des "Jeunes Verts" contre le "mitage du territoire", furieusement combattue par la droite politique, patronale et foncière, pour qui l'initiative est à la fois "superflue et nuisible". Or c'est l'un ou l'autre : comme l'écrit Anne-Catherine Ménetrey-Savary dans "Le Courrier", on ne peut pas la considérer à la fois comme "superflue" et "nuisible" -si elle est superflue, elle est sans effet et donc sans nuisance. Et si elle est nuisible (mais à qui ?), c'est qu'elle n'est pas superflue. A nous, elle paraît plutôt indispensable, parce qu'elle dit l'essentiel : non seulement le "mitage" du territoire à coups de de parkings, de zones industrielles et commerciales et d'autoroutes n'est pas indispensable pour loger la population actuelle et à venir, mais ce "mitage" dégrade les conditions d'habitat de la majorité des habitants de ce pays. On "bétonne" (en tout cas on imperméabilise) en Suisse presque un mètre carré par seconde, et chaque jour une surface équivalent à celle du parc genevois des Bastions. Pour en faire quoi ? L'initiative ne demande pas que l'on arrête de construire mais que l'on cesse de construire n'importe quoi, n'importe où. Et que l'on construise la ville... en ville.

"Au béton précontraint, l'on verra se substituer la rue tortueuse"

 "Mitage du territoire", késako ? examinons le cas genevois (que Genève soit un cas ne pouvant d'ailleurs que flatter, s'il en était encore besoin, son amour-propre) : comme on sait, Genève est, après Bâle-Ville, le canton le plus dense de Suisse, en population, en emplois et en surface bâtie. Et non seulement Genève va le rester (en trente ans, depuis 1985, la zone à bâtir genevoise ne s'est accrue que d'une centaine d'hectares alors que la population du canton a crû de 100'000 personnes), mais elle va sans doute être encore densifiée : d'ici douze ans, 11'620 logements nouveaux devraient être construits dans la couronne urbaine, 9300 dans le centre urbain (Ville de Genève et Praille), 8240 dans la zone agricole et 7620 dans la zone villas déclassées, 5430 dans la zone villas maintenue et 1730 dans les villages. Et cela non par pulsion bétonnière, mais pour accueillir une population nouvelle et lui éviter d'avoir à s'installer sur la Côte vaudoise ou en France plus ou moins voisine, avec ce que cela suppose de trafic pendulaire.

En 1850, le canton de Genève comptait 64'146 habitant-e-s, dont 37'724 en Ville de Genève (dont ne faisaient alors partie ni Plainpalais, ni les Eaux-Vives, ni le Petit Saconnex). Sa population est passée à 115'000 habitants en 1895, 155'000 en 1910, 202'000 en 1950, 327'000 en 1970, 414'000 en 2000, 500'000 en 2018. Selon les scénarii, elle devrait atteindre entre 576'000 et 625'000 habitants en 2040 et la "Grande Genève", qui compte déjà un million d'habitants, en abritera 1,26 à 1,36 million.
De 1996 à 2018, la population du canton a crû de 25 % (et celle de la Vîlle de 16 %) , 100'000 personnes, soit en moyenne de 1 % par an. Rien d'excessif, ni d'exceptionnel : de 1950 à 1969, cette croissance était plus de deux fois plus rapide (2,3 % par an,en moyenne) et chaque année la population augmentait de 10'000 personnes : les cités satellites en sont nées. Et la population de la France voisine a augmenté de 40 % en vingt ans, celle du district de Nyon de 46 %, quand celle du canton de Genève augmentait de 25 %. Si on élargit le champ au pays entier, en un peu plus de trente ans (1985-2009), la population  de la Suisse a augmenté de 17 %. Et la surface construite pour l'habitat et ses prolongements de 44 %. Quand une personne vivait en moyenne dans 35 m2, elle vit aujourd'hui, toujours en moyenne, dans 50m2 (gazon et parking compris). En 2014, 5,9 millions de personnes, doit 73 % de toute la population résidente,  vivaient en Suisse dans les agglomérations urbaines (communes-centres et  communes de couronnes). Mais les centres d’agglomération, qui concentrent 59% de la population et 70% des places de travail, ne couvrent que 12% du territoire. Et à Genève, les habitations de couvrent qu'un peu plus de 15 % du territoire cantonal : c'est moins que les terres agricoles (presque 25 %) et à peine plus que les forêts, les bois, les haies et les parcs publics (13,7 %). Genève est dense ? sans doute , mais c'est la Genève bâtie qui est dense, pas le canton. Et si on peut encore un petit peu densifier cette Genève bâtie, on peut aussi "aérer" cette densification -et c'est ce que permet l'initiative. Qui autorise même ce vieux rêve situationniste : "Au béton précontraint, l'on verra se substituer la rue tortueuse, le chemin creux, l'impasse" (Marcel Mariën).

Vive la ville, merde !

Lien permanent Catégories : Suisse, urbanisme, votations 7 commentaires

Commentaires

  • Densifier la Genève déjà bâtie, c'est pourrir la vie de ses habitants! C'est éliminer de la ville toute verdure, prospective funeste pour toute personne sensée! En ville, nous voulons des villas avec leurs jardins et des espaces verts, pas de ces horribles blocs minergie (la Mort en a le copyright) qui naissent ces temps pour tuer leurs habitants demain! La campagne n'a qu'à être bâtie, morbleu, je ne vois pas pourquoi il faudrait entasser la masse en ville.et laisser prospérer les privilégiés alleurs!
    Ce sera non, et un non bien senti!
    Cordialement, Jacques Davier

  • Pourquoi ne pas transiger en construisant des immeubles avec des parties "cultivables" directement integrees des le debut ? Il existe aujourd'hui maintes sortes de possibilites tout a fait viables

  • J'ai voté contre par altruisme parce qu'a mon avis ça ne prend pas en compte les spécificités locales et contrevient au fédéralisme qui est une force de la démocratie Suisse.

    Mais si le oui l'emporte, je deviendrai un peu plus riche.

    Donc dans tous les cas je me réjouis du résultat de ce dimanche.

    Wouin wouin camarade ;)

  • Maintenant que l'initiative a été refusée, il est temps que la gauche et le PDC ne cautionnent plus l'horreur de l'urbanisme et son impact négatif sur l'humain.
    Il ne faut pas compter sur une droite qui parle de l'humain que pour faire passer ses projets économiques et jamais pour son bien-être. J'espère que la jeunesse des partis de droites sont sensibles à la destructions de la qualité de vie.

    Et si l'horreur n'est pas perçue par les élus pour y avoir été habitué, qu'ils se fassent aider. L'urbanisme de psychopathe doit cesser.
    Ce que l'on sait, les couleurs sont une aide, et selon une autre étude, les lignes géométriques droites sont négatif, d'où le bien-être ressenti d'être dans la nature
    , etc...

    Si les villes étaient ressenties comme humaine, l'échec de l'initiative aurait été probablement été moins fort.

  • ... mais c'est dans les villes que l'initiative a fait son meilleur score, et plusieurs (dont Genève et Lausanne) l'ont même acceptée...

  • Les habitants des villes pensent aux pique-niques, à la campagne, bref des endroits pour changer d'air. Ils ont peur que tout ça disparaissent. Lorsque l'on est hors de la Nature on cherche à la préserver, d'où ce clivage, avec le loup, ...

    Mais ceux qui ont une bonne qualité de vie ne songe pas à la ville et souhaitent que leurs enfants puissent construire leur maison.

    La majorité a refusé la ville, et ceux des villes, ont voulu préserver leur "oxygène".

    Si les villes étaient si agréables, pourquoi vouloir une maison, pourquoi une agressivité sous-jacente, pourquoi tant de dépressions.
    Ce vote, je le ressens comme la condamnation de la qualité de vie dans les villes.

  • Je ne peux répondre que pour moi : j'aime la ville, et je ne conçois pas de pouvoir habiter ailleurs si je n'y suis pas contraint. Je veux pouvoir trouver à dix minutes à pied de chez moi les magasins et les services publics qui me sont utiles, je veux pouvoir aller au cinéma, au théâtre, au concert, à pied, je veux des nuits vivantes, et rien ne me paraît plus à fuir que les zones pavillonnaires : c'étaient elles qui étaient en fait la cible de l'initiative -qui demandait d'ailleurs que l'on densifie les villes... où elle a été acceptée...

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