mercredi, 30 janvier 2019

Initiative contre le "mitage du territoire" : Contre la zone, pour la ville

banlieue résidentielle.jpgDans dix jours, on vote sur l'initiative des "Jeunes Verts" contre le "mitage du territoire". Pour la résumer, l'initiative fixe la zone constructible à sa taille actuelle, toute nouvelle zone constructible devant être compensée par une nouvelle zone inconstructible. On devra donc construire sur les 300 km2 de zone constructible non bâtie actuellement disponible : cela suffit pour abriter un million à un million et demi d'habitants supplémentaires, mais sans les disperser, les saupoudrer sur le pourtour des villes existantes. On retrouve avec cette initiative notre vieux programme des années quatre-vingt du siècle dernier : "construire la ville en ville" -ou, pour le dire autrement, par les mots de Mario Botta, "bâtir sur le bâti". L'initiative, au fond, renforce les villes, leur centralité, pour préserver ce qui reste de zones naturelles (ou ce qui reste de naturel des espaces non urbains). Cette initiative n'est pas un rêve de bon sauvages écolos : elle est contre la zone, mais pour la ville.


"Dire stop au mitage, c'est dire oui à la ville"

 

Déclarant sa flamme autant à l'initiative "stopper le mitage" qu'à la ville (non une ville en particulier, mais la ville en soi, comme "plus grande conquête" de l'humanité, "plus belle, plus courageuse, plus performante" forme de regroupement humain), Mario Botta résume (dans "Le Temps" de samedi dernier): "Dire stop au mitage, c'est dire oui à la ville" . affirme (et nous sommes, modestement, d'accord avec lui) que "l'identité des villes (est) plus forte que celle des nations" -qui d'ailleurs en sont nées. Et d'accord aussi sommes nous avec Botta lorsqu'il affirme que "hors des villes, dans le périurbain, vous avez l'anonymat, la banalisation, une qualité du bâti en baisse". Qu'en déduire s'agissant d'une initiative comme celle "contre le mitage" ? Qu'étant contre le "mitage", et pour une densification qualitative et raisonnée des villes existantes, pour "bâtir sur le bâti" urbain, elle est une initiative "urbaine" (peut-on dire "polisophile" ?), une initiative pour les villes. Le président du gouvernement genevois, Antonio Hodgers, ne dit pas autre chose, s'il le dit, fonction oblige sans doute, plus prudemment, après l'adoption en votation populaire de la loi sur le PAV, quand il dit que "si nous voulons préserver la zone agricole et 90 % de la zone villas, il faut créer des quartiers denses, là où les connexions aux transports sont bonnes". Après tout, cette densité ne serait pas autre que celle qui prévaut aux Eaux-Vives et aux Pâquis, quartierts dont nul qui les connaît n'ignore qu'ils sont d'entre les plus agréable à vivre de Genève. Mario Botta, d'ailleurs, note que "si tout le monde pouvait choisir son lieu de vie en toute liberté, beaucoup choisiraient le centre des villes", et beaucoup d'ailleurs les choisissent, quand ils le peuvent.

Mais il faut bien alors s'entendre sur ce qu'on considère comme une ville : la continuité du domaine bâti définit certes l'urbanisation, mais elle ne définit pas une ville. Il y a de Genève à Lausanne une conurbation, il n'y a pas de ville de GenèveLausanne, et si près des trois quarts (74%, soit 5'997’800 personnes) de la population résidente permanente de la Suisse vivent en zone dite urbaine (au sens très, trop large du qualificatif), seul un habitant de notre pays sur huit, 1'005’400 personnes au total) vit dans l'une des cinq "grandes" villes (celles de plus de 100'000 habitants) que sont Zurich, Genève*, Bâle, Lausanne et Berne. La Suisse réellement urbaine, c'est celle de ce million d'habitants. Et les cinq autres millions vivant dans la "zone urbaine" trop largement définie vivent dans le suburbain, le péri-urbain, le rurbain. C'est cette partie-là de la "zone urbaine" qui fait "mitage" du territoire. Du double point de vue de la qualité de l'urbanisme et de la défense de ce qui reste de naturel dans le territoire habitable de la Suisse, une zone villa, une zone industrielle, une zone commerciale, tiennent au mieux de l'absurdité, et souvent de la nuisance : elles allongent les distances (et donc la pendularité) entre les lieux de domicile, de travail et de loisirs, dissolvent la socialité, renforcent les isolements dans des espaces fonctionnellement affectés où on ne faire guère autre chose que ce à quoi on les a affectés. C'est cela, le "mitage du territoire", en même temps que le pire de l'urbanisme. Et c'est cela à quoi l'initiative comme celle des Jeunes Verts veut mettre fin. Et c'est pour cela qu'il faut l'accepter.

*le canton comme Genève a passé le cap du demi-million d'habitants en juillet dernier, peu de temps après que la Ville de Genève ait passé celui des 200'000 habitants. Les autres villes du canton, ensemble, ont une population comparable à celle de la Ville. Restent 100'000 habitants du canton vivant en zone suburbaine, périurbaine ou rurbaine.

16:33 Publié dans Suisse, urbanisme, votations | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : aménagement du territoire | |  Facebook | | | |

Commentaires

Si je suis pour l'initiative, c'est pour éviter un saupoudrage de béton.
Concernant la ville, l'avis des architectes après tant enlaidissement, ce n'est pas approprié. Ils construisent beaucoup pour leur égo, avec certes une attention pour l'intérieur de leur construction (lumière,...), et un "je m'en foutisme" pour le quidam qui passe devant.

Si la ville était si agréable, les villas ne se construirait pas. Entre vivre dans le béton, la pollution, visuel y compris, et le bruit y'a pas photo.

On a appris aux personnes que des cubes, des sphères, c'est joli, alors que c'est juste laid et froid. Le passé nous montre une architectures plus "humaine", alors que nous sommes dans une architecture pour/de "psychopathes".

Quand les gens viennent visiter la vieille ville, d'une ville quelconque, et sont émerveillés, c'est qu'il y a un gros gros problème.

Il ne suffit pas de dire, qu'il faut concentrer les logements, cela ne fera qu'agrandir le cercle des dépressifs, et le cercle de la violence.

La déconnection entre l'architecture, l'urbanisme et l'impact sur les personnes est affligeante pour des personnes censées être un peu intelligentes.

Si il n'y a pas de révolutions dans l'urbanisme, les villes que vous citez verront une qualité de vie s'effondrer avec des quartiers ancrés dans la délinquance.

Botta, il est bien gentil, mais il est autre temps, celui d'un Le Corbusier. Il suffit de voir sa cathédrale à Paris.

On ne peux pas simplement ajouter des gens dans les villes et attendre que la "bombe" explose.

Écrit par : motus | mercredi, 30 janvier 2019

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Pour une fois complétement d'accord avec motus, sur l'architecture contemporaine, la plus laide de tous les temps. Faut-il pour autant voter pour cette initiative de tous les excès, je ne le pense pas. Je voterai NON pour ma part. Mais je comprends et si j'étais opportuniste et hyper-malthusien, je n'hésiterais pas...

Écrit par : Géo | mercredi, 30 janvier 2019

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Bonsoir

Le problème n'est pas tant cette votation. Le problème est que lorsque nous serons 10 millions, la roue ne va pas s'arrêter juste comme ça...

Pour les suivants, faudra revoter ? Surélever encore ?

Écrit par : absolom | mercredi, 30 janvier 2019

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Je passais éteindre et que vois-je!? Absolom?

Meilleurs voeux pour 2019 Absolom! :)

Écrit par : Patoucha | jeudi, 31 janvier 2019

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me too j'aime absolom. C'est juste du bon sens à l'état brut, sans fioriture. Il aurait pu transposer au niveau planétaire car, comme je le disais sur un autre billet de Pascal Hollenweg, la question de l'explosion démographique précède tous ces sparadraps sur des jambes de bois.
http://causetoujours.blog.tdg.ch/archive/2019/01/23/stoppons-le-mitage-pour-un-developpement-durable-du-milieu-296898.html

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 31 janvier 2019

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J'ai lu la position de Botta dans "le matin", mes visions se recoupent parfois avec lui. Les banlieues, c'est un concept d'idiots qui se moquent de l'humain.

La ville doit être un assemblage de petites villes qui ont leur propre vie. Ce qui veut dire, y compris des commerces. Je suis favorable à la suppression de la TVA pour tous les commerçants indépendants qui participeraient à la vitalité de ces petites "villes".

Sans aller dans le détails, il faut favoriser la vie locale en jouant sur les impôts si il le faut, pour rétablir une concurrence loyale.

Veut-on une planète dirigée par des "Amazon" ?

Écrit par : motus | jeudi, 31 janvier 2019

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Merci à vous Patoucha. Bien qu'ayant de plus en plus de peine à le dire, je vous souhaite une belle 2019 aussi :-)

Merci à vous M. Jenni. Il me semble que parfois l'on réalise mieux ce qui est proche de nous, même si le problème est mondial...

Et merci à vous M. Holenweg de me permettre cet "hors sujet".

Écrit par : absolom | jeudi, 31 janvier 2019

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