vendredi, 25 janvier 2019

Montée des populismes réactionnaires : Un système antisystème

populismeMontée des populismes réactionnaires : Un système antisystème

"Nous assistons à la plus forte vague de mouvements antisystème depuis la seconde guerre mondiale", estime le politologue américain William Galston. "Antisystème", vraiment ? Sans doute rhétoriquement, mais plus concrètement, dans les actes et les pratiques, ce n'est pas le "système" qui subit les politiques populistes -sauf dans le cas de populismes à la fois réactionnaires et révolutionnaires (oui, c'est possible) comme le nazisme- mais les habituels boucs émissaires de l'extrême-droite : les migrants, les petits délinquants, les fidèles de religions minoritaires, les minorités nationales, les artistes et les intellectuels, les homosexuels, les femmes, les handicapés... jusqu'à l'absurde : à  Sao Paulo, pendant la campagne électorale de Jair Bolsnonaro, des cyclistes se sont fait agresser dans la rue parce que pour les bolsonaristes, faire du vélo est un comportement gauchiste.  En outre, il n'est pas besoin d'une longue analyse pour observer que les leaders populistes, de droite comme de gauche, sont souvent de purs produits du système qu'ils feignent de combattre... et sont souvent soutenus par lui, comme Bolsonaro par l'agrobusiness et les propriétaires terriens -en sus de l'être par les évangélistes et les défenseurs des armes à feu. Ces "antisystèmes" font système.


La nature politique ayant horreur du vide, le populisme le remplit.

 L'expression est devenue récurrente : "Internationale nationaliste"... Un bel oxymore, ou un joli diagnostic de schizophrénie. Sans doute a-t-on connu dans un passé assez récent (du temps de nos grands ou arrière-grands parents) des alliances, des pactes, des axes entre gouvernements nationalistes (voire plus, ou pire : impérialistes, expansionnistes, et pour quelques uns, génocidaires...), mais on n'en est pas encore là: les convergences entre plusieurs gouvernements européens (le polonais, le hongrois, l'italien, l'autrichien, le roumain, notamment), la Russie de Poutine, les USA de Trump, le Brésil de Bolsonaro, et des partis d'opposition qui rêvent de ne plus l'être, ne font pas encore une "Internationale" : il ne suffit pas d’exécrations communes pour une stratégie commune. A défaut d'une "Internationale nationaliste", assisterait-t-on alors à la naissance d'une "Internationale populiste" ? les mêmes contradictions internes à une "Internationale nationaliste" la traversent (au Parlement européen, les partis et mouvements "populistes" ont formé quatre groupes distincts) mais un gourou trumpiste, Steve Bannon, s'emploie à les surmonter : il a créé un "Movement" (ce populisme-là a une langue : l'anglo-américain), tente de fédérer des partis et des mouvements et a fondé une sorte d'Académie installée dans un monastère bénédictin du Xe siècle, pour former des "gladiateurs" défendant la "base judéo-chrétienne de l'Occident" (dont la "base", gréco-romaine et germano-celtique est pourtant païenne...) contre les "laïcs radicaux, l'élite corrompue et mondialisée, l'immigration massive en provenance de l'Afrique et l'islamisation croissante de l'ouest". De l'"ouest" de quoi" ? la terre étant ronde(encore qu'il est sûrement quelques "gladiateurs" bannoniens qui la croient plate), on est toujours l'ouest d'un est et l'est d'un ouest...

Ces âneries n'empêchent :  "Une nouvelle Europe est en train de naître. Celle des "gilets jaunes", celle des mouvements, celle de la démocratie directe", a proclamé le vice-premier ministre italien, et chef du mouvement "Cinq étoiles" (un populisme plutôt de gauche, allié à un populiste franchement d'extrême-droite, celui de la Lega de Salvini, pour pouvoir gouverner), Luigi Di Maio, en apportant son soutien au mouvement français. La crise de 2008 a nourri l'hostilité générale contre les gouvernants (et d'une manière générale les "élites"), qui ont en effet été les grandes gagnantes de la crise et de la mondialisation, mais aussi les immigrés, qui, eux, n'y sont plus rien -mais font d'excellents bouc-émissaires -d'autant que les politiques d'austérité mises en oeuvre pour éponger la crise en ont aggravé les effets sociaux, en discréditant les politiques économiques libérales, mais en même temps tout ce qui ressemblait à du libéralisme politique, sociétal et culturel. Socialement, la crise a été, dans les pays "développés", ravageuse : gel des salaires et baisse des revenus, chômage, perte de logement... dans le même temps où le secteur financier était massivement renfloué par de l'argent public. En Europe centrale et orientale, ce sont les politiques menées après la chute des régimes "communistes", et l'échec d'une transition à marche forcée vers l'économie de marché, sans se soucier de l'Etat de droit et de l'Etat social et en nourrissant la corruption de dirigeants souvent issus de l'ancien régime, qui ont nourri les populismes autoritaires à la Orban -auxquels nulle force de gauche crédible ne pouvait s'opposer, les partis supposés être sociaux-démocrates n'étant que les anciens partis communistes hâtivement reconvertis. La place était vaste et libre pour des forces politiques dont l'idéologie mêle conservatisme social, racines religieuses, nationalisme et autoritarisme politique. Sans oublier la volonté de contrôler les media et de "normaliser" la culture.

Les populismes européens, note Jürgen Habermas, sont d'autant plus forts que l'Europe politique est faible, qu'elle se complaît dans sa faiblesse, qu'elle "n'entend pas devenir capable d'un agir politique, et que cette absence de volonté politique n'échappe à personne" (surtout pas à Trump et à Poutine, au désir de qui elle répond). La nature politique a horreur du vide -et donc le populisme le remplit. Avec du vide intellectuel mais du plein électoral.

15:23 Publié dans Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : populisme | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il y longtemps que la défense des valeurs démocratiques a été désertée par les

élites financières, qui, par ignorance et cynisme, estiment que seul compte le

capital qu'elles possèdent, qu'elles souhaitent augmenter ou défendre.

Il en va de même des politiques (exemples proches ou lointains ) dont le

projet se résume en l'appât du gain ou la recherche de la notoriété

égotique et des privilèges qu'ils estiment devoir en découler.

L'idée n'est plus que le système démocratique permet la réalisation de projets

dans le meilleur contexte possible, en favorisant la retombée bénéfique de ces projets sur le bien

de l'ensemble de la population.

Si vous analysez cette évolution, il n'y a aucun doute qu'elle annonce quasi-

certainement une révolution.

En effet, quelle considération peut-on avoir pour un système qui n'enrichit que les plus riches ?

Et pourquoi condamner quelqu'un qui va chercher l'argent où il se trouve,

quitte à utiliser la violence ou n'importe quel moyen ?

Si on cesse de défendre une valeur, elle disparaît.

Écrit par : Kili Manjaro | vendredi, 25 janvier 2019

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A force d'avoir à faire à des révolutionnaires de salon qui ne font que ressasser de vieilles lunes sans analyse de la situation actuelle, ou à des dirigeants qui ne roulent que pour leur pomme (la liste serait trop longue tant en Suisse qu'en France), bref avec des partis sclérosés de notables sans militants, sans colonne vertébrale idéologique, et bien voilà le résultat! Un boulevard pour l'extrême droite par désertion des travailleurs qui vont voter pour elle, car la gauche, la vraie, s'est évanouie. Totale responsabilité pour cette soi-disant "gauche" bobo qui n'a de "gauche" que le nom, car l'intérieur est désespérement vide en terme de projets et de valeurs (pour les valeurs, voir les "notes de frais" des Conseillers administratifs dont 4 sont "de gauche"). La belle rigolade!

De l'intérieur de ce soi-disant parti "socialiste":
http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2019/01/23/lettre-ouverte-de-brice-touilloux-pourquoi-je-quitte-le-part-296902.html

On récolte ce que l'on a semé. Cette "gauche" a semé des graines pourries. Il serait peut-être temps de couper l'arbre qui donne de telles graines...

Cette "gauche" est au service du capital et de l'impérialisme yankee.

Ce qui est frappant dans votre "commentaire", c'est que vous fulminez, vous procédez par amalgame, et... vous ne proposez rien.

"La nature politique a horreur du vide -et donc le populisme le remplit. Avec du vide intellectuel mais du plein électoral."
Fatale erreur d'analyse, car le vide intellectuel et politique est de VOTRE CÔTÉ. C'est tellement plus facile d'insulter que de chercher à comprendre. Les programmes d'Orban, Salvini, Le Pen et consorts sont au contraire très bien compris par leurs électeurs, dont une majorité de travailleurs. Et en face, il y a quoi? RIEN. Aucune vision, aucun projet, le néant et dans le meilleur des cas un combat d'arrière-garde de perdants.
https://www.publicsenat.fr/lcp/politique/regionales-front-national-tete-chez-ouvriers-jeunes-1157186

Il y a cinquante ans, la gauche, la vraie mobilisait contre la guerre au Vietnam. Aujourd'hui les rues sont désertes quand les impérialistes massacrent en Afganistan, en Irak, en Libye, en Ukraine, en Syrie, au Yémen et sèment le chaos dans ces pays. Aujourd'hui c'est le néant. Ah oui, on mobilise sur le climat (pauvres cons manipulés) et sur les immigrés qui feraient mieux de se mobiliser chez eux et de renverser les gouvernements à la solde de l'impérialisme.

C'est très intéressant que vous ne mentionniez pas Porochenko dans votre liste de dirigeants. Car lui c'est un fasciste, un vrai de vrai. Et une ordure qui fait massacrer des civils.
http://voix.blog.tdg.ch/archive/2019/01/19/quelle-histoire.html

La 3me guerre mondiale pourrait commencer là-bas...

Mais continuez donc vos imprécations. Elles ne mènent à rien. C'est du vide intellectuel sans prise sur la réalité.

Écrit par : Daniel | vendredi, 25 janvier 2019

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Et les insultes pleuvent! Elles sont signées de l’arrogant négationniste Johann/Daniel qui a beau s’essayer de brouiller les pistes pour chasser le naturel, Il lui revient au galop surtout chez la Voix poutinesque, où il est permis de cracher sur les Etats-Unis et Israël, traités d’Assassins, mais où sont encensés l’Iran, la Syrie et la « colombe » Russie.... et occultés les plus de 500’000 morts dont 20% sont des enfants...... Bonjour la propagande activiste qui enterre plus d’un demi-million de morts en un tournemain et qui monte aux barricades pour un terroriste éliminé. Et où nous lisons que les terroristes ne sont pas forcément les islamistes...... nette référence aux occidentaux assassins, inclus les alliés de la seconde guerre mondiale! Bien des blogs ont eu leur part de ces commentaires qui tournent en boucle depuis 2015/2016! Mais oú sont les blogueurs?

Écrit par : Patoucha | vendredi, 01 février 2019

Une gauche ne sachant plus différencier sa droite de sa gauche, une gauche qui a perdu le nord.

Écrit par : A l'ouest | vendredi, 25 janvier 2019

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