• Laïcité : une loi qui ne mérite ni d'être soutenue, ni d'être combattue

    Imprimer


    passoire athée.jpgVotez blanc ou nul -mais votez !

    Le 20 février, les Genevois et voises sont appelés aux urnes pour adopter ou refuser une loi sur la laïcité proposée par Pierre Maudet, révisée par la majorité du Grand Conseil après deux ans de travaux et attaquée par quatre comités référendaires. Or cette loi ne mérite ni l'honneur d'un  soutien, ni l'indignité d'un refus : elle ne mérite qu'un haussement d'épaules. Elle sera sans doute acceptée -pas par soutien du principe de laïcité, qu'elle n'exprime que fort imparfaitement et sur certains points très caricaturalement (notamment en transformant les députés et conseillers municipaux en agents de l'Etat), mais par allergie à un fondamentalisme religieux spécifique : l'islamique (ou -"iste"), les autres fondamentalismes religieux ne tétanisant plus grand monde ici et maintenant (ailleurs et en d'autres temps, on en parlerait autrement) : qui a peur, à Genève, en 2019, des Témoins de Jehovah ? Grosso modo, les recommandations de vote des partis politiques se répartissent selon le bon vieux clivage gauche-droite : la gauche et les syndicats appellent à voter "non" à la loi, la droite à voter "oui". Mais des hommes et des femmes de gauche appellent tout de même à voter "oui", des hommes et des femmes de droite (le parti évangélique, l'UDF) à voter "non". Les églises chrétiennes traditionnelles (protestante, catholiques romaine et chrétienne) soutiennent la loi Et on trouve un comité "La laïcité, ma liberté" qui appelle à voter "oui" et un comité "La laïcité, notre liberté" à voter "non". On n'a pas trouvé trace de comité "La laïcité, ta liberté", ou "sa liberté", ou "votre liberté", ou "leur liberté". Alors on les remplace : on créée un comité "la laïcité vaut mieux que cette loi", à laquelle on appelle à voter blanc ou nul, parce que cette ânerie ne vaut pas mieux (ni pire). La constitution de la République pose le principe de laïcité, proclame la neutralité religieuse de l'Etat, lui interdit de subventionner des activités cultuelles, garantit la liberté de croyance et de conscience, cela suffit. "Cette loi ne brime pas la liberté de conscience, elle la cadre", affirme le président du Grand Conseil, Jean Romain, qui soutient ladite loi. Mais depuis quand doit-on, et même peut-on, "cadrer" la liberté de conscience ? S'il est une liberté qui ne peut pas être "cadrée", c'est bien celle-là : on peut cadrer (et on cadre) la liberté d'expression, la liberté de la presse, la liberté d'association, mais la liberté de conscience, elle, est par nature, ontologiquement, absolue.

    Lire la suite