"Grève suisse du climat" : Justice climatique, justice sociale

Imprimer

deforestation_01.jpgAujourd'hui, en Suisse (à Genève, la manifestation débutera à 14h sur la Place Neuve pour se rendre à la Place des Nations), des milliers de collégiens et d'étudiants seront en grève des cours pour exiger de la Confédération et des cantons, du gouvernement et du parlement, mais aussi du peuple, des mesures immédiates et radicales contre le réchauffement climatique. C'est-à-dire exactement le contraire de ce que le Conseil national a fait en décembre dernier lorsqu'il a torpillé la révision de la loi sur le CO2, après que la droite l'ait vidée de sa substance. Et en France, plus de deux  millions de personnes ont signé une pétition en ligne, "l'affaire du siècle", dans le cadre d'une campagne pour la "justice climatique". La pétition, française, soutient l'action en justice de quatre organisations (la Fondation pour la nature et l'homme, Oxfam, Greenpeace et Notre affaire à tous) qui, dénonçant l'inaction de l'Etat français en matière de lutte contre le réchauffement climatique, ont saisi le Tribunal administratif pour qu'il contraigne l'Etat, sous astreinte de 100'000 euros par jours, à respecter ses engagements en la matière -alors qu'il vient, sous pression des "gilets jaunes", de renoncer à augmenter la taxe sur le carburant. Présidente de "Notre affaire à tous", Marie Toussaint explique que cette augmentation a été le "détonateur d'une mobilisation ayant pour cibles principales l'injustice sociale et fiscale", contre laquelle les défenseurs de l'environnement luttent également : "il serait simpliste et réducteur d'opposer fin de mois et fin du monde", car l'injustice sociale "nourrit la dégradation de l'environnement, les plus riches détruisent la planète, 10 % de l'humanité émet 50 % des émissions de gaz à effet de serre et seulement 25 firmes et leurs filiales sont responsables de 71 % des émissions à effet de serre depuis 1988". Or "le réchauffement climatique accroît les inégalités et les injustices" : les plus pauvres sont effet les plus frappés par la dégradation de l'environnement : crise alimentaire et crise migratoire les frappent eux. Dès lors, "combattre pour la justice sociale, c'est aussi œuvrer en faveur de la justice climatique". Les deux combats ne s'excluent ni ne s'opposent, mais se complètent et se renforcent.

 

"Rien ne sert d'étudier si notre avenir et celui de la planète sur laquelle nous vivons n'est pas assuré!"

 

"Une augmentation de plus de 2 degrés de la température terrestre moyenne déjà annoncée, 30'000 kilomètres carrés de forêt amazonienne détruits en une année, entre 10 et 12 milliards d'euros de déficits liés au désastre climatique chaque année en Europe, la disparition des principales espèces de poissons, de coraux et de tout l'écosystème qui en dépend prévu pour 2048, une extinction d'ores et déjà de plus de 60% des espèces entre 1970 et 2014, soit la 6ème extinction de masse que vit notre planète...Alors que l'environnement qui nous entoure s'écroule, la Suisse préfère lâchement payer des quotas pour ne pas avoir à se soumettre à quelques règles simples de l'accord de Katowice", écrivent les étudiants et les collégiens qui appellent à manifester aujourd'hui pour la "grève suisse du climat".

"Rien ne sert d'étudier si notre avenir et celui de la planète sur laquelle nous vivons n'est pas assuré!", écrivent les collégiens, étudiants et apprentis qui appellent à manifester. Le mouvement qui manifeste aujourd'hui revendique a court terme (2030) un bilan net à zéro, sans recours à des technologies de compensation, des émissions de gaz à effet de serre, et à long terme un changement de système. Et sans doute aussi de comportement général : que l'on cesse de prendre l'avion pour faire des trajets possibles en train ou la voiture pour des déplacements plus simples par des moyens de mobilité douce ou en transports publics,  que l'on cesse d'acheter tous les six mois le
dernier modèle de smartphone ou d'un écran plus grand.

Il n'y a plus de solution à l'injustice sociale dans la croissance économique quantitative, dans le productivisme, qu'il soit libéral ou paléo-marxiste, et qu'il n'y en plus que dans une inversion radicale d'une logique (capitaliste ou non) tendant à toutes les maximisations possibles : de la production, de la consommation, des profits. Le lien entre le "plus" et le "mieux", entre la qualité et la quantité est à rompre : "plus", désormais, c'est pire. Et "mieux", désormais, ce peut-être moins. L'enjeu, dès lors, est celui de deux répartitions : celle des productions, celle des revenus. Créer le minimum de besoins, les satisfaire par la moindre dépense possible de matières premières, au moindre coût social et environnemental possible, contrôler l'engagement du travail, du capital et de l'énergie, répartir le plus équitablement possible les productions et les revenus... ces objectifs ne sont évidemment atteignables ni dans le respect des logiques capitalistes, ni dans le respect des logiques productivistes traditionnelles de la social-démocratie (et à plus forte raison du "communisme" léniniste, toutes variantes confondues).  Ce n'est pas la planète qu'il faut sauver : elle s'en fout du réchauffement climatique. Ce n'est même pas la vie sur la planète : les bactéries survivront aux catastrophes écologiques. Mais la vie animale, et d'entre elle la vie humaine, et d'entre elle celle des plus fragiles des humains, sont de toute évidence (même quand on la nie) menacées. Il paraît que même les participants au Forum Economique Mondial de Davos sont inquiets : ils craignent des inondations catastrophiques, la montée des océans, l'incapacité des politiques à répondre aux menaces : ce qui s'annonce si rien n'est fait maintenant pour l'empêcher sera d'une ampleur telle que même ceux qui pourraient espérer pouvoir y échapper n'y échapperont sans doute pas : les pauvres seront les premières victimes, pas les seules. Ce qui ne nous console guère.

Commentaires

  • Si les jeunes se font déjà manipuler qu'est-ce que ce sera plus tard!?

Les commentaires sont fermés.